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31 mars 2008
Les mentors 2
Chers Terriens.
Aujourd'hui, je reçois la visite de deux vieux croûtons de l'espace, Harschol et Horokor. Je vous ai déjà causé d'eux dans une de mes notes, mais je ne pense pas que vous vous en souveniez. Ce sont des anciens de l'espace, un chouilla bougon comme de juste, à la ride profonde et au poil blanc frémissant. N'interviennent plus dans les affaires de notre clan, même s'ils restent une référence pour nous. Chez vous, les Terriens, ils seraient l'équivalent des deux vieux en costard dans le "Muppet Show"...
_ Ce cher Zhang ! Toujours impeccable pour recevoir les vieux potes !
_ Oais ! Pour la bectance et la bibine, mon gars, on peut dire que vous savez vraiment recevoir.
_ Je vous remercie de vos compliments. J'espère que le menu vous a convenu. C'est un peu frugal, mais...
_ T'ain de sa race ! Trois plats de buffle en entrée ; en plat de résistance, cinq plats de boeuf, trois de sanglier, puis deux têtes de cochon et quatre fournées de saucisses. Puis la charcuterie à volonté, la bière, les tonnelets de gros rouge qui tache...
_ ... des plâtrées de fromages qui fleurent bon le terroir, qui fument et qui puent à en dézinguer les mouches sur place...
_ ...et les desserts ! Six pâtisseries, cinq glaces... On est loin de ce gros con de chef Karbo ! Quel rapiat, çui-là alors !
_ Oais, lui, vous pensez, il nous a fait bequeter seulement sept plats principaux ! Et un tonnelet de bière chacun seulement ! T'ain, ça sentait la misère ! Et en entrée, imaginez-vous : il voulait nous faire avaler, devinez quoi ? De la soupe !! Mouhahahahahrrr ! De la soupe ! Et aux légumes, encore ! Faut quand même pas déconner !
_ BRRARRRRRH !! Rha, merde, ça m'a échappé. Bouf ! Non, vraiment, Zhang, vous respectez les anciens et vous les gâtez, ça fait plaisir à constater.
_ Je suis heureux d'avoir pu faire en sorte que vous soyez parfaitement restaurés. Sinon, comment vous portez-vous ?
_ Ma foi, nous, je vous le dis, on peut pas être mieux. On se marre !
_ Ah ça ! Depuis qu'on n'a plus à se soucier de rien, vu qu'on laisse faire les jeunes, eh bah on voyage !
_ Vous voyagez.
_ Ben ouais ! Tiens, repassez-moi un peu de vot' rosé, là.
_ Servi.
_ Bloups. Breu. Oais, on voyage. On prend du bon temps, figurez-vous. On valdingue d'une planète à une autre, On regarde faire les jeunes quand y vont au charbon, et on les critique. Comme y'a que les vieux pour savoir le faire, mouhahahaharh.
_ Oh, bah tin, garçon, oais ! On fait du tourisme guerrier. Y'en a qui se dorent la couenne au soleil au bord de la mer, eh bah nous, toutes les fois qu'il y a un de nos clans pris dans une baston sur une planète, on y va, et on regarde. Mouhahahahargh !
_ Oais. On arrive à l'aise, on pose nos culs par terre, on se fait nos petits pique-nique juste devant la bataille, et on compte les points.
_ Oais. C'est pépère ! Tu te mets ta chemise hawaïenne, tes lunettes de soleil, tacrème anti UV, tu te sirotes ta bibine, tu savoures ta part de gâteau tranquille, tu pètes un coup, tu te tires sur la nouille, et tu mates les autres se faire dézinguer ! Franchement, c'est pas cool, ça ? Qu'est-ce qu'on rigole !!
_ Ben, faut dire que à votre âge, vous en avez pris votre part durant votre carrière, tous les deux, pas vrai ?
_ Oais ! Pouvez le dire ! Surtout que de notre temps, les chefs de guerre faisaient pas de vieux os ! Pas de branlette dans son coin à reluquer des magazines porno !
_ Sûr ! Toujours des embrouilles. Y'en avait pas beaucoup, des chefs de guerre, à mourir au chaud dans leur lit.
_ Oué. De notre temps, au moins, c'était un boulot à risque. Tué au combat, sous le feu. Assassiné par l'ennemi. Ou par un traître. Ou par des commandos. Ouais, ça c'était beau ! ça avait au moins de la gueule ! Mais de nos jours, bah !
_ Et comment ! Quand je pense à ce gros con de Karbo, tiens ! Une fois, il a glissé sur une flaque d'huile en voulant monter dans son véhicule de commandement ! Quel branquignol ! Il s'est foulé une cheville !
_ Ouais !! Alors du coup, il décide de rester dans son GQG. Ensuite, il demande une tasse de kaoua, on la lui donne ; un clampin passe derrière lui, le secoue involontairement, et paf ! Il s'ébouillante avec son café et il se fait bobo à la pogne !
_ Alors vous savez quoi ? Eh bah il donne tout son taf à ses aides de camps, et il se retire comme un con dans sa tente sans plus rien glander du tout !
_ Remarquez, qu'est-ce qu'on peut attendre de la part d'un type qui veut vous faire avaler de la soupe, pas ? N'empêche, Harschol, avec les guerres pépères de maintenant et les branquignols qui les font, j'ai bien l'impression qu'on sera les premiers de notre génération à mourir dans nos lits, mouhahaharh !
_ Les jeunes de maintenant, ça sait pas monter au combat et mener ses troupes sous le feu comme nous on faisait ! Alors vraiment, je le dis, le niveau baisse !
_ Et puis bon, franchement, nous, quand on les voit faire, les djeuns de maint'nan... eh bah on est tellement dégoûtés que des fois, on prend carrément les choses en main, pour leur montrer comment on fait !
_ T'ain ! C'te honte : une fois, on a assisté à la prise d'un patelin. Franchement, c'était pas fait façon pro. Y z'ont pas fait crâmer les bâtiments !
_ Ah non ! Mais déjà, z'ont pas procédé au pillage non plus !
_ Ah bah non, ça, ça leur est passé franchement à côté ! Merde, quoi, y'a quand même de quoi vous révolter : quand on prend un patelin, on pille, on vole, on ravage, on crâme, on fait du putain de butin pour s'en fourrer plein les fouilles !
_ Mais ouais, ça, c'est le B-A BA du métier ! Mais le pire, Zhang, voyez-vous !!
_ Oais, figurez-vous ! Le pire !
_ C'est que ces connots ont fait des prisonniers !!
_ Puuuuutain ! Des prisonniers ! Même pas des esclaves ! Des putains de prisonniers ! A qui on doit donner à boire et à bouffer ! Et soigner, en plus !
_ Non mais je vous demande un peu ! C'te gâchis !
_ Qu'en auriez-vous fait, vous, Harschol ? Horokor ?
_ Ah bah moi, sans dec, à l'esclavage, et pis tous vendus ! C'est toujours des brouzoufs de plus dans l'escarcelle, mouhahahaharh ! Bon, sauf deux trois larbins pour la maisonnée, une servante pour la bergère, ou bien des cadeaux offerts à des potes, et puis vohala ! Emballé, c'est pesé.
_ Moi, je vous le dis, je les aurais tous fait crâmer ! En même temps ! Ouais, quoi ! Déjà, monter des bûchers, préparer du combustible, ça donne de l'entrain ! ça met de l'ambiance ! C'est tout de suite plus convivial !
_ Plus chaleureux, mouheuharrrrh !
_ Mais tout à fait ! Et pis surtout, une bonne odeur de graillon après la bataille, dans l'euphorie de la victoire, mais puuuutain, ça met en appétit, mouhahahaharrrh !
_ Et ça fait même carrément bander, oué ! ça, c'est du raffinement ! C'est même de l'aaaart !
