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02 mai 2008
Au charbon
Mast a sa mine des mauvais moments. Barbe de trois jours et aisselles rances. Des sacs à dos sous les yeux. On dirait qu'un rouleau compresseur lui est passé dessus à plusieurs reprises. Pas étonnant, nous sommes en première ligne depuis plusieurs semaines. Au coeur d'une bataille de collines fortifiées. Au loin, on entend le bruit des combats. Les tirs de roquette. Le claquement continu des mitrailleuses. Les explosions de grenade. Les tirs de laser.
_ T'as une sale gueule, grand.
_ Toi aussi.
Sûr.
_ Qu'est-ce que ça dit, dehors ?
_ La merde grand un, chef. La merde grand un.
_ Ouais ?
_ On en bave. Pertes sévères. Plusieurs ruptures de front. On colmate comme on peut. Mais on tiendra pas longtemps comme ça.
Mh. A ma montre, il est trois heures du matin. Cette fois-ci, nous peinons à repousser l'assaut ennemi. Je sors de ma casemate. Le boucan infernal se fait plus fort. Des fusées éclairantes sont lâchées un peu partout à cadence régulière, faisant valser les ombres. Tenaces, les salopards. Je m'approche d'une grande mitrailleuse sur trépieds. Son servant tire sans arrêt. On dirait qu'il ne vise même plus. Devant lui, on peine à distinguer quelque chose en dépit des fusées éclairantes, mais on sent. On sait.
A ma droite, je distingue des lumières jaunes, oranges, violettes. Des explosions.
_ Des sorciers. Sur la colline VII.
_ Ouais. Ce sont des types à Grun, là-bas. Ils ont fort à faire eux aussi.
_ Combien de temps ça fait, maintenant, qu'on n'a aucune nouvelle de lui ?
_ Cinq ou six jours. Plus de liaison radio.
Inquiétant. On m'informe que plusieurs chefs de sections demandent l'autorisation de se replier sur d'autres positions plus faciles à défendre. Ils risquent de perdre certains points d'appui sur leur colline. Je commande un barrage d'artillerie pour les couvrir et leur permettre de se dégager dans des conditions correctes.
Une grande explosion se fait entendre sur ma gauche. Du feu, de la lumière. Des débris. Assourdissant.
_ Chef. C'est le PC de la colline III.
Merde. Là, ça craint.
_ Le chef de section. Et tout son état-major.
Parti en fumée. Dans l'impuissance, les bras ballant.
D'autres explosions sur la III. Tirs d'artillerie. Pour parachever le boulot. Dans quelques heures, ceux d'en face auront pris ces positions.
_ Ils menacent directement la piste, maintenant.
Ouais. Et tout notre approvisionnement. On risque d'être coupés.
_ Il faut reprendre la III. Sans tarder. Dis à Argolphe d'envoyer du monde. Qu'il lance une contre-offensive, et surtout, qu'il me reprenne cette foutue colline.
En plus, il y a toujours des gars à nous, là-bas. Isolés, maintenant, et sans officier. On ne peut pas les laisser dans ce merdier.
L'ennemi a créé un golem. Il marche sur nous. Des éclairs. Il gronde. Des tirs sur lui. Rien à faire, il avance toujours. Grenade. Roquette. Boules de feu. Il chancelle, plie le genou, se relève. Riposte. A l'éclair. J'entends les cris de douleur de nos gars, à quelques dizaines de mètres de ma position. Touchés de plein fouet. Nous l'attaquons, en tir de flanc. Il atteint notre tranchée. Trois tirs de roquettes sur lui. Il s'écroule. Finalement. Et part en flamme. On l'a échappé de justesse.
Les échanges de tir continuent avec ceux d'en face. A côté de moi, le servant de la mitrailleuse s'écroule. Mort. On l'évacue. Je prends sa place sans me poser de questions. Je vois des ombres. Droit devant, trajectoire basse. Je tire. Je hurle. On m'apporte des munitions. Je balance tout ce que j'ai. Et plus encore. J'ai soif. Je suis épuisé. Je tire. Sans discontinuer. Rythme infernal. Je tue du monde. J'en suis sûr. Mais il en vient toujours. Et je tire toujours. Dans les ombres. Ces foutues ombres. A la lueur des fusées. Au bout d'un long moment, je finis par m'écrouler. Le souffle coupé. Des étoiles dans les yeux. Une douleur, un grand coup sur mon épaule gauche. La mitrailleuse est en rade. Les mecs continuent à ma place au fusil mitrailleur. J'ai pris une balle. On m'examine. On me fait de l'air. On me pose des pansements. Je me sens partir.
_ Juste une égratignure. Tu t'en remettras, chef.
Mast. C'était Mast ? C'est comme dans un rêve. Voix lointaine. Le soleil se lève. Brumes matinales. On m'emmène sur un brancard. En tournant la tête sur le côté, je crois percevoir Karabine. Encore à sacrifier des poulets, la chamanesse. Et à me prédire la victoire ici, à grand renfort d'effets de manche, juste en lisant dans leurs entrailles et à marmonner je ne sais quelles conneries. J'éclate de rire. C'est surréaliste. Tout ça ne veut rien dire. Elle me hurle que les dieux sont avec nous. Qu'ils nous guideront. Je ris. Mais non. Ce n'est pas moi. J'entends un grand rire dans mon noir. Un éclat cristallin et mauvais. C'est l'Amertume qui se fout de ma gueule.
Je te l'avais bien dit.
Qu'elle me dit.
Maintenant, tu pars.
Je pars.
La douceur du coton.
Le noir.
De l'inconscient.
00:00 Publié dans Les Bastons de la Brute | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf







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Commentaires
wow l'ôt!
il est pas invincible????
Ecrit par : toujoursraison | 02 mai 2008
inminche ? minkche ... han han petchhh
(tu as bien bossé pendant mon coma je repasse demain pour lire ces bonnes hisoires ! Bon week end
Ecrit par : lénia | 02 mai 2008
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