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26 mai 2008
Encore des progrès à faire
** ZBOUF **
_ Merde ! Mais c'est quoi, ça ?
_ Grun, crétin ! Mais qu'est-ce que t'as encore foutu ?
_ Mais je sais pas ! C'est pourtant la bonne formule !
Bruits étouffés dans une de nos tentes de campagne. Barouf indéfinissable. C'est chez Grun. Je reconnais d'ailleurs sa voix et celle de son acolyte Argolphe. Je n'ai pas identifié le ZBOUF du début. Bon. Ils te me fignolent encore quelque chose, ces deux loustics. Des fois, je me demande quelle peut bien être cette force aléatoire des choses qui fait que je les retrouve sur mon chemin lorsqu'ils sont sur le point de provoquer je ne sais quelles catastrophes.
C'est vrai, quoi. Je passais juste par là, je me rendais à ma tente pour y faire une sieste ou siffler un bock, et puis voilà. Pffff. Je sais pas pourquoi, mais je sens que c'est foutu.
Ces deux débiles vont encore ameuter tout le campement. Et faire rire à leurs dépens. Ou aux miens, vu que ce sont mes potes. T'ain, de ce point de vue, l'amitié, ça s'assume. Vraiment.
_ Puuuutain ! Viens pas dire que t'es pas débile ! T'as eu ton permis de sorcier dans une pochette surprise ?
_ Ha-ha-ha, très drôle. Toi, les vannes ultra-lourdes et les poncifs dépassés, en tout cas, ça t'effarrouche pas.
_ Bah vaut mieux ça que la magie pourrie que t'es en train de nous faire ! On t'a demandé d'invoquer un démon du cinquième cercle ! Le genre gros bourrin qu'on peut envoyer devant les troupes ennemies pour les faire pisser de trouille !
HEIN ? QUOI ? Qu'est-ce que j'entends ? Mais qu'est-ce qu'ils foutent, ces deux tarés ? Ils veulent jouer avec le feu, ou quoi ? Les démons du cinquième cercle sont les plus puissants et ils sont très difficilement contrôlables. Le genre à attaquer tout et n'importe quoi, même celui qui l'invoque, selon son humeur. Il faut des sorts de contrôle extrêmement précis et élaborés. Rares sont ceux qui les maîtrisent, et Grun n'en fait pas partie. S'il en a invoqué un et qu'il lui échappe, on est vraiment, vraiment, vraiment dans la mouise.
Bon, y'a pas, faut que j'intervienne. Adieu, ma sieste.
Vrouch. Je pousse les tentures de la tente. J'entre. D'un pas décidé. Dans un coin, plein d'affaires perso en tas, en bordel. Au milieu, les rustauds ont improvisé un pentacle. Avec tout le tralala, des bougies, des objets ésotériques, des symboles bizarres, des jeux de lumière criarde et kitch.
Putain, c'est plein de fumée verte ! Qui tourbillonne. On ne voit que dalle. Juste mes deux branques qui me sourient de toutes leurs dents d'un air penaud en me voyant arriver. Mais qu'est-ce que c'est que ce merdier !
_ Ah, tiens, salut, chef ! Hreum.
_ Salut, chef, heheheh ! ça gaze ? Ooooon peut faire kek chose pour toi ? Hmmm ?
Il y a encore pas mal de fumée, mais on dirait que le pentacle est vide. Voilà qui me rassure. Pas de gros machin cruel à la peau rouge, aux cornes énormes, aux pattes en sabot, à la queue fourchue et aux ailes noires. Rien de tout ça en vue. Grun n'est pas un mauvais sorcier, mais un démon du cinquième cercle, c'est trop pour lui. C'est pas de son calibre. Je me demande bien où ils ont été chercher une idée pareille. Ils vont me justifier ça, et s'il y a un seul pet de travers, je les rembarre.
_ Bon. Les mecs.
Je désigne le pentacle du pouce.
_ Pouvez m'expliquer ça ?
_ Ben, c'est rapport à notre prochaine offensive, chef.
_ Oais, hier à la réunion d'état-major, t'avais dit qu'on allait mettre un sacré foutu paquet. Pour foutre une branlée à ceux d'en face.
_ Quel rapport avec ça ??
_ Ben, on s'est dit qu'on allait apporter notre petite contribution.
_ Oais, invoquer un gros démon bien maousse et bien sauvage, eh ben ça a de la gueule.
_ Oais, le genre, heu, très très méchant, quoi, ça fait hyper sérieux.
_ Oais, ça fait pro ; genre les mecs qui s'y connaissent, quoi.
_ Après, les gars de chez nous, ils diront : "Ouais, Argolphe et Grun, mais quel duo !"
_ Oais, et pis ceux d'en face, ils en chieront grave de trouille, et eux aussi, ils diront : "Wah ! Encore un coup de Grun et Argolphe, la fine équipe ! Quels finots, ceux-là !"
Haaaaah. Je me sens tout mou. Mou, si mou. Mais ce démon-là nous aurait fait cavaler, gigoter, pisser dans nos calsifs, si l'invocation avait fonctionné. Moindre mal.
_ Les mecs.
_ Oais ?
_ Oais chef ?
_ Franchement, je suis content. Très content.
_ Aaaaah ! On savait que tu apprécierais, chef.
_ Oais, ça c'est du sens de l'initiative, pas, chef ?
_ Oui. Je suis content que vous mettiez du coeur à l'ouvrage et que vous vous préparez sérieusement à notre prochaine bataille. Mais dites-moi juste un peu : est-ce que par hasard, vous ne vous FOUTEZ PAS DE MA GUEULE ?????
_ ...
_ ...
_ Passske non, mais franchement, Grun : depuis quand t'as assez de tripes pour invoquer un démon du 5ème cercle toi ? Un gros machin, comme tu dis, que tu pourras pas contrôler tout seul, qui va se retourner contre toi, contre NOUS, qui pourrait bazarder notre camp d'un battement d'ailes, nous foutre une taule, nous tuer tout notre monde, nous exploser notre matos, et sans que ça lui fasse mouiller son maillot ??
_ Nan, mais chef, j'avais tout ce qu'il faut, là.
_ Oais, chef. On s'est dégotté une super bonne formule d'invocation, fallait pas hésiter, elle était en promo...
_ Oais, le pack "INVOC'DEMON", garanti trois ans, en parchemin indéchirrable, avec les sorts de contrôle offerts gratos, plus des sorts de bouffe et de picole spécial démon à volonté, et même la démone pour qu'il se sente pas tout seul, et aussi des ptits farfadets qui seront ses larbins et aussi son manger s'il veut... Le tout avec l'encens et les bougies.
_ Une affaire, chef. Sauf que je me souviens plus si la démone était gonflable ou vraie...
_ Ah non elle était vraie.
_ Sûr, sinon c'est vrai qu'on aurait eu du mal à le contrôler. Il nous aurait fait une crise, le démonet.
_ Ben ouais, l'efficacité du sortilège de contrôle, c'est surtout ça : la présence d'une démone.
_ Et bombasse, la démone.
_ Mouheuharrrh !
_ Je rêve !!! Non mais, qu'est-ce que vous croyez ! Ne jouez surtout pas avec un truc comme ça ! Vous avez déjà vu un démon du 5ème cercle à l'oeuvre ??
_ Beu non.
_ Eh ben, moi si. Et je peux vous dire que ça fait du sacré dégât. Il faut au moins sept sorciers de très haut niveau pour en contrôler un seul. Et toi, Grun, toi qui n'est capable d'élaborer que des sorts à la merde, tu te vantes à toi tout seul d'en invoquer un ??? Non mais tu veux mon pied au cul ?
_ ...
Bon. On va pas épiloguer.
_ Alors bon, virez-moi votre sale pentacle pourri, rangez-moi votre foutoir, et pis on va aller se vider quelques bocks chez moi vite fait. Okay ?
_ Bonne idée, chef. On va faire ça.
_ Euh, dites...
Petite voix fluette. Un peu nasillarde. Comme celle d'un enfant. Sortie de nulle part. Enfin, non : du pentacle, justement. La fumée a disparu. Elle cachait...
_ Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
Pétard, faut se pencher : il est tout petit, on l'avait pas vu...
_ ... Scusez si j'dérange, Messieurs les rustauds. Mais je souhaiterai, si c'est un effet de votre bonté, que justement vous ne viriez pas le pentacle, parce que ça me permettrait de rentrer chez moi...
_ Mais t'es qui, toi ? Qu'est-ce que tu fous là ?
_ Heum. Pardonnez mon outrecuidance, les TROUDUCS, mais je me présente : Grilobu, farfadet de mon état. Et je vous PISSE à la raie.
Nous dit-il en nous faisant un magnifique doigt.
Quelle courtoisie.
_ KWA ?
_ Hé oui, les CONNARDS. Présentement au service de Djahnar, démon. Figurez-vous, bande de CHIASSEUX POURRIS, que je me trouvais dans la demeure de mon maître sur le plan démoniaque, à lui brasser sa bière préférée, lorsqu'une grand lueur brillante apparût et s'apprêtait à l'aspirer. Pour l'amener ici, j'imagine. Mon maître, à la vue de cette lueur, s'écarta pour l'éviter, mais comme je me trouvais sur le chemin de ladite lueur, c'est donc moi qu'elle aspira. Je suis donc ici, et puisque c'est vous qui m'invoquâtes, bande de GROS ETRONS GLUANTS, puis-je vous demander présentement l'autorisation de me renvoyer dans mon home sweet home, bande de MERDEUX sans cervelle ?
