02 novembre 2009

Le code

Espace profond.

Planète ZC-Q-717.

Date stellaire : 10751 point soixante.

La guerre.

- Ho, Mast ! Qu'est-ce que t'attends pour lancer la troisième bannière à l'assaut ? Je te signale que ça craint un peu sur le front.

Oui. Chez nous les armées sont divisées non pas en régiments mais en bannières. Notre organisation est de type clanique, je vous le rappelle.

- J'attends l'état-major, ducon. Qu'il m'envoie un message en code me disant que je peux l'envoyer. C'est prévu comme ça.

Bah ouais. La guerre, c'est super précis, mine de rien. Tout doit se faire au poil de cul millimétré.

- Merde, mais on est en train de se faire dézinguer, là ! L'ennemi va nous foutre une putain de taule si on se sort pas les doigts du cul. On a besoin de renforts sur la ligne de front ! Faut envoyer des bidasses au charbon, sinon on va se faire rétamer la gueule !

Possible.

Nous livrons en ce moment une belle bataille sur cette planète que nous avons décidé d'attaquer. Voir notes précédentes.

Mais bon, ces trouducs de natifs se sont mis dans leur caboche qu'ils voulaient se défendre.

On y peut rien. C'est quand même pas de ma faute s'ils veulent pas se laisser écrabouiller bien gentiment. Y sont vraiment pas coopératifs.

Alors là on a des fantassins, des blindés, de l'artillerie, de l'aviation, et tout le tintouin d'engagé dans ce merdier de bataille. Comme l'a dit le collègue, on peut pas vraiment dire qu'on a l'avantage.

- Kchhhhh... Casserole à Tournedos. Casserole à Tournedos. A l'écoute...

Ha. La radio qui bafouille. On va en savoir plus.

- "Tournedos" ?!

- Bah ouais, ça t'étonne ? Tu sais, jeunesse : la guerre, c'est super précis comme machin. C'est un truc de pros. On la laisse pas à n'importe qui. Et en face de l'ennemi, qui doit pas savoir ce qu'on trame, on utilise des noms de code et des phrases codées.

- Ha ouais.

- Kchhhhh... le sucre d'orge coule sur la langue de la concierge. Je répète, le sucre d'orge coule sur la langue de la concierge.

- "Le sucre d'orge" ? C'est un code, ça ?

- Et comment, que c'en est un, mon gars. Alors. Il a dit : le sucre d'orge, la concierge...

Faut que je regarde mon ptit livret. Pour déchiffrer. Dans un code, tous les mots ont un sens, au poil de cul millimétré.

- Alors, ça dit quoi ?

- Bah non, ça peut pas être ça. On m'informe que le ravito va nous filer des ouvre-boîtes...

- Hein ? T'es sûr que tu le regardes dans le bon sens, ton livret ?

- Alors attends, chuis pas sûr. Quand y'a quelque chose qui coule, en principe ça veut dire "envoyer". Mais là, avec le mot "sucre d'orge" et "concierge"... non, y'a pas, quand on combine les deux ça veut dire "ouvre-boîte".

- Merde, c'est quoi ces conneries ? On a des gars en train de clamser, là ! ça pète et ça crâme dans tous les sens !

- Bon, faut que je réponde.

- Encore en code ?

- Bah évidemment. La guerre, je te dis, ça doit se combiner au poil de cul. On t'appelle en code, tu dois répondre en code. Alors. Tournedos à Casserole, Tournedos à Casserole : son gros cône de crème glacée lui a fondu dans les doigts. Je répète : son gros cône de crème glacée...

- Ha ouais. La vache.

- Bah quoi ?

- Non, mais c'est vraiment impressionnant. Qui c'est qui l'a mis au point, ce code, là ?

- Mais j'en sais rien ; qu'est-ce que ça peut te foutre ?

- Et tu viens de leur dire quoi ?

- Ben, que je demandais l'autorisation d'engager la troisième bannière. Ha, la réponse.

- Kchhhh... Casserole à Tournedos, Casserole à Tournedos : le fromage sent fort lorsqu'il est fondu sur la saucisse. Je répète : le fromage sent fort lorsqu'il est fondu sur la saucisse. Kchhh...

- Eh bah. Vraiment planant.

