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30 juin 2008

Pirates et rustauds, même combat ?

Bjorn Bulkus est un homme heureux.

Son business de pirate intersidéral fonctionne à merveille. Arraisonnements, enlèvements, demandes de rançons, trafics en tout genre... la conjoncture est bonne. Elle l'est d'autant plus lorsque les organisations étatiques peuvent se trouver en état de faiblesse latente, voire de déliquescence. L'adversaire le plus redoutable pour la bande de Bjorn restait l'Empire, aussi s'en tenait-il éloigné et s'attachait-il à éviter les secteurs tenus par les impériaux. Quelques petits signes toutefois laissaient voir un début de processus de déclin dont les impériaux n'avaient pas encore conscience, mais qui restait à confirmer. Rien d'inéluctable.

Récemment, Bjorn avait fait une bonne prise. Une demi-douzaine de transporteurs et leur escorte de patrouilleurs et de frégates. Des marchandises à gogo, et des otages, officiers et hommes de troupes. Tout ça, ça valait beaucoup d'argent. Ses subordonnés n'avaient pas tardé à réclamer une belle rançon au propriétaire des vaisseaux. Un clan dont le chef se prénomme Zhang. Bjorn avait vaguement entendu parler de lui. Un chef de guerre. Dans la galaxie, il est des secteurs ou chaque moindre caillou astral pouvant recevoir la vie avait son ou ses chefs. A vrai dire, le morcellement de l'autorité était un avantage pour un pirate.

Cette transaction ne devrait poser aucun problème pour les hommes chevronnés de Bulkus. Ce Zhang cracherait sa thune sans faire d'histoire, tout comme les autres.

Bulkus avait suffisamment d'hommes, de véhicules et de vaisseaux pour intimider un seigneur impérial. Il pouvait également acheter son indépendance en corrompant lorsqu'il le fallait. Il savait également placer ses informateurs, infiltrer et noyauter.

La lune qui lui servait de base était parfaitement aménagée. Rien en surface, car il faut bien resté caché. Mais un énorme réseaux de grottes et de cavernes pourvues d'une atmosphère, de champs pour l'élevage et l'agriculture, d'industries de subsistance et d'armement, se trouvaient sous la surface. Tout ce qu'il fallait pour être autonome. Et pour se défendre, aussi.

Bref, c'était le paradis chez les pirates.

La belle jeune fille s'activant avec application sous le bureau de Bjorn était là pour y contribuer, à sa manière.

- Ho, la-laaaaa... !!

Fait-il. Au bord de l'extase.

Jusqu'au moment où son interphone vient gâcher le moment fatidique.

- Kcccchhh. C'est Virno, M'sieur Bjorn !

- Haaaaa... Nan, mais je peux pas être dérangé maintenant !! Pfff, pfff. Je suis sur un dossier ultra-urgent !! Rappellez plus tard !

- Kchhhhh. Heu, M'sieur Bjorn, c'est que c'est important.

- Hoooooo... Alors ça peut pas attendre ? Pfff, pfff.

- Kchhh. Ben, heu, non.

- Houuuuuuuu... Alors c'est quoi, pf, pf, pf, le problème, pfffffff.

- Kchhhh. Ben, heu. On a près de cinq-cent vaisseaux  au large de notre lune, qui s'apprêtent à nous tomber sur le coin de la gueule, m'sieur Bjorn !!

- RAHHHHHHAHAHAHAHHHHHH !!! C'EST TROOOOOOP !!! PFFF PFFF PFFF !!!

- Kcccchhh. Bah oui, ça c'est sûr, ça fait beaucoup. Alors, msieur, onnnn fait quoi ?

- HAAAAALALALALAAAAAAAAA !!!

- Oui, je comprends bien votre émotion, msieur.  Kchhhhh. Mais qu'est-ce qu'on fait ?

- ON SONNE L'ALERTE, CRETIN ! (T'ain, j'en ai partout !)

ESPACE PUB.

Chabadobidaaaa, wawawaaaaaaaah.

Wouaouh. Envie d'un petit casse croûte déséquilibré ? D'une bonne barre pleine de céréales croustillantes au bonnes matières grasses hydrogénées bien cancérigènes, et de bon chocolat tout gras qui en fait n'est pas du tout du chocolat ? Parce que vous êtes branchouille et dynamique et jeune et que vous aimez la bonne musique qui bouge et que vous faites style "je mords la vie à pleines dents" ?

