« Une petite parenthèse au calme | Page d'accueil | L'interrogatoire »
19 mars 2008
Au troquet
Chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre.
Je dois avouer que je suis bien content de m’être fourré au vert pendant quelques temps. Mais la vie de vadrouilleur intergalactique suis son cours, et y’a du pain sur la planche par chez moi.
Mes gars n’ont pas chômé, loin de là. A peine de retour, je suis allé me rendre compte par moi-même, et je me suis organisé une bonne petite virée de baston sur Alkano avec mes potes Brohonk, Grun, Mast et Argolphe, suivis de quelques bons guerriers. Juste histoire de me faire une idée précise de la situation.
N’empêche : ça fait du bien de se défouler, et d’aller casser de l’ennemi. Mmmmmh, quel panard ! Six ou sept jours de baston intense au grand air, bien physique, ça entretien la forme et la santé, je vous le garantis.
Une fois de retour en orbite sur le navire amiral, nous n’avons pas pris le temps de nous déséquiper : direction le troquet du vaisseau, pour nous envoyer une tournée de bons gros bocks bien pleins. C’est notre façon à nous de procéder à un débriefing. Chacun pose ses deux mètres de sulfateuse encore chaude au râtelier à l’entrée du bar, et zou ! L’odeur avenante et rassurante du houblon est dans toutes les narines. Faut vite faire gicler la mousse, car fait sacrément soif !
_ Avé, chef ! ‘Lut les mecs ! Ravi vous revoir par ici. Alors, ça baigne ? Z’avez tout bien fait péter comme y faut, en bas ? Nihaharh !
Alors lui, c’est le taulier. Il s’appelle Vhilus. Il brasse la meilleure bière de toute la galaxie.
_ Ah, bah merci du compliment, chef ! C’est un plaisir pour moi de vous revigorer la couenne avec de bons produit du terroir ! Allez, mes ptits zagneaux, assoyez-vous bien au chaud. Votre table est prête. Je te m’en vais vous mettre une bonne bûche de côté au feu, te vous mitonner un bon ragoût, et une tournée digne de ce nom ! Z’allez voir, z’allez être au ptits zoignons ! Hein, mahahahahahrrrh ! Alors qu’est-ce que je vous mets ? De la Brohrg, comme d’hab ?
Brohrg, c’est l’abréviation de Brohrgenshklon – une bière fétiche, entièrement fabriquée par Vhilus, et pour ma part celle que je préfère.
Alors faut pas faire chier : QUAND LE CHEF BOIT DE LA BROHRG, TU BOIS DE LA BROHRG ! !
_ Mouhahahaharrrr ! ! Eh, chef, tu sais que tu me fais ma meilleure pub ! Allez, en voici déjà une giclée ! Régalez-vous, les gars, y’a rien de meilleur !
On pose nos culs, on empoigne nos bocks d'une main ferme et assurée, on trinque, on souffle la mousse, on siffle le tout sans demander notre reste, cul sec, et on s'essuie à la manche.
Première fournée !
_ BREUUUUUURRRH ! !
_ ROOOOOOORRRRHHH ! !
_ BRAOORRRRRRHH ! !
_ GREUUUUUUURRRRHH !
_ BROUUUUUHRAAAAARRH ! !
Sans commentaire. Suffisamment éloquent, pas ?
_ Ah, bah les mecs, dites ! C’est la grande forme ! Ça ébouriffe, hein ! Là, les gars, c’est vraiment vous ! On voit que vous êtes de bon poil, et que vous savez savourer ce qui est bon ! Bougez surtout pas : y’a la ptite sœur qui rapplique !
Fit-il en se barrant fissa réapprovisionner nos barons. Pendant ce temps-là, trois mecs derrière nous dans le troquet qui sirotaient leurs bocks dans leur coin se mettent à entonner gaillardement une chanson paillarde.
_ Ceci dit, chef, la Brohrg, c’est vrai qu’elle est bonne. Mais pour ses autres bières, y sait pas faire : c’est de la pisse d’âne !
