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30 janvier 2008

L'attaque

_ Chef, chef !

_ Mrrt ? S'ke cé ?

_ C'est Mastokor, chef.

_ S'ki t'amène ?

_ Scuze chef, tu faisais la sieste ?

_ Nan, j'roupillais carrément. Pas dormi depuis le banquet du tournoi.

_ Ah ouais. Mais ça fait déjà trois jours, chef.

_ Ben oué. Et alors ? Déjà, après tout ça, ce connard de roi garbonde m'a épuisé. En plus t'as déjà vu un banquet où on fait pas la bombe, et où on finit pas sous une table ou bien dans un tonneau de bière après s'être marré comme des hyènes ?

_ Mmmh, je sais. En plus, faut quand même avouer, c'était sacrément corsé. Tu t'es pas ménagé, d'ailleurs. On peut dire que t'as vraiment montré l'exemple.

_ Sûr. Mais comme souvent, j'me souviens plus trop.

_ Pas même la bataille de bouffe ?

_ ... La bataille de bouffe... ?! M'rappelle plus. Faut dire que j'ai un putain de mal de crâne, alors ça facilite pas. D'habitude, je tiens assez bien la bibine et ça me le fait pas.

_ Ah nan, mais c'est pas le tord-boyaux, chef. Tu t'es retrouvé entre trois mecs qui t'ont tapé sur la caboche avec de gros jambons.

_ Ah ouais. Maintenant que tu le dis.

_ C'était le clou du spectacle, chef ! Surtout après, quand t'as pris des gars pour mener la contre-attaque, chacun avec un thon dans la main. Et pis quand t'as essayé d'étrangler un type avec un chapelet de saucisses, et que t'as voulu lui foutre la tête dans une marmite remplie de purée de carottes au moment où il dégobillait parce qu'il avait trop bu ! Cocasse !

_ Puté. A ce point-là.

_ Et pis aussi, quand des mecs t'ont pris par les bras et les pieds, et qu'ils t'ont envoyé dinguer droit dans la pièce montée ; ça a foutu des jets de crème, fallait voir. Alors tu t'es relevé, t'as été au cellier, et t'as balancé aux mecs des tonnelets de rouge. Y z'éclataient en giclant de la vinasse dans tous les sens. Avec ça t'en a assomé un paquet. Vraiment poilant !

_ La vache.

_ Ah pis aussi, quand vous êtes montés sur les tables avec des gars, et que vous avez braillé des chansons de cul, chacun avec sa boutanche et son sauciflard dans la pogne. C'est à ce moment-là qu'y'en a un des autres qui t'as pris par surprise et que tu t'es reçu une omelette à la ciboulette en pleine poire. Haha !

_ Bé didonc, ça a quand même été sacrément...

_ Là, tu hurles à quel point t'es pas joisse, tu sautes de la table en te jetant sur le type, tu lui fourres une demi-douzaine de bananes dans la gueule ouverte, tu lui frottes le sommet du crâne avec le contenu d'une saucière - quel shampooing ! - et pis tu le plies en deux, tu fais mine de lui baisser son froc et tu essayes de lui foutre une courgette dans le...

_ Ouille !

_ Et c'est là qu'ils te tombent tous sur le râble ! Tu leur envoies des mandales, des pains, des chataîgnes, des gnons, puuutain, comme un beau diable. Mais ils t'emportent et te refoutent dans la pièce montée, te rechopent et te plongent la tronche la première dans la grande marmite, celle avec le rata de légumes.

_ Oh là-là !

_ Et puis y t'ont plongé, et replongé, et plongé, et replongé, personne a compté les fois. Je crois qu't'as même gerbé passque t'avais la tête en bas ! C'est pas ça qui gouttait dans le rata, non ?

_ Bon, ça va, okay, j'ai compris ! Puuutain, et moi qui comprenais pas pourquoi j'étais si vaseux.

_ Ce qui est sûr, c'est que ça va rester dans les mémoires !

_ Oué. Enfin passons. Si t'y vois pas d'inconvénient, je vais me retaper un petit somme.

_ Ah mais chef, j'avais une nouvelle à t'annoncer !

_ Ah oué ? Du genre ?

_ Euh, du genre importante, chef.

_ Important comment ?

_ Ben, drôlement important.

_ C'est-à-dire ?

_ Important qui déchire sa race de la mort qui tue.

_ Alors crache ta sauce.

_ Chef, ça y est, les impériaux ont attaqué !

_ Ah oué. Déjà. M'y attendais, mais pas si tôt. Où ça ?

_ C'est sur Akalno que ça se passe chef. Le clan Maklab.

_ Bah voyons !! Une planète du genre riche, mais avec un clan plutôt faiblard. Enfoiré d'humains, z'ont pas choisi la planète la plus chiante !

_ Tu penses qu'on va se prendre une taule, là-bas ?

_ Merde, le chef des Maklab est un branleur de première. On a eu beau lui dire, il a négligé ses défenses. Préférait se tirer sur la nouille plutôt que d'entraîner ses gars et de customiser ses armements. Maintenant, il va drôlement trinquer, on pourra pas dire qu'il l'aura pas cherché ! Les humains ont quoi, comme effectifs ?

_ On sait pas encore trop, chef. Sûr, cinquante croiseurs de ligne ; cent frégates ; cent cuirassés. Trois-cent mille chasseurs. Au moins ça.

_ Mouais. Et les forces terrestres ?

_ Impossible à évaluer pour l'instant, chef. Pas assez d'infos.

_ Ils ont débarqué, déjà ?

_ Non chef. Les défenses spatiales tiennent pour l'instant. Mais pas pour longtemps.

_ Tu m'étonnes. Bon, mec, va falloir presser le pas.

_ On va y aller, chef ?

_ Et comment !! ça va nous dérouiller un peu. Une petite balade au grand air ! Et puis que ce soit nous qui leur arrivent par derrière, ils s'y attendent pas. L'escadre est prête ?

_ Tout comme t'avais dit, chef. Manque plus que les garbondes.

_ Ceux-là, y sont sur le chemin, on ira les chercher en route. Réunis-moi tout notre monde. Conseil de guerre. Fissa.

_ Oué, chef.

_ Et tu sais quoi ?

_ Non, chef ?

_ On va faire un méga banquet pour célébrer notre départ !!!

27 janvier 2008

Le roi barbare

_ MOUUUUHAHAHAHAHAHAHAHAHARRRR !!