Eh bien comme vous êtes forcément comme ça parce que sinon vous n'existez pas puisque vous ne consommez pas comme on vous dit, eh bien oui, vous avez deviné. Mangez CHWIXE !! Croquez ! Mâchez ! Savourez ! Avec le caramel onctueux en plus, bien collant dans toutes vos dents !!

La seule ! La vraie ! La bonne barre de céréales, qui vous fait grossir, vous refile des caries, vous fout la chiasse si que vous en prenez de trop et ne vous enlève pas vraiment la faim !

Mais vous vous en foutez, parce que vous êtes jeune, que vous êtes souriant aux dents blanches, que vous avez des lunettes de soleil même sous l'orage, que vous dormez trois heures par nuit et que vous aimez consommer des choses futiles, et que ce qui nous intéresse, c'est de VOUS refiler nos trente mille tonnes de barres par an, et que votre planète ne suffit pas pour ça !!

CHWIXE

Parce que vos dents valent bien leur pesant de caramel collant, et vos artères leur futur cancer.

Chabadobidaaaa, wawawaaaaaah.

 - Mouhahahahahharrrr !

- Wahahahahahahahrr !

- Meuuuhahahahahahrrr !

- Z'avez vu les gars ? Cet espèce de sale repère tout pourri ?

- Non mais c'est qu'ils se croyaient forts, ces types-là ! Faut quand même pas déconner !

- Tain, comment on les a défoncés leur gueule, aux pirates !

- Pirates mon cul ! Pas de quoi s'en relever la nuit. Quatres heures de baston, pas plus. Leur défense balayée, leurs vaisseaux cloués au sol, nos troupes d'assaut qui entrent dans leurs grottes et leurs cavernes presque sans pertes... T'ain, c'est une balade, pas autre chose.

- Oais, chef ! On mouillera pas le maillot, aujourd'hui ! C'est presque décevant.

- Alors, les mecs. On y va, à notre tour ? Qu'on se marre, un peu.

- Oais ! Qu'on nous laisse un peu des pirates à descendre, wahahahaharrr !

- Et du flouze à collecter, mouhahaharrr !

- Oais, allez les gars ! Chopez vos canettes, armez vos sulfateuses, allumez vos cigares, et zou ! On descend et on va casser du pirate !

- Mouheuhahaharrr !!

ESPACE PUB

Chabadoubadidaaaaa, wawawawaaaaaaah.

Mmmmhh. Regardez. Là. Cette démarche décidée. Droite. L'homme élégant. Le dernier costume cravate à la mode, cinq mois de salaire sur mesure. Les chaussures noires, brillantes. La  grosse montre clinquante. Le dernier modèle de bagnole plate comme une carte de crédit. La rose entre les dents éclatantes. Il a fait les meilleures écoles. A décroché les meilleurs sésames dans son domaine. Il en veut. Il sait mordre. Il incarne l'efficacité professionnelle. C'est un WINNER. Il rétame ses adversaires, et fait gagner du FLOUZE à son entreprise en se foutant de votre gueule. Il va gagner en un an ce que vous gagneriez en trente, vous, qui resterez un pauvre et que c'est bien fait pour votre gueule parce que si vous êtes con c'est loin d'être un hasard.

Alors regardez.

Vous ne serez jamais à son niveau. Vous n'atteindrez jamais le quart du centième du dixième de sa classe, et en essayant de l'imiter vous ne parviendrez qu'à susciter sa moquerie, et l'on verra très vite que vous n'êtes qu'une merde éternelle.

Pourtant.

Il y a un moyen pour vous, pauvre crasse, d'envisager de sortir la tronche de la fiente. Lui, cet homme si parfait, ne sait se mettre à toutes les portées. Mais il y a quelque chose qui le pourra pour vous. Regardez son téléphone portable.

C'est un BRANLATOCOM.

Fin. Racé. Equipé des dernières technologies. Le MUST des portables. BRANLATOCOM est généreux et accessible. Contrairement à cet homme. Son portable, c'est la seule chose qu'il acceptera de partager avec un trouduc comme vous. Car il sait que tout le reste vous différenciera à jamais.

BRANLATOCOM.

La perfection dans l'élégance, à la portée du connard de base.

Chabadibadouwaaa, wawawaaaaaaa.