_ Oué meuuusieur ! De l'aaaaarrt ! Z'y comprennent plus rien maintenant !
_ Alors sur ce coup-là, on y est allé, on leur a dit, et on leur a tout montré !
_ Aaaaah ça ! On a gratté la thune, et fait péter le patelin, fallait voir comme !
_ Ouais ! Rien que de la cendre, qu'y restait, mouheuharh ! Et pis les prisonniers...
_ Aaah, bah les prisonniers, hein, tous au bûcher ! Et c'était un grand moment ! A la joyeuse flambée, à la nuit tombante, avec un ptit orchestre, son cuissôt de sanglier et sa boutanche de vin, je peux vous dire que ça le fait !
_ Oais ! Alors bon, c'est un peu ballot, parce que leur libération avait déjà été négociée...
_ Oais, quand on a pris les choses en main, ils repartaient déjà pour être ramenés chez eux...
_ Les pauvres, ils ont un peu déchanté, quand même... mouhahahahahr !
_ Si peu... ! Wahahahahahrr !
_ Nos gars nous en ont un peu voulu...
_ Oh, un peuuuu... 'nous z'ont regardé un peu de traviole, en passant...
_ Mais on a fait une de ces bombes !!
_ Oais ! Le bon temps qui revenait !
_ Oais ! Vingt ans de moins d'un coup, mahahahahahaharrrrrh !
Mouaich. Un exemple à suivre, en fait...
12:17 Publié dans Les Kompains de la Brute | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
26 mars 2008
Space Glam - by Argolphe
Ho, les Terriens !
Z’allez bien ?
Moi, j’ai un peu la barre sur le front, mais sinon ça baigne. Aujourd’hui, banquet maousse. Célébré dans notre navire amiral, l’Ekrabouillator. Notre bien-aimé chef Zhang est trop occupé à se fendre la poire en le présidant, alors c’est moi, Argolphe, qui prend la plume pour vous causer.
C'te fois-ci, c’est pour célébrer le succès de notre débarquement général sur Alkano. Qui permet la stabilisation de la situation militaire sur le sol de cette planète. Dans tous les secteurs où elles ont été engagées, nos troupes on su foutre de belles roustes à ceux d’en face.
Bon, les terriens, si je vous dis que l’alcool coule à flots, que tout notre beau monde se bourre la gueule, s’empiffre, danse, chante, je pense que vous me croirez sans peine. J’aurais d’ailleurs de la peine à vous décrire le brouhaha. Tiens, à ma gauche, là, il y a une bataille de bouffe. Derrière la tablée du chef, je vois un mec plié en deux qui dégueule. A côté de lui, un autre type s’est endormi la tête dans sa gamelle. A ma droite, au fond, c’est l’orchestre qui s’en donne à cœur joie, paillettes et confettis voletant, avec des dizaines de types montés sur leurs tables qui dansent autour de lui. Un peu plus loin, un grand fût est en perce ; plusieurs gars sont couchés juste en dessous du jet, la gueule grande ouverte, à y recevoir la cascade de bibine.
Brohonk n’est pas de la fête. Notre pyromane préféré dirige une offensive terrestre de grand style ; il regroupe sous son commandement des guerriers de notre clan, ainsi que les troupes Garbondes – si vous ne savez pas qui sont les Garbondes, les terriens, voyez les notes précédentes du chef – et personnellement, je souhaite bien du plaisir à Brohonk avec ces loustics.
Avec d’autres gars méritants, Mast vient de recevoir une décoration des mains du chef : le Grand Bock d’Argent. Ne vous y trompez surtout pas, c’est une décoration militaire ! On la reçoit lorsqu’on est victorieux avec ses troupes au cours d’une bataille dans une planète. Même si tout le monde sait par chez nous que Mast excelle particulièrement à la picole, nous n’avons pas de décoration pour ça – pas encore, ce qui en soit est un non sens ! D’ailleurs, sa cabine a fait un gros boum, juste avant-hier ; il y avait mit son alambic pour distiller je ne sais trop quel mélange, et ça a pété dans tous les sens…
En tout cas, il peut jubiler : c’est la quinzième fois qu’il reçoit l’argent. C’est bon pour lui : au moment voulu, le chef pourra lui confier la conquête d’une planète entière et il pourra prétendre à l’or en cas de succès. D’ailleurs, je ne le vois pas, Mast. Il doit cuver quelque part. Ah, non, attendez ! Là, ce corps : le buste à l’intérieur de ce tonneau, et les jambes en l’air qui gigotent. Pas d’erreur, c’est bien lui !
En face de la tablée du chef, se trouve l’excellent capitaine von Dilfus – invité d’honneur très particulier et très attendu. Le chef s’est dit avec raison qu’il fallait absolument lui montrer ce que les mots convivialité et hospitalité voulaient dire par chez nous : il l’a fait mettre à nu et attacher verticalement à une grande roue tournant lentement sur un axe, afin que nous puissions lui balancer des tartes à la crème en pleine poire – et je peux vous dire qu’on ne se prive pas. Parfois, ce sont des œufs, des morues ou des jambons qu’il se reçoit. Ou des volées de marrons chauds. Certains mecs un peu surexcités ont demandé à notre pote Grun de lui faire pousser de très longs cheveux qu’ils auraient attachés en nattes à la roue ; leur jeu aurait alors consisté à lancer des haches pour trancher les nattes de cheveux.
Exercice piquant lorsque la roue tourne sur son axe et que les lanceurs de haches se sont soigneusement imbibés… Notre brillant convive aurait eu du souci à se faire si le chef n’avait pas refusé : il tient à l’intégrité de son prisonnier. Ce qui n’a pas empêché Grun de s’amuser avec lui. Outre les cheveux longs, notre sorcier lui a fait pousser les poils de son corps de façon très dense en les teignant de toutes les couleurs, et il y a fait courir dedans quelques insectes sympas – chenilles et scolopendres. A l’endroit des parties sensibles, Grun a fait apparaître une belle grosse fleur de tournesol qui chante la bourré d’une voix gaie.
A la tablée du chef, le roi Garbonde – voir note précédente – a adopté une attitude surprenante pour lui : il est tout ce qu’il y a de plus calme, seul dans la tempête qui l’environne. Les rumeurs disent que ses orgies partouzardes des jours derniers l’ont épuisé. De fait, il a des valises noires sous ses yeux torves et le teint pâle ; il se contente de boire et de manger, tandis que ses concubines s’amusent de très bon cœur. De temps en temps, il tape du poing en hurlant on ne sait quoi ou en riant la bouche pleine. Juste histoire de dire qu’il est dans l’ambiance.
Pas bien loin, Karabine fait des siennes. Elle est totalement déchaînée. Un bock dans une main, un jambon dans l’autre, elle chante et danse sur les tables. Elle boit, se gave de bouffe, bastonne. Les pauvres gars qui se risquent à lui crier " à poil ! " se prennent une belle beigne. Je la vois se planter sur un tonneau pour hurler des blagues cochonnes à foison, riant à gorge déployée entre deux blagues. Ici, Karabine baisse ses braies et montre ses fesses replètes ; ceux qui ensuite tombent dans ce piège et se moquent un peu trop fort de son geste se voient attribuer la plus belle des baffes – c’est ce que Karabine appelle le grand prix de la mandale. Là, elle se saisit d’un type par le col en pensant lui foutre une châtaigne, mais elle lui vomit involontairement en plein visage, à grands flots spasmodiques. Zhang, voyant ça, éclate de rire et se moque de la chamanesse. Celle-ci, s’essuyant la bouche d’un revers de manche, se précipite pour le corriger, mais le chef lui envoie une tarte à la crème et esquive la première baffe. La fille se saisit d’un plat, le balance sur le chef qui se le prend sur la poitrine. En réplique, il lui tape sur la tronche à coups de jambons.