_ Puuuutain ! Grun, t'as invoqué un farfadet !
_ La vache ! Je la retiens, la formule ! Drôlement efficace.
_ Un farfadet ! Mais c'est tout pourri, ça !
_ Non mais ho, je vous en prie ! Mon maître, il peut vous pourrir la gueule, d'abord. Espèce de CHIASSE verte.
_ Oais, bah le temps qu'il radine sa tronche ici tout seul, les poules auront des dents. Sans sortilège d'invocation, il peut rien faire.
_ Dites. On va pas se trimbaler ce minable.
_ Heh, ça va, hein ! C'est pas bien de s'en prendre à plus petit que soi. Et pis moi, je peux vous faire roter bleu, d'abord. C'est un sort super méchant ! Espèce de gros BLAIREAUX A LA GRAISSE DE HARICOT DE GLAND EN CROÛTE GLAIREUX!
_ Moais, ça fait peur. Grun ?
_ Ben, heu. J'ai beau regarder le parchemin, je ne vois pas de sortilège de retour sur le plan démoniaque...
_ Qu'est-ce que je t'avais dit ! Si t'avais réellement invoqué ce démon, on n'aurait pas pu le renvoyer chez lui ! Tu vois !
_ Haille !
_ Vous voulez dire que je suis coincé ici ? Vous vous foutez de moi ? TRONCHES DE CAKE ! GUEULES DE GLAND ! BITES DE RAT ! CHIURE DE GARDAFLE ! TROUS DU CUL ! CONNARDS GLAIREUX ! GROSSES BOUSES POURRIES ! FLEURS DE COUILLES ! AISSELLES QUI PUENT ! CULS EN BOURGEON ! FACES DE PETS FOIREUX ! HUILE DE FOUTRE A LA PISSE DE CHIASSE DE MERDE ! MOUCHES A MERDE !
_ Tain, il sait de quoi il parle, le ptit.
_ Oais, impressionnant : la force de la voix inversement proportionnelle à la taille...
_ C'est quoi, un gardafle, chef ?
_ Ché pas. Rien à foutre.
Bon. Je sors mon flingue laser. Le pointe sur le farfadet. Lâche une giclée.
PIEW
_ COOOOOOONNAAAAAAAaaaaaaarrrrd...
... Fait le petiot en s'évanouissant en fumée.
Pffff.
Je souffle sur le canon.
_ Dis, chef.
_ Mh.
_ Il avait pas dit qu'il brassait de la bière, le petit ?
_ Oais.
_ T'aurais p'tet pas dû le fumer. L'aurait pu nous être utile pour notre bière à nous.
_ Bah. Grun, t'a qu'à en invoquer un autre.
_ Un autre farfadet ? Oais. Pourquoi pas ?
_ Et si on tombe sur le démon... ?
_ On l'invite à prendre un bock.
07:00 Publié dans Tekno | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
23 mai 2008
Noir de Zhang
Quand je vais voir vos blogs et que je vous lis, chers amis terriens, je vous admire. J'aime ce que vous faites. Ce que vous êtes.
Profitez.
Vous ne voyez pas que mon univers se débat et se contracte par soubresauts et tremblements dans un chaos qui vous échappe. Et que d'ailleurs vous n'avez pas à connaître. Votre actualité me désespère quelque peu, mais vous êtes encore très bien sur votre belle planète.
Profitez.
Ici, c'est le noir. Parfois, déjante et dérision ont pleinement leur place. Mais c'est trompeur.
Profitez.
10:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
19 mai 2008
Jeunisme intersidéral
On va faire quelques petits parallèles.
Les terriens ont des autoroutes. Dans l'espace, il y a des spatioroutes, en plus immatérielles, avec des sens de direction, des balises de repérages disséminées à emplacements réguliers pour que les vaisseaux puissent savoir où ils sont et où ils vont.
Les terriens ont des bagnoles. Pour rouler, on s'en doute. Dans l'espace, je vous le donne en mille, il y a des vaisseaux. Pour traverser l'espace, en s'en doute aussi. Bon, on va pas s'attarder sur le fait que les voitures terriennes roulent au pétrole, et que l'écologie sur la Terre c'est pas vraiment en bonne voie, mais ça c'est pas le propos. On dira plutôt que dans les astres, y a tous les gabarits question vaisseaux. Du pot de yaourt à deux places où les propulseurs prennent dix fois plus de place que la cabine de pilotage, au long et interminable machin phallique transportant des milliers de glandus, c'est la très grande diversité.
Les terriens ont de la musique. C'en est même une grande conquête culturelle qui grandit l'âme - surtout qu'il paraît qu'elle adoucit les moeurs. Alors comme nous, les aliens, on n'est pas des peine à jouir et des gros frustrés, de la zique y'en a aussi dans les étoiles. Et selon les tendances et les genres, c'est partout pareil : on aime ci, on n'aime pas ça.
Alors bon, vous voyez pas trop où que je veux en venir ? Vous voyez pas encore l'équation subliminale ? Autoroutes plus bagnoles plus musique ? Spatioroutes plus vaisseaux plus musique ?
Ah, merde, putain de sa race, j'avais oublié ! C'est qu'il me manque encore un élément primordial, dans mon équation.
J'ai le déshonneur de nommer : le jeune. Dit aussi le djeuns dans les milieux autorisés. Sans dec.
Car les terriens - c'est heureux dans une certaine mesure - en ont. Des djeuns. Et dans l'espace, eh bah y'en a aussi. Des djeuns.
C'est là que l'équation prend tous son sens. Spatioroutes plus vaisseaux plus musique plus djeunes. Pour en rajouter encore un chouilla, on peut affiner cette belle formule. Boîte de nuit sur une lune ou une station spatiale, par exemple. Spatio-chichon, aussi. Spatio-picole. Spatio-dégueule. Spatio-drague. Spatio-veste. Spatio-cul dans les chiottes.
T'ain, vous allez dire que même dans les astres, on sombre dans les lieux communs et la caricature.
Pourtant, regardez-le, lui.
Lui, là.
Le maigrichon brun à l'air débile.
Oui, lui. Celui qu'est avec ses cinq potes. A faire hurler les propulseurs du vaisseau prêté par son père. Un vaisseau moyen qui sert audit père à se rendre à son taf. Le brillant énergumène, qui n'a pas sa licence de pilotage depuis longtemps, en profite néanmoins, vole à fond la caisse sur une portion de spatioroute entre les planètes UBA 413 et NA-K-28 - ça vous dit rien, mais bon, faut quand même le préciser, passque figurez-vous qu'entre ces deux planètes se trouve justement une station spatiale désaffectée reconvertie en méga-boîte. Connue à des années-lumières, et qui draine toutes les mouches à teuf (pour ne pas dire à merde). BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM.
Ah bah oui, nom d'une bite au cirage, cte tempo-là ça existe aussi dans l'espace. Le contraire serait d'ailleurs étonnant.
Et l'espèce de lui, là, qui pilote à donf sans limites, qui zigue-zague sur la spatio-route, qui en fait chier les usagers, parce qu'il se prend pour un kador sous la seule raison qu'il est jeune - non, djeune - il a aussi sa spatioradio qui hurle.
BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM.
Bon, admettons : dans l'espace, ça s'entend pas parce qu'il n'y a pas d'échos dans le vide.
En tout cas. Il est content, le spatio-djeune. Avec sa bande de potes. Spatio-imbibé, spatio-chichonné. Prêt à s'éclater en teu-boi. A faire la teuf. Ils y vont, justement. Ecoutons-les un peu.
Si vous le voulez bien.
_ Oué, zyva, cé koha cé muzik dan ta caiss là.
_ Sah rahss deu tah mehr kess tah contr mah muzik là.
_ Maih rien maih cé trop cheulou, sah rahsse deuh sah mort qui pue, tain.
_ Eh zyva cé kan k'on ahrrivh ah lah stassion là.
_ Oué cé bon chuis à donf on vah arrivé là.
_ Hé lé keum, chuis sûr y'ora Sara et ses copines là.
_ Tain oué komman k'elle est trop bonne Sara là.
_ Tain oué komman k'elle est trop chaude Sara là.
_ Rha l'aut' jour sans dec elle m'a sucé, tain.
_ Rha sans dec.
_ Rha oué cé une bombasse, elle est trop chaude la Sara là. Tain, komman k'elle m'ah pompé grave là dan leuh kouloir de chez oim là. Elle a tout pris dan sah grande bouche deu sahlope là tain sah rahss.
_ Tain zyva cé kan k'on ahriv là, k'on fahss un peu l'éclate là.
_ Tain tè trop reulou toi, chtai dit chuis à donf là, on ahriv là.
_ Rhah oué l'aut jour komman keu j'ai foutu la teuhon à l'aut prof là au bahut là.
_ Tain oué l'aut komman kil é cheulou çui-là tain là.
_ Tain rha cé mon vieux ki vah enkohr criser passky m'ah donné un avertiss'man, leu prof là tain rah.
_ Oué mé l'ékole koman cé tro reulou deu sah rahss là tain oué.
_ Zyva y'a mon pote, là, Hurbul, ah l'ékole il y vah pluh, là. Y vend du chichon, t'ain sah rahss tu sé komman k'y s'fé dé couilles en or là ?