- Mais ferme-là. La guerre, je te dis, c'est une véritable science. Tout doit se combiner comme une mécanique bien huilée.

Alors. Je refeuillette mon machin.

- Qu'est-ce que ça dit ?

- Merde, c'est pas possible. Ils nous envoient des cartouchières par hydroglisseur.

- De quoi ?! Par hydroglisseur ?! Mais on est dans la plaine... y'a pas un cours d'eau par ici... ! Dis, ton code, t'es sûr que...

- Mast, notre première ligne est enfoncée ! L'ennemi est en train de se faire un boulevard ! On parvient pas à contenir l'assaut. Faut absolument réagir !

- Okay. Dis aux sorciers de faire surgir un mur de flammes. Fais décoller les hélicos des deuxième et troisième escadrons.

- Mais il nous faut la troisième bannière pour renverser l'équilibre !

- Putain, mais je sais bien ! Je l'ai demandée à l'état-major !

- Mast, la radio !

- Kchhhh.... Casserole à Tournedos. Casserole à Tournedos. La fraîcheur salée de la moule marinière éveille les sens gustatifs. Je répète... La fraîcheur salée de la moule marinière éveille les sens gustatifs.

- ...

- ...

- Bon, bah ça va !!  Je veux bien admettre que c'est con, mais qu'est-ce que j'y peux, à la fin ?!

- Et là, ils veulent dire quoi ?

- Bah j'en sais rien, ça parle d'huile pour graisser les armes et de toiles de tente. Mais chuis pas sûr, quand y'a "gustatif" ça veut dire aussi "ceinturon". Selon la place des mots dans la phrase, ça change tout le sens.

- Ha ouais, je vois. La guerre, c'est vraiment millimétré au poil de cul.

- Mais qu'est-ce que t'y connais, toi !

- Bah j'y connais assez pour savoir qu'on est en train de se faire mettre une branlée par ceux d'en face, et que ton code, c'est de la merde en branche.

- Bon, y'a pas à tortiller du fion pendant des plombes : on y va nous-mêmes, on galvanise les gars, et on fait le boulot proprement. ça vous va, ça ?

- Ouais. C'est pas plus mal. Peut marcher.

- Mast, la radio !

- Encore !?

 - Kchhhh... Casserole à Tournedos. Le quartier de viande baigne dans son gras figé. Je répète, le quartier de viande baigne dans son gras figé. Kchhh...

- Ta gueule !

...

(quelques heures plus tard)

...

- Et bah voilà. On a fini par y arriver, comme des grands. Finalement, pas besoin de la troisième bannière.

- Ouais, bien joué. On a repoussé l'ennemi. On leur a mis bien profond, à ces glands. Et pas de prisonniers, hein, vous avez vu !

- Quand on est arrivé, ils ont cagué dans leurs chausses. Ils ont tenu un peu pour faire bonne mesure, puis ils ont foutu le camp en courant. Pas de quoi s'affoler, j'ai même pas mouillé ma chemise.

- Kchhhhh... Casserole à Tournedos. Il faut réamorcer le sphincter pour impulser le trop-plein de matière gazeuse. Je répète : il faut réamorcer le sphincter pour impulser le trop-plein de matière gazeuse. Kchhhh...

- Et allez donc. Encore un code vachement bien foutu. La guerre, c'est réellement une science qui marche au poil de cul...

- ... millimétré, ouais, on sait.

N'empêche.

Comme j'en ai quand même ma claque, je sors mon flingue.

BLAM

Et zou.

Un coup dans la radio.

Comme ça, on nous foutra la paix.

Au poil de cul.

26 octobre 2009

Maman cherche amour

Gladynia est divorcée et mère de quatre enfants. Elle veut refaire sa vie et trouver l'homme qui saura lui ménager son bonheur.

- Je veux vraiment un homme en qui je pourrais avoir confiance pour fonder un nouveau bonheur. C'est important pour moi.

Gladynia ne veut pas être déçue. Aujourd'hui, elle fait la connaissance de Barturus. Divorcé, père d'un enfant, cadre dans une société, Barturus cherche également l'âme soeur.

- Oui vraiment je cherche ma nouvelle âme soeur, en qui j'aurais confiance pour laisser s'épanouir le bonheur.

