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19 mai 2008
Jeunisme intersidéral
On va faire quelques petits parallèles.
Les terriens ont des autoroutes. Dans l'espace, il y a des spatioroutes, en plus immatérielles, avec des sens de direction, des balises de repérages disséminées à emplacements réguliers pour que les vaisseaux puissent savoir où ils sont et où ils vont.
Les terriens ont des bagnoles. Pour rouler, on s'en doute. Dans l'espace, je vous le donne en mille, il y a des vaisseaux. Pour traverser l'espace, en s'en doute aussi. Bon, on va pas s'attarder sur le fait que les voitures terriennes roulent au pétrole, et que l'écologie sur la Terre c'est pas vraiment en bonne voie, mais ça c'est pas le propos. On dira plutôt que dans les astres, y a tous les gabarits question vaisseaux. Du pot de yaourt à deux places où les propulseurs prennent dix fois plus de place que la cabine de pilotage, au long et interminable machin phallique transportant des milliers de glandus, c'est la très grande diversité.
Les terriens ont de la musique. C'en est même une grande conquête culturelle qui grandit l'âme - surtout qu'il paraît qu'elle adoucit les moeurs. Alors comme nous, les aliens, on n'est pas des peine à jouir et des gros frustrés, de la zique y'en a aussi dans les étoiles. Et selon les tendances et les genres, c'est partout pareil : on aime ci, on n'aime pas ça.
Alors bon, vous voyez pas trop où que je veux en venir ? Vous voyez pas encore l'équation subliminale ? Autoroutes plus bagnoles plus musique ? Spatioroutes plus vaisseaux plus musique ?
Ah, merde, putain de sa race, j'avais oublié ! C'est qu'il me manque encore un élément primordial, dans mon équation.
J'ai le déshonneur de nommer : le jeune. Dit aussi le djeuns dans les milieux autorisés. Sans dec.
Car les terriens - c'est heureux dans une certaine mesure - en ont. Des djeuns. Et dans l'espace, eh bah y'en a aussi. Des djeuns.
C'est là que l'équation prend tous son sens. Spatioroutes plus vaisseaux plus musique plus djeunes. Pour en rajouter encore un chouilla, on peut affiner cette belle formule. Boîte de nuit sur une lune ou une station spatiale, par exemple. Spatio-chichon, aussi. Spatio-picole. Spatio-dégueule. Spatio-drague. Spatio-veste. Spatio-cul dans les chiottes.
T'ain, vous allez dire que même dans les astres, on sombre dans les lieux communs et la caricature.
Pourtant, regardez-le, lui.
Lui, là.
Le maigrichon brun à l'air débile.
Oui, lui. Celui qu'est avec ses cinq potes. A faire hurler les propulseurs du vaisseau prêté par son père. Un vaisseau moyen qui sert audit père à se rendre à son taf. Le brillant énergumène, qui n'a pas sa licence de pilotage depuis longtemps, en profite néanmoins, vole à fond la caisse sur une portion de spatioroute entre les planètes UBA 413 et NA-K-28 - ça vous dit rien, mais bon, faut quand même le préciser, passque figurez-vous qu'entre ces deux planètes se trouve justement une station spatiale désaffectée reconvertie en méga-boîte. Connue à des années-lumières, et qui draine toutes les mouches à teuf (pour ne pas dire à merde). BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM.
Ah bah oui, nom d'une bite au cirage, cte tempo-là ça existe aussi dans l'espace. Le contraire serait d'ailleurs étonnant.
Et l'espèce de lui, là, qui pilote à donf sans limites, qui zigue-zague sur la spatio-route, qui en fait chier les usagers, parce qu'il se prend pour un kador sous la seule raison qu'il est jeune - non, djeune - il a aussi sa spatioradio qui hurle.
BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM.
Bon, admettons : dans l'espace, ça s'entend pas parce qu'il n'y a pas d'échos dans le vide.
En tout cas. Il est content, le spatio-djeune. Avec sa bande de potes. Spatio-imbibé, spatio-chichonné. Prêt à s'éclater en teu-boi. A faire la teuf. Ils y vont, justement. Ecoutons-les un peu.