_ C’est pour ça qu’il a les jetons : pas une de ses marques n’est retenue pour les concours de rôts à part sa Brohrg ! Depuis le temps qu’il essaye de les placer, qu’il bosse sur ses produits, eh bah il se fait toujours enfoncer par ses rivaux.
_ Oais. Alors la Brohrg mise à part, il revend ses marques en dehors de nos planètes.
_ Oais. Personne hors de chez nous ne peut boire de la Brohrg. Moi j’en ai vu, des-pas-de-chez-nous, tantôt ils vomissent, tantôt ils s’évanouissent, ou bien encore ils hallucinent, ou perdent la tête ! Elle est même interdite dans certains systèmes, c’te bière. En réalité, Vhilus se fait énormément de thunes en refilant de la pisse de zèbre hors de chez nous.
_ Quel loufiat !
_ Surtout lui dites pas ça : il nous fait boire à l’œil !
_ Cht ! Le revlà !
_ Alors les héros, on aime les messes basses ? Régalez-vous plutôt de la suite !
Deuxième fournée !
_ GROOOOOOOGH !
_ BRAAAAAGH !
_ Hic ! GRUUUUUURRRRH !
_ BROUHOHOHOUHORRRRH !
_ MRAAAAAAAARRRHH ! !
_ Ah, les gars ! Vraiment ! Vous m’faites un putain de plaisir, snif, vous pouvez pas savoir, snif ! Jamais on honore mes produits comme ça ! Rha ! Quelle émotion, snif ! Vous savez reconnaître les vraies valeurs, vous ! Vous faites honneur à la vraie picole de chez nous ! Je vous adore ! Vous êtes… mais alors, vous êtes…
_ Heh, ça va, mec. Elle est bien jolie, ta larmichette, mais on aimerait bien éponger la suite, nous !
_ Oais ! Si c’est tout c’que t’as en réserve, eh bah franchement, t’es pas un bon commerçant !
_ Calme, Grun, calme. Ça se prépare. Les larbins vont vous ramener ça.
_ Alors pose ton cul, siffle aussi ton bock, et cause avec nous.
_ C’est pas de refus, chef !
J’en profite pour préciser que Vhilus, en parfait taulier, est amateur de cancans et de conciergeries diverses. Ça peut être utile de le faire causer parfois. Derrière nous, les trois mecs qui hurlaient leur chanson sont grimpés sur leur table pour en entonner une autre plus fort, s’adonnant à une chorégraphie improvisée.
_ Alors, garçon, quoi de neuf sur le vaisseau ?
_ Ah bah ma foi, plein de choses.
_ C’est-à-dire ?
_ Ah, bah, par exemple, là, y’a votre prisonnier, là l’officier. J’sais plus son nom…
_ Moi non plus. C’est celui qui a été capturé par Brohonk ?
_ Voilà !
_ Et alors ?
_ Oah, bah, y fait des siennes, quoi, y gueule. L’est pas content, comme quoi la convention intergalactique sur les prisonniers de guerre, patati, patata, faut la respecter, sinon j’sais pas quoi, comme quoi on s’en repentira, comme quoi on viendra de toute façon nous châtier comme on le mérite, enfin bon, le blabla habituel, quoi.
_ Mais de quoi il se plaint ?
_ Oh, bah des trucs sur ses conditions de détention.
_ Bah voyons. Môôsieur l’officier n’a pas de draps blanc tout propres, Môôsieur l’officier n’a pas des couverts en argent pour béqueter, Môôsieur l’officier doit chier et pisser dans un trou à même sa cellule sans chasse d’eau et sans papier, Môôssieur l’officier ne supporte pas la compagnie des cafards et des charançons, le pain sec et l’eau croupie qu’on lui fait la grâce de lui donner ne sont pas au goût de Môôsieur l’officier…
_ T’ain ! Chais pas c’qu’y lui faut !