Voulant l’assommer, Karabine saisit un fût, le lance sur le chef, mais celui-ci se baisse et le fût vient se briser sur von Dilfus au moment où la roue lui avait mis la tête en bas. A ce moment, le tournesol du prisonnier se met à brailler du death metal d’une voix lourde. Instantanément, d’autres tournesols apparaissent sur le prisonnier, qui accompagnent le premier à la guitare. C’est Grun qui s’en mêle : il n’a pas aimé qu’on touche à son joujou. Il fait voler en apesanteur le contenu d’une grande marmite – on dirait du cassoulet – et le fait se déplacer jusqu’au-dessus de la chamanesse. Lorsqu’il met fin à la lévitation, celle-ci se reçoit les flots de cassoulet en pleine poire. Le chef en profite pour y donner encore des coups de jambon. Se ressaisissant, elle lui donne un coup de boule, bien au milieu du front. Le chef vacille. Grun rapplique par derrière, écrase une bouteille sur la nuque de Karabine, ce qui ne la fait nullement broncher ; elle se retourne, file une mandale au sorcier qui décide de monter d’un cran et, d’un sort, il lui envoie un paquet de bouse fumante. Elle esquive, et c’est encore von Dilfus qui se reçoit la majeure partie de la bouse ; ses tournesols cessent de hurler, crient à l’injustice et se flétrissent d’un coup !
Zhang revient à l’assaut ; il chope la chamanesse par la taille, la soulève, et la traîne jusqu’à un grand tonneau. Pas facile, vu la force herculéenne de la fille, qui ne cesse de se débattre. Le chef la soulève de toutes ses forces, et la lance contre le tonneau, brisant ce dernier dans de grands flots de vinasse rougeoyante. Encore un gros baquet de bouse made in Grun, et Karabine est définitivement hors de combat – elle perd connaissance après avoir lancé un dernier jambon sur le chef, qu’il se prend sur le front, ce qui le fait tomber à son tour.
Egalité !
Pétard !
Bon, ben voilà ! Un banquet bien de chez nous, tout ce qu’il y a de plus classique, quoi !
Vous savez faire ça, les terriens ?
09:40 Publié dans Les Kompains de la Brute | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
21 mars 2008
L'interrogatoire
Dans mon bureau, avec mes potes. On cause de choses et d'autres. De cul. De bières. De sulfateuses. D'opérations militaires. De musique. Un ventilo fatigué brasse un air qui a besoin d'être renouvelé : ça pue le pet renfermé, le tabac de nos cigares, les aisselles rances. Le tout dans une lumière blafarde.
_ Bon ! Grun, Mast ! Faites-moi amener l’autre puceau d’officier, qu’on rigole un peu !
_ Oais, chef ! Mouhouharh ! T’as une idée de comment qu’on le fait causer, le zigue ?
_ Soft, pour l’instant. On va d’abord voir à qui on a affaire. Au fait, c’est quoi, son grade, vous savez ?
_ Capitaine. Enfin, l’équivalent.
_ Un rang moyen, pour un officier. On va voir ce qu’on va en tirer. Dites, les mecs ! Faites-nous monter aussi une bonne provision de Brohrg ! J’ai le gosier sec.
_ Oué chef !
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Quatre mecs m’amènent le type. Le font asseoir sur une chaise, sans lui avoir retiré ses chaînes. Il a encore son uniforme, avec son nom brodé et les insignes de son grade. Cheveux châtains clair, coupés court. Yeux bleus. Grand. Mince – et amaigri. Musclé. Le visage sale, les traits délicats, mais tirés. Il se tient droit comme un I. Avec toute la dignité dont il est capable face à un ennemi qu’il sait mortel.
_ T’ain. L’a un balais dans le cul, le gonzo.
_ L’est tout fin, l’est tout sec ! Pas un pet de gras ! Z’avez vu ça ? Même pas bon à bouffer pour nos sangliers géants !
_ On aura bien de bonnes blagues pour le dérider un peu !
_ Il est tout meugnon avec ses tâches de rousseur, mouheuhaharrh !
_ Coucou peutit ! Tu veux pas nous montrer tes caleçons en dentelles ? Mouhaharh !
Mes gars plaisantent, mais ils ne voient pas que cet officier ennemi est surtout une expression flagrante de son milieu social et de l’environnement dans lequel il a grandi et a été formé. Aristocratique, élitiste, avec toutes les valeurs qui sont associées – honneur chevaleresque, bravoure, ténacité et sacrifice au combat, pour la gloire de son monarque et de son nom. Sans doute suis-je réducteur ; en tout cas c’est un ensemble de choses qui ne sont pour nous qu’un ramassis de conneries.
_ Fermez-là un peu, les mecs. Alors. T’appelles comment, mon gars ?
_ Euh, je… Cap… Cap…
_ Détends-toi mon gars ! Pète un coup ! On va pas te bouffer – du moins pas tout de suite ! Alors ? T’appelles comment ?
_ Cap… Capitaine Elroy von Dilfus, 28 régiment d’infanterie de ligne du Convent du Calice, 7 compagnie, 4 escadron, matricule 76093456-BA.
_Ah, bah tu causes bien, quand même. Bravo. Von Dilfus. Drôle de nom. T’es d’où ?
_ Capitaine Elroy von Dilfus, 28 régiment d’infanterie de ligne du Convent du Calice…
_ Okay. On va pas s’énerver – du moins pas tout de suite. On est là pour causer calmement – du moins pour l’instant. On reprend. T’es d’où ?
_ Monsieur, je ne saurais saisir l'intérêt d'une telle interrogation ; le fait de connaître le nom de ma planète d'origine ne vous est d'aucune sorte d'utilité - à moins que l'évidence ne me porte à en déduire que vos instincts bas et bestiaux vous amèneraient à y porter la mort et la destruction, ainsi qu'il est de coutume pour vous et vos semblables.
_ Hein ?
_ S’qu’il a dit ?
_ Rien capté !
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Réponse typique. Langage précieux. Hautain, dédaigneux. Plein de morgue. Dans sa vision du monde, pour lui et pour ceux de son espèce, nous sommes irrécupérables dans la barbarie. On va voir si on peut recadrer ce connard.
_ L’intérêt d’une telle interrogation, comme tu dis, mon gars, c’est que les questions, c’est ma pomme qui te les pose. Toi, tu réponds. Et t’as pas le choix de la réponse. C’est à moi de juger si je suis content ou pas de ce que tu me dis. Alors ? Encore une fois : t’es d’où ?
_ Je ne saurais aucunement satisfaire à votre façon d’appréhender les choses. Votre manque de loyauté et de rectitude fait de vous un pleutre, un adversaire indigne, avec qui on ne peut tenir aucune conversation. Le meilleur exemple en est la convention intergalactique sur les prisonniers de guerre, que vous ne manquez pas de fouler des pieds…
_ Oh, ta gueule ! Détourne pas la conversation ! Bon ! Argolphe ! Envoie-moi un bock. Fait soif.
_ Tiens, chef !
_ Merci. Gloups, gloups, gloups, gloups. BREUUUUURRRRRH ! Rhaah ! Fait du bien !
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_ Morbleu ! C'est bien en cela que se réduit, à sa plus simple expression, toutes les facultés d'élocution dont vous êtes capable ; voilà qui confirme exactement ce que nous pensons de vous et de ceux de votre espèce. Vous vous complaisez dans une vulgarité naturelle, facile mais rébarbative, qui ne peut qu'entraîner la convictioni que vous n'êtes que des barbares avec qui il est impossible de traiter d'égal à égal.
_ Toi, mon gars, si tu veux quitter ce vaisseau les pieds devant, eh bah surtout, change pas de cap ! T’es exactement sur la bonne voie !