Gladynia et Barturus se rencontrent dans un bar dans le centre ville. Tout de suite, le contact semble s'établir. Les deux candidats à l'amour paraissent à l'aise l'un avec l'autre. On les voit rire et sourire, s'échanger des émotions.

- Oui vraiment de prime abord je me sens à l'aise avec Barturus. La communication passe très bien, il est d'agréable compagnie. C'est un homme séduisant qui pourrait bien me plaire par la suite. Je me sens dans le bonheur.

- Oui alors Gladynia me plaît beaucoup, elle est très chaleureuse et la communication passe très bien, je pense que c'est une personne avec qui quelque chose pourrait très bien arriver par la suite. C'est que du bonheur.

Tout semble donc très bien commencer pour nos deux candidats au bonheur de l'amour. En sortant du bar, ils décident d'accepter de se revoir. On sent qu'il y a quelque chose entre eux deux.

- Gladynia me fascine, elle a quelque chose qui me fait vibrer.

- Alors Barturus, il a l'air très gentil, très attentionné, il a quelque chose pour lui c'est sûr.

Quelques jours plus tard, les choses paraissent se gâter. Nos deux tourtereaux se retrouvent dans un restaurant. Le malaise semble perceptible, quelque chose ne va pas.

- Oui, alors je ressens plein d'ondes négatives, je sens bien que Barturus est absent, il n'est pas avec moi, on dirait qu'il est préoccupé, si c'est moi qui suscite une telle réaction, ça va pas aller.

Comment Barturus va-t-il réagir pour garder l'estime de sa peut-être future moitié ? Est-il en mesure de rebondir ? Nous allons voir que Barturus n'est pas à court de ressources.

- Je ne suis pas à court de ressources. J'ai décidé de faire une belle surprise à Gladynia, c'est ça qui me rend nerveux. J'espère que ça va marcher très fort, en prélude à tout plein de bonheur.

C'est alors que Barturus fait une surprise à Gladynia. Comme par magie, il sort un paquet de dessous la table. C'est un cadeau pour sa peut-être future bien-aimée. Celle-ci en reste ébahie.

- Wah. Barturus il m'a fait un cadeau. Quelle agréable surprise. Comme il n'a rien dit, je ne m'y attendais pas du tout du tout, en fait.

Lorsque Gladynia ouvre son paquet cadeau, elle ne peut réprimer ses émotions. C'est son objet préféré.

- Haaaan, mon objet préféré. Haaannn, c'est tellement beau. Je ne peux réprimer mes émotions. Je suis dans le bonheur.

Gladynia essuie une larme. Elle se jette dans les bras de son peut-être futur être aimé, et s'échangent plein d'émotions. Barturus a donc visé juste. Il a touché une corde sensible dans le coeur de Gladynia. Celle-ci semble conquise.

- Je crois qu'elle est conquise. J'ai adoré ces échanges d'émotions, c'était un beau moment de bonheur. Je sens que Gladynia, elle est faite pour moi et moi je veux tout pour elle, je le ressens.

Peu après, rassurés l'un sur les sentiments de l'autre, ils décident de se retrouver. On sent que quelque chose de particulier se passe entre eux.

- Alors Gladynia, en quittant le restaurant, j'ai été sur le point de l'embrasser en fait, mais moi je suis quelqu'un qui n'aime pas aller trop vite, qui préfère goûter les moments présents, et puis après, eh bien ça viendra petit à petit, mais ça sera du bonheur.

- Alors Barturus, en fait, j'ai adoré son petit cadeau, je croyais vraiment qu'il était pas rassuré avec moi, il n'envoyait que des ondes négatives, en fait il était juste nerveux, et son petit cadeau c'était tellement beau et tellement vrai, je n'ai pu réprimer mes émotions, et là il a touché une corde sensible, j'ai adoré ce moment.

Quelques jours plus tard, nos deux candidats à l'amour et au bonheur se retrouvent avec joie. On sent que le courant passe entre eux. Ils débutent une balade romantique au bord du lac. Ils se prennent par la main et semblent discuter des projets à venir. Le bonheur tend-il la main à Gladynia et Barturus ? Se sont-il trouvés pour connaître ensemble les joies de l'amour ? Tout le laisse croire.

