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21 mars 2008
L'interrogatoire
Dans mon bureau, avec mes potes. On cause de choses et d'autres. De cul. De bières. De sulfateuses. D'opérations militaires. De musique. Un ventilo fatigué brasse un air qui a besoin d'être renouvelé : ça pue le pet renfermé, le tabac de nos cigares, les aisselles rances. Le tout dans une lumière blafarde.
_ Bon ! Grun, Mast ! Faites-moi amener l’autre puceau d’officier, qu’on rigole un peu !
_ Oais, chef ! Mouhouharh ! T’as une idée de comment qu’on le fait causer, le zigue ?
_ Soft, pour l’instant. On va d’abord voir à qui on a affaire. Au fait, c’est quoi, son grade, vous savez ?
_ Capitaine. Enfin, l’équivalent.
_ Un rang moyen, pour un officier. On va voir ce qu’on va en tirer. Dites, les mecs ! Faites-nous monter aussi une bonne provision de Brohrg ! J’ai le gosier sec.
_ Oué chef !
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Quatre mecs m’amènent le type. Le font asseoir sur une chaise, sans lui avoir retiré ses chaînes. Il a encore son uniforme, avec son nom brodé et les insignes de son grade. Cheveux châtains clair, coupés court. Yeux bleus. Grand. Mince – et amaigri. Musclé. Le visage sale, les traits délicats, mais tirés. Il se tient droit comme un I. Avec toute la dignité dont il est capable face à un ennemi qu’il sait mortel.
_ T’ain. L’a un balais dans le cul, le gonzo.
_ L’est tout fin, l’est tout sec ! Pas un pet de gras ! Z’avez vu ça ? Même pas bon à bouffer pour nos sangliers géants !
_ On aura bien de bonnes blagues pour le dérider un peu !
_ Il est tout meugnon avec ses tâches de rousseur, mouheuhaharrh !
_ Coucou peutit ! Tu veux pas nous montrer tes caleçons en dentelles ? Mouhaharh !
Mes gars plaisantent, mais ils ne voient pas que cet officier ennemi est surtout une expression flagrante de son milieu social et de l’environnement dans lequel il a grandi et a été formé. Aristocratique, élitiste, avec toutes les valeurs qui sont associées – honneur chevaleresque, bravoure, ténacité et sacrifice au combat, pour la gloire de son monarque et de son nom. Sans doute suis-je réducteur ; en tout cas c’est un ensemble de choses qui ne sont pour nous qu’un ramassis de conneries.
_ Fermez-là un peu, les mecs. Alors. T’appelles comment, mon gars ?
_ Euh, je… Cap… Cap…
_ Détends-toi mon gars ! Pète un coup ! On va pas te bouffer – du moins pas tout de suite ! Alors ? T’appelles comment ?
_ Cap… Capitaine Elroy von Dilfus, 28 régiment d’infanterie de ligne du Convent du Calice, 7 compagnie, 4 escadron, matricule 76093456-BA.
_Ah, bah tu causes bien, quand même. Bravo. Von Dilfus. Drôle de nom. T’es d’où ?
_ Capitaine Elroy von Dilfus, 28 régiment d’infanterie de ligne du Convent du Calice…
_ Okay. On va pas s’énerver – du moins pas tout de suite. On est là pour causer calmement – du moins pour l’instant. On reprend. T’es d’où ?
_ Monsieur, je ne saurais saisir l'intérêt d'une telle interrogation ; le fait de connaître le nom de ma planète d'origine ne vous est d'aucune sorte d'utilité - à moins que l'évidence ne me porte à en déduire que vos instincts bas et bestiaux vous amèneraient à y porter la mort et la destruction, ainsi qu'il est de coutume pour vous et vos semblables.
_ Hein ?
_ S’qu’il a dit ?
_ Rien capté !
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Réponse typique. Langage précieux. Hautain, dédaigneux. Plein de morgue. Dans sa vision du monde, pour lui et pour ceux de son espèce, nous sommes irrécupérables dans la barbarie. On va voir si on peut recadrer ce connard.
_ L’intérêt d’une telle interrogation, comme tu dis, mon gars, c’est que les questions, c’est ma pomme qui te les pose. Toi, tu réponds. Et t’as pas le choix de la réponse. C’est à moi de juger si je suis content ou pas de ce que tu me dis. Alors ? Encore une fois : t’es d’où ?
_ Je ne saurais aucunement satisfaire à votre façon d’appréhender les choses. Votre manque de loyauté et de rectitude fait de vous un pleutre, un adversaire indigne, avec qui on ne peut tenir aucune conversation. Le meilleur exemple en est la convention intergalactique sur les prisonniers de guerre, que vous ne manquez pas de fouler des pieds…
_ Oh, ta gueule ! Détourne pas la conversation ! Bon ! Argolphe ! Envoie-moi un bock. Fait soif.
_ Tiens, chef !