_ Monsieur, si vous étiez un gentilhomme, mais vous ignorez de toute évidence ce que ce mot veut dire, vous sauriez que la mort vaut bien mieux que le déshonneur. Notamment celui d’avoir à souffrir votre présence.
_ Mouheuhahaharh ! Bah si y’a qu’ça pour te faire plaisir, on peut bien s’arranger pour ce coup-là ! Mais il vaut peut-être mieux que tu finisses ta petite vie mesquine d’aristo en nettoyant nos pissotières et la crasse de nos fringues, par exemple ! Moi, je t’encourage, tiens, ça nous fera un bon ptit larbin au pain sec et à l’eau. Compte sur nous pour te trouver des boulots ingrats, histoire de te former un peu à la vrai vie. Pas, les mecs ?
_ Oais ! On lui mettra des gilets rayés !
_ Oais ! Et des perruques poudrées !
_ Oais ! Et des souliers vernis !
_ Rhah ! ! A bout carré, les souliers ! Oais !
_ Et à bouclettes, les perruques ! Et avec une mouche sur la joue !
_ Rhah, puuuuutain, le fantasme ! Y va lui arriver des bricoles !
_ Eh ! Surtout te penche pas en avant, même si on te le demande, hein, petit !
_ Alors, hein ? T’en penses quoi, von machin ?
_ Palsambleu ! Faites donc de moi ce que bon vous semble. Les glorieuses troupes de notre divin empereur sauront bien vous débusquer, tôt ou tard, et vous administrer la raclée que vous méritez, et ce ne sera que justice !
Indécrottable, ce type. Allez zou, un bock !
PUBLICITE - UN MOMENT D'ANGOISSE ? BUVEZ DE LA BROHRG !!
_ Mordieu ! Monsieur, ce n'est certes pas en vous réfugiant dans la boisson que vous obtiendrez quoi que ce soit de moi. Si vous pensez que cet odieux breuvage compensera votre incapacité profonde à exercer de véritables qualités de meneur de troupes, je me plais à penser que vous vous trompez du tout au tout.
Non, mais quel connard ! Perds patience, moi ! Attends, je vais te me le…
_ Eh, qui c’est qui fait ce raffut à la porte ? On n’est pas censé être dérangés !
_ Attends, je vais voir. Putain, ça cogne !
_ BON LES GARS ? VOUS VOUS REVEILLEZ OU VOUS PENSEZ QUE JE COGNE PAS ASSEZ FORT ? OUVREZ UN PEU C’TE PORTE, QUE JE SECOUE UN PEU TOUT CE MERDIER !
_ Merde, chef, c’est…
_ Me dit pas que…
_ Houlà ! ça risque de chier ! Chef, c’est Karabine !
Oh, merde.
_ Eh bah alors ! ! Zhang, couille molle ! Croûte de gland ! Non, mais t’en a pas encore fini avec cet aristo de mon cul ? Qu’est-ce que je vois donc là ? Un merdeux en couches culottes qui fait ses trente kilos tout mouillé ? Pas une trace de gnon sur sa tronche ? Et pas foutu de le faire gazouiller ? Je t’ai connu plus accrocheur que ça, mon pote !
_ Non, mais je…
_ Et tu te laisses mener par le bout du nez, à ce que je vois ! Y cause, y cause, mais pas comme y faudrait ! Attends, on va te me le secouer, c’te loufiat ! Alors, connard ? Tu fais ton difficile ?
_ Monsieur, je ne saurais vous permettre en aucune façon…
SCHTA ! !
Ouh, putain, quel gnon ! Trente-six chandelles !
_ Comment ça, "monsieur" ? Où c'est-y que t'as vu du monsieur, ? Non mais tu m'as pas bien regardée ! Les autres zigues, ouais, admettons, encore qu'on peut vraiment se demander si y'a kek chose qui pendouille encore dans leurs caleçons, à ceux-là ! Mais alors moi ! Faut quand même pas confondre ! Là, si c'est pas de l'insulte ! C'est pas parce que j'ai la grosse voix, des épaules de camioinneur, du cuir et du treillis sur le dos, que je pue sous les bras et que j'envoie une haleine de phoque, comme les autres mous de la tige, là, que tu vas me donner du monsieur ! Non, mais t'as vu ça où, un culot pareil ? C'est du tout féminin, ici, pour ta gouverne. Tu veux que je te le prouve ?
_ Euh, je, euh, eh bien… Hrum…
SCHPEUH ! !
Tudieu, la tarte ! Un filet de bave envoyé en apesanteur !
_ Ta gueule ! Tu vois, moi, c’est comme ça que je me présente. Ici, c’est Karabine, chamanesse. Pour te gonfler si tu m’emmerdes ! C’est ma devise, mouhahahahharh ! Allez, puisque t’es constipé de la jactance, on va te faire adopter le débit mitraillette, tu vas voir : sans douceur, et dans la douleur !
_ Je considère qu’il est de mon droit et de mon devoir de…
SCHTAN !
Ouille ! J’en ai mal pour lui !
_ Mais t’as rien à considérer du tout, mon gars ! Le chef, là, il a des questions à te poser. Mais on dirait bien qu’il s’y prend pas de la bonne façon, pas vrai, Zhang ?
_ Eh bien, c’est-à-dire, que… heum, je commençais juste, en fait, et…
_ Ouais. MON CUL ! Assez de mollesse ! J’arrive à temps ! Vous, les mecs, c’est que de la gueule ! Tu vas voir ce que je vais lui mettre, à ton officier ! Allez, envoie-moi un bock, histoire de se mettre en condition !
PUBLICITE - AFFRONTEZ L’ADVERSITE ! BUVEZ DE LA BROHRG ! !
_ MMBRRRREUUUUUUUH !! Hey ? Comme un mec, pas ? Je sais aussi lâcher des caisses en direct-live, pisser debout, cracher des huiîtres et faire causer les timides ! Comme ça :
SCHTEU !
_ Et d’ailleurs, tant qu’on y est, pourquoi ne pas te faire profiter, à toi aussi, de notre breuvage planétaire ? Hein ?
_ Keumant ?
_ T’as bien entendu, face de pet foireux ! Allez, une tournée de Brohrg pour notre fringant officier ! Avancez le nectar ! Tiens, avale !
_ Hmbouf !
_ Ah oué ? Meuuusieur fait le difficile ? C’est pas bon ?
SCHTON !
_ Les gars, ouvrez-lui la gueule, foutez-y un entonnoir et tenez-lui la couenne ! Tu vas quand même pas rechigner à un privilège comme ça, non ?
_ Hmbrgl !
_ Vohaaaaalà ! Comme ça ! Pincez-lui les narines ! Et glou, et glou, et glou ! Miam-miam, ché bon, hein ?
_ Hmbflllgl ! Prrrfgl !
_ Le bock entier !
_ Gllhmgnon !
_ J’ai dit entier ! Allez, avale ! Vohaaaaaalà ! Cha, ché un grand garchon, cha ! Alors ? Merci qui ?
_ Bffflllllll ! ! Arrêtez, je vous en supplie ! C’est absolument infect ! Rhhahaaahaha ! Cela me brûle ! Je vois trouble ! J’ai la gorge en feu ! J’ai la nausée ! Et des vertiges ! C’est une affreuse torture ! Je vous dirai tout ce que vous voulez savoir ! Tout ! Mais pitié ! Plus jamais ça ! Quel affreux breuvage ! Pouah !
_ Allez, encore un, puisque t’aimes pas ça !
_ Non, non ! Pitié ! Je vais tout vous dire ! Posez-moi des questions ! Pitié, posez-moi des questions !
_ Eh bah voilà ! Suffisait de commencer comme ça ! Tu vois, Zhang, comment on obtient des résultats sans faire de chichis ?