- Ho ! Hooo ! C'est bon, là ! Whoooo, c'est bon, j'ai dit. Ca va, on arrête les conneries !

- Mais que... ?

- On se calme. On reste tranquille. Zen. Et surtout, surtout : vous arrêtez de dégoiser vos conneries à la mords-moi-le-noeud.

- Mais qui êtes vous ? Pourquoi vous intervenez comme ça, dans cette émission ?

- Ha ouais, c'est vrai. J'ai oublié. Bon bah, moi c'est Zhang. Chef de guerre. Et ça c'est mes potes. Grun, Mast, Brohonk, Argolphe.

- 'Lut.

- M'sieur-dame.

- Faites excuses.

- Mais enfin, on est en pleine émission, qu'est-ce que vous venez faire ? Vous voyez pas qu'on est en train de tourner, là, avec nos caméras ?

- Ha bah parlons-en, tiens ! Et du bonheur par-çi, et du bonheur par là, et les êtres aimés de ci, et les candidats de l'amour de là, et le courant passe entre eux, et gnagnagni, et gnagnagna... Faut arrêter, là, c'est franchement con !

- Oais, il a raison, le chef. C'est vraiment de l'eau de rose.

- De la gnognote.

- Du ringard.

- Vraiment à chier.

- Mais qu'est-ce que ça peut vous FOUTRE, à la fin ? On a des millions de gens qui nous regardent, d'abord ! Merde, foutez le camp et laissez-nous bosser, quoi !

- Ha bah nan. On va pas pouvoir.

- C'est que, voyez-vous, c'est un peu délicat, mais faut qu'on vous dise : on est venus vous envahir.

- Comment ?!??! Qu'est-ce que vous dites ???

- Ben ouais, vous envahir, quoi. Vous savez, c'est ce truc qui se passe quand on prend des armes pour attaquer un peuple ennemi, le réduire en bouillie et occuper son territoire pour lui piquer son pèse.

- Mais... Je... C'est du n'importe quoi !

- Ben non, vous voyez les escadrilles de vaisseaux, là ? Ceux qui tirent leurs rafales de laser sur votre ville ? Et ceux qui débarquent troupes et véhicules ? C'est les nôtres.

- Et puis, c'est votre émission qui est du n'importe quoi. Et Gladynia, et Barturus, et des échanges d'émotion, et les candidats de l'amour... Merde, quoi, toutes ces foutaises à tourner autour du pot ! A la fin, ce qui compte, c'est qu'ils puissent baiser comme des castors !

- Mais ouais, faites-les baiser, plutôt, le reste on s'en fout !

- Mais vous n'y connaissez rien ! C'est de l'émotion, de l'amour ! C'est ça qui intéresse la ménagère de moins de cinquante ans !

- Ouais, bah la ménagère de moins de cinquante ans, elle va avoir du souci à se faire, je vous dis pas !

- Elle va passer à la casserole, mouarf !

- On va la carrer dans un chaudron, y foutre le feu, et touiller la tambouille.

- Passque bon, c'est pas tout ça, mais on a du boulot, mine de rien !

- Alors le programme, vous allez voir, c'est simplissime : on vous attaque, on vous cogne, on vous fous une râclée, on vous écrase, on vous marave la gueule, on vous sors les tripes, on vous déglingue, on vous crâme, on vous saccage, et on vous pille.

- Ouais. C'est un minimum, hein.

- Mais bon, je vous rassure, hein : d'ordinaire on est très complet dans la maraude.

- Ouais, on fait plutôt dans la minutie.

- Le sur-mesure.

- On est pas du genre à louper une belle villa ou un quartier chicos.

- Et puis bon, on a aussi des frais. Une expédition comme celle-là, ça peut pas s'improviser.

- En clair : vous allez plutôt le sentir passer.

- Voiiiiiilà. C'est l'expression que je cherchais.

- Et d'ailleurs, on va commencer tout de suite.

- Mais que... ?

- Bon bah désolé, mais la Gladynia et le Barturus, vous venez avec nous.

- Mais pas question ! Et puis vous voulez en faire quoi ?

- Ben à ton avis ? On va les vendre, tiens !

- Les vendre... ?

- Ben ouais, comme esclaves !

- Y'a pas de petites économies, mon pote.