_ Merci. Gloups, gloups, gloups, gloups. BREUUUUURRRRRH ! Rhaah ! Fait du bien !
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_ Morbleu ! C'est bien en cela que se réduit, à sa plus simple expression, toutes les facultés d'élocution dont vous êtes capable ; voilà qui confirme exactement ce que nous pensons de vous et de ceux de votre espèce. Vous vous complaisez dans une vulgarité naturelle, facile mais rébarbative, qui ne peut qu'entraîner la convictioni que vous n'êtes que des barbares avec qui il est impossible de traiter d'égal à égal.
_ Toi, mon gars, si tu veux quitter ce vaisseau les pieds devant, eh bah surtout, change pas de cap ! T’es exactement sur la bonne voie !
_ Monsieur, si vous étiez un gentilhomme, mais vous ignorez de toute évidence ce que ce mot veut dire, vous sauriez que la mort vaut bien mieux que le déshonneur. Notamment celui d’avoir à souffrir votre présence.
_ Mouheuhahaharh ! Bah si y’a qu’ça pour te faire plaisir, on peut bien s’arranger pour ce coup-là ! Mais il vaut peut-être mieux que tu finisses ta petite vie mesquine d’aristo en nettoyant nos pissotières et la crasse de nos fringues, par exemple ! Moi, je t’encourage, tiens, ça nous fera un bon ptit larbin au pain sec et à l’eau. Compte sur nous pour te trouver des boulots ingrats, histoire de te former un peu à la vrai vie. Pas, les mecs ?
_ Oais ! On lui mettra des gilets rayés !
_ Oais ! Et des perruques poudrées !
_ Oais ! Et des souliers vernis !
_ Rhah ! ! A bout carré, les souliers ! Oais !
_ Et à bouclettes, les perruques ! Et avec une mouche sur la joue !
_ Rhah, puuuuutain, le fantasme ! Y va lui arriver des bricoles !
_ Eh ! Surtout te penche pas en avant, même si on te le demande, hein, petit !
_ Alors, hein ? T’en penses quoi, von machin ?
_ Palsambleu ! Faites donc de moi ce que bon vous semble. Les glorieuses troupes de notre divin empereur sauront bien vous débusquer, tôt ou tard, et vous administrer la raclée que vous méritez, et ce ne sera que justice !
Indécrottable, ce type. Allez zou, un bock !
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_ Mordieu ! Monsieur, ce n'est certes pas en vous réfugiant dans la boisson que vous obtiendrez quoi que ce soit de moi. Si vous pensez que cet odieux breuvage compensera votre incapacité profonde à exercer de véritables qualités de meneur de troupes, je me plais à penser que vous vous trompez du tout au tout.
Non, mais quel connard ! Perds patience, moi ! Attends, je vais te me le…
_ Eh, qui c’est qui fait ce raffut à la porte ? On n’est pas censé être dérangés !
_ Attends, je vais voir. Putain, ça cogne !
_ BON LES GARS ? VOUS VOUS REVEILLEZ OU VOUS PENSEZ QUE JE COGNE PAS ASSEZ FORT ? OUVREZ UN PEU C’TE PORTE, QUE JE SECOUE UN PEU TOUT CE MERDIER !
_ Merde, chef, c’est…
_ Me dit pas que…
_ Houlà ! ça risque de chier ! Chef, c’est Karabine !
Oh, merde.
_ Eh bah alors ! ! Zhang, couille molle ! Croûte de gland ! Non, mais t’en a pas encore fini avec cet aristo de mon cul ? Qu’est-ce que je vois donc là ? Un merdeux en couches culottes qui fait ses trente kilos tout mouillé ? Pas une trace de gnon sur sa tronche ? Et pas foutu de le faire gazouiller ? Je t’ai connu plus accrocheur que ça, mon pote !
_ Non, mais je…
_ Et tu te laisses mener par le bout du nez, à ce que je vois ! Y cause, y cause, mais pas comme y faudrait ! Attends, on va te me le secouer, c’te loufiat ! Alors, connard ? Tu fais ton difficile ?
_ Monsieur, je ne saurais vous permettre en aucune façon…
SCHTA ! !
Ouh, putain, quel gnon ! Trente-six chandelles !
_ Comment ça, "monsieur" ? Où c'est-y que t'as vu du monsieur, ? Non mais tu m'as pas bien regardée ! Les autres zigues, ouais, admettons, encore qu'on peut vraiment se demander si y'a kek chose qui pendouille encore dans leurs caleçons, à ceux-là ! Mais alors moi ! Faut quand même pas confondre ! Là, si c'est pas de l'insulte ! C'est pas parce que j'ai la grosse voix, des épaules de camioinneur, du cuir et du treillis sur le dos, que je pue sous les bras et que j'envoie une haleine de phoque, comme les autres mous de la tige, là, que tu vas me donner du monsieur ! Non, mais t'as vu ça où, un culot pareil ? C'est du tout féminin, ici, pour ta gouverne. Tu veux que je te le prouve ?