_ Ben, je dois dire…
_ Allez, cuisine-le, ton type ! Il est à ta pogne, maintenant. Et n’hésite pas à le rafraîchir à la boisson si jamais il recommence à faire sa mijaurée.
Pfff. Fallait qu’elle s’en mêle !
LA BROHRG. L’EMULATION, EN TOUTES CIRCONSTANCES !
22:29 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, impertinences, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace
19 mars 2008
Au troquet
Chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre.
Je dois avouer que je suis bien content de m’être fourré au vert pendant quelques temps. Mais la vie de vadrouilleur intergalactique suis son cours, et y’a du pain sur la planche par chez moi.
Mes gars n’ont pas chômé, loin de là. A peine de retour, je suis allé me rendre compte par moi-même, et je me suis organisé une bonne petite virée de baston sur Alkano avec mes potes Brohonk, Grun, Mast et Argolphe, suivis de quelques bons guerriers. Juste histoire de me faire une idée précise de la situation.
N’empêche : ça fait du bien de se défouler, et d’aller casser de l’ennemi. Mmmmmh, quel panard ! Six ou sept jours de baston intense au grand air, bien physique, ça entretien la forme et la santé, je vous le garantis.
Une fois de retour en orbite sur le navire amiral, nous n’avons pas pris le temps de nous déséquiper : direction le troquet du vaisseau, pour nous envoyer une tournée de bons gros bocks bien pleins. C’est notre façon à nous de procéder à un débriefing. Chacun pose ses deux mètres de sulfateuse encore chaude au râtelier à l’entrée du bar, et zou ! L’odeur avenante et rassurante du houblon est dans toutes les narines. Faut vite faire gicler la mousse, car fait sacrément soif !
_ Avé, chef ! ‘Lut les mecs ! Ravi vous revoir par ici. Alors, ça baigne ? Z’avez tout bien fait péter comme y faut, en bas ? Nihaharh !
Alors lui, c’est le taulier. Il s’appelle Vhilus. Il brasse la meilleure bière de toute la galaxie.
_ Ah, bah merci du compliment, chef ! C’est un plaisir pour moi de vous revigorer la couenne avec de bons produit du terroir ! Allez, mes ptits zagneaux, assoyez-vous bien au chaud. Votre table est prête. Je te m’en vais vous mettre une bonne bûche de côté au feu, te vous mitonner un bon ragoût, et une tournée digne de ce nom ! Z’allez voir, z’allez être au ptits zoignons ! Hein, mahahahahahrrrh ! Alors qu’est-ce que je vous mets ? De la Brohrg, comme d’hab ?
Brohrg, c’est l’abréviation de Brohrgenshklon – une bière fétiche, entièrement fabriquée par Vhilus, et pour ma part celle que je préfère.
Alors faut pas faire chier : QUAND LE CHEF BOIT DE LA BROHRG, TU BOIS DE LA BROHRG ! !
_ Mouhahahaharrrr ! ! Eh, chef, tu sais que tu me fais ma meilleure pub ! Allez, en voici déjà une giclée ! Régalez-vous, les gars, y’a rien de meilleur !
On pose nos culs, on empoigne nos bocks d'une main ferme et assurée, on trinque, on souffle la mousse, on siffle le tout sans demander notre reste, cul sec, et on s'essuie à la manche.
Première fournée !
_ BREUUUUUURRRH ! !
_ ROOOOOOORRRRHHH ! !
_ BRAOORRRRRRHH ! !
_ GREUUUUUUURRRRHH !
_ BROUUUUUHRAAAAARRH ! !
Sans commentaire. Suffisamment éloquent, pas ?
_ Ah, bah les mecs, dites ! C’est la grande forme ! Ça ébouriffe, hein ! Là, les gars, c’est vraiment vous ! On voit que vous êtes de bon poil, et que vous savez savourer ce qui est bon ! Bougez surtout pas : y’a la ptite sœur qui rapplique !
Fit-il en se barrant fissa réapprovisionner nos barons. Pendant ce temps-là, trois mecs derrière nous dans le troquet qui sirotaient leurs bocks dans leur coin se mettent à entonner gaillardement une chanson paillarde.
_ Ceci dit, chef, la Brohrg, c’est vrai qu’elle est bonne. Mais pour ses autres bières, y sait pas faire : c’est de la pisse d’âne !
_ C’est pour ça qu’il a les jetons : pas une de ses marques n’est retenue pour les concours de rôts à part sa Brohrg ! Depuis le temps qu’il essaye de les placer, qu’il bosse sur ses produits, eh bah il se fait toujours enfoncer par ses rivaux.
_ Oais. Alors la Brohrg mise à part, il revend ses marques en dehors de nos planètes.
_ Oais. Personne hors de chez nous ne peut boire de la Brohrg. Moi j’en ai vu, des-pas-de-chez-nous, tantôt ils vomissent, tantôt ils s’évanouissent, ou bien encore ils hallucinent, ou perdent la tête ! Elle est même interdite dans certains systèmes, c’te bière. En réalité, Vhilus se fait énormément de thunes en refilant de la pisse de zèbre hors de chez nous.
_ Quel loufiat !
_ Surtout lui dites pas ça : il nous fait boire à l’œil !
_ Cht ! Le revlà !
_ Alors les héros, on aime les messes basses ? Régalez-vous plutôt de la suite !
Deuxième fournée !
_ GROOOOOOOGH !
_ BRAAAAAGH !
_ Hic ! GRUUUUUURRRRH !
_ BROUHOHOHOUHORRRRH !
_ MRAAAAAAAARRRHH ! !
_ Ah, les gars ! Vraiment ! Vous m’faites un putain de plaisir, snif, vous pouvez pas savoir, snif ! Jamais on honore mes produits comme ça ! Rha ! Quelle émotion, snif ! Vous savez reconnaître les vraies valeurs, vous ! Vous faites honneur à la vraie picole de chez nous ! Je vous adore ! Vous êtes… mais alors, vous êtes…
_ Heh, ça va, mec. Elle est bien jolie, ta larmichette, mais on aimerait bien éponger la suite, nous !
_ Oais ! Si c’est tout c’que t’as en réserve, eh bah franchement, t’es pas un bon commerçant !
_ Calme, Grun, calme. Ça se prépare. Les larbins vont vous ramener ça.
_ Alors pose ton cul, siffle aussi ton bock, et cause avec nous.
_ C’est pas de refus, chef !
J’en profite pour préciser que Vhilus, en parfait taulier, est amateur de cancans et de conciergeries diverses. Ça peut être utile de le faire causer parfois. Derrière nous, les trois mecs qui hurlaient leur chanson sont grimpés sur leur table pour en entonner une autre plus fort, s’adonnant à une chorégraphie improvisée.
_ Alors, garçon, quoi de neuf sur le vaisseau ?
_ Ah bah ma foi, plein de choses.
_ C’est-à-dire ?
_ Ah, bah, par exemple, là, y’a votre prisonnier, là l’officier. J’sais plus son nom…
_ Moi non plus. C’est celui qui a été capturé par Brohonk ?
_ Voilà !
_ Et alors ?
_ Oah, bah, y fait des siennes, quoi, y gueule. L’est pas content, comme quoi la convention intergalactique sur les prisonniers de guerre, patati, patata, faut la respecter, sinon j’sais pas quoi, comme quoi on s’en repentira, comme quoi on viendra de toute façon nous châtier comme on le mérite, enfin bon, le blabla habituel, quoi.
_ Mais de quoi il se plaint ?
_ Oh, bah des trucs sur ses conditions de détention.