_ Oué tain komman k'y sfé des couilles en or lui sah rahss tain oué.
_ Sah rahss tain oué zyva rah.
_ Rha tain oué zyva sah rahss.
_ Sah mère deuh sah rahss qui pue lah mort tain oué.
_ Tain lah mort qui pue sah rahss oué là zyva.
Bon.
Suspendons un peu le désastre.
Surtout parce que je voudrais absolument adresser mes excuses à toutes les femmes qui se prénomment Sara. Je présente également mes excuses à toutes les femmes, d'ailleurs, parce que je suis quand même assez con pour livrer au grand jour le substrat mental particulièrement vivifiant de cette merveilleuse engeance.
Pardon, donc.
En tout cas, quelque chose n'est pas sans perturber nos audacieux séducteurs. Reprenons le parallèle. Sur la Terre, qui dit autoroutes dit aires d'autoroutes, pour faire pisser le chien et vomir son gamin. Comme de juste, dans l'espace qui dit spatioroutes dit également aires de repos. Ces aires sont pourvues d'une atmosphère et d'une pesanteur artificiels, ainsi que de tout le confort nécessaire pour faire sa crotte ou son pissou, boire un chouilla ou pioncer une plombe. Or ça, ne voilà-t-y pas que nos brillants spatio-djeunes en quête de défoulement (puisqu'ils sont par nature refoulés) aperçoivent sur le bas côté d'une aire, une sorte de vaisseau, aux formes un peu bizarres, sans identification, que l'on dirait presque abandonné. Les djeunes montrent qu'ils sont interloqués.
_ Oué zyva cé koi cte mâchin, là ?
_ Tain sa rahss, on s'en cogne, on va en teu-boi, merde.
_ Nan mé j'conné pas cte modèle, là. Jé jamé vu ça moi.
_ Cé tout pourri, c'te mâchin, là. Kess tu veux voir, là ?
_ Hé si ça se trouve y'a des trucs à piquer là-dedans.
_ Oué, et le vésso aussi on peut le chouraver, t'ain, ça doit se revendre, ça.
_ Tain, les keums, allé, on va danser, plutôt, on va être grave à la bourre, là. Et puis y'a Sara et ses pine-co.
_ Arrête de penser qu'au cul, toi. Allez, on y go !
Et la fière bande de virer droit en direction de l'aire. Zou ! Le conducteur vient prestement positionner son spatiovéhicule à bonne distance de l'appareil. Bon. A présent, on coupe le contact. On retire sa ceinture de sécurité. On passe dans le sas de décompression, et on ouvre la porte d'accès. Les djeunes descendent. Se dirigent doucement vers le vaisseau inconnu. Pas de bruit. Pas de signe de vie.
C'est curieux, on dirait une sorte de petit modèle servant de transport de troupes. Avec quelques canons laser défensifs, juste ce qu'il faut pour dissuader tout attaquant, mais pas plus. Pas de marque d'identification, pour l'instant. La peinture du fuselage est du genre kaki bariolé, dans les teintes vertes, grises, bleues-vert. L'un des djeunes est tout d'un coup pris par un accès de réflexion intense, ce qui n'arrive pas bien souvent chez ce type d'exemplaire. Est-ce qu'il n'y a pas la guerre, sur une planète, pas loin d'ici ? Comment elle s'appelle, d'ailleurs, cte planète ? Un nom bizarre... Nakano ? Akano ? Merde, c'est ballot, il sait pu... Mais il se garde bien d'avertir ses collègues, il ne voit pas encore s'il y a matière à se fourrer dans un guêpier.
_ Tain, sa rahss, le sas est ouvert !
_ Cht ! Moins fort, crétin !
_ Allons-y en douce, les keums !
Evidemment. Ah, saine curiosité ! Emulation de l'appât du gain, même médiocre ! Notre petite bande s'approche du sas d'entrée. Toujours que dalle. Elle le franchit. Monte. En marchant sur des oeufs. Sur la pointe des pieds. Chuchoti, chuchota. Touuuuuut va bien. Un couloir d'accès. Rien à droite. Rien à gauche. Rien en haut. Rien en bas. Pas de piège apparent. Toujours personne, on dirait. Alors cette vaillante expédition peut continuer. Quelques pas, puis le bloc censé regrouper les troupes dans un transport digne de ce nom. Une échelle. Le premier djeunes la monte. Sort sa tête, juste à temps pour entendre... mais... pour entendre....
_ BREUUUUUUURRRRRRRRHHH !!!!
Oh, merdouille !
_ Argolphe, c'est toi ? dit la créature qui vient de se rendre auteur de cette brillante marque de digestion. Eh oui ! C'est qu'ils attendaient tous son retour, bien légitimement.
Eh bah. C'est pas Argolphe. C'est un djeunes qui n'a rien à foutre ici. Et qui, la tête dépassant de son sas, les pieds sur l'échelle, contemple, fasciné, quatre ou cinq énormes rustauds à la peau vert-marron, aux oreilles pointues et aux yeux rouges, en tenue militaire, qui fument clopes et cigares, jouent aux cartes, boivent de la bière, se racontent des blagues salaces. Et puis, qu'est-ce que c'est que toutes ces énormes mitrailleuses entassées dans un coin ???
D'un coup, tous les rustauds tournent la tête vers le petit con.
Et le fixent.
D'un air, un peu... disons... interloqué... et puis hostile, aussi... un tantinet amusé, également...
_ C'est qui, ça ?
_ Oh, puceau ! Kess tu fous dans notre vaisseau ?
_ Chopez-le, les gars !
Eeeeeet voilàààà ! Ce qui devait arriver arriva. Les rustauds se lèvent d'un bond, se précipitent vers le djeuns, le prennent par les épaules, le hissent, puis le posent entre eux et l'entourent.
Y'en a un déjà qui commence à pisser sa race de trouille.
Du coup.
Les rustauds entendent alors un barouf à l'entrée de leur vaisseau.
_ Haut les mains, les ptits cons.
Eeeeh oui. C'est Argolphe. Le bon, le vrai, le seul, l'unique. Qui s'en revenait des chiottes de l'aire de spatioroute, afin de faire son petit pissou, même que c'est pour ça que la bande à Zhang a fait une petite pause sur sa route. Argolphe, qui vient tout juste de coincer les autres djeunes, son flingue à la main. Tous emportés en protestant, en gueulant haut et fort...
_ ...zyva sah rhass tain comment c'est trop abusé, arrêtez, on a rien fé, laissez-nous...
...réunis et entourés dans un coin. A la lueur blafarde des lumières. Mmmmh, ça craint. Nan ?
La bande à Zhang. Lui et ses acolytes. Mast, Brohonk, Argolphe, Karabine, Grun. De retour d'une rencontre avec quelqu'un de très important, et qui s'en vont rejoindre leurs armées à la guerre. Sont pas forcément de bon poil.
Vous êtes mal barrés, les ptits cons. Croyez-m'en. Il est là, le Zhang. Vous le reconnaissez ? Plus grand, plus lourd, plus massif que les autres, avec une autorité naturelle découlant de sa personne. Ah bon ? Vous croyiez qu'il était mort ? La chaîne Galaktyk TV vous l'avait laissé entendre ? Bah voyons ! Si on croyait tout ce que disent les journaleux !
_ Qu'est-ce que c'est que c'est ptits merdeux qui entrent dans notre vaisseau sans autorisation, comme ça ? Hmmm ?
_ Mouheuharrh, chef. Viennent peut-être s'engager chez nous.
_ Nan. Sont juste venus voir s'ils pouvaient nous chouraver quelque chose.
_ Aaahhh booonnnnnn.
_ Sans deeeeeeec.
_ Z'ont du courage.
_ De l'audace.
_ Des tripes.
_ Z'en dites quoi, les puceaux ?
_ Ben... zyva.
_ Oué, zyva. On allait danser en teu-boi, koi, msieu, cé tout.
_ Bah voyons. Et vous vous retrouvez à fourrer votre nez dans un vaisseau qui ne vous appartient pas.
_ Ben oué mé bon, msieu, la porte elle était ouverte, quoi.
_ BAAAAAAAAH voyons ! Vous voyez une porte ouverte et vous pensez automatiquement que vous pouvez la franchir. Comme ça.
_ Ben euh. Zyva. Cété juste pour voir, quoi.
_ Aha. Pour voir. Eh bien, vous allez être servi. Pour voir, vous allez voir. Ce que vous allez voir.
On savait déjà que Zhang avait quelques talents militaires. Vu son rang de chef de guerre parmi les plus importants de ce coin de galaxie. Mais il décida tout d'un coup qu'il pouvait s'autoproclamer styliste décorateur.
Et qu'il fallait retoucher un chouilla la déco de son vaisseau.
En arrivant sur un astroport d'Alkano, les soldats de Zhang qui l'attendaient eurent la surprise de voir des têtes de djeuns empalées sur des bouts de métal fixés sur les angles du vaisseau. Fraîchement coupées.
Pour seul commentaire, Zhang a dit que ça donnait un air plus gai.
Surtout avec les quelques gouttes de sang et les rictus sur les visages.
Puuuuutain, n'empêche.
Zhang et sa bande de branques, c'est quand même de sacrés réacs.
Nan ?
Zy va.