_ Eh bah oué, kess vous voulez. Maintenant, les prisonniers, c’est qu’y faut tout y donner, faut tout en prendre soin, et en plus ça coûte bonbon ! Alors bon : lui, les geôliers en on eu marre et l’ont foutu dans un autre trou bien plus profond histoire de plus l’entendre.
_ Bien joué. Au fait, il a causé ?
_ Ah bah non, tu penses bien, chef ! C’est de l’officier, c’est de l’aristo, ça fait son ptit indigné, ça veut qu’on respecte les conventions, alors selon les conventions, eh bah on cause pas à l’ennemi.
_ Ouah, bah en voilà des manières ! " On cause pas à l’ennemi ", tout de suite ! Pfff ! C’est vraiment histoire de se donner un genre. Encore un connard avec des principes !
_ On lui a dit qu’on aurait très bien pu être un peu moins gentil avec lui ?
_ Oais ! J’aurais dû le faire crâmer quand je l’ai capturé ! Mhhhhh ! ! Brûle, brûle, brûle ! Kram ! Boum ! Mouheuharh !
_ Oh, calme, Brohonk. Finis donc ton bock.
_ Ah, bah tiens, justement, vlà la suite de la picole !
Troisième fournée !
_ BROOOOOOHARRRH !
_ BRAAAAEUUURRHH !
_ BREUUUUHORRRG !
_ BRUUURRUUUUUHHGH !
_ Prout !
_ Ah bah non, Mast ! T’es pas dans le rythme !
_ Scuzez les mecs ! GREUUUUUUUHHHH !
_ Ah, non, vraiment, les mecs, je suis heureux ! HEU-REUX ! ça c’est ce qui s’appelle du compliment ! Mieux : de la reconnaissance pour l’artisanat local ! Là, franchement, je vous le dis, c’est toute la qualité du produit qui ressort ! C’est le vrai bon terroir de chez nous ! Qui s’exprime en plein, dans toute sa maturité ! Rhah ! Qu’est-ce qu’on se sent bien ! !
_ Tiens, j’ai envie de pisser, moi !
_ Bon, bah Argolphe, tu sais où sont les goguenots. Confonds pas avec les cuisines, comme la dernière fois.
_ Vhil, si tes chaudrons plein de rata ressemblent à des chiottes, t’as des soucis à te faire niveau bectance ! Mouhahahaharh !
_ Alors les mecs : buvez tant que vous voulez, mais ne mangez surtout rien, on sait jamais ce que les clients de Vhilus ont pu faire en voulant aller se soulager !
_ Mouhahaharh !
_ Ah non. Les mecs. S’il vous plaît. Là, vous me faites de la peine.
_ Alors fait péter encore une tournée de liquide, sans broncher, et fissa !
_ Ouais, les mecs, ça filoche.
Le tiercé à la chanson paillarde a fini par se fatiguer et ses membres se retrouvent maintenant sous les tables, à profiter d’un repos bien mérité. Le bruit de leurs lourds ronflements ponctue le brouhaha ordinaire du troquet. Ailleurs, loin dans la salle, on dirait qu’une bagarre éclate.
_ Faudra quand même voir à le faire causer, ce petit merdaillon d’officier, dites.
_ T’as raison, chef. Alors justement, comment on fait ? Moi j’ai des petits sorts hallucinatoires sympas, de quoi lui faire rentrer les couilles de peur !
_ Moi j’ai une machine à chatouiller sous les aisselles !
_ On va aller loin avec ça, Argolphe !
_ Ou à chatouiller sous la plante des pieds si vous préférez !
_ L’écoute pas, chef. J’ai de meilleures idées ! On lui crâme tous les poils du corps ! Un par un ! A la bougie ! A la cire ! Au briquet ! Au chalumeau ! A l’allumette ! Vous allez voir, on va s’marrer ! C’est du boulot d’artiste ! Surtout, moi je préfère quand on arrive aux poils du cul ! Si on lui a fait bouffer des fayots avant, et qu’il lâche une série de caisses…
_ Arrête, Brohonk, t’es glauque. Moi, je peux lui faire avaler un dé à coudre de ma gnôle spéciale ! Du sur mesure. Le genre qui vous récure les boyaux faut voir comme, de quoi alimenter les propulseurs d’un croiseur !