_ Bah voyons. Môôsieur l’officier n’a pas de draps blanc tout propres, Môôsieur l’officier n’a pas des couverts en argent pour béqueter, Môôsieur l’officier doit chier et pisser dans un trou à même sa cellule sans chasse d’eau et sans papier, Môôssieur l’officier ne supporte pas la compagnie des cafards et des charançons, le pain sec et l’eau croupie qu’on lui fait la grâce de lui donner ne sont pas au goût de Môôsieur l’officier…
_ T’ain ! Chais pas c’qu’y lui faut !
_ Eh bah oué, kess vous voulez. Maintenant, les prisonniers, c’est qu’y faut tout y donner, faut tout en prendre soin, et en plus ça coûte bonbon ! Alors bon : lui, les geôliers en on eu marre et l’ont foutu dans un autre trou bien plus profond histoire de plus l’entendre.
_ Bien joué. Au fait, il a causé ?
_ Ah bah non, tu penses bien, chef ! C’est de l’officier, c’est de l’aristo, ça fait son ptit indigné, ça veut qu’on respecte les conventions, alors selon les conventions, eh bah on cause pas à l’ennemi.
_ Ouah, bah en voilà des manières ! " On cause pas à l’ennemi ", tout de suite ! Pfff ! C’est vraiment histoire de se donner un genre. Encore un connard avec des principes !
_ On lui a dit qu’on aurait très bien pu être un peu moins gentil avec lui ?
_ Oais ! J’aurais dû le faire crâmer quand je l’ai capturé ! Mhhhhh ! ! Brûle, brûle, brûle ! Kram ! Boum ! Mouheuharh !
_ Oh, calme, Brohonk. Finis donc ton bock.
_ Ah, bah tiens, justement, vlà la suite de la picole !
Troisième fournée !
_ BROOOOOOHARRRH !
_ BRAAAAEUUURRHH !
_ BREUUUUHORRRG !
_ BRUUURRUUUUUHHGH !
_ Prout !
_ Ah bah non, Mast ! T’es pas dans le rythme !
_ Scuzez les mecs ! GREUUUUUUUHHHH !
_ Ah, non, vraiment, les mecs, je suis heureux ! HEU-REUX ! ça c’est ce qui s’appelle du compliment ! Mieux : de la reconnaissance pour l’artisanat local ! Là, franchement, je vous le dis, c’est toute la qualité du produit qui ressort ! C’est le vrai bon terroir de chez nous ! Qui s’exprime en plein, dans toute sa maturité ! Rhah ! Qu’est-ce qu’on se sent bien ! !
_ Tiens, j’ai envie de pisser, moi !
_ Bon, bah Argolphe, tu sais où sont les goguenots. Confonds pas avec les cuisines, comme la dernière fois.
_ Vhil, si tes chaudrons plein de rata ressemblent à des chiottes, t’as des soucis à te faire niveau bectance ! Mouhahahaharh !
_ Alors les mecs : buvez tant que vous voulez, mais ne mangez surtout rien, on sait jamais ce que les clients de Vhilus ont pu faire en voulant aller se soulager !
_ Mouhahaharh !
_ Ah non. Les mecs. S’il vous plaît. Là, vous me faites de la peine.
_ Alors fait péter encore une tournée de liquide, sans broncher, et fissa !
_ Ouais, les mecs, ça filoche.
Le tiercé à la chanson paillarde a fini par se fatiguer et ses membres se retrouvent maintenant sous les tables, à profiter d’un repos bien mérité. Le bruit de leurs lourds ronflements ponctue le brouhaha ordinaire du troquet. Ailleurs, loin dans la salle, on dirait qu’une bagarre éclate.
_ Faudra quand même voir à le faire causer, ce petit merdaillon d’officier, dites.
_ T’as raison, chef. Alors justement, comment on fait ? Moi j’ai des petits sorts hallucinatoires sympas, de quoi lui faire rentrer les couilles de peur !
_ Moi j’ai une machine à chatouiller sous les aisselles !
_ On va aller loin avec ça, Argolphe !
_ Ou à chatouiller sous la plante des pieds si vous préférez !
_ L’écoute pas, chef. J’ai de meilleures idées ! On lui crâme tous les poils du corps ! Un par un ! A la bougie ! A la cire ! Au briquet ! Au chalumeau ! A l’allumette ! Vous allez voir, on va s’marrer ! C’est du boulot d’artiste ! Surtout, moi je préfère quand on arrive aux poils du cul ! Si on lui a fait bouffer des fayots avant, et qu’il lâche une série de caisses…
_ Arrête, Brohonk, t’es glauque. Moi, je peux lui faire avaler un dé à coudre de ma gnôle spéciale ! Du sur mesure. Le genre qui vous récure les boyaux faut voir comme, de quoi alimenter les propulseurs d’un croiseur !
_ C’est bien, Mast. Mais chef, sauf ton respect : j’ai peut-être un meilleur tuyau pour cuisiner ton bonhomme !
_ Ah ouais ? Toi, le taulier ?
_ Ouais. Je voulais justement te le dire. Figure-toi, crois-moi ou crois-moi pas, que quelqu’un est arrivé sur le vaisseau. Tout droit de notre planète-capitale.
_ Allons donc. Tu m’en diras tant. Et c’est qui ?
_ Ah, bah attend ! Y’a la quatrième fournée de picole qui rapplique !
_ Dis-moi plutôt d’abord.
_ Chef, ça te fait rien si on siffle nos bocks, nous ?
_ Allez-y, je vous rejoins. Alors, Vhil, c’est qui ?
_ Ah, bah chef, ce quelqu’un : c’est quelqu’une.
_ Ah ouais ?
_ Ouais. Tu la connais bien, d’ailleurs. J’ai nommé : Karabine.
_ CROFF !
_ BLOUCH !
_ RGLEUH !
_ PFLOUGH !
_ Ah bah non, les mecs, là vous avez tout craché partout ! C’est quoi, ce boulot, que vous me faites, là ! On s’étrangle pas avec de la Brohrg, quand même ! T’ain, c’te gâchis !
_ Arrête de piailler, et remets-nous ça, plutôt !
_ Ah bah je risque pas de vous en redonner quand je vois ce que vous en faites.
_ Sans dec. Karabine, ici ? La chamanesse ?
_ Tout juste. Elle s’est dit que t’allais avoir besoin d’un coup de main, si des fois ça t’arrivais de merder en bas.
_ Hou, chef, là, tu vas avoir du fil à retordre !
_ Houho, putain, oui !
_ Pour sûr, l’est pas commode, la dame !
_ Oais, un caractère, faut voir comme !
_ Raison de plus, Vhil, pour que tu nous répètes la quatrième fournée de Brohrg. Allez-allez, et sans discuter !
C’est à ce moment précis qu’un corps lancé en l’air par ses adversaires durant la bagarre évoquée ci-dessus vint s’écrouler droit sur notre table avec un grand bruit sourd, dispersant nos bocks et nous aspergeant de bière. Ce geste d’hostilité ne manqua pas d’entraîner un réflexe conditionné de notre part : celui de nous précipiter fissa participer à ladite bagarre, sans réfléchir autrement.
La bienséance vaut bien cela !
En tout cas, c’est Lénia qui sera contente. Elle voulait des femmes de chez nous, eh bah elle va avoir l’occasion d’en connaître une, parfaitement représentative !
21:56 Publié dans La Brute au Kotidien | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace
06 mars 2008
Une petite parenthèse au calme
Bon !
Mes chers amis terriens, blogueurs et internautes sur votre doulce Terre, je vais prendre quelques jours à ne rien glander du tout. Mon coin de galaxie continue bien sûr de tourner, même sans votre chef de guerre préféré qui s'en va roupiller un chouilla dans son coin.
Donc, la note ci-dessous concernant ce taré de pyromane à la con sera la seule que je serai en mesure de vous rédiger avec amour et tendresse avant une bonne quinzaine de jours.
Or ça donc, à bientôt, avec les ahuris de l'espace !!