07:03 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
14 mai 2008
Impériales
Bon, les terriens. Comme suite à la note qui précède, je vous livre des extraits du journal personnel d'un grand aristocrate de l'Empire, qui m'ont été données par l'Empereur Euclymène. Beaucoup d'entre vous n'y comprendront rien, mais ça n'a aucune importance. Pour un extraterrestre, je suis assez égoïste en mon genre, et je ne fais pas ce blog pour vous faire plaisir - je ne songe qu'à moi seul. Ce blog est une projection de mon subconscient.
En attendant, si vous avez peur de passer des plombes à lire, surtout, arrêtez-vous tout de suite, car ça va être très long. Alors allons-y.
"Ce qui favorisa l'expansion planétaire, ce n'était pas tant le soutien des empereurs et du clergé, ni les progrès de la technologie qui permettaient à nos vaisseaux de franchir en toute sécurité des distances plus étendues en vue d'une projection de puissance accrue. Ces facteurs constituaient les moyens de l'évènement, mais ils n'en étaient pas la cause efficiente. Il y avait surtout, au sein des planètes du nouvel Empire, une colossale réserve de main d'oeuvre miséreuse, à qui l'on avait fait miroiter - sans doute une fois de plus, au regard des exemples de l'Histoire - l'espoir d'un changement de vie. C'est aussi pour cela que l'on avait fondé l'Empire. Afin de prouver que démocratie réelle et monarchie héréditaire n'étaient pas incompatibles. Les anciens systèmes politiques que d'aucuns nommaient "fédérations" qui s'étaient succédées n'avaient réussi, d'après l'historiographie contemporaine, qu'une chose : l'éclatement du corps social à travers la standardisation des produits et des habitudes de consommation, l'extension des moyens d'information et de communication, et la vénalisation des valeurs. Tout cela résultait de l'individualisme exacerbé fondé sur la plénitude de la volonté autonome. Ces "fédérations" n'avaient abouti qu'à la formation d'une masse qui n'avait pas conscience d'elle-même mais qui souffrait d'une panne latente de l'ascenseur social depuis déjà des siècles, alors qu'elle avait pleinement reçu un nivellement culturel uniformisant, par le bas. Cette masse ne comptait plus accepter le diktat d'un mode de vie auquel elle n'avait pas accès, parce qu'il était devenu l'apanage des élites et des catégories sociales supérieures qui se reproduisaient et restaient entre elles. Dans ce monde bien-pensant, ultra-conformiste, où le magistère moral et la connivence régnait entre les milieux politiques, économiques, éducatifs, médiatiques, il n'y avait guère d'espoir. Cette masse, ainsi que certaines élites, commença à rejeter l'abrutissant "panem et circenses" médiatique conçu pour la contenir. Mais il ne lui restait déjà plus que le choix entre le crime et une indigence très fortement marquée. La scission, étalée sur des dizaines d'années, ne se fit pas en douceur. La prise de conscience, flagrante, s'ajouta à une cristallisation violente. Les premiers empereurs et les nouvelles familles nobles émergèrent d'une phase d'exploration et de conquête spatiale qui avaient pour but d'échapper à l'emprise pesante des "fédérations" et d'inventer un nouveau sens à la liberté. Mais ils eurent peur de l'émergence de nouvelles "classes dangereuses" défiant tout ordre établi. Ils reconnaissaient si bien l'iniquité qui avait concouru à la formation de ces "classes" qu'eux-mêmes ne faisaient pas parties des anciennes élites et n'existaient que pour prendre l'exact contre-pied des valeurs sociales prônées par les anciennes "fédérations". Il y avait donc un terreau commun entre la monarchie, l'aristocratie, les masses, fondant des aspirations nouvelles. Mais entre le communautarisme sclérosant et le non sens de l'individualisme, les empereurs ne se dirigèrent pas vers une troisième voie politique mythique. L'Empire, réaliste, s'appuya d'abord sur la masse paupérisée, et l'envoya coloniser les innombrables planètes qui s'offraient à la vue des télescopes et des spectroscopes, octroyant la noblesse, distribuant les titres, les terres, les honneurs et les privilèges. L'ensemble était cimenté par le culte de la Déesse de la Victoire (Nika), autre pilier de la monarchie. L'on faisait ainsi d'une pierre trois coups : un ensemble de population jugées peu sûres se trouvait domestiqué, l'ascenseur social repartait, et l'Empire naissant amorçait une expansion territoriale planétaire fulgurante qui en fit la nation la plus présente et la plus puissante de l'univers connu. L'aventure impériale avait été possible parce qu'il y avait eu un chemin de fuite. Evidemment, cette aventure a été exaltée. Uniquement parce qu'elle se voulait et se pensait en remède unique contre un grand mal. Mais ce mal, les impériaux l'avaient intégré et le portèrent avec eux partout où ils allèrent, engendrant et propageant d'autres maux. D'une certaine façon, l'Empire avait trouvé une sorte d'équilibre et de réussite grâce à une série de recettes politiques cyniques qui restèrent enracinés en lui comme un vice originel au fil des siècles ; pour cet équilibre, cet espoir retrouvé, le prix fut payé très cher par toutes les civilisations et les millions de mondes que l'Empire annexa. Bien sûr, l'historiographie préféra occulter les crimes commis par les légions impériales et la disparition des nombreuses civilisations planétaires très riches et très cultivées ; sans avouer que la condition des millions de premiers colons qui servirent dans l'armée impériale et obtinrent des récompenses de leurs services, fut rien moins qu'épouvantables lorsqu'ils s'installèrent, car ils quittaient l'assistanat de mondes aseptisés pour l'hostilité naturelle des nouvelles planètes et furent confrontés les premiers à la haine des espèces vaincues, contenues ou refoulées par l'expansionnisme de l'Empire. Cela n'en permit pas moins l'émergence de mythes de héros fondateurs, d'une logique de conquêtes et de nouvelles valeurs militaires et aristocratiques, émergence récupérée avec facilité par le clergé de Nika, et qui, avec le temps, se traduisit en littérature par le foisonnement de grandes épopées épiques et lyriques qui allaient fournir un modèle d'éducation classique pour la jeunesse bien née."
Vous voyez, les terriens.
Chacun porte sa merde partout où il va. Et la subit tout le temps. Et la fait payer aux autres. Et les autres interragissent avec ça aussi. C'est ça l'histoire.
Et nous, chez nous, on est en plein dans ce processus.
Vous n'avez pas compris ?
C'est pas grave.
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10 mai 2008
Rencontre
_ Passe.
_ Relance de quinze.
_ Mitche.
_ Nan. Tu peux pas faire mitche après une relance de quinze. Tu dois d'abord tourner en sus avec une base vingt.
_ Ah oué, scuze, chuis con. Alors. Je dis : deux paires sur six en vraille.
_ Bien vu, vieux. A moi : gargante sur trois cartes avec passe sept.
_ Eh merde. Rien capté.
_ Haha.
_ J'ai pas encore tout pigé à ton jeu, Zhang.
_ C'est normal. Mais t'inquiète, grand. Avec la pratique, ça vient tout seul. On refait un tour ?
A la lueur d'une petite lumière jaunâtre, Zhang et l'empereur sifflaient bocks sur bocks en jouant aux cartes. Comme dans les vieux polars terriens, un ventilo fatigué brassait de l'air renfermé ainsi que la fumée des clopes et des cigares. Ils avaient choisi cette petite lune discrète dans le système d'Alkano pour leur rencontre. A peine remis de sa blessure, le chef de guerre avait été tout disposé à se trouver en présence de cet autocrate qui jusqu'ici était son ennemi juré. Instinctivement, il lui apparaissait qu'ils avaient tout deux bien des choses à se dire.
Scène surréaliste d'un monarque héréditaire de droit divin, à la tête de millions de planètes, en train de se bourrer la gueule, de jouer aux cartes et d'échanger des plaisanteries grivoises avec un gros barbare rustaud qui avait tué ou fait tuer des milliers de ses sujets et envahi et pillé des centaines de ses mondes. Une rivalité séculaire exacerbée, entre ces deux seuls êtres, deux séries de systèmes institutionnels, politiques, économiques, opposés et antagonistes, qu'ils représentaient fièrement mais qu'ils avaient laissé de côté pour un peu de saine dérision.
_ Drinque quatre par vouille moitié.
_ Haille ! Pioche. Trois cartes.
_ Annonce.
_ Je passe moins deux, je méglanche pointe aux trois quartes.
_ Naaan.
_ Mé quoi ?
_ Sur deux quartes, la méglanche pointe. Chtai djà dit. Sinon c'est une méglanche bipointe.
_ T'ain, ouais. Scuze. Deux quartes, alors.
_ Moais. On va dire, ça passe limite parce qu'en principe il faut passer moins trois. Mais bon, on joue avec les règles hertonniennes, alors c'est bon.
Dans les pièces attenantes, les proches des deux leaders se livraient exactement à la même activité : cartes, picole, clope, pizza froide, café, et poilade. L'entente était bonne. On entendait des rires. Ainsi que la chasse d'eau des toilettes, vu qu'à force d'étancher une soif qui n'existait que pour la forme, les vessies finissaient quand même par protester. Voilà ; ça, c'est ce qu'on pouvait appeler de la rencontre diplomatique de très haut niveau. Tout pour réjouir les coeurs et pour améliorer le sort de milliards de personnes.
_ Pas foutu pareil qu'avec ton roi Garbonde, pas, Zhang ?
_ Tu l'as dit, l'empereur. Ici l'ambiance est plutôt bon enfant, et on finit quand même par se marrer et s'entendre. Mais avec l'autre, t'ain, faut se le colletiner ! C'est du pet, du rot et des onomatopées débiles à longueur de journée.