- Allez, les deux glandus, bougez-vous le fion ! Vous prenez vos oripaux, votre brosse à dents, et vous radinez parce qu'on a pas que ça à foutre.

- Ouais, on a d'autres trouducs à voir.

Espace profond.

Date stellaire : 10672 point trois.

Chers terriens de mon coeur. 

Vous avez lu la note précédente ?

On devait partir en vadrouille galactique et attaquer une planète.

ZC-Q-717, ça s'appelle.

Eh bien on y est.

ça surprend non ?

19 octobre 2009

Tout est une question de choix

- Bon, tout le monde est là ?

- Oué chef.

- On a fait servir ? Saucisson sur tranches de pain chaud. Chips, olives et cahouettes. Parts de pizza. Quiche au chèvre. Bières. Tout est là.

- Miarm. Tu nous gâtes, chef.

- Mettez-vous à table, posez vos culs, les gars, et goinfrez-vous. Tout ça, c'est fait pour être bouffé. Je veux pas qu'il en reste une miette.

- Mouarfl !

Espace profond.

Date stellaire : 10329 point cent quinze.

Mon castel, sur ma planète.

Mes potes et moi, nous débutons un apéro dînatoire (comme pourraient dire les enfoirés de bobos, sauf que y'a pas de bobos dans l'espace profond). Dans un coin, j'ai mis ma chaîne, avec de la bonne musique. Quelques plantes. De l'encens qui se consume.

J'ai décidé d'un moment de détente très sympa, intimiste, avec une ambiance, pour être un peu entre nous.

C'est vrai, après tout. Il faut ça. 

Nous allons décider de la prochaine planète à envahir, à piller et à saccager.

Autant faire dans le convivial.

- Bon alors, les mecs, on est bien d'accord.

- Groumf ?

- Slurrrh ?

- On est des barbares de l'espace, des guerriers galactiques, des rustauds nébulaires.  Et on en a les manières.  Nous écumons les galaxies avec un bock dans une paluche, une mitrailleuse dans l'autre, et nous le vivons bien ! Pas vrai ?

- Oais ! Brrreuuuurps !!

- Hourra !

- On aime bien la vie au grand air, roupiller à la belle étoile, nous torcher le cul avec des feuilles et bouffer des vers, des racines et des champignons.

- Oais ! Vive nous !

- D'ordinaire, on est pas des tendres. On fait pas dans la dentelle. Quand on se lance dans une expédition, c'est pour la baston et le butin, la chique, le mollard et le raisiné. On réfléchit pas des masses, on fonce dans le tas, on massacre, on crâme, on explose, on détruit, et on ramasse l'oseille. Hein, que c'est ça ?

- Oais !

- Alors ce coup-là, je veux que ce soit bien clair : comme bientôt on trace la route...

- Oais ! Bravo !

- Vive le chef !

- Brrraooeurrrps !

- ... ça va, ça va. Je disais donc : comme bientôt on trace la route direction castagne, pas question de se dégotter une planète de merde. Vous me comprenez ? Y faut du solide, du costaud, du truc qui en jette. Pas un caillou perdu dans l'espace avec trois bâtiments et deux tondus qui se tirent sur la nouille en attendant de voir venir. Pas question non plus d'avoir en face des mous du genoux qui pissent de trouille rien qu'en sentant notre odeur de loin. Je veux du gros, du gras, du maousse, du musclé, du poilu, du couillu. Du qui se fout du cirage sur la tronche et qui gueule très fort. Pas ?

- Oais !! 

- Et je veux du riche. Du classieux. Du doré. Du pognon à prendre et des esclaves à ramasser. Pas une planète de loosers, de clampins ou de traîne-savates. Okay ? Vous m'avez compris ? Alors allons-y. Passons en revue les planètes. Qui commence ? Grun ?

- Oais. Alors à une giclure d'ici, y'a ZC-Q-717. Taille moyenne, degré de développement intéressant pour nous. Economie développée, stade post-industriel avec société de consommation et productivisme libéral à outrance...

- Comment tu dis ? ZC quoi ?

- On s'en cogne. Encore ces cartographes impériaux à la con, ils déconnent avec ces dénominations que personne ne peut retenir. Continue, Grun.