Si vous le voulez bien.
_ Oué, zyva, cé koha cé muzik dan ta caiss là.
_ Sah rahss deu tah mehr kess tah contr mah muzik là.
_ Maih rien maih cé trop cheulou, sah rahsse deuh sah mort qui pue, tain.
_ Eh zyva cé kan k'on ahrrivh ah lah stassion là.
_ Oué cé bon chuis à donf on vah arrivé là.
_ Hé lé keum, chuis sûr y'ora Sara et ses copines là.
_ Tain oué komman k'elle est trop bonne Sara là.
_ Tain oué komman k'elle est trop chaude Sara là.
_ Rha l'aut' jour sans dec elle m'a sucé, tain.
_ Rha sans dec.
_ Rha oué cé une bombasse, elle est trop chaude la Sara là. Tain, komman k'elle m'ah pompé grave là dan leuh kouloir de chez oim là. Elle a tout pris dan sah grande bouche deu sahlope là tain sah rahss.
_ Tain zyva cé kan k'on ahriv là, k'on fahss un peu l'éclate là.
_ Tain tè trop reulou toi, chtai dit chuis à donf là, on ahriv là.
_ Rhah oué l'aut jour komman keu j'ai foutu la teuhon à l'aut prof là au bahut là.
_ Tain oué l'aut komman kil é cheulou çui-là tain là.
_ Tain rha cé mon vieux ki vah enkohr criser passky m'ah donné un avertiss'man, leu prof là tain rah.
_ Oué mé l'ékole koman cé tro reulou deu sah rahss là tain oué.
_ Zyva y'a mon pote, là, Hurbul, ah l'ékole il y vah pluh, là. Y vend du chichon, t'ain sah rahss tu sé komman k'y s'fé dé couilles en or là ?
_ Oué tain komman k'y sfé des couilles en or lui sah rahss tain oué.
_ Sah rahss tain oué zyva rah.
_ Rha tain oué zyva sah rahss.
_ Sah mère deuh sah rahss qui pue lah mort tain oué.
_ Tain lah mort qui pue sah rahss oué là zyva.
Bon.
Suspendons un peu le désastre.
Surtout parce que je voudrais absolument adresser mes excuses à toutes les femmes qui se prénomment Sara. Je présente également mes excuses à toutes les femmes, d'ailleurs, parce que je suis quand même assez con pour livrer au grand jour le substrat mental particulièrement vivifiant de cette merveilleuse engeance.
Pardon, donc.
En tout cas, quelque chose n'est pas sans perturber nos audacieux séducteurs. Reprenons le parallèle. Sur la Terre, qui dit autoroutes dit aires d'autoroutes, pour faire pisser le chien et vomir son gamin. Comme de juste, dans l'espace qui dit spatioroutes dit également aires de repos. Ces aires sont pourvues d'une atmosphère et d'une pesanteur artificiels, ainsi que de tout le confort nécessaire pour faire sa crotte ou son pissou, boire un chouilla ou pioncer une plombe. Or ça, ne voilà-t-y pas que nos brillants spatio-djeunes en quête de défoulement (puisqu'ils sont par nature refoulés) aperçoivent sur le bas côté d'une aire, une sorte de vaisseau, aux formes un peu bizarres, sans identification, que l'on dirait presque abandonné. Les djeunes montrent qu'ils sont interloqués.
_ Oué zyva cé koi cte mâchin, là ?
_ Tain sa rahss, on s'en cogne, on va en teu-boi, merde.
_ Nan mé j'conné pas cte modèle, là. Jé jamé vu ça moi.
_ Cé tout pourri, c'te mâchin, là. Kess tu veux voir, là ?
_ Hé si ça se trouve y'a des trucs à piquer là-dedans.
_ Oué, et le vésso aussi on peut le chouraver, t'ain, ça doit se revendre, ça.
_ Tain, les keums, allé, on va danser, plutôt, on va être grave à la bourre, là. Et puis y'a Sara et ses pine-co.