_ Tin, mais de quoi qu'y s'marre comme ça, ce gros con, merde !! 'Fait trois plombes qui bouffe et qu'y se s'tape sur les cuisses sans qu'on sache pourquoi. 'Commence à m'gonfler.

_ Je me demande si c'est pas notre gueule qui lui revient pas, des fois, chef.

_ Il a pas vu la sienne si c'est ça. En plus, z'avez vu comme y pue, c'est dégueulasse !

_ Comme nous, té ! Enfin, je veux dire, nous on s'en cogne mais c'est souvent les humains qui disent qu'on pue.

_ Ouais, mais là c'est pas pareil. Et pis de toute façon les humains y font souvent la fine bouche, un peu pour tout.

_ Ouais, y disent que nous on est des barbares...

_ ... c'est pas tout à fait faux, remarque...

_ ... mais y z'ont pas vu le loustic qu'on se trimbale depuis des plombes. Y bouffe, y rote, y pète, y se bourre la tronche et y chante ses chansons à boire débiles. Je parie qu'il sait même pas pourquoi on l'a invité chez nous.

_ Ouais, son ambassadeur n'a pas capté un broque de ce qu'on lui a dit, j'en suis sûr. Quand j'ai vu sa tronche...

_ La seule chose qu'il a entravé, c'est qu'il y avait de la lumière et de la bouffe chez nous, et qu'il pouvait rappliquer dare-dare.

_ Les mecs, un peu de respect. C'est quand même un roi.

_ BRRREUUUUOOOORRRRR !!! MOUAHAHHAHAHAHAHARRRR !

_ Oué bah il est distingué le roi.

_ MOUHAHAHARR ! LES URINES DU MATIN, TOUJOUR SENTIR FORT AU SOLEIL LEVANT !!! HAHARRR !

_ Mais qu'esss qu'y dit encore ?

_ J'en sais rien, chef. De toute façon, y cause pas la langue. Il entend un truc quelque part, et il le balance cash au hasard.

_ Oui, c'est ça façon à lui de concevoir l'ouverture d'esprit et les échanges culturels.

_ Bah j'aimerais bien savoir auprès de qui il a entendu ce genre de truc. Faudra qu'on me le présente.

_ Et quand y lâche ses caisses, c'est aussi un échange culturel ?

_ Chef, chef, son écuelle se vide. Faut encore y filer à bouffer, sinon y va s'fâcher !

_ Encore ! Mais c'est le troisième plat de mornille qu'y s'enfile ! Et je parle pas de la boisson. Une éponge, que c'est.

_ Il a l'air de prendre ça comme un amuse-gueule.

_ De toute façon, chef, avec les Garbondes, vous savez bien : on les gave de boustiffe, et après on cause. Y sont plus réceptifs à la conversation l'estomac gavé.

_ Putain, mais avec cet exemplaire-là, à partir de quand on peut savoir s'il est réceptif à la conversation ? Il est en train de nous vider le buffet, faut voir comme, et sans s'émouvoir.

_ NIIIHAHAHAHAHARRRRHHHH ! JRAZABEH, NARRRVANEH ! MOUSCHKABEH !

_ Kwa ?

_ S'k'y dit ?

_ Mais comment voulez-vous que j'y devine ?

_ PRRRRRRRRROUTT !

_ Là, pas besoin de traduction.

_ Oué, ça c'est de la communication universelle.

_ Ouch ! Le dégueulasse !

_ Surtout faites semblant de rien, sinon ça va l'offusquer.

_ Tu veux quand même pas qu'on lui sourie avec tendresse et qu'on en redemande, non plus.

_ Non, mais c'est manière de dire.

_ Chef, c'est pas pour dire, mais on a des gars chez nous, y font pire que ça. Nous-mêmes, on est pas des angelots. On peut pas dire qu'on relève le niveau.

_ Oui, mais lui c'est pas pareil. Je le connais, le bonhomme, depuis le temps que je le pratique. C'est une manière de vivre. Un naturel, euh, comment dire, bah naturel quoi.

_ Ah ça, pour être nature, il est nature. Je me répète, mais quand je pense que les humains nous traitent de barbares.

_ De toute façon on est toujours le barbare de quelqu'un.

_ Ah bon, tu fais de la philo, toi, maintenant ?

_ BRRREUUUUUUUUURRHHHHHH !!

_ Lui, en tout cas, il en fait pas.

_ Dites. Comment on lui fait comprendre qu'on est venu lui demander des troupes en renfort ?

_ Oué. Pour notre contre-attaque des impériaux quand y z'auront eux-même attaqué une de nos planètes on sait pas encore où ?

_ Et qu'on compte surtout se servir de ses bonhommes à lui comme chair à canon si on décide d'un débarquement sur une planète qui aura peut-être été partiellement envahie par les impériaux ?

_ T'in, faites pas chier, c'est déjà assez compliqué comme ça !

_ Tu vas devoir montrer tes talents diplomatiques, chef !

_ Et linguistiques.

_ Ouais. Bon, alors. Sire ? SIRE ?

_ PRRRROUTTTT !

_ Okay. Je vois. Bon, ça va pas être simple.

_ Si tu faisais pareil que lui, chef ? Sûr que là vous causeriez le même langage, quoi qu'avec un accent différent. Plus facile de lui demander c'qu'on veux comme ça, pas ?

_ Dis-le pas pour rire. Bon, euh, sire ? SIRE, ON VOUDRAIT DES TROUPES.

_ TRRROUPES ?

_ Oui, euh, des troupes. Des troupes, contre les impériaux !

_ IMPERIAUX ! IMPERIAUX ! RAAAARRRRGH ! IMPERIAUX, SALOPARDS, IMPERIAUX  ! KASSE IMPERIAUX, KASSE GUEULE, IMPERIAUX, KASSE ! MOUHAHAHAHAHARRRR !

_ Bon. Vohala. Je crois que c'est, heu.

_ Oui, ça à l'air, euh, conclu on dirait.

_ Rondement mené en tout cas. Hein.

_ Oué. Pas si difficile.

_ RHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHARRRR !!! JOLI PLUMAGE DES POULES SOUS LE VENT FRAIS DU SOIR ! HAHAHARRRRH !

_ Tu l'as dit. 

23 janvier 2008

Le tournoi

Il y a quelques jours, chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, j'ai eu l'honneur et le privilège de présider un tournoi.

Alors. Quel sens peut avoir le mot tournoi, pour vous ? Vous avez déjà des références historiques avec l'époque que vous appelez chez vous le Moyen-Âge : des chevaliers, montés sur leurs destriers, recouverts de la tête aux pieds d'une lourde armure métallique, avec écu et longue lance, qui s'amusent à se désarçonner.