_ Ouais. C'est votre barbare à vous. Tandis que pour nous...
_ ... C'est nous les barbares. Je sais.
_ Le prend pas mal, vieux.
_ Nan, t'inquiète. On l'a quand même intégré, depuis le temps. Les idées reçues de ta propagande sont quand même bien foutues. Au fait : ribaure quatre sur vupille en passe quinte.
L'empereur ne releva pas la pique. Il préférait se concentrer sur son jeu. Qu'il avait du mal à maîtriser encore. Et puis, pas question de se laisser entraîner sur un autre terrain que celui qu'il avait choisi. Il avala une gorgée de bière, tira sur son cigare et souffla des nuages de fumée.
_ Tribure décane.
_ Méglanche sexte moins.
_ Passe. N'empêche. Pourquoi t'es allé recruter ce gros con ?
_ Pour en faire de la chair à canon sur Alkano. Causer des dégâts à tes troupes. Un assaut ou une charge de garbondes sous le feu, ça a une sacrée gueule.
_ Mes troupes !? Désolé, vieux, c'était pas mes troupes. Relance mixte par huit chiens en quinze.
_ Ah, ouais ; ton espèce de cousin qui veut te piquer ton trône, c'est ça ?
_ Tu l'as dit. Le débile de la famille qui fait encore des siennes. Un arriviste assoiffé de pouvoir et de flouze. Comment disent tes potes terriens avec qui tu communiques ? "Bling-bling", c'est ça ? Enfin, peu importe. C'est lui qui vous a attaqués sur ce bout de planète. Lui seul.
_ Mh. Méglanche sixte.
_ Vupille en passe quarte.
_ A deux tiers.
_ A huit, gorande douzure.
_ Tu vois qu't'apprends vite, l'empereur.
_ Doucement. Bon, causons un peu sérieux. Tu risques de laisser ton cuir sur cette planète, mon gars. Tu sais, ça ? C'est un piège. Tu es manipulé depuis que t'as décidé d'y mettre tes grosses bottes.
_ On m'avait averti. Mais vis-à-vis de mon clan et de mes guerriers, il fallait bien riposter. Pas question de se laisser faucher une planète à nous. C'est notre planète. On y est bien accrochés. Tu admettras qu'on s'y dépatouille pas mal.
_ Oais. Ceux d'en face s'attendaient pas à ce que tu y dures longtemps. Mais un piège, ça reste un piège. Qui est fait pour se refermer implacablement. Regarde ta dernière bataille de collines. Tu a failli prendre une tannée. Tu t'es enlisé. Il a fallu que deux de vos vieux rustauds à la retraite vous sortent du merdier où vous vous étiez fourrés. Deux vieux croûtons décatis qui se croient forts mais qui sentent la pisse. Tu crois pas que ça fait réfléchir ?
_ Harschol et Horokor. Y sont lourds, ceux-là.
_ Mais plus efficaces que toi.
_ Bah. Ecoute, l'empereur. Je sais qu'Alkano est un piège. On me l'avait dit. Je le sais depuis le début. Mais celui ou ceux qui nous l'ont tendu, figure-toi qu'on a de quoi leur rentrer dans le lard, leur faire un sacré mal, et repartir par le haut. Dans l'honneur, on va dire, pour causer comme les aristos qui t'entourent. On a ce qu'il faut pour faire payer à ceux d'en face toutes leurs avanies. Cette planète est un symbole, pas autre chose. Le symbole d'une honte. La honte distillée par ceux d'en face, vu la façon dont ils nous considèrent, dont ils nous instrumentalisent. Nous ne sommes pas manipulables. Nous ne sommes pas des bonnes poires de passages. C'est nous qui choisissons nos moments. Si nous devons perdre cette planète, nous la perdrons, mais nous resterons intacts, debouts, et nous en auront fait voir de toutes les couleurs à notre ennemi. Si nous devons la garder, nous la garderons. Une parmi des dizaines de milliers. Et je te le dis sans concessions : ce sera dans l'anéantissement et dans l'humiliation de celui d'en face. Pas autre chose. Quoi qu'il arrive, ils le paieront cher. Très cher.
_ Mh. Je m'attendais à ce type de discours. Tu es remonté contre ces gens qui t'ont indirectement envoyé dans ce bourbier, et tu veux te battre, tu veux faire des dégâts, en faire baver à qui de droit. Pour te venger. Ils se sont foutus de toi. Se sont servis de toi. Contre moi, d'ailleurs. Car le but ultime de ce complot est mon renversement. Et tu as raison, tu n'avais pas le choix. Ecoute. C'est mon intérêt de foutre une taule à mon cousin. De mettre fin à ses activités, de l'éradiquer. Je ne peux pas tolérer ses agissements. Crois-moi. Alors, fais attention à toi. C'est ta vie que tu risques, mais un chef de guerre chevronné comme toi le sait. Je vais t'aider. Je te donnerai des armes. Des fonds. De l'équipement. Et même des troupes. Je te soutiendrai.
_ Ouaouh. La vache. Encore une embrouille ?
_ A toi de voir. Moi, je m'en fous, de ta planète. Tu peux la garder. Elle n'est qu'un enjeu secondaire pour moi.
_ Merci bien.
_ Pour moi, ce qui compte, c'est mon cousin. Fous-lui une branlée. Ce que je te donnerai y contribuera. Tu admettras que je ne puisse intervenir directement.
_ Tu veux te servir de moi, toi aussi.
_ Je n'ai que ma parole à te donner. Libre à toi de décider.
_ Mh. Alors, ce sera à mes conditions. Je veux garder toute liberté de mouvement et de choix.
_ A ta guise. Demande, et je te donnerai.
_ Sans contrepartie ?
_ La seule contrepartie, c'est l'affaiblissement durable, voire définitif, de mon cousin Anténaos.
_ Ma foi. C'est quelque chose qui devrait pouvoir se faire.
_ Bon. Tiens, j'oubliais : gavranche huit sur passe triple en balise.
_ Eh merde. Je relance de quarte en base trois.
_ Plus grantale en sept par jouffle.
_ Haha !! Trop fun, ce jeu !
_ Oais ! ça se laisse bien jouer !
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06 mai 2008
Les mentors 3
_ Salut les terriens !
_ Oué, salut les terriens !
_ Vous vous souv'nez de nous ?
_ Nan ?
_ Pourtant, vous avez déjà entendu causer de nous ici !
_ Oué. Moi c'est Harschol.
_ Et moi, Horokor.
_ On est les vieux de la vieille.
_ On était de toutes les batailles et de toutes les bastons, dans toutes les galaxies.
_ Maint'nant, on se repose la couenne, oué ! On est un peu les retraités de l'espace.
_ Enfin, retraités ! C'est manière de dire, passke depuis peu, on a repris du service.
_ Ah oué, il fallait, histoire de reprendre en main ces ptits jeunes, là, hein.
_ Oué. Allez, un bock ! Gloups. BRAAAAAAH !
_ BREUUUUUH !
_ Mouheuharh !
_ Bon, dites. C'est marrant, un blog, quand même, pas, camarade ?
_ Oué. On en voit, de ces trucs, dis. Tiens, Harschol, chuis sûr que t'as pas traîné pour aller voir des sites cochons sur l'internet des terriens. Hein, vieux pervers ? Mouhahaharrrh.
_ Tu m'étonnes, mahahahahrrr, les terriennes sont bonnasses, j'aimerai bien y faire un tour, sur c'te planète, tiens !
_ Ho, calme-toi, vieille croûte, ou je te balance un seau d'eau ! Rien qu'en voyant ta sale tronche, elles vont faire une syncope, les pôvres !
_ Moué, sûr, chuis un affreux, moa ! Mouheuharhh ! Et c'que j'ai dans le pantalon, c'est une horreur aussi !
_ Mouhahahahharrrh !
_ Bon, les terriens. Vu que le ptit Zhang est en récup...
_ ... Moais. Au chaud dans son pieu, dans l'hosto de son gros vaisseau, avec une infirmière plantureuse qui lui taille de ptites pipes de temps en temps, mouhahahahaharrrr !
_ ... Meuheuharrr ! Donc vu que le ptit Zhang a été blessé, et qu'il faut bien qu'il se retape un chouilla, et bah c'est nous qu'on est v'nu à la rescousse !!
_ Oais !! Faut dire que ça nous arrange, passk'à force on finissait par se faire chier, tout de même.
_ Oais, faut admettre. Jusqu'ici, on vadrouillait d'une planète à l'autre en attendant que ça pète, que des mecs s'étripent bien sagement, et puis on se contentait de les regarder se bastonner et s'entr'égorger, assis sur un banc à siroter nos bocks.
_ Au départ, on se marrait comme des hyènes, mais l'action, ça finit toujours par manquer un peu.
_ Oais ! Moi j'ai compris ça quand une fois on s'est jeté dans un combat au corps à corps...
_ ... Oais, c'était comme un TOC ! Un trouble obsessionnel compulsif, mouhahahahahrrrr !
_ ... Et dans le feu de l'action on a éventré tout notre monde à la machette ! Mouhahahahharrr !
_ Alors y'a pas, on s'est dis qu'on allait rechercher de l'activité !
_ Oais ! BREUUUUUH ! On a eu une petite idée à nous, et on a volé un vaisseau.