21:53 Publié dans La Brute au Kotidien | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace
Un pyromane en action
Voici quelques extraits du rapport que me fait parvenir notre pyromane de service, j'ai nommé Brohonk La-Krame. Je l'ai envoyé sur Alkano, préalablement à notre débarquement en masse ; il a avec lui quelques milliers de nos gars, du blindé, de l'aviation, de l'artillerie, afin de filer un coup de patte au clan Maklab qui continue de se battre.
"... Et j'ai achevé mon avancée dans ce secteur en faisant sauter trois dépôts d'essence en même temps ; tu peux me croire, chef, ça a fait une putain de belle flambée. En pleine forêt, en plus ! Qu'est-ce que j'étais content ! De belles flammes, ouaiiiis ! Et qui durent longtemps ! C'était si beau à regarder ! Surtout la nuit ! Quelles belles couleurs ! Y'en a qui avaient chaud aux miches, mouheuhahaharf !"
T'ain. Je m'excuse par avance pour tous les écolos qui lisent ces lignes. Faut toujours qu'il fasse crâmer quelque chose, çui-là. Ce qui m'inquiète, c'est que ça prend parfois de ces proportions...
"...J'ai pu ensuite me rapprocher du front et nous avons été engagés de façon assez intense. Ceux d'en face nous sont tombés dessus comme des mouches sur de la merde, et je peux te dire qu'ils sont particulièrement déterminés. Ils avaient l'air surpris de nous trouver sur leur chemin à leur tenir tête, vu que les Maklabs restent démoralisés et reculent, même en bon ordre..."
Le chef des Maklab, lui, pétard, je vais lui faire sortir ses doigts du fond de son cul, on verra s'il se bougera pas !
"... Je suis resté fasciné par les colonnes de flammes créées par nos sorciers pour repousser les assauts ennemis. Mon lieutenant n'arrêtait pas de me demander des ordres tandis que j'étais pris par cette hypnose. Le temps que je réagisse, un ennemi m'avait aligné et tiré dessus. J'ai été con, mais bon, le feu, c'est le feu, tu sais chef ! C'est beau le feu. Feu. Feu ! FEUUUUU !"
Ouho, putain ! ça sent la pulsion, là !
"... Une balle ennemie a pu effleurer mon lance-flammes et en a faussé le mécanisme d'injection. En plus, tu sais, chef, c'est ma petite berline extra modèle numéro 1 ! Une de mes préférées ! Tu parles si je la bichonnais ! Elle est vraiment endommagée, maintenant. En plus elle aurait pu me péter en pleine poire. C'est le truc qui m'a vraiment fait de la peine ! Alors pris par la rage, j'ai hurlé comme un taré, je me suis élancé de ma cache, j'ai couru à l'ennemi et j'ai tiré à fond la caisse avec ma mitrailleuse, dans tous les sens. Franchement, je te le dis, j'étais enragé."
Tiens, qu'est-ce que je disais !! La pulsion du pyro en chaleur, si j'ose dire. M'étonne pas.
"Du coup, mes mecs m'ont tous suivi et on a repoussé l'assaut !! Chouette, non ? Ceci dit, tu sais, chef, vraiment : une sulfateuse, ça vaut pas du tout une bonne petite flammeuse comme je les aime. Mmmmh ! Surtout quand elles sentent l'huile et le neuf - mhahahhhhhh !! Alors après l'ennemi a abandonné pas mal de matos ; des munitions, des véhicules... Ouah ! Quel veine ! De bonnes prises !"
Bien joué, mec.
"Mais comme j'avais toujours la rage, j'ai pris un lance-roquettes et j'ai tout fait péter, véhicule par véhicule, BOUM ! BOUM ! caisse de cartouche par caisse de cartouche, KRAM ! BOUM ! Y'avait des grenades et des roquettes, des jeeps, des véhicules d'observation, de transport ! J'ai touuuuuut fait péééééter , ouais !! KRAM ! BOUM ! BOUM !! hi-hi-hi ! Trop fun les explosions !"
Putain, non, mais quel taré, çui-là ! Du matos qui aurait pu nous servir !
"On a du faire une bonne centaine de prisonniers. Je te les fais transférer sitôt que j'ai des transports à ma disposition."
Eh bah c'est déjà ça ! On va pouvoir les interroger tranquille. Ssssurtout, qu'il ne les fasse pas crâmer, merde ! ça m'étonne d'ailleurs qu'il n'y ait pas songé... est-ce qu'il s'améliore, par hasard ? Faudra tout de même que je les fasse compter, des fois qu'il n'en disparaisse pas un ou deux, comme ça, au hasard des déplacements. Le connais, moi, le loustic.
"Et ça tombe bien : j'ai du bel officier tout bien gentil et tout bien habillé, le genre à péter dans la soie et à cultiver ses tâches de rousseur comme avec un potager. Tu verras, tu le trouveras marrant, ce puceau-là !"
Mouais ! Je vais lui faire les honneurs, mouhahahahahahaharrrrh !
"Sur ce, je te laisse ; c'est l'heure de casser la croûte et mes gars ont trouvé le moyen de faire crâmer de la bidoche à la broche, avec les propulseurs d'un transport ! Tu prend ton quartier de viande, et zou ! A fond les tuyères ! Et cette bonne odeur de réacteur, ouuuuuahhahah ! ça me trouble ! Gzt. Grz. Brf."
Et allez ! Surtout faites gaffe à ne pas vous brûler les doigts ! Non mais je rêve.
Décidément, j'ai un mal fou à le cadrer, ce type-là !
21:23 Publié dans Bibine, Brouzoufs, Baston ! | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace
05 mars 2008
Parité intergalactique
Franchement, je tiens à rassurer vite fait en passant la gente dame Lénia : ce n'est pas parce que nous sommes des brutes épaisses et des lourdeaux sans cervelle qui aiment la bibine et la baston à travers les planètes et les galaxies qu'il n'y a pas de femmes chez nous. En vérité, j'irai même, chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre, jusqu'à vous donner des leçons : chez nous, les femmes font tout et sont partout. Elles sont guerrières, chamanesses, sorcières, mékanos, cheftaines de clan, et assument parfaitement ces rôles.
Elles n'ont pas leur pareil pour piloter un croiseur de l'espace ou bien se servir d'une sulfateuse bien maousse, et souvent elles éclusent leurs godet bien mieux que nous.

Euuuuh, non, ça c'est pas un bon exemple... Scuzez !
Soyez assurés que je ne manquerai pas de vous faire profiter du savoir-faire de nos doulces compagnes et vous en présenterai.
Mais sinon, à quoi donc ressemblent nos femmes extraterrestres ?
Personnellement, j'ai peu être un idéal un peu trop... idéalisé, surtout lorsque j'apprécie la beauté des femmes terrestres...

Ou parfois la réalité est un peu plus... réelle...

M'enfin bon là c'est juste pour pour dire à quel point elles sont bien avec nous, nos gentes dames, et qu'elles ne manquent de rien !
Non. Sérieux. On les adore nos femmes.
Aussi, un grand merci à l'excellent monsieur Toujoursraison qui m'a fait la grâce de m'offrir le nouveau bandeau de ce blog intergalactique. Vraiment, ça en jette et ça a de la gueule.
Vraiment, vous les terriens, vous êtes super sympas. Promis : on ne vous envahira pas !
00:24 Publié dans La Brute au Kotidien | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : parité, journal intime, science-fiction, de tout et de rien, chroniques, blog, sf
03 mars 2008
Terriens, Grun vous cause !