_ Arrête de penser qu'au cul, toi. Allez, on y go !
Et la fière bande de virer droit en direction de l'aire. Zou ! Le conducteur vient prestement positionner son spatiovéhicule à bonne distance de l'appareil. Bon. A présent, on coupe le contact. On retire sa ceinture de sécurité. On passe dans le sas de décompression, et on ouvre la porte d'accès. Les djeunes descendent. Se dirigent doucement vers le vaisseau inconnu. Pas de bruit. Pas de signe de vie.
C'est curieux, on dirait une sorte de petit modèle servant de transport de troupes. Avec quelques canons laser défensifs, juste ce qu'il faut pour dissuader tout attaquant, mais pas plus. Pas de marque d'identification, pour l'instant. La peinture du fuselage est du genre kaki bariolé, dans les teintes vertes, grises, bleues-vert. L'un des djeunes est tout d'un coup pris par un accès de réflexion intense, ce qui n'arrive pas bien souvent chez ce type d'exemplaire. Est-ce qu'il n'y a pas la guerre, sur une planète, pas loin d'ici ? Comment elle s'appelle, d'ailleurs, cte planète ? Un nom bizarre... Nakano ? Akano ? Merde, c'est ballot, il sait pu... Mais il se garde bien d'avertir ses collègues, il ne voit pas encore s'il y a matière à se fourrer dans un guêpier.
_ Tain, sa rahss, le sas est ouvert !
_ Cht ! Moins fort, crétin !
_ Allons-y en douce, les keums !
Evidemment. Ah, saine curiosité ! Emulation de l'appât du gain, même médiocre ! Notre petite bande s'approche du sas d'entrée. Toujours que dalle. Elle le franchit. Monte. En marchant sur des oeufs. Sur la pointe des pieds. Chuchoti, chuchota. Touuuuuut va bien. Un couloir d'accès. Rien à droite. Rien à gauche. Rien en haut. Rien en bas. Pas de piège apparent. Toujours personne, on dirait. Alors cette vaillante expédition peut continuer. Quelques pas, puis le bloc censé regrouper les troupes dans un transport digne de ce nom. Une échelle. Le premier djeunes la monte. Sort sa tête, juste à temps pour entendre... mais... pour entendre....
_ BREUUUUUUURRRRRRRRHHH !!!!
Oh, merdouille !
_ Argolphe, c'est toi ? dit la créature qui vient de se rendre auteur de cette brillante marque de digestion. Eh oui ! C'est qu'ils attendaient tous son retour, bien légitimement.
Eh bah. C'est pas Argolphe. C'est un djeunes qui n'a rien à foutre ici. Et qui, la tête dépassant de son sas, les pieds sur l'échelle, contemple, fasciné, quatre ou cinq énormes rustauds à la peau vert-marron, aux oreilles pointues et aux yeux rouges, en tenue militaire, qui fument clopes et cigares, jouent aux cartes, boivent de la bière, se racontent des blagues salaces. Et puis, qu'est-ce que c'est que toutes ces énormes mitrailleuses entassées dans un coin ???
D'un coup, tous les rustauds tournent la tête vers le petit con.
Et le fixent.
D'un air, un peu... disons... interloqué... et puis hostile, aussi... un tantinet amusé, également...
_ C'est qui, ça ?
_ Oh, puceau ! Kess tu fous dans notre vaisseau ?
_ Chopez-le, les gars !
Eeeeeet voilàààà ! Ce qui devait arriver arriva. Les rustauds se lèvent d'un bond, se précipitent vers le djeuns, le prennent par les épaules, le hissent, puis le posent entre eux et l'entourent.
Y'en a un déjà qui commence à pisser sa race de trouille.
Du coup.
Les rustauds entendent alors un barouf à l'entrée de leur vaisseau.
_ Haut les mains, les ptits cons.
Eeeeh oui. C'est Argolphe. Le bon, le vrai, le seul, l'unique. Qui s'en revenait des chiottes de l'aire de spatioroute, afin de faire son petit pissou, même que c'est pour ça que la bande à Zhang a fait une petite pause sur sa route. Argolphe, qui vient tout juste de coincer les autres djeunes, son flingue à la main. Tous emportés en protestant, en gueulant haut et fort...