_ Le genre coursier, voyez. Rapide, économique, puissant, ce qu'il faut.
_ Et on a engagé une ptite troupe.
_ On s'est octroyé une zone de patrouille dans un secteur fréquenté par des vaisseaux de commerce...
_ ... Et puis on a fait un petit peu de flibuste. Pour se marrer. BROARRRRH !
_ Oais, c'était fun ! Arraisonner les navires, faire un peu de pillage, de la revente du butin, ramasser des otages contre une rançon !
_ Ah, ça, faut dire, on connaissait pas ce domaine, on a découvert ! Alors bon, y'a eu des ptits loupés, parfois !
_ Oais, tu parles de quand on a voulu transférer notre tout premier otage de notre vaisseau à celui qui venait le récupérer contre notre belle rançon ?
_ Oais. Il était juste dans le sas de communication amovible entre les deux bâtiments. Je le croyais déjà parti, tout content d'avoir retrouvé sa liberté, et moi j'appuie sur les boutons pour commander le repli du sas...
_ En fait, ce con s'était attardé, on n'a jamais compris pourquoi, alors du coup il s'est retrouvé comme un con dans le vide spatial...
_ Aussi mort qu'on pouvait l'être, le pauvre, mouhahahaharrrrh !
_ Oais, mouhahaharrrrh !
_ Alors ceux qui venaient libérer l'otage en question, eh bah ils ont cru qu'on l'avait fait exprès et qu'on avait tout préparé pour les enfler.
_ Ah, bah c'est sûr, hein ! Surtout qu'on avait gardé la rançon !
_ Et qu'on a filé avec.
_ N'empêche, dix jours de course-poursuite, entre nébuleuses, trous noirs et champs d'astéroïdes... y nous ont pas lâchés, les morbaques.
_ Ha nan. On les comprend, d'ailleurs. Broh.
_ Hey, tu te souviens, la fois où qu'on est tombé sur un vaisseau plein de sex toys ?
_ Mouhahahahahrrr, oais, tu parles si je me souviens ! Des poupées, des godes, des vibros, des pilules, des crèmes, des trucs et des machins informes, longs, épais, du cuir, des clous, des fouets... Rhoooo, y'a des engins, chavais mêm pas qu'ça existait ! Breuh.
_ Brah. Et dans le même temps, on se faisait notre petit racket, hein ?
_ Oais. On interdisait à tout navire de passer, sauf s'il nous payait notre petit dû en brouzoufs sonnants et trébuchants. Là, ça nous a fait un bon pitit paquet de pognon, pas ?
_ Moais. C'est astronomique, comme dit l'autre crétin de journaleux, Morton chais pas quoi !
_ Mouhahaharrrh !
_ Et pis c'est là que les mecs de Zhang nous ont dit qu'il avait eu des emmerdes, sur son espèce de planète pourrie, là !
_ Oais. Alors on a rappliqué aussi sec.
_ Et pis bah, on les a repris en main, les ptits jeunes, là. On leur a montré comment fallait faire.
_ On leur a montré comment de vrais guerriers devaient se comporter !
_ Moh, des fois on dit qu'on est un peu du genre, heu, comment qu'y disent ?
_ Radicaux.
_ Moais. Du genre qu'on fait pas de prisonnier, du genre à tirer à donf sur tout ce qui passe sans réfléchir, à charger en hurlant l'arme au poing, à faire tout péter, tout péter, et encore tout péter, pour le seul plaisir de tout voir péter dans un maximum de boucan, de flammes et de barouf.
_ Oais, gratuit, quoi.
_ Moais, c'est encore comme ça que ça réussit le mieux.
_ Oais. Le ptit Zhang est sur le bon chemin, mais l'en a encore à faire.
_ Oais, bah il est encore un peu tapette, lui hein.
_ Oais, il hésite, il tergiverse, il monte des stratégies, des tactiques.
_ Beuh. Nous on fonce dans le tas, et pis c'est tout !
_ Et pis ça marche. Oais.
_ Ce coup-là, y z'étaient un peu dans le caca, pas ?
_ Moais. Les gars d'en face allaient leur foutre une sacrée trempe dans ces collines, là.
_Putain, comme quoi, rien ne vaut l'expérience de l'âge, pas ?
_ Oais. Pis nous ça nous a fait bien plaisir de mener à nouveau une bonne grosse bataille.
_ Moué, bien saignante.
_ Aaaah, ça, on en a tué, du monde, dans ce merdier.
_ Bon, les terriens, on va arrêter de vous tchatcher comme des vieux qu'on est, pas ?
_ Moais. Faudra quand même dire à Zhang qu'il faudrait qu'il foute le camp de cette planète de merde.
_Oais. Dis collègue.
_ Mh.
_ Si on faisait un blog, comme le Zhang ?
_ C'est astronomique ! Mouhahahahahrrr !
_ Mouhaharrrh !
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03 mai 2008
Galactyk News TV
_ Chers galactotéléspectateurs, bonsoir ! Je suis Stacey Spling.
_ Et je suis Morton Tartenblouf. Vous êtes sur la chaîne Galactyk TV, et voici VOS informations !
_ Mais tout d'abord, Morton, n'oublions pas le petit clin d'oeil à nos sponsors.
_ Exact, Stacey. Chers galactotéléspectateurs, soyez djeuns et décontract', vivez la vie à pleines dents blanches, buvez Staro Cola (tm) !
_ Staro Cola (tm), qui pétille et qui a bon goût, pour la vie qui vit... très très très fort !
_ Tout à fait, Stacey. Passons maintenant au vif du sujet. Parmi les informations que nous allons développer ce soir, il y a hélas, cette collision entre deux transporteurs spatiaux autour de KPV 221-7.
_ Eh oui, Morton. C'est une grave erreur de pilotage qui est à l'origine de cette collision, avec un impact d'une rare violence qui a entraîné l'explosion de ces deux navires commerciaux en orbite, et la perte définitive de toutes leurs marchandises. Soit un manque à gagner particulièrement important, de l'ordre de cent millions de spatio-brouzoufs. C'est la plus grande catastrophe spatiale depuis trois semaines.
_ C'est astronomique, Stacey. Ta-ha.
_ Ti-hi, Morton. Toujours cet humour désopilant. Par ailleurs, on dénombre 1200 morts, il n'y a aucun survivant.
_ C'est absolument tragique, Stacey.
_ Et comment, Morton.
_ Une cellule psychologique a été mise en place pour soutenir les familles des victimes sur KPV 221-7. Avec bien évidemment toutes les conditions légales de facturation de l'ensemble des services fournis par les psychologues, tarifés à l'acte et à l'heure de consultation. Tous ceux qui en éprouvent le besoin ont également à leur disposition un numéro gratuit les quinze premières secondes, facturé ensuite à trente centimes de spatio-brouzoufs la minute, grâce à la générosité de notre sponsor.
_ Buvez Staro-Cola (tm) ! N'est-ce pas, Morton ?
_ Ta-ha, Stacey. Comme elles vont être bien soignées, ces chères familles de victimes.
_ Eh oui, Morton. Quand la sollicitude et la solidarité vont de concert, c'est beau.
_ C'est beau.
_ Bien plus grave que tout cela est cependant la chute de la galactobourse centralisée sur YPA 73. L'indice FLOUZ 4000, qui exprime la valeur des 4000 plus grandes entreprises de notre économie, a perdu en l'espace de quelques séances près de 75%.
_ C'est astronomique. Ta-ha.
_ Ti-hi, Morton, quel boute en train ! Toujours est-il que bien des actionnaires et des petits porteurs sont à présent complètement ruinés. Les hôpitaux déplorent une augmentation sensible des tentatives de suicide. La banque centrale est intervenue pour injecter massivement des liquidités dans notre système bancaire afin d'éviter un resserement du crédit.
_ Moh, Stacey. Peu importe : c'est encore le contribuable qui épongera tout ça.
_ Ti-hi, Morton. Ce mois-ci, une augmentation du taux d'inactivité de près de 30% est à constater du fait de la persistance de la crise financière et de la diminution de l'activité des entreprises...
_ Comment vous avez dit, Stacey... ? "Taux d'inactivité" ...?
_ Eh bien oui, Morton. Vous vous rappelez que notre sponsor - buvez Staro Cola (tm), la boisson qui pétille très très très bon - nous a fait signer une charte de bonne conduite et de bon langage. Afin de ne pas heurter les sensibilités de nos chers galactotéléspectateurs, nous nous devons de ne pas utiliser de termes péjoratifs.
_ Tels que "chômage", par exemple.
_ HOULLAAAA, Morton, attttennntion à ce que vous dites, notre chaîne ne doit pas risquer un procès. D'où, en fait, le taux d'inactivité, qui entre dans les statistiques officielles désormais.
_ Eh oui. Galactyk TV : la galacto-chaîne qui VOUS respecte. Au plus PROFOND de vous. N'est-il pas, Stacey ?
_ Tout à fait, Morton. Très profond.
_ Tout de suite la suite. Un ptit clin d'oeil à nos sponsors.
_ Eh oui, Morton. Madame, Monsieur : vos dessous de bras refoulent trop grave ? Vous en avez marre que les gens se pincent l'organe olfactif à votre vue ? Vous avez envie de bien-être ? De faire tourner les têtes de comment qu'on s'étonne que vous sentez vachement bon sous les aisselles maintenant et que vous êtes content que c'est grâce à ça qu'on remarque enfin votre personnalité profonde et toute votre sensibilité alors que jusqu'ici vous n'étiez qu'un tas d'excréments ? Aspergez-vous très très généreusement d'eau de toilette Bobaheaut (tm). Masque toutes les petites mauvaises émulsions corporelles.