Mouheuheuharrr ! Alors c'est ça, ce que les terriens appellent un "blob" ? Non, "blop". "Blom", plutôt. Merde, je sais pu. En tout cas, je vais pouvoir écrire, et balancer mes propres conneries ! Le chef a accepté de nous prêter son clavier, alors zou ! J'en profite ! Wah, ça arrache quand même. C'est marrant c'que vous faites, vous les terriens ! Et pis bon, depuis le temps que le chef nous en cause, c'est sympa de se rendre un peu compte de ce que c'est vraiment qu'un "blok" !
N'empêche ! Il en a des fichiers bizarres, dans son ordi, le chef ! Attends un peu. Là, y'a... Rhooo. Rhoooo, ça ! Et pis ça ! Rhooooo, et encore ça, là... houla !! Pétard ! Rhoooooo ! J'ignorais qu'il avait des fantasmes de ce genre...

Mmmmmh, je suis pas certain que ça va plaire à sa copine si je cause de ça à droite ou à gauche. Ah, ça, par contre, ça m'étonne pas vraiment de sa part...

A moins que ce soit un verre de pisse... je sais pas si sa mousse pareil que la bière chez vous les humains, mais bon, je vais pas vous demander de m'en expédier un bidon sur ma planète pour faire la comparaison. Bon, je vais arrêter la fouille, passque sinon, ça va se voir... Si le chef vient à savoir ça, il m'arrache la tronche.
Ceci dit, afin de profiter des joies du "mlob", de quoi je vais vous causer, à vous ? T'ain, c'est le syndrome de la copie blanche. Fais chier. C'était bien la peine de prendre la tête à tout le monde pour se fourrer derrière cet écran. Bon. Voyons. Grunmad. Pense, pense, pense un peu très fort - pour une fois !

Ouilleu ! ça fait mal quand ça triture la caboche comme ça.
Eh bien ! Puisque je suis sorcier de l'espace, je m'en vais vous causer de trucs de chez nous et de trucs de sorcier. Vous savez déjà que je bosse pour le chef Zhang. On est de la même race tous les deux, on est de la même planète, mais pas du même clan. Et pas de la même caste.
Chez nous, y'a plusieurs types de bonzommes. Y'a d'abord les guerriers. Zhang et Mast et puis Brohonk, par exemple, que vous connaissez si vous avez regardé l'album de ce "glop", eh bah ce sont des guerriers. Comme autre type de caste, il y a les mékanos. C'est-à-dire ceux qui s'occupent de technologie, de mécanique. Le genre Argolphe, quoi. Et puis il y a les chamans ; eux, ils se piquent d'interpréter la volonté divine en regardant dans des tripes de je ne sais quelle pôv bestiole ou en jetant des osselets et en marmonnant sans qu'on y pige que dalle. Y sont pas très marrants. C'est vrai, on a une palanquée de dieux et de déesses, par chez nous. Je pense pas que le chef vous ai déjà parlé de nos dieux. Faudra aussi qu'il vous présente un de nos chamans.
Ensuite, il y a nous, les sorciers. On n'est pas très nombreux. Mais on est super puissants de sa race ! Le genre : repérés très jeunes, entraînés commes des mastocs par d'autres sorciers qui nous apprennent tous leurs secrets, puis affiliés à un clan particulier. Parfois, à titre accessoire, on fait de la finance, on gère le trésor du clan. Sans doute parce que les chefs s'imaginent qu'on peut multiplier la thune en balançant une formule - ceci dit c'est vrai qu'avec un boulier et des jeux d'écriture on peut faire avaler n'importe quoi à tous ceux qui n'y connaissent rien...

Les chamans, eux, font davantage de diplomatie. Allez savoir pourquoi. L'intimidation divine, sans doute. Dans les négociations, ça peut servir.
Pour en revenir à ma petite pomme, à bibi, je suis un sorcier spécialisé dans les sorts offensifs et défensifs qui se fondent sur les quatre éléments - feu, air, terre, eau. Dans la magie de guerre. Du genre : boules de feu, colonnes de feu, éclairs, tornades, tremblements de terre, pluies de pierres, marécages pour que les ennemis viennent s'y fourrer, etc. Je sais aussi, si vous m'irritez quelque peu, faire éclater sur votre beau visage des gros boutons bien purulents, vous refiler la chiasse ou la chtouille, faire des belles hallucinations du genre gros monstre poilu ou belle-mère acariâtre, vous faire dire des conneries, vous faire péter rose, jaune, violet ou vert, faire pousser des cornes ou des betteraves sur vos têtes, faire allonger le nez des menteurs, faire disparaître la queue des gros machos ou la bouche des pipelettes et des emmerdeuses, teindre une brune en blonde, transformer votre hamster en grizzli, j'en passe et des plus fiers.
Les gens qui me connaissent aiment à dire que j'aime les sorts scato parce que comme un gros gosse attardé, le pipi-caca-popo-prout me fait rire. C'est vrai, j'admets. Je crois savoir que parmi les gens qui viennent voir le "glob" du chef, comme un certain monsieur toujoursraison sur votre douce Terre, par exemple, certains ont particulièrement apprécié le sort qui consiste à créer un tas de bouse qui multiplie son volume en atteignant un ennemi, afin de le noyer ainsi que ses congénères... ça, c'est quelque chose dont je suis particulièrement fier, je le reconnais. C'est vrai aussi, que quand j'étais ado, je faisais pisser bleu ou violet mes potes, pour rigoler. Je transformais en vomi ou en bouse le contenu des chopes de ceux qui m'énervaient. Une fois, j'ai eu une querelle avec un type ; lors d'un banquet, à le voir se curer le nez de façon nonchalante, j'ai créé une énorme boulette qui n'en pouvait plus de croître de volume au fur et à mesure qu'il se l'extirpait...
_ Mouhouhouharrrrrh ! C'est vraiment con, tes sorts ! Sans déc, tu te crois drôle ? Tu crois que tu vas amuser les terriens avec ton pipi-caca et tes crottes de nez géantes ?
_ Argolphe ?! Qu'esss tu fous là ?
_ Mais je t'écoute, mon vieux ! Sympa, les confessions aux terriens. Note, j'aurais du attendre encore un peu avant de me manifester, tu aurais peut-être fait des petites révélations secrètes et intimes.
_ Ah bah non, quand même pas ! Je sais bien que c'est tentant de faire ça sur un "glog", mais...
_ T'es vraiment un blaireau ! On dit BLOG. Bé, El, Ho, Jé. C'est une contraction de "web" et de "log", en langue anglaise chez les terriens.
_ Voiiiilà, ça y est, tu fais ton prétentieux qui sait tout et qui aime bien le montrer ! T'ain, j'étais pépère jusqu'à ce que t'arrives !
_ Ah, mais continue ta note, mon ptit Grun, ne te gêne surtout pas pour moi. C'est vraiment intéressant, n'empêche : on en était à la grosse crotte de nez...
_ Te fous pas de moi.
_ Mais paaaaas du tout. Je t'encourrage même à créer ton propre BLOG ; ça t'évitera de pourrir celui du chef.
_ On va voir, toi, le genre de note que tu vas nous pondre !
_ Pas de doute à avoir : Je dirai aux terriens, mouhahaharh ! que t'es un sorcier de seconde zone. Tu fais des sorts à la merde, mais question sérieux, y'en a des types qui te passent devant. Grolor, par exemple...
_ Grolor ?! Pourquoi tu viens me parler de ce péteux ?
_ Eh bah lui y se contente pas de créer un paquet de bouse chaude et fumante. Par exemple : sais-tu invoquer un démon du cinquième cercle ?
_ Euh, du.. cinquième cercle... ? Eeeeeh beeeehhh... je dirais que... Y'a ptet des progrès à faire dans ce domaine où j'espère de grands résultats, et...
_ Mon cul ! T'as jamais su ! Tout ce que t'as pu invoquer la dernière fois que je t'ai vu le tenter, c'est un furet avec des ailes de moineau !
_ Eh, d'abord, il était vachement féroce mon furet !
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