_ C’est bien, Mast. Mais chef, sauf ton respect : j’ai peut-être un meilleur tuyau pour cuisiner ton bonhomme !
_ Ah ouais ? Toi, le taulier ?
_ Ouais. Je voulais justement te le dire. Figure-toi, crois-moi ou crois-moi pas, que quelqu’un est arrivé sur le vaisseau. Tout droit de notre planète-capitale.
_ Allons donc. Tu m’en diras tant. Et c’est qui ?
_ Ah, bah attend ! Y’a la quatrième fournée de picole qui rapplique !
_ Dis-moi plutôt d’abord.
_ Chef, ça te fait rien si on siffle nos bocks, nous ?
_ Allez-y, je vous rejoins. Alors, Vhil, c’est qui ?
_ Ah, bah chef, ce quelqu’un : c’est quelqu’une.
_ Ah ouais ?
_ Ouais. Tu la connais bien, d’ailleurs. J’ai nommé : Karabine.
_ CROFF !
_ BLOUCH !
_ RGLEUH !
_ PFLOUGH !
_ Ah bah non, les mecs, là vous avez tout craché partout ! C’est quoi, ce boulot, que vous me faites, là ! On s’étrangle pas avec de la Brohrg, quand même ! T’ain, c’te gâchis !
_ Arrête de piailler, et remets-nous ça, plutôt !
_ Ah bah je risque pas de vous en redonner quand je vois ce que vous en faites.
_ Sans dec. Karabine, ici ? La chamanesse ?
_ Tout juste. Elle s’est dit que t’allais avoir besoin d’un coup de main, si des fois ça t’arrivais de merder en bas.
_ Hou, chef, là, tu vas avoir du fil à retordre !
_ Houho, putain, oui !
_ Pour sûr, l’est pas commode, la dame !
_ Oais, un caractère, faut voir comme !
_ Raison de plus, Vhil, pour que tu nous répètes la quatrième fournée de Brohrg. Allez-allez, et sans discuter !
C’est à ce moment précis qu’un corps lancé en l’air par ses adversaires durant la bagarre évoquée ci-dessus vint s’écrouler droit sur notre table avec un grand bruit sourd, dispersant nos bocks et nous aspergeant de bière. Ce geste d’hostilité ne manqua pas d’entraîner un réflexe conditionné de notre part : celui de nous précipiter fissa participer à ladite bagarre, sans réfléchir autrement.
La bienséance vaut bien cela !
En tout cas, c’est Lénia qui sera contente. Elle voulait des femmes de chez nous, eh bah elle va avoir l’occasion d’en connaître une, parfaitement représentative !
21:56 Publié dans La Brute au Kotidien | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace




Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://sulfateusesetbocksdebiere.hautetfort.com/trackback/1523810
Commentaires
Certes, je suis contente, bon la fille j ai pas bien vu elle n a fait qu un court passage ? je relierai demain, c est peut être la fatigue ...
J ai adoré la chute ... j étais carrément dans l histoire à boire des coups ! et paf j ai sursauté avec le ccorps qui arrive sur la table !
Sinon les sorts qui grattent sous les pieds c est pas mal comme truc !
Allez bon retrour parmi nous
Ecrit par : Lénia | 19 mars 2008
@ Lénia : T'inquiète pas pour notre copine. Tu peux compter sur elle, elle fera son passage ici.
Et elle prendra toute la place, comme à son habitude.
Gratter sous le pieds, c'était censé être une torture mais là ce serait plutôt un soulagement d'utilité générale... L'a raté son coup l'Argolphe.
Merci pour le bon retour.
Ecrit par : Zhang | 19 mars 2008
Quand tout à coup
Ecrit par : toujoursraison | 20 mars 2008
@ toujours raison : Ouiiii ?
Ecrit par : Zhang | 20 mars 2008
Ecrire un commentaire