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10 avril 2008
Je hais les bobos
Salanga, dans la vallée de l'Alang. Nous venons de reprendre la ville. Ceux d'en face ont foutu le camp la queue entre les jambes. Pertes acceptables, pour nous. Peut-être un peu trop facile.
Mast observe l'horizon bouleversé, le regard perdu dans les couleurs marron orange des cieux, des flammes et des fumées. Songeur. Préoccupé. Prend sa gourde et s'avale une gorgée. S'essuie les lèvres à la manche.
_ Faut sûrement s'attendre à un coup fourré, si tu veux que je te dise.
_ T'as une idée ?
_ Pas vraiment. Juste une intuition. A la façon dont je vois que ça bouge chez ceux d'en face.
Je me suis mis dans la tête de faire rappliquer mon crétin de sorcier. Allez savoir où Grun s'est fourré. Souvent introuvable quand ça sent le grabuge. A peaufiner des embuches à sa façon, ou bien à faire semblant de mettre en oeuvre sa magie.
_ C'est Carnage qui est à l'affût.
Ouais, ça lui ressemblait bien. Je me disais bien qu'on avait la vie dure depuis quelques temps. Il nous fait payer cher nos avancées sur le terrain, et il garde toujours une sale idée à mettre en oeuvre. Pour plus tard. L'homme connaissait nos faiblesses. Il était venu pour régler ses comptes, mais pas seulement contre nous. Contre toute attente, les rivalités divisaient aussi l'ennemi.
_ Balance l'a laissé s'enliser quand on a débaroulé au nord de l'Alang, et exprès. Ils ont leurs visées propres. En dehors de la volonté de s'attribuer la victoire vis-à-vis de leurs huiles.
_ Il s'est peut-être arrangé avec lui. Ils veulent nous couper sur nos arrières et nous laisser nous enfermer dans la ville.
_ Gros comme une maison. Sûr qu'il y a autre chose.
Le sorcier émerge d'une casemate. Un sourire mauvais lui enlaidit sa face de crapeau. Derrière lui, un ponte de la ville. Merde. Il allait falloir travailler un peu ce magos de mes deux.
_ Grun. Le négoce et la transformation de matières premières agricoles, c'est ça ?
_ Y'a pas de petites économies.
Je l'ai entraîné à l'écart. L'édile est resté dans son coin, sans cesser de nous fixer. Il n'avait pas l'air disposé à tout accepter.
_ Vas-y quand même mollo. T'es tombé sur de gros stocks de grains cachés en arrivant ici. Si tu leur files de la farine à prix d'or, à qui tu comptes faire croire que tu l'as trouvée par hasard ?
_ On n'est pas plus fauchés qu'eux.
_ A peine. Ménage les caciques locaux. C'est pas parce qu'on les a débarrassés de Carnage et de Balance qu'on va tout se permettre en loucedé. En attendant, j'ai un boulot pour toi.
_ Annonce.
_ Prend quelques gars sûrs et va faire un tour. Carnage n'a pas lâché le morceau comme ça. Je veux savoir ce qui va nous tomber sur la gueule.
_ Ouais.
J'ai du prendre l'édile à part. Personne n'allait crever de faim. Néanmoins, il faudrait qu'il nous refile des noms. En nombre suffisamment éloquent pour qu'on se rassure, si des fois ceux d'en face avaient laissé des gens à eux dans cette ville de merde. Tout se monnaye. Si par hasard ça ne donnait rien, alors c'est lui et son entourage qu'il faudrait garder à l'oeil. La roublardise de Grun nous arrangeait.
_ Pas mal ton blog-it, chef.
_ Ouais ?
_ Mais trop cérébral pour moi.
_ C'est parce que je pige rien aux terriens.
_ T'es pas le seul. Sont compliqués ces gens-là.
_ Trop précieux. Toujours à songer à leur petit bonheur et à faire semblant de dire "je suis heureux, je profite, et je le montre à qui veut bien me voir". Des hypocrites et des schizophrènes qui se complaisent dans un semblant d'objectivité.
_ Ouais.
_ Toujours à se dire ouverts. Mais il faut toujours montrer tacitement patte blanche avant de faire partie de leurs groupes sociaux à l'aide de codes incompréhensibles. Ils ont de ces putains de codes. Ils passent leur temps à se fermer leurs portes. Si t'es pas de leur monde, t'existe pas. Surtout si tu te demandes qui met en place les codes, les préjugés et les interprétations. Donc qui choisit et qui exclue. Ils engendrent entre eux une soufrance intérieure extraordinaire. Une ambivalence inclusion-exclusion-frustration. Leur société de consommation n'arrange pas les choses. L'avoir. Le matériel. L'individuel. Le mythe du bonheur érigé en idéologie et en dogme.
_ Tain. Trop métaphysique pour moi. Tu devrais étudier leur sociologie, chef.
_ Autre chose à foutre.
00:32 Publié dans Les Bastons de la Brute | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf




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Commentaires
rien compris
Ecrit par : toujoursraison | 13 avril 2008
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