_ ...zyva sah rhass tain comment c'est trop abusé, arrêtez, on a rien fé, laissez-nous...
...réunis et entourés dans un coin. A la lueur blafarde des lumières. Mmmmh, ça craint. Nan ?
La bande à Zhang. Lui et ses acolytes. Mast, Brohonk, Argolphe, Karabine, Grun. De retour d'une rencontre avec quelqu'un de très important, et qui s'en vont rejoindre leurs armées à la guerre. Sont pas forcément de bon poil.
Vous êtes mal barrés, les ptits cons. Croyez-m'en. Il est là, le Zhang. Vous le reconnaissez ? Plus grand, plus lourd, plus massif que les autres, avec une autorité naturelle découlant de sa personne. Ah bon ? Vous croyiez qu'il était mort ? La chaîne Galaktyk TV vous l'avait laissé entendre ? Bah voyons ! Si on croyait tout ce que disent les journaleux !
_ Qu'est-ce que c'est que c'est ptits merdeux qui entrent dans notre vaisseau sans autorisation, comme ça ? Hmmm ?
_ Mouheuharrh, chef. Viennent peut-être s'engager chez nous.
_ Nan. Sont juste venus voir s'ils pouvaient nous chouraver quelque chose.
_ Aaahhh booonnnnnn.
_ Sans deeeeeeec.
_ Z'ont du courage.
_ De l'audace.
_ Des tripes.
_ Z'en dites quoi, les puceaux ?
_ Ben... zyva.
_ Oué, zyva. On allait danser en teu-boi, koi, msieu, cé tout.
_ Bah voyons. Et vous vous retrouvez à fourrer votre nez dans un vaisseau qui ne vous appartient pas.
_ Ben oué mé bon, msieu, la porte elle était ouverte, quoi.
_ BAAAAAAAAH voyons ! Vous voyez une porte ouverte et vous pensez automatiquement que vous pouvez la franchir. Comme ça.
_ Ben euh. Zyva. Cété juste pour voir, quoi.
_ Aha. Pour voir. Eh bien, vous allez être servi. Pour voir, vous allez voir. Ce que vous allez voir.
On savait déjà que Zhang avait quelques talents militaires. Vu son rang de chef de guerre parmi les plus importants de ce coin de galaxie. Mais il décida tout d'un coup qu'il pouvait s'autoproclamer styliste décorateur.
Et qu'il fallait retoucher un chouilla la déco de son vaisseau.
En arrivant sur un astroport d'Alkano, les soldats de Zhang qui l'attendaient eurent la surprise de voir des têtes de djeuns empalées sur des bouts de métal fixés sur les angles du vaisseau. Fraîchement coupées.
Pour seul commentaire, Zhang a dit que ça donnait un air plus gai.
Surtout avec les quelques gouttes de sang et les rictus sur les visages.
Puuuuutain, n'empêche.
Zhang et sa bande de branques, c'est quand même de sacrés réacs.
Nan ?
Zy va.
07:03 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf




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Commentaires
merci de ta visite.
a+
Ecrit par : norbert | 21 mai 2008
de fameux réacs, c clair...
Y z'auraient dû les empaler par le fondements, les bras et les jambes auraient gigotté ds l'espace, ça aurait fait comme les queues de castor de notre enfance... en plus grand...
d'ailleurs, ils jouaient à quoi tout ceux là enfants?
Ecrit par : toujoursraison | 22 mai 2008
Ouais, mais non en fait on n'avait pas le temps pour ce type de raffinement.
A quoi ils jouaient enfants ?
Bonne idée de sujet pour faire une note.
Ecrit par : Zhang | 22 mai 2008
punaise j arrive pas à comprendre le langage des Djeuns ... j ai compris que Sara ... c es pas étonnant qu ils se soient retrouvés la tête empallée
Ecrit par : Lénia | 22 mai 2008
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