_ Euh, je, euh, eh bien… Hrum…
SCHPEUH ! !
Tudieu, la tarte ! Un filet de bave envoyé en apesanteur !
_ Ta gueule ! Tu vois, moi, c’est comme ça que je me présente. Ici, c’est Karabine, chamanesse. Pour te gonfler si tu m’emmerdes ! C’est ma devise, mouhahahahharh ! Allez, puisque t’es constipé de la jactance, on va te faire adopter le débit mitraillette, tu vas voir : sans douceur, et dans la douleur !
_ Je considère qu’il est de mon droit et de mon devoir de…
SCHTAN !
Ouille ! J’en ai mal pour lui !
_ Mais t’as rien à considérer du tout, mon gars ! Le chef, là, il a des questions à te poser. Mais on dirait bien qu’il s’y prend pas de la bonne façon, pas vrai, Zhang ?
_ Eh bien, c’est-à-dire, que… heum, je commençais juste, en fait, et…
_ Ouais. MON CUL ! Assez de mollesse ! J’arrive à temps ! Vous, les mecs, c’est que de la gueule ! Tu vas voir ce que je vais lui mettre, à ton officier ! Allez, envoie-moi un bock, histoire de se mettre en condition !
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_ MMBRRRREUUUUUUUH !! Hey ? Comme un mec, pas ? Je sais aussi lâcher des caisses en direct-live, pisser debout, cracher des huiîtres et faire causer les timides ! Comme ça :
SCHTEU !
_ Et d’ailleurs, tant qu’on y est, pourquoi ne pas te faire profiter, à toi aussi, de notre breuvage planétaire ? Hein ?
_ Keumant ?
_ T’as bien entendu, face de pet foireux ! Allez, une tournée de Brohrg pour notre fringant officier ! Avancez le nectar ! Tiens, avale !
_ Hmbouf !
_ Ah oué ? Meuuusieur fait le difficile ? C’est pas bon ?
SCHTON !
_ Les gars, ouvrez-lui la gueule, foutez-y un entonnoir et tenez-lui la couenne ! Tu vas quand même pas rechigner à un privilège comme ça, non ?
_ Hmbrgl !
_ Vohaaaaalà ! Comme ça ! Pincez-lui les narines ! Et glou, et glou, et glou ! Miam-miam, ché bon, hein ?
_ Hmbflllgl ! Prrrfgl !
_ Le bock entier !
_ Gllhmgnon !
_ J’ai dit entier ! Allez, avale ! Vohaaaaaalà ! Cha, ché un grand garchon, cha ! Alors ? Merci qui ?
_ Bffflllllll ! ! Arrêtez, je vous en supplie ! C’est absolument infect ! Rhhahaaahaha ! Cela me brûle ! Je vois trouble ! J’ai la gorge en feu ! J’ai la nausée ! Et des vertiges ! C’est une affreuse torture ! Je vous dirai tout ce que vous voulez savoir ! Tout ! Mais pitié ! Plus jamais ça ! Quel affreux breuvage ! Pouah !
_ Allez, encore un, puisque t’aimes pas ça !
_ Non, non ! Pitié ! Je vais tout vous dire ! Posez-moi des questions ! Pitié, posez-moi des questions !
_ Eh bah voilà ! Suffisait de commencer comme ça ! Tu vois, Zhang, comment on obtient des résultats sans faire de chichis ?
_ Ben, je dois dire…
_ Allez, cuisine-le, ton type ! Il est à ta pogne, maintenant. Et n’hésite pas à le rafraîchir à la boisson si jamais il recommence à faire sa mijaurée.
Pfff. Fallait qu’elle s’en mêle !
LA BROHRG. L’EMULATION, EN TOUTES CIRCONSTANCES !
22:29 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, impertinences, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace




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Commentaires
Sans rire la BROHRG est si dégueu que ça ?
pauvre type ! j ai aimé le coup de la perruqye poudrée et du détail des chaussure à bouts carrés !!
Alez paf paf paf paf (c est le bruit des tapes amicales que je vous mets sur vos fesses ! )
Ecrit par : Lénia | 24 mars 2008
@ Lénia :
La Brohrg, c'est de l'artisanat bien de chez nous. Y'a que les gars de chez nous qui la trouvent succulente.
Pour ceux d'ailleurs, ça dépend des goûts mais en général elle est imbuvable : trop forte !
De toute façon, Grande, la seule façon de se faire une idée, c'est de se la picoler !
On t'en enverra un peu !
Cinquante ou soixante décalitres, ça convient ?
Ecrit par : Zhang | 24 mars 2008
oui oui c est bon envoie ! de t envoie du paté de faisan en échange ça te va ?
Ecrit par : Lénia | 26 mars 2008
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