Vous apprendrez que chez nous, un tournoi, ça n'a pas tout à fait la même gueule. Bon, il y a des points communs : des mecs en armure avec une arme, une monture, et qui se foutent sur la gueule. De ce point de vue-là, ça change pas des masses.

Mais prenez la monture, par exemple. Chez vous, c'est des canassons. Chez nous, ça ressemblerait plutôt à un mélange de loup et de sanglier, ça aurait une foutue grande taille, de grosses dents, et ce serait du genre, heu, soupe au lait. Non, disons plutôt féroce. Comme on fait tous plus de deux mètres de haut, il faut au moins ce genre de bestiau pour  nous porter. D'ailleurs, des siècles et des siècles auparavant, avant les voyages spatiaux et les véhicules à essence, notre cavalerie était exclusivement composée de ce genre de belles petites bêtes. Cette monture, on appelle ça un morgol.

Au cours des tournois que nous organisons, nous procédons à une sélection préalable, afin de réunir environ cinq cent à huit cent guerriers, réunis par équipes de vingt-cinq à trente. Chaque équipe porte un emblême particulier prédéfini - un bock, une épée, une hache, une pétoire... Une fois que les équipes sont composées, elles se choisissent un chef, reconnaissable à son plumet sur son heaume, ainsi qu'un sorcier et un diplomate. Puis, chaque chef tire au sort en présence de l'arbitre du tournoi un territoire de départ qui lui est attribué dans l'espace de jeu.

Le but du jeu est de faire en sorte qu'il ne reste qu'une seule équipe sur le terrain. Même avec un seul mec, ça suffit. Une des règles du tournoi est l'obligation de désarçonner son adversaire à la lance, ou bien au gourdin, et d'obtenir sa reddition explicite. Ceux qui se rendent ne quittent pas le jeu, ils sont faits prisonniers et peuvent servir de monnaie d'échange. Un mec assomé est considéré comme s'étant rendu d'office.

Le rôle du chef est bien sûr de diriger son équipe et de la mener à la baston, puis à la victoire. Celui du sorcier est d'apporter un peu de piquant. En effet, Le sorcier ne peut utiliser aucun sort qui désarçonne l'adversaire autrement qu'avec une lance ou un gourdin : à lui d'avoir de l'imagination, de faire preuve de créativité pour aider ses collègues : sort de force, d'agilité, de rapidité...

Quand au rôle du diplomate, il permet d'apporter un peu de subtilité. En contact radio permanent avec l'arbitre du tournoi qui est l'intermédiaire obligé, il est chargé de négocier les alliances entre équipes, en fonction des directives de leurs chefs. Les négociations se produisent soit en temps réel, c'est-à-dire même durant l'action, du début jusqu'à la fin, soit au cours des séances prévues à cet effet où le temps de l'action est suspendu. Ce qui permet par ailleurs aux troupes de se reposer un peu. Durant les négociations, les diplomates peuvent obtenir un échange de prisonniers, lesquels sont réintégrés dans les équipes mais ne peuvent avoir de morgol ; ils peuvent également procéder à un échange de territoires dans l'espace de jeu.

A chaque territoire est attribué un certain nombre de points de victoire, chaque équipe devant démarrer le jeu avec un nombre égal de points de victoire. Au fur et à mesure de l'avancement de la baston, les équipes amassent les points, qu'ils peuvent par ailleurs échanger contre des prisonniers ou des territoires.

Les territoires de l'espace de jeu figurent des reliefs : petites collines, rivières, fossés, forêts, marais. On y a préalablement disposé des planques où on peut dénicher un peu de bouffe, de boisson, des kits de soin, des parchemins de sort, des armes ou des bouts d'armure. Les territoires sont configurés pour représenter un enjeu de conquête.

Lorsque tous les territoires sont conquis, on sélectionne les cinq premières équipes ayant le maximum de points de victoire : c'est le début de la finale. A ce stade, les sorciers, les diplomates et les prisonniers sont retirés du jeu. Les cinq équipes restantes doivent être égales en effectifs ; on calcule donc une moyenne entre les effectifs de l'équipe la plus nombreuse et ceux de l'équipe la plus dégarnie. Chaque guerrier peut se réarmer et se prendre un morgol. Dès lors, place à la force brute et à la baston pure, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une seule équipe. Chaque membre de l'équipe gagnante gagne deux tonneaux de bière.

Puis, tout s'achève en banquet-beuverie pour fêter la victoire des plus forts.

Vous imaginez bien, ça fout un sacré bordel sur l'espace de jeu. C'est vrai, au départ, on y pige pas grand chose, à part que tous le monde se fout sur la gueule dans la mêlée. Nous autres, on s'éclate pendant les tournois. Et plus encore pendant le banquet. On organise grosso merdo un tournoi tous les quatre ou cinq mois. C'est une de nos grandes fêtes les plus marquantes qui soient.

Il faut voir ça au moins une fois dans sa vie.

21 janvier 2008

Navire de l'espace : de la merde dans le moteur ?

_ Bon, les mecs, je vous ai fait venir, parce que... Ho, Grunmad, tu m'écoutes ?

_ Ouais, chef.

_ T'as pourtant pas l'air dans ton assiette ?

_ Scuze chef. J'ai mal au bide. C'est le rata d'hier, ça m'fait drôlement péter, tu peux pas savoir ; ça m'brûle les boyaux, puuutain, quand ça traverse.  Et pis, aux narines, c'est loin d'être fade ; ça ébouriffe, faut voir comme.

_ Bah voyons. Comme si on connaissait pas déjà tes grandes capacités dans ce domaine. Hein, Argolphe ? 

_ Ouais, chef. Pire que les lance-flammes de Brohonk. Mais quand même, sorcier, essaie de te retenir ce coup-ci. Vraiment, quand tu lâches tes caisses, c'est pas toujours drôle.

_ On essaye.

_ Bon. On reprend. Argolphe. Grunmad. Je vous ai fait venir parce que je souhaite solliciter votre avis sur une question technique précise.

_ Ah.

_ Oh.

_ Ouais. Figurez-vous qu'il y a un gars qui habite sur la Terre, et qui...

_ La quoi ?

_ La Terre.

_ C'est quoi, ça, la Terre ? ça se bouffe ?

_ Non. Pas du tout. La Terre, en fait, c'est une planète.