_ "Emulsions corporelles", Stacey ?
_ Oui, Morton, puisqu'on ne peut plus dire "odeur". Chaque flacon d'eau de toilette est vendu avec une crème anticancérigène à utiliser impérativement et immédiatement à chaque aspersion d'eau de toilette Bobaheaut (tm), en frottant bien pendant vingt à trente minutes, pour que la crème pénètre bien.
_ Eh oui. C'est bien de sentir bon, mais il faut garder également une belle peau et donc ne pas griller comme une saucisse. Ta-ha.
_ Ti-hi, Morton, vous êtes en forme ce soir. Bobaheaut (tm). Pour la peau qu'elle sent très bon.
_ Bien dit, Stacey. Dans rubrique des faits divers, nous sommes toujours sans nouvelles du chef Zhang Grassepanse, qui aurait été abattu au cours de combats particulièrement violents sur la planète Alkano. Certaines rumeurs disent qu'il est bel et bien mort, mais l'entourage du chef de guerre dément. Ses aides de camp affirment qu'il n'a été que blessé et qu'il a été évacué sur son vaisseau amiral. Sur Alkano, nous rejoignons en direct notre envoyé spécial, Connor Tufulbuh. Connor ? Connor ? Vous nous entendez ?
_ Eh oui, Bonsoir Stacey, bonsoir Morton. Je me trouve en ce moment dans la citadelle qui sert de quartier général aux forces du clan de Zhang. Celles-ci ont du essuyer un grave revers dans les collines, mais la bataille ne semble pas perdue toutefois, en dépit de la perte de leur chef de guerre emblématique. Je suis justement avec un membre du clan, un proche de Zhang, alors, heu, je n'ai pas bien compris votre nom...
_ Brohonk.
_ Brohonk. Eh bien, bonsoir Brohonk, et...
_ Nan. Pas bonsoir. Bonjour. L'est dix heures du matin ici.
_ Euh, oui, en effet, vous avez raison.
_ Bah alors. De quoi que tu me dis bonsoir, toi ?
_ Euh, c'est juste que c'est le soir pour nos galactospectateurs qui nous écoutent, alors, heu, bon, pouvez-vous nous dire concrètement, comment va votre chef Zhang ? Quel est son état de santé exactement ? Comment arriverez-vous à gérer vos opérations militaires sans son expérience, qui...
_ Kess ça peut t'foutre ?
_ Euh...
_ Bah ouais. De quoi j'me mêle ? Tu nous fais chier avec ta caméra de merde et tes sponsors pourris. Tiens, mate un coup ici.
_ Euh, houlà !
_ Connor ? Connor ? Que se passe-t-il ?
_ Eh bien, chers galactospectateurs, il se trouve que l'éminent Brohonk est présentement en train de défaire son pantalon, de le baisser, et, holla, mince, mais qu'est-ce que... il baisse son caleçon et sort son... heu, comment dois-je dire, mince, quel est le terme dont l'utilisation est prévue par la charte de bonne conduite édictée par notre sponsor Staro Cola (tm), la boisson très très bonne qui vous donne pas soif du tout, mince, alors, Morton, Stacey, aidez-moi, c'est quoi le terme...
_ Connor ? Le terme pour dire quoi ? Précisez, Connor.
_ Il est en train de sortir son... sa... et puis il la pointe sur moi et... m'enfin, merde !
_ Ah non, Connor, faites attention, ce n'est pas un mot qu'il faut dire à l'antenne, je vous préviens ! Vous allez à l'encontre de la charte de bonne conduite !!
_ M'enfin, merde, cet espèce de gros con, il a sorti sa BITE, sa QUEUE, son espèce de gros CHIBRE poilu, quoi, son ZOB, son ZGEG, son MANDRIN, son DARD, son GOUMI, SA PINE, bordel de merde, vous pigez, ou quoi, c'est avec son BRAQUEMARD, sa BIROUTE qu'il me vise et il est en train de me PISSER DESSUS comme un porc, et merde, il LACHE TOUTE SA SAUCE, il m'en asperge partout, et il en gicle sur la caméra, en plus, mais enfin, arrêtez, quoi !! KCCCCCHHHHHHHHH...
_ Connor ? Connor ? Nous avons été coupé.
_ Quel dommage, Stacey, ça promettait d'être particulièrement épique.
_ En effet Morton. Acidulé, on dirait.
_ Allez, un petit clin d'oeil à nos sponsors. Vous avez de l'appétit ? Vous êtes un fin gourmet ? Alors vous adorerez la purée Pips (tm). Onctueuse, savoureuse, délicate et parfumée, chaude, salée juste comme il faut, un régal pour vos papilles. Pips (tm), la bonne purée blanche, ni trop liquide, ni trop épaisse, qui coule, coule, doucement, bien chaud dans la bouche et au fond de la gorge profonde. Vous la laisserez doucement entre votre langue et votre palais, afin qu'elle déploie tout son bon goût chaud, et vous la déglutirez de bonheur ! Il ne vous en restera pas une goutte au coin des lèvres !!
_ Mmmmmh, miam-miam, Morton. Voilà qui met l'eau à la bouche ! ça donne envie d'en goûter, et d'avaler, mmmmh !
_ Oui, Stacey. Je suis certain que vous savez de quoi vous parlez, en très bonne cuisinière que vous êtes !
_ Pips (tm). Lâchons la purée ! Quand y'en a plus, y'en a encore.
_ En effet Stacey. Eh bien, ceci clos notre bulletin d'information. Vous regardez Galaktyk TV, je suis Morton Tartenblouf.
_ Et je suis Stacey Spling.
_ Bonne soirée à vous, chers galactospectateurs !
GZAP.
Tain, fais chier la télé. Que de la merde.
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02 mai 2008
Au charbon
Mast a sa mine des mauvais moments. Barbe de trois jours et aisselles rances. Des sacs à dos sous les yeux. On dirait qu'un rouleau compresseur lui est passé dessus à plusieurs reprises. Pas étonnant, nous sommes en première ligne depuis plusieurs semaines. Au coeur d'une bataille de collines fortifiées. Au loin, on entend le bruit des combats. Les tirs de roquette. Le claquement continu des mitrailleuses. Les explosions de grenade. Les tirs de laser.
_ T'as une sale gueule, grand.
_ Toi aussi.
Sûr.
_ Qu'est-ce que ça dit, dehors ?
_ La merde grand un, chef. La merde grand un.
_ Ouais ?
_ On en bave. Pertes sévères. Plusieurs ruptures de front. On colmate comme on peut. Mais on tiendra pas longtemps comme ça.
Mh. A ma montre, il est trois heures du matin. Cette fois-ci, nous peinons à repousser l'assaut ennemi. Je sors de ma casemate. Le boucan infernal se fait plus fort. Des fusées éclairantes sont lâchées un peu partout à cadence régulière, faisant valser les ombres. Tenaces, les salopards. Je m'approche d'une grande mitrailleuse sur trépieds. Son servant tire sans arrêt. On dirait qu'il ne vise même plus. Devant lui, on peine à distinguer quelque chose en dépit des fusées éclairantes, mais on sent. On sait.
A ma droite, je distingue des lumières jaunes, oranges, violettes. Des explosions.
_ Des sorciers. Sur la colline VII.
_ Ouais. Ce sont des types à Grun, là-bas. Ils ont fort à faire eux aussi.
_ Combien de temps ça fait, maintenant, qu'on n'a aucune nouvelle de lui ?
_ Cinq ou six jours. Plus de liaison radio.
Inquiétant. On m'informe que plusieurs chefs de sections demandent l'autorisation de se replier sur d'autres positions plus faciles à défendre. Ils risquent de perdre certains points d'appui sur leur colline. Je commande un barrage d'artillerie pour les couvrir et leur permettre de se dégager dans des conditions correctes.
Une grande explosion se fait entendre sur ma gauche. Du feu, de la lumière. Des débris. Assourdissant.
_ Chef. C'est le PC de la colline III.
Merde. Là, ça craint.
_ Le chef de section. Et tout son état-major.
Parti en fumée. Dans l'impuissance, les bras ballant.
D'autres explosions sur la III. Tirs d'artillerie. Pour parachever le boulot. Dans quelques heures, ceux d'en face auront pris ces positions.
_ Ils menacent directement la piste, maintenant.
Ouais. Et tout notre approvisionnement. On risque d'être coupés.
_ Il faut reprendre la III. Sans tarder. Dis à Argolphe d'envoyer du monde. Qu'il lance une contre-offensive, et surtout, qu'il me reprenne cette foutue colline.
En plus, il y a toujours des gars à nous, là-bas. Isolés, maintenant, et sans officier. On ne peut pas les laisser dans ce merdier.
L'ennemi a créé un golem. Il marche sur nous. Des éclairs. Il gronde. Des tirs sur lui. Rien à faire, il avance toujours. Grenade. Roquette. Boules de feu. Il chancelle, plie le genou, se relève. Riposte. A l'éclair. J'entends les cris de douleur de nos gars, à quelques dizaines de mètres de ma position. Touchés de plein fouet. Nous l'attaquons, en tir de flanc. Il atteint notre tranchée. Trois tirs de roquettes sur lui. Il s'écroule. Finalement. Et part en flamme. On l'a échappé de justesse.