- Donc une planète avec une division du travail complexe, un maximum de biens de consommation à engranger, et plutôt bien défendue. Système politique démocratique unifié. Pyramide sociale très large : peu de très très riches, à peine plus de riches, une grande stratification de classes moyennes, et puis pas mal de pauvres types sans boulot et sous perfusion des minimas sociaux. Par contre : en grande difficulté sur le plan climatique. Protection solaire et antipollution indispensable. L'avantage : très grande valeur ajoutée en économie, énormément de liquidités et de finance.

- Pas mal. Quoi d'autre ? Argolphe ?

- Moi, j'ai QBX-121. A cent parsecs, dans le système BZE 410...

- Putain, ces noms !

- ... Alors là on a une planète politiquement divisée, avec tantôt du confédéral, tantôt de l'unitaire centralisé, tantôt du monarchique, tantôt du démocratique, tantôt du dictatorial, avec des degrés de développement économique différenciés. En général la richesse matérielle est exclusivement concentrée là où il y a du démo-libéral. Sur le plan militaire, les armées sont de qualité mais elles ne sont pas unies. Leurs systèmes d'alliances reposent sur la prépondérance hégémonique d'une seule faction politique, mais à chaque culture ses conceptions et traditions stratégiques et tactiques, avec une faible propension à exercer un commandement unique. Cela donne une défense divisée. Pas mal pour nous.

- Oais. Intéressant. Mast ? Tu as quoi dans ton escarcelle ?

- Mh, pas grand chose. J'ai 3-GBA-664, dans le système MOV-221/4. Là on est dans du monarchique aristocratique à l'état pur. Une société d'ordres classique : ceux qui prient, ceux qui se battent, une masse de ploucs illetrés qui nourrissent les privilégiés, et une dynastie royale qui cimente le tout. Là, pour une invasion, ça peut être assez marrant : on y trouve de l'esprit chevaleresque à gogo, des codes sociaux à l'arrière-goût religieux qui tentent de canaliser une violence naturelle ; ça donne des types qui font la guerre en se la jouant tantôt courtois, tantôt loyal, tantôt plein d'honneur, mais qui s'étripent sans état d'âme. Par contre question pognon ça reste limité : artisanat basique, agriculture de subsistance, peu de produits manufacturés. L'économie reste à faible valeur ajoutée. On y ramassera surtout des métaux précieux, or, argent, parfois finement travaillé.

- Pas mal pour offrir à la copine en rentrant de baston.

- Ouais. Une distraction. Autre chose ?

- Hé bien, dans la continuité du modèle précédent, on trouve JKA-11-Z/7 ; ici, on est sur de la domination de type impérial à vocation universelle. Ces types ont été expansionnistes pendant des siècles et ils ont annexé les planètes voisines les unes après les autres, pour la gloire militaire, la richesse, et le plaisir de faire courber l'échine à la multitude. Leur système politique fait la part belle aux généraux ambitieux, mais il est instable et n'empêche pas les usurpations et les révoltes de l'armée. Les dynasties ont un mal fou à s'implanter, et favorisent une succession par adoption. Là encore les richesses sont loin d'égaler le luxe des planètes à société de type post-moderne, mais côté militaire, on est sur du gros bourrin sans complexe.

- Bonne petite brochette. Vous préférez quoi les gars ?

- Je résume : on a du libéral post-moderne, du monarchique à sens de l'honneur, de l'impérial instable... vous en dites quoi ?

- Y'a pas à tortiller du valseur. On se fera davantage de pognon si on cogne sur du libéral pur sucre. Y savent parfaitement mettre leurs gars sur le carreau et les laisser dans le chômage de masse, mais pour faire du pèse et de la rentabilité, ils ont pas leur pareil. C'est là qu'on doit aller.

- Chuis d'accord. Sur le plan mentalité ils sont à chier mais question accumulation de pognon, y'a pas mieux.

- Okay ? Tout le monde est d'accord ? Alors on a dit ZC-Q-717. Paaaarfait.

- Emballez, c'est pesé.

- Plus qu'à fourbir les armes et préparer la flotte spatiale.

- Bon. Faites péter une barique de bière, je me sens l'âme d'un soiffard patenté.

- Nous aussi, ça tombe bien.

- Breuarrh.

Et bah voilà.

Une discussion rondement menée.