_ Ah ouais ? Dans quel coin ? Moi, connais pas.

_ Moi non plus. Dis, chef, la Terre, c'est tout pourri comme nom, pas ?

_ Non, mais on s'en fout, du nom.

_ Chef, le nom de la Terre, c'est parce que ceux qui y sont c'est tous des paysans et des péquenots, c'est ça ? Parce qu'y vivent dans la terre, qu'y labourent des champs, et font pousser des légumes, non ?

_ Nnnnooon, c'est pas ça, mais je vous dis, le nom, on s'en fout, c'est pas ça qui compte. Ce que je veux vous dire c'est qu'il y a quelqu'un qui y habite et qui m'a fait une suggestion.

_ Ah ouais ?

_ Ouais.

_  Et c'est qui ?

_ Bon, si vous voulez savoir qui c'est, vous vous connectez sur le réseau terrien nommé internet, et vous allez jeter un coup d'oeil ici. D'ailleurs, Grunmad, tu t'es fait sans le savoir un admirateur, car il adore ton sort avec la merde qui décuple de volume et qui submerge les ennemis. On peut dire, si on veut, que ça lui a tapé dans l'oeil...

_ Ah bon, la merde, ça lui a tapé dans  l'oeil ?

_ On va dire ça. Mais venons-en au fait. Et sa suggestion, pour les frégates furtives dont on causait l'autre fois avec les aides de camp, ce serait de mettre de la merde liquide dans les moteurs.

_ Hein ? De la merde liquide ?? Dans les moteurs ??

_ C'est ça.

_ Comme carburant ?

_ Moui.

_ Et pas de la merde en boulettes ? Liquide, il faut qu'elle soit ?

_ Oué.

_ Et tu veux qu'on te dise ce qu'on en pense ?

_ Absolument.

_ ... Eh ben, comme ça, je dois dire, ça prend de court.

_ Ouuuuhhh, puutain,  j'ai mal au bide, vous pouvez pas savoir comme ça me vrille les tripes ! Foutu rata ! Je vais avoir une de ces chiasses !!!

_ Justement, c'est de ça qu'on cause. Grunmad, tu es donc dans le vif du sujet, félicitations. Que penses-tu de cette idée ?

_ Ben, c'est-à-dire que, c'est vrai, la merde on sait tous la faire...

_ ... Et mettre des gens dedans...

_ ... Mais on sait pas trop comment en sortir...

_ ... Et on sait pas l'utiliser. On peut penser que ça peut être une source d'énergie quasiment inépuisable.

_ Exactement. Pensez-vous que c'est possible ? Argolphe ? 

_ Une source d'énergie ? Chef, tu penses quand même pas que je vais chier dans des fioles et des tubes à essai, juste pour voir si je peux m'éclairer avec pendant que je bouquine, non ?

_ Hahahahaha !! C'est p't'êt' ce que t'aurais su inventer de mieux !

_ Toi, le péteur, c'est tes gaz que tu devrais foutre dans une fiole pour t'éclairer avec. Tu économiserais sur ta facture d'élec, je te dis pas, et en plus c'est du tout bio.

_ Ho, ça va, arrêtez de vous engueuler. Essayer de creuser un peu, quoi, qu'on sache un peu à quoi s'en tenir.

_ Creuser la merde ?

_ Pfff. Mais vous voyez ce que je veux dire, non.

_ Ben, en admettant que ce soit possible, chef, on sait déjà qu'on n'a pas besoin de l'extraire, comme le pétrole ou la charbon, ni de la raffiner. On est tous, tant que nous sommes, une source de merde. Pertinent, non ?

_ Ouais. Mais faudrait faire des modifs maousses sur les moteurs. Déjà, avec des mecs dans les salles des machines, pour alimenter les moteurs avec une pelle. Avec des containers pleins de merde ramenés par des larbins directement depuis un grand réservoir relié aux chiottes individuelles.

_ Mais non, il faut pas faire comme ça. Il faut raccorder toute la plomberie du vaisseau pour que les chiottes soient directement reliées aux moteurs. Alimentation directe.

_ Et si les mecs de l'équipage sont constipés et qu'ils font rien pendant des jours ? Là, c'est l'approvisionnement énergétique de tout le vaisseau qui est menacé.

_ Eh bah on mettra des réservoirs pour stocker ce qu'on aura d'avance. Et puis, on peut penser à des bases spatiales équipées en réservoirs de merde auprès desquelles chaque vaisseau irait se réapprovisionner...

_ Ouais, c'est sûr, sur ce coup-là, l'acheminement de la merde va réellement devenir stratégique au niveau galactique tout entier... quel progrès ! Après y'aura des gens qui se feront la guerre pour des stocks de merde... Je crois qu'on déconne un peu, non ?

_ ...Et puis l'équipage du vaisseau, y'aura qu'à le nourrir avec de la bouffe qui nettoie bien les tripes, avec des bons légumes bien fibreux par exemple...

_ Ou bien avec le rata de Grunmad...

_  ... comme ça...

_ ... Comme ça on aura des mecs dans un navire de guerre qu'auront la chiasse tout le temps et qui pourront pas bosser ni se battre. Non, c'est vachement bien trouvé, comme truc.

_ Ah bah je sais pas, moi, j'essaie de contribuer.

_ Okay, bon ça va, j'ai compris. En fait ça mène nulle part ce truc. On est dans l'absurdité complète.

_ Chef, chef, et si qu'on mettait des vaches dans les vaisseaux ?? Comme ça, ça nous ferait de belles quantités de bouses... plus besoin de compter sur l'équipage.

_ Tu veux mon poing sur la gueule ? Les mecs, on va arrêter le tir. J'ai du boulot par dessus la tête.

_ Au fait, chef ? Quel rapport avec la furtivité des frégates 4-80 ?

_ Ben, aucun. Je crois.

17 janvier 2008

On n'est pas des branquignols

Petite conversation d'état-major entre un chef de clan et ses aides de camp.

 

"_ On peut pas utiliser les frégates 4-80 sur ce coup, chef. Elles n'ont pas les moteurs neurotroniques qui autorisent un plus long rayon d'action.

_ Mais merde, je croyais qu'on les avait customizées sur le plan moteur, les 4-80 !

_ Non, c'est les 5-80 qu'on a customizées.

_ Pétard, c'est pas vrai, j'avais dit les 4-80. Celles avec les quatre canons bâbord-tribord, on était pourtant bien d'accord!

_ Mais qu'est-ce que ça change, les 5-80 c'est pas bien ?