Les échanges de tir continuent avec ceux d'en face. A côté de moi, le servant de la mitrailleuse s'écroule. Mort. On l'évacue. Je prends sa place sans me poser de questions. Je vois des ombres. Droit devant, trajectoire basse. Je tire. Je hurle. On m'apporte des munitions. Je balance tout ce que j'ai. Et plus encore. J'ai soif. Je suis épuisé. Je tire. Sans discontinuer. Rythme infernal. Je tue du monde. J'en suis sûr. Mais il en vient toujours. Et je tire toujours. Dans les ombres. Ces foutues ombres. A la lueur des fusées. Au bout d'un long moment, je finis par m'écrouler. Le souffle coupé. Des étoiles dans les yeux. Une douleur, un grand coup sur mon épaule gauche. La mitrailleuse est en rade. Les mecs continuent à ma place au fusil mitrailleur. J'ai pris une balle. On m'examine. On me fait de l'air. On me pose des pansements. Je me sens partir.
_ Juste une égratignure. Tu t'en remettras, chef.
Mast. C'était Mast ? C'est comme dans un rêve. Voix lointaine. Le soleil se lève. Brumes matinales. On m'emmène sur un brancard. En tournant la tête sur le côté, je crois percevoir Karabine. Encore à sacrifier des poulets, la chamanesse. Et à me prédire la victoire ici, à grand renfort d'effets de manche, juste en lisant dans leurs entrailles et à marmonner je ne sais quelles conneries. J'éclate de rire. C'est surréaliste. Tout ça ne veut rien dire. Elle me hurle que les dieux sont avec nous. Qu'ils nous guideront. Je ris. Mais non. Ce n'est pas moi. J'entends un grand rire dans mon noir. Un éclat cristallin et mauvais. C'est l'Amertume qui se fout de ma gueule.
Je te l'avais bien dit.
Qu'elle me dit.
Maintenant, tu pars.
Je pars.
La douceur du coton.
Le noir.
De l'inconscient.
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01 mai 2008
Ach ! Kross malheur la kerrh
L'empereur Euclymène finissait sa tasse de bouillon.
Depuis quelques temps, il avait l'estomac fragile. Peu d'appétit. Et les nerfs à fleur de peau. A cause du stress. Ce n'était pas toujours facile d'être au quotidien le souverain de plusieurs millions de planètes. A priori quand l'entourage dudit souverain n'était pas des plus sûrs. Ainsi, cet espèce de chambellan. Duc de je ne sais quoi, comte de bidule et de truc, Grand Veneur de sa Majesté, Pair de l'Empire, et toutes ces fadaises. Déjà qu'il était pas foutu de causer correct avec son accent à découper à la tronçonneuse, il fallait en plus qu'en bon courtisan il manie l'intrigue comme une seconde nature.
_ Fotreu Machesté.
_ Mh.
_ En touteu référenceu [il veut dire en réalité révérence. Je sais, c'est chiant. A la longue, surtout.], che me permets te zolliciter fautreu machesté aphin k'elle taigne m'enntentreu zur zertain points ke che zouhaiterai éfoker afec elle.
_ Allons donc, Helmut, que vous arrive-t-il ? Vous vous êtes mal remis de votre dernière orgie ? Vous savez pas si vous avez la tête dans les bas-fonds ou dans le pâté croûte ? Si c'est ça, mon pauvre vieux, je n'y peux que dalle.
Allez, une petite pique. Les "sauteries" du chambellan étaient réputées pour être particulièrement malsaines. Nul n'ignorait ses frasques et ses dérives sexuelles perverses. Bien des gens de tous âge et de tout sexe avaient eu littérallement le chambellan sur le dos. L'empereur était bien le premier à recadrer ce vieux cochon quand il le fallait. Et il le fallait. Souvent.
_ Ach. Keu non point, fotre machesté, dit le pervers sans paraître se démonter le moins du monde. Cheu zouhaitais haporter afec fous le proplème du jef çhang.
_ Le chef qui ? çhang ?
_ Ja. Le chef çhang. çhang Krassepanse.
_ Ah oui. Zhang.
Palsambleu, cet accent de fiente, je ne le supporte plus, se disait l'empereur.
_ C'est ce gros connard à la peau vert-marron, entouré de branquignols, tantôt tarés, tantôt alcoolos, qui se prend pour un chef de guerre et qui fous la merde de temps en temps en envahissant de ci de là des planètes relevant de notre Empire.
_ Mh. Dout chuste. Zi ze n'est k'il est réellement tanchereux kôm jef te kerre. Il nous kauze krand mal barfois. Nous afons krand tord te le zous-estimer, ch'en zuis konfainku. Ze n'est pas hautre choçe k'un krand psykopateu.
_ Moh. Nous afons, euh, nous avons bien de quoi lui botter les fesses, tout de même.
_ Zertes. Aktuellement, il ze troufe zur la planète Alkano. Z'est une planèteu kui lui appartenait et ke fotre kouzin a tenté t'envahir aphin te l'attirer tans ein pièche.
_ Mon cousin ? Antéanos ?
_ Jawohl.
Eh meeeeerde. Ce petit con merdeux et boutonneux essayait encore une vacherie de son cru. Pfff. Cela commençait à bien faire. Il s'était foutu dans sa tronche pourrie de râvir son trône à Euclymène. Par tout les moyens. Rien ne le rebutait. Il est vrai qu'il est premier dans l'ordre de succession.
_ Putain de chiotte. Si j'avais été foutu de faire un héritier à l'impératrice, je n'aurais pas ces emmerdes sur le râble. Remarque, il n'est pas encore trop tard. Il faudra que je lui en touche deux mots un de ces quatre. Après tout. C'est pas parce qu'on a plusieurs millions de planètes sous sa coupe qu'on peut pas tremper son biscuit et niquer comme des bêtes. Avec un peu d'amour aussi. Quand même.
_ Kommant tites-fous, votre machesté ?
_ Hreum. Rien. Je murmurais dans ma barbe. Mais voyons. Vous disiez ?
_ Che barlais te fotre kouzin.
_ C'est ça. Il foulait (MER-DEUH), euh, il voulait attirer ce con de Zhang dans un piège sur une de ses planètes ? Pour lui faire la peau une bonne fois pour toutes, j'imagine.
_ Ach nein ! Bour ze zervir te lui kontreu fous.
_ Kontreu moi ? Euuh, contre moi ?
_ Jaaaa. Anténaos aurait téclénché eine zorte de fendetta à bartir d'Alkano pour lançer çhang direktement gontreu fous. Il ze zerait arranché afin que çhang zoit zuffizamment vort pour fous affaiplir le plus possible. Afec te la chansse, çhang fous aurait même fait azzazziner. Tans ze kas, Anténaos fous aurait zukzédé zur der trône, puis il aurait fait tuer çhang pour fous fenger.
_ Mais qu'est-ce que vous racontez comme conneries !! Helmut, je ne sais pas où allez chercher des bobards comme ça, mais entre nous, vous feriez mieux de laisser tomber vos orgies sexuelles, ça vous assainira le cervelas.
_ Ach ! Mais fotreu machesté, che tispoze te preuves zolides à fous zoumettre ! Nous afons ein brizonnier gui nous fient tout troit te zette blanète, et kroyez-moi, DUMKOPF, NOUS AFONS LES MOYENS TE LE VAIRE BARLER, ACH JA ! MOUHAHAHAHAHARRRRH !
_ Un prisonnier. Qui a pu vous dire n'importe quoi pour sauver sa vie.
_ Nein. Ch'inzizte. Mein informatzions zont zures. Et puis il y a autre joze.
_ Dites.
_ Antéanos trafaille afec teux te fos maréchaux, k'il a rallié à za kauze. çhang les zurnomme Palance et Karnache. Ces teux-là fous trahissent affreuzement.
_ Balance et Carnage. Je vois qui c'est. Des adversaires de Zhang. De très longue date.
_ Ja. Bour tonner te la krétibilité à zette manibulation.
_ Mmmmh. Si je comprends bien, entre ce gros rustaud de Zhang et ce petit merdeux ambitieux d'Anténaos, il va me falloir choisir.
_ Oooh, ja ! La zauvegarde du trône appelle pien tes kompromissions. Che pense que l'on pourrait ze rapprocher te çhang. Zela fous permettra te FOUTRE EINE GROSSE BRANLEE A DAS GROSS DUMKOPF T'ANTENAOS, NOUS AFONS LES MOYENS TE LUI POTTER ZON KROS KUL TOUT MOU, MOUHAHAHAHARRRR !!!
_ Oh, ça va, c'est bon, on se calme. Allez donc boire un bon bock, ça vous détendra !
_ JAWOHL ! EIN BOCK ! EIN BIER ! EIN MOUSSEU ! MOUHAHAHAHAHARRRR !!!
_ C'est bien la seule valeur commune qu'il partage avec ce Zhang. Ma foi.
_ JAAAAAAAA !! ALLEZ ZOU ! CHE FAIS FAIRE BREBARER DOUT ZE K'IL FAUT POUR FAIRE EINE GROSS ORCHIEU !! NOUS AFONS LES MOYENS TE FAIRE UNE TE CES POMPEU ! JA, MOUHAHAHAHAHAHARRRRRH !
Espèce de vieux pervers cochon.
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