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04 janvier 2008

Un peu de diplomatie galactique

Aujourd'hui, j'ai reçu la visite d'une délégation de Kalérontes.

Ce sont des hommes-lézard un peu fluets, du genre sympa. Question bectance, attention, c'est pas vraiment ça ; ils se délectent d'insectes, de bactraciens en tout genre, de rongeurs - m'enfin c'est pas pour critiquer, l'en faut pour tous les goûts.

 

Entre parenthèses, chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, je ne vous conseille pas d'inviter un Kaléronte chez vous si vous craignez les chocs culturels. Par exemple, si zavez des enfants à qui vous avez offert un hamster tout mignonet ou un tendre lapin nain, le lézard vous le goberait aussi sec en hors-d'oeuvre sous le nez de votre gentille famille en réclamant la suite, s'offusquant presque qu'il n'y en ait eu qu'un seul. Ensuite, faut quand même admettre, choper une mouche ou un cafard d'un coup de longue langue visqueuse comme ces gonzos le font naturellement, c'est pas très glamour pour briller dans un dîner ou une conversation, entre les huîtres, le foie gras et le champagne.

Encore moins glamour : comme tous les lézards, le Kaléronte connaît des cycles de mue. Alors déjà quand ça arrive il vous étale des kilos de peau écailleuse et poisseuse partout dans votre belle bicoque toute propre, c'est dégueulasse. Et puis un Kaléronte en pleine mue, c'est plutôt du genre soupe au lait ; vaut mieux pas l'enquiquiner même pas pour lui demander l'heure sinon on s'en prend plein la gueule pour pas un rond. En dehors de ça, les Kalérontes sont très chaleureux (pour des créatures à sang froid).

 

La délégation dont je vous parle est venue négocier avec nous l'achat de matières premières dont nous avons besoin et que nous ne pouvons produire nous-mêmes. Nous les rémunérons avec le produit de nos pillages, ainsi qu'avec quelques tonnes de barils de notre bière maison - ils l'adorent, ce qui n'est pas donné à tout le monde car elle est VRAIMENT forte, et nous les rend encore plus sympathiques.

 

Ils étaient quatre, revêtus de leurs plus beaux atours. Ce sont les négociateurs habituels, ils connaissent bien notre culture et notre mentalité, et traitent avec nous depuis des années. C'est heureux, car ce qui est chiant avec les Kalérontes, c'est l'interprétariat. Leur langue, c'est bourré de sifflements et de couinements, j'y ai jamais capté grand chose. Bon, c'est vrai, chuis point doué pour les langues, je reconnais. En tout cas nos amis causent mieux notre langue que nous la leur.

Pour ma part, j'étais accompagné de deux aides de camp et de Argolphe. Je dois dire que la négociation a été fructueuse pour nous tous. Je craignais que les Kalérontes ne plafonnent leurs quantités de marchandise à nous vendre sous la pression de ceux de nos ennemis avec lesquels ils font aussi du commerce ; ça nous aurait plombé. Une fois l'accord commercial négocié et conclu, on a invité les lézards à becqueter. Au beau milieu des agapes, le Doktus, ce con, il a fallu qu'il apporte sa touche perso. Il s'est mis dans la caboche de les faire profiter de ce qu'il a appelé un échange culturel.

Alors le vl'a t'y pas qui se met à une de nos danses claniques en soulevant ses robes, laissant voir ses mollets maigrelets ; d'abord par terre, ensuite sur son siège, puis carrément sur la table ! Il tapait dans ses mains, chantait ses airs et réclamait qu'on l'accompagne dans la mélodie, tandis que nous restions interdits et que les Kalérontes le fixaient de leurs yeux froids, sifflant de la langue d'étonnement.

"Allez, chef", qu'y m'disait, "Et danse, et chante, et tap' et tap' et tap' des mains !"

 

Mh, ça, pour taper.

Finalement exaspéré, j'y ai fichu une torgnole, et il est allé s'étaler la tronche la première dans une choucroute. De ça, les Kalérontes n'en mangent pas, ils avaient leurs plats à eux.

Le plénipotentiaire lézard a été très civil ; il m'a remercié, m'a assuré qu'il comprenait...

... et qu'il avait le même problème avec ses subordonnés.

 

Décidément, les peuples finissent toujours par se comprendre.

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