_ Les 5-80, je vous ai déjà dit, elles ont une signature radar trop importante, putain, c'est pourtant pas faute de l'avoir répété, merde. On est pas encore au point sur la furtivité.

_ Mais quand c'est qu'on fait le débarquement ?

_ BREUUUH ! Y'a encore de la bière ?

_ Alors du coup, l'effet de surprise, dans le cul la balayette qu'on peut se le mettre, vous pensez bien !

_ Si on est pas au point sur la furtivité, qu'est-qu'il attend, le Doktus, pour s'y mettre ? Il devait pas plancher dessus, des fois ?

_ Venez pas me relancer là-dessus, les mecs. C'est en cours. On tatonne, mais on va avoir des résultats.

_ Tu nous as déjà dit ça la dernière fois, Argolphe. J'aimerais bien savoir si t'as des choses à nous mettre sous les crocs aujourd'hui.

_ Ben, on arrive très bien à faire marcher un module de furtivité...

_ Ah !

_ ... Euh, sur un chasseur Trussidator.

_ Eh bah c'est déjà ça.

_ Mais, euh, le module de furtivité est aussi gros que le chasseur... alors pour le transbahuter...

_ Putain, non mais c'est pas vrai !! Quand je pense que les Anotomes ont déjà des croiseurs de ligne furtifs !

_ Ah ouais mais non, déjà les Anotomes c'est pas foutu pareil, en plus c'est pas dit que ça marche, leur truc. Au dernier essai, z'ont fait péter leur croiseur expérimental.

_ Par contre, ça marche impec sur des frégates !

_ Ben ouais, mais bon, je vous ai dit, c'est pas foutu pareil.

_ Mais alors, quand c'est qu'on débarque ?

_ Attend, mec, s'il est aussi gros que le chasseur, ton module,alors il peut pas fonctionner sur une frégate 5-80, qui est quand même mastoc ?

_ Non, mais ça marche pas comme ça. C'est une question de proportionnalité, ce serait trop compliqué à expliquer.

_ Eh bah voilà, c'est ça, prend nous pour des péquenots, tant qu'à faire !

_ BREUOOORRRRHHH. L'est bonne, la bière ambrée, là.

_ Oui, et le saucisson n'est pas mal non plus. Avec des noisettes, l'a du goût, pas ?

_ Mmmh, moi je préfère quand même le jambon avec le pain aux olives.

_ Bon, oui, okay, la bouffe est bonne, on a compris. Mais on sait toujours pas les frégates qu'on envoie pour contrer l'attaque des impériaux, je vous signale.

_ Mais y faut forcément des frégates ?

_ Ouiiii ! On a déjà des cuirassés, des avisos, des transports de troupe, des ravitos bouffe/carbu/équipement, et des croiseurs de ligne. Et on a pris exprès d'ancien modèles parce qu'ils ont une signature radar acceptable. Un radar classique signalerait trois navires alors qu'il y en aurait vingt dans le champ. Maintenant, il faut des frégates, à cause du rapport taille/puissance de feu. Et je vous ai déjà dit qu'il en faut des qui soient pas trop maousses, afin que ceux d'en face pensent qu'on n'est pas nombreux, alors qu'en fait y'en aura pas mal.

_ Mais pourquoi ?

_ Pour faire un effet de surprise. D'où l'idée des 4-80.

_ Aaahh ouaiiis !! J'crois qu'j'ai compris, là.

_ Bah putain, comme si j'l'avais pas assez répété !

_ Moi j'ai rien capté. Quand est-ce qu'on débarque ?

_ Mais ferme-là, toi. Sinon, chef, j'y pense : y'a qu'a prendre les Kassgueul.

_ Ah ouais, les Kassgueul c'est pas mal. J'y avais pas pensé. Y'en aurait combien, de disponible ?

_ Dans les deux-cent.

_ Ma foi, ça pourrait coller.

_ Bon bah voilà, c'est réglé ! BREUUUUURRRRHHH !

_Ouais, faites péter le jambon aux olives !!

_ Mais non, arrête tes conneries, c'est le pain qu'est aux olives, pas le jambon !"

 

Ouf !

Bon, faut dire ce qui est, les mecs, c'est tous des mastocs sur le terrain. Y descendent leurs types à tous les coups et se battent comme on imagine pas. Sur le plan tactique et au coeur des champs de bataille, y'a pas à tortiller du valseur, y savent faire.

Mais pour causer stratégie, putain, qu'est-ce qu'y sont lourds !

Chuis pas aidé !

15 janvier 2008

Hyperconsommation

Chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, bien le bonjour.

Aujourd'hui, en prévision de la recrudescence des combats et de la multiplication des fronts, et au fait que dans les semaines qui viennent nous sommes tous susceptibles d'aller voir un peu ce qui se passe sur le terrain et d'aller à la rencontre de l'adversaire, moi y compris, notre armurier nous a concocté une petite revue de détail. C'est pas très marrant pour vous, ça je peux le concevoir. Mais pour nous, c'est jouissif.

Chez vous, vous avez vos soldes. Vous avez vos ventes privées. Vous avez également de multiples occasions de claquer votre fric durement gagné à la sueur de votre front, par exemple en prenant votre bagnole pour vous rendre dans la grande surface de votre coin. Ne serait-ce que pour la bouffe. C'est d'ailleurs marrant : j'ai l'impression que vos grandes surfaces, à l'origine, ont été conçues pour permettre au plus grand nombre d'accéder à de la bouffe de bonne qualité au meilleur prix ; or, d'après ce que je comprends, la qualité n'y est pas toujours, et les prix ne cessent d'augmenter... disons qu'elles se sont un chouilla embourgeoisées. Ne serait-ce que ça.

Par chez nous, nous avons notre grand temple de l'armement et de l'équipement de guerre. L'hyperconsommation et la croissance industrielle pour les gens de guerre que nous sommes. Des milliers et des milliers de mètres carrés consacrés à la baston. Des armures de combat, des casques, des armes de poing, des armes blanches, des kits de soin et de survie, des treillis, des bottes, des munitions de tous les calibres. On peut également y trouver des véhicules, des camions, des canons, des mortiers.

Notre armurier en chef avait tout bien préparé. Aucun risque de rupture de stock. D'ailleurs nous frisons la surproduction, chez nous. Tous les rayonnages étaient bien pleins, blindés. Voilà un bon commerçant.

Nous avons d'abord été accueillis, cela va de soi, avec des bocks de bière, histoire de bien nous mettre en condition. Il faut toujours soigner sa clientèle, surtout lorsqu'elle est appelée à revenir. Puis nous avons passé en revue tout ce dont nous avons besoin. Je me suis pour ma part procuré quelques pièces de rechange pour ma sulfateuse personnelle ; c'est une grande pétoire aussi grande que moi, particulièrement puissante, qui fait mitrailleuse, lance-flammes, lance-grenades - elle contient même un rangement pour une demi-douzaine de cigares, mais hélas elle ne fait pas le café. J'ai dégotté également des pièces de précision pour la customizer. Ainsi que de l'huile pour la graisser.

J'ai trouvé également un nouveau casque, avec des lunettes de protection particulièrement classes. Enfin, je pense devoir faire changer et renouveller quelques pièces de mon armure de combat. Juste histoire d'être à l'aise dans mes mouvements.

On avait vraiment un choix extraordinaire, avec des matériaux d'excellente qualité. Ici, le client est vraiment roi, et la consommation d'équipement de guerre procure sa bonne petite satisfaction intime.

Très curieusement, notre armurier a développé de façon accessoire un rayon d'alcools, ainsi qu'un discret petit rayon consacré... à des trucs de sexe. Films, magasines et accessoires. Allez savoir. C'est la première fois que je vois ça dans cette armurerie. Les sulfateuses les plus maousses cotoient les capotes, les poupées gonflables et les godes.

Les armes, la bibine, le sexe, voilà une sacré trilogie, cultivée de façon inopinée par notre armurier. Il faudrait peut-être lui faire faire une analyse psy, à ce type.

En tout cas, je crois qu'avec les équipements que je me suis trouvé, je vais être vraiment très glamour sur le terrain.

Non ?

11 janvier 2008

Les aliens savent aussi faire ça

" _ Attention, Méhâmes et Mêshieu, voici comme qui dirait la brochette suivante, et vous allez voir, rien que des stars de la glotte qui se sont tous distingués et qui savent mieux que personne faire causer la bière dans ce coin de la galaxie ! Accueillez sy vous plé, les méritants, j'ai nommé, le numéro un, Karnam Virio...

(applaudissements et acclamations)

... le numéro deux, notre chef de guerre bien aimé, Zhang Grassepanse (c'est moi)...

(acclamations et applaudissements)

... le numéro trois, Turyo Brisenuque...

(accladissements et applaumations)

...et le champion toutes catégories, le numéro quatre de cette brillante série : Vraklam Gotharh, qui part favori dans la présente compétition !!

(standing ovation)

_ Oui, je vous le dis, si nos concours gagnent en renommée et attirent de plus en plus de monde, on le doit surtout à ces grands maîtres du rôt, qui n'ont jamais démérité au cours des compétitions les plus difficiles qui soient. Alors, Mêhames et Mêschieu, trêve de parlote, laissons-les montrer ce dont ils sont capables, car maintenant ils sont là ! Pour vous ! Et avec eux vous allez tous savoir ce que RÔTER veut dire !! Je vous rappelle brièvement les règles de notre concours : nos candidats avalent leur canette de bibine spéciale, ils rôtent tout ce qu'ils peuvent, et notre jury procède à leur notation. Les deux premiers gagnent le droit de disputer la finale qui aura lieu dans la foulée. Alors allons-y. contrairement à nos concurrents, nous retenons tous notre souffle. Voilà, ils ont tous la canette en main, et lorsque je les aurai annoncés, ils la videront, et exerceront leur art. C'est parti.

 

_ Le numéro un !

_ Glllouups. BREUUUUUOOOORRRRHHHHH !!!!!

_ Bravo ! Excellent. De la très grande finesse d'exécution. Le numéro deux, à votre tour !

_ Gargogloups ! BRAAAAAAAAARRRRRRAARRRHHHH !!

_ Ouiiiiii, excellente prestation. Massif, franc du collier, relevé et épicé, avec quelques gouttes de bave qui dégoulinent de la langue, c'est du plus merveilleux effet ! Notre numéro deux s'est surpassé et a pris une très sérieuse option pour arriver en finale. Maintenant, le numéro trois !

_ Glops-glops-glops. BRO.... Reuuuuuarrrgll !

_ Oooohhh, quel dommage, il a fallu qu'il dégueule, ce qui élimine d'office notre candidat, eh oui méhames et méschieu, on ne gerbe pas pendant un concours de rôts, c'est absolument élémentaire pour une bonne prestation. Désolé pour notre numéro trois, qui va se nettoyer les cuisses tout seul comme un grand et ne disputera donc pas la finale ! Alors donc, il ne reste plus qu'un challenger, et pas des moindres, numéro quatre, allez-y c'est à vous !

_ Glon-glon-glon-glon.

REEEEEUUUUAAAAAAAARRRROOOOORRRRRHHH !!!!!

_ Ahh, méhames et meschieu, ouiii, c'est extraordinaire, quelle émotion, quelle émotion, mais quelle maîtrise d'exécution et quelle prestation de qualité, qui nous est ainsi offerte par notre favori ! Sauf erreur, nous tenons là un de nos finalistes. Mais laissons le président de notre jury annoncer la notation.

_ Numéro un : 7/10. Numéro deux : 8/10. Numéro trois : 3/10. Et numéro quatre : 9/10 ! Le numéro deux et le numéro quatre sont en finale !

(applaudissements, ovations, acclamations)

_ Eh oui, chers amis, eh oui, de mémoire, je n'avais que rarement vu autant de maestria, notre concours de rôts est ce soir très honoré..."

 

En effet, chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, ça se passe aussi comme ça par chez nous. C'est notre qualité de vie à nous. J'ai été assez content d'aller jusqu'en finale d'ailleurs.

07 janvier 2008

Menace - Chaud devant, chaud !!

Une flotte de quatre escadres impériales a été identifiée. C'est le regroupement qui m'a été signalé près de Marvinius il y a quelques jours - voir note précédente. Des croiseurs de ligne, des croiseurs lourds, des cuirassés, des transports de troupe. Une fois le rassemblement achevé, ces navires se sont mis en route ; au vu de la direction prise, ils se dirigent vers nos secteurs. Je ne pensais pas qu'ils viendraient vers chez nous, étant donné la distance. L'autonomie des vaisseaux ennemis me paraissait insuffisante. Manifestement, je me suis gourré.

Il semble inévitable que nous devions soutenir une invasion. C'est incontestablement un corps expéditionnaire. Mais nous ne pouvons pas encore prévoir où ils vont venir chier leurs bouses. Quoique, ça peut se deviner : compte tenu du nombre de vaisseaux ennemis, qui est plutôt élevé mais pas tant que ça, il y a fort à parier qu'ils ne vont pas aller se foutre contre une planète dont les défenses sont assez fortes pour les rejeter dans le cosmos la queue entre les jambes. Non. Le problème, c'est plutôt que nous n'avons pas dans l'immédiat de flotte prête pour intercepter ces enculés. Il faut en constituer une d'urgence.

Je ne peux pour le moment que faire avertir les chefs de clan concernés sur les planètes menacées. Quel que soit le clan sur lequel ça va tomber, il faudra qu'il résiste le plus longtemps possible. Je vais en profiter pour faire préparer l'Ekrabouillator et le faire accompagner de quelques autres navires pour une expédition de secours. On va pouvoir mesurer la puissance de feu de notre petit dernier.

 

Je vais également pouvoir vous conter, chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, comment nous faisons la guerre, nous autres.

 

Parmi les mecs que je vais envoyer à la rescousse pour contrer cette attaque - si elle se produit - je sais qui pourrait apporter un peu de piquant et relever un chouilla la sauce. Il est comme qui dirait du genre déjanté. Oh, ça va, je sais, j'en ai quelques-un par chez moi, de ce genre-là. Mais lui, bon, faut reconnaître, il est un peu spécial.

 

Son doux petit nom d'agneau, c'est - non, ne riez pas - Brohonk La Krame. Il fait partie de mon clan perso et a le grade de kapetaine, c'est-à-dire qu'il commande une bannière, comme on dit chez nous. Pour votre information, une bannière regroupe plusieurs dizaines de milliers de guerriers regroupés en kompagnies de cent à cent-vingt bonzommes. 

Brohonk doit son charmant surnom à un petit détail qui a son importance quand on fait la guerre. Il est un adepte assidu des lance-flammes. Il adore ces petits outils et ne jure que par eux. Il est ce que vous autres humains appelleriez un geek. Il sait tout ce qu'il y a à savoir sur les lances-flammes, leur mode de fonctionnement, les différents modèles, leur mécanique. Incollable. Il a ses petits préférés, dont il ne se sépare jamais - ses collectors, comme y dit. Et aussi des fétiches, des porte-bonheur. Il sait s'en fabriquer, les modifier, les booster. Il les personnalise, leur donne des petits surnoms, leur grave des devises gentillettes. Je me demande même s'il ne roupille pas avec. Au détriment de sa bergère.

Il faut le voir, sur le champ de bataille, ses lunettes noires sur le pif, un cigare aux lèvres, un sourire toutes dents à l'air, fébrile comme tout, à courir après l'ennemi pour leur faire gicler sa sauce plein la gueule. Il est très difficile à arrêter quand il est lancé, et ses troupes ont parfois du mal à le suivre.

Il a toujours dans son regard une petite lueur de pyromane déjanté. Car s'il aime les lance-flammes, c'est bien évidemment parce qu'il est fasciné par tout ce qui crâme et tout ce qui fait crâmer.

 

En cas d'offensive terrestre, quelle que soit la planète où l'invasion aura lieu, ce mec leur en mettra plein la vue.

 

Je me marre d'avance !

06 janvier 2008

Petite balade entre aliens

Aujourd'hui, j'ai passé la journée avec mon aide de camp Mastokor et le sorcier de notre clan, qui répond au joli nom de Grunmad.

Le matin, nous avons sifflé en guise d'apéro une demi-douzaine de bocks de bière chacun, puis au déjeuner nous avons descendu comme des grands deux plats de mornille à la joubaye.

Le mornille est une espèce de grosse bête marron à poils longs du genre mastoc ; pour que vous puissiez vous figurer à quoi ça ressemble, ça se rapprocherait d'un mélange entre un cerf, un gnou et un cochon. Enfin, je crois. Quand à la joubaye, c'est une farce que l'on compose d'une multitude d'ingrédients, viandes, épices et légumes, notamment des champignons, des poivrons, des courgettes, des lentilles. C'est vraiment succulent, avec des pommes cuites, du miel, et accompagné avec du bon gros rouge qui tâche.

 

C'est comme qui dirait mon plat préféré. L'inconvénient, mais au fond, ça ne gêne personne par chez nous, c'est qu'après, la farce fait péter pendant des heures. Et pas qu'un peu. Et plutôt du genre bruyamment.

 

C'est bien pour ça que nous sommes sortis de notre citadelle pour nous balader en forêt durant l'après-midi. Une bonne marche digestive. Mieux valait ça que de rester enfermés dans une pièce avec les odeurs de soufre et d'oeuf pourri que nous n'aurions point manqué de nous balancer les uns les autres.

Grunmad sait d'ailleurs parfois se montrer du genre farceur ; une fois, après un dîner composé notamment de mornille à la joubaye, il s'était amusé à utiliser ses pouvoirs de sorcier afin de faire faire des pets colorés à certain des convives. Oh, la belle bleue ! Oh, la belle verte ! Oh, la belle jaune !

C'est le genre de chose, savez-vous, qui amuse une fois, mais qui surtout n'amuse que Grunmad.

 

Il est plutôt du genre taquin. Et très très pipi-caca-prout.

 

Durant notre balade, nous avons discuté tactique et stratégie. Ainsi que de la situation globale de la guerre. Enfin, Mastokor et moi, surtout. Grunmad s'était mis dans la tronche de nous faire profiter de certains des sorts qu'il a mis au point ou améliorés.

Un pauvre arbre a fait les frais d'une série de boules de feu balancées les unes à la suite des autres en série, comme avec une mitrailleuse. Rien de bien original jusque-là, sauf que notre sorcier ne savait les faire qu'à la demi-douzaine jusqu'à présent. A force d'entraînement, il parvient désormais à en gicler huit.  

Un autre arbre a du subir un sort qui génère une série de champignons qui recouvrent entièrement l'adversaire et finissent à force par l'étouffer.

Un pauvre garde de faction sur un rempart de la citadelle a fait les frais, lui aussi, d'un sort qui consiste à entourer l'ennemi d'une bulle increvable capable de le soulever, de le secouer dans tous les sens et de le précipiter contre ce qu'on voudra - à terre, ou contre un mur par exemple. Grunmad n'est certes pas allé jusque là, mais il a tenu à nous montrer une variante, qui consiste à transformer l'oxygène à l'intérieur de la bulle en un gaz. De préférence asphyxiant, mais pour son exemple, le sorcier s'est contenté de nous montrer ce que ça donnait avec un gaz hilarant. C'est heureux pour notre garde.

Dans le registre scato, c'est un faisan, cette fois, qui ne s'est pas rendu compte qu'arrivait sur lui une boule de bouse chaude et odorante qui a la particularité de décupler de volume au contact de la chair. Autant dire que le volatile s'est retrouvé noyé sous la merde. Grunmad est très fier de ce sort dont il est le créateur. Il insiste sur le fait que tout dépend de la quantité que l'on envoie au départ. Et qu'il s'agit d'un sort très utile si on sait l'utiliser : lancé sur un groupe d'adversaires, il suffit à un seul d'être touché ; lorsque la matière décuple, et si les voisins de la première victime sont trop proches, ils sont aspergés à leur tour et le caca, par ricochet, continue à décupler de volume...

 

Ben mon cochon.

Chuis pas vraiment pressé de voir ça sur le champ de bataille. C'est-à-dire, que là, comme ça, ça paraît tellement farfelu...

"Mééééé si, cé maaaarrannnnt comme tout", me dit Grunmad. "Au départ, quand j'ai inventé ce sort, c'était juste de la boue bien épaisse, passe que ça, faut avouer, ça noye bien son bonhomme. Mais je me suis dit qu'avec de la merde ça serait un peu plus fun, et on aurait le même résultat. Mais si tu veux, chef, j'ai toujours le sort avec la boue".

 

Je préfère ça.

Par la suite, le sorcier s'empresse de continuer sa jactance. Il s'efforce également, nous dit-il, de mettre au point un sortilège pour faire dégueuler les ennemis dans les casques de leurs combinaisons spatiales. Pour les combats dans l'espace, en apesanteur, sous gravité zéro.

 

Très honnêtement, Grunmad me gave avec son côté scato. C'est avec des trucs comme ça qu'il peut nous faire perdre une bataille. D'ailleurs, je ne me souviens pas du tout l'avoir vu tenter un sort de ce type dans le feu de l'action.

 

"T'inquiète, chef, ça va venir. Quand je serai bien rodé, tu vas voir. L'ennemi, il va pas comprendre c'qui va lui arriver !"

04 janvier 2008

Un peu de diplomatie galactique

Aujourd'hui, j'ai reçu la visite d'une délégation de Kalérontes.

Ce sont des hommes-lézard un peu fluets, du genre sympa. Question bectance, attention, c'est pas vraiment ça ; ils se délectent d'insectes, de bactraciens en tout genre, de rongeurs - m'enfin c'est pas pour critiquer, l'en faut pour tous les goûts.

 

Entre parenthèses, chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, je ne vous conseille pas d'inviter un Kaléronte chez vous si vous craignez les chocs culturels. Par exemple, si zavez des enfants à qui vous avez offert un hamster tout mignonet ou un tendre lapin nain, le lézard vous le goberait aussi sec en hors-d'oeuvre sous le nez de votre gentille famille en réclamant la suite, s'offusquant presque qu'il n'y en ait eu qu'un seul. Ensuite, faut quand même admettre, choper une mouche ou un cafard d'un coup de longue langue visqueuse comme ces gonzos le font naturellement, c'est pas très glamour pour briller dans un dîner ou une conversation, entre les huîtres, le foie gras et le champagne.

Encore moins glamour : comme tous les lézards, le Kaléronte connaît des cycles de mue. Alors déjà quand ça arrive il vous étale des kilos de peau écailleuse et poisseuse partout dans votre belle bicoque toute propre, c'est dégueulasse. Et puis un Kaléronte en pleine mue, c'est plutôt du genre soupe au lait ; vaut mieux pas l'enquiquiner même pas pour lui demander l'heure sinon on s'en prend plein la gueule pour pas un rond. En dehors de ça, les Kalérontes sont très chaleureux (pour des créatures à sang froid).

 

La délégation dont je vous parle est venue négocier avec nous l'achat de matières premières dont nous avons besoin et que nous ne pouvons produire nous-mêmes. Nous les rémunérons avec le produit de nos pillages, ainsi qu'avec quelques tonnes de barils de notre bière maison - ils l'adorent, ce qui n'est pas donné à tout le monde car elle est VRAIMENT forte, et nous les rend encore plus sympathiques.

 

Ils étaient quatre, revêtus de leurs plus beaux atours. Ce sont les négociateurs habituels, ils connaissent bien notre culture et notre mentalité, et traitent avec nous depuis des années. C'est heureux, car ce qui est chiant avec les Kalérontes, c'est l'interprétariat. Leur langue, c'est bourré de sifflements et de couinements, j'y ai jamais capté grand chose. Bon, c'est vrai, chuis point doué pour les langues, je reconnais. En tout cas nos amis causent mieux notre langue que nous la leur.

Pour ma part, j'étais accompagné de deux aides de camp et de Argolphe. Je dois dire que la négociation a été fructueuse pour nous tous. Je craignais que les Kalérontes ne plafonnent leurs quantités de marchandise à nous vendre sous la pression de ceux de nos ennemis avec lesquels ils font aussi du commerce ; ça nous aurait plombé. Une fois l'accord commercial négocié et conclu, on a invité les lézards à becqueter. Au beau milieu des agapes, le Doktus, ce con, il a fallu qu'il apporte sa touche perso. Il s'est mis dans la caboche de les faire profiter de ce qu'il a appelé un échange culturel.

Alors le vl'a t'y pas qui se met à une de nos danses claniques en soulevant ses robes, laissant voir ses mollets maigrelets ; d'abord par terre, ensuite sur son siège, puis carrément sur la table ! Il tapait dans ses mains, chantait ses airs et réclamait qu'on l'accompagne dans la mélodie, tandis que nous restions interdits et que les Kalérontes le fixaient de leurs yeux froids, sifflant de la langue d'étonnement.

"Allez, chef", qu'y m'disait, "Et danse, et chante, et tap' et tap' et tap' des mains !"

 

Mh, ça, pour taper.

Finalement exaspéré, j'y ai fichu une torgnole, et il est allé s'étaler la tronche la première dans une choucroute. De ça, les Kalérontes n'en mangent pas, ils avaient leurs plats à eux.

Le plénipotentiaire lézard a été très civil ; il m'a remercié, m'a assuré qu'il comprenait...

... et qu'il avait le même problème avec ses subordonnés.

 

Décidément, les peuples finissent toujours par se comprendre.

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