- Eh bah. Nous voilà ben dans l'antre du pirate.

- Tu parles d'une loose. Quatre heures de combat, comme on l'avait dit.

- Et cinq minutes. Rien que ça pour foutre une branlée à des pirates de merde.

- C'est quoi, ces tâches blanchâtres, là, sous le bureau de ce type ?

- Hreum. Je te laisse deviner, chef.

- Ah. Ouais. Carrément.

- Le mec se prenait du bon temps.

- Qu'est-ce que t'as à dire, crétin ?

- ...

- Tu y réfléchiras, connard, avant de t'en prendre à mes gars et à mes vaisseaux. Tu croyais que t'allais me faire cracher ? Bah c'est toi qui va cracher. T'as de la chance que nos potes soient en bonne santé. Hmmm ? Bon. Mast. Grun. Brohonk.

- Ouais ?

- Fouillez-moi tout ce gourbi de lune. Et soumettez-moi ce merdeux à la question.

- Avec plaisir, chef.

- Qu'il nous dise où il cache son blé.

- Ce sera fait, chef.

- Bonne opération. On va peut-être pouvoir réutiliser ce repère à notre bénéfice. Quand NOUS, on l'aura retapée, ce sera vraiment une bonne base.

Bjorn Bulkus, du coup, n'est plus un homme heureux.

C'est ballot.

Vraiment. On ne peut vraiment plus faire de la bonne flibuste en paix, dans la galaxie !

25 juin 2008

Petite virée de détente

Nous partageons un point en commun avec les terriens. Les pipelettes, ça existe partout. Le système R.A.D. - Répété-Amplifié-Déformé - peut fonctionner à plein régime lorsqu'on lui donne de bons carburants. Même dans notre univers de rustauds, des réputations, surtout mauvaises, se font et se défont par des rumeurs.

J'en ai moi-même été victime par le passé ; je suis pas le premier et je serai pas le dernier. J'en ai aussi répandu à tort et à travers, alors je vais pas jeter la pierre. Il faut drôlement bien maîtriser sa com. J'ai connu des gars qui lançaient de fausses rumeurs sous forme de blagues puériles, rien que pour le fun, pour étudier la vitesse de propagation et voir qui réagissait et de quelle façon. Des crétins de ce genre, j'en ai descendu pour moins que ça.

Sur la passerelle de commande de mon vaisseau, j'observe l'espace, les étoiles, les nébuleuses, les autres bâtiments de ma flotte. Je rumine.

Par exemple. Une rumeur dit que je vais être relevé sur Alkano. D'autres prendront la suite dans la conduite des opérations militaires. Il paraît que je prends les choses trop à coeur. Le pire, c'est que cette info ne vient pas de chez nous. Mais de membres de la Chambre des Pairs de l'Empire. Certains chercheraient d'ailleurs à se mettre en rapport avec moi.

Je vais vous dire, je ne serai pas fâché de m'en aller un peu au vert. La politique me gave. J'en ai bien assez à faire chez moi.

Un tremblement au sol.

BOUM

- Encore Mast, chef ?

- A coup sûr.

Putain, le gag éculé de l'alcoolo qui joue au bouilleur de cru et qui fait péter ses alambics à chaque coup. Va falloir que je dise sérieusement à Mast d'arrêter.

Ah bah tiens, en parlant du loup.

- Chef, chef !!

La tronche noire de suie. Les vêtements déchirés. Comme d'hab.

- J'en ai ras la casquette de t'entendre faire sauter tes bazards à intervalles réguliers, Mast.

- Nan, mais chef, là c'est bon ! J'ai réussi ! J'ai ma belle gnole tout bonne ! 'Gad !

Et il me fous un flacon sous le pif.

Ambré. Odeur chaude. Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- Ah, il faut que tu goûtes, chef !

Pfff. Allons-y. Faisons plaisir au môme.

KRACH !!

- T'ain, c'est corsé, faut reconnaître ! Rhahaaah !

- Cette fois-ci, c'est la bonne, la putain de bonne ! Enfin ma bonne bibine à moha ! Et ce sera pas que pour ma conso perso. Avec des potes, on va monter un coup, avec une société, des usines, des points de distribution bien choisis, pétard, chef, on va se faire plein de brouzoufs. Si tu veux, on te met dedans.

Sans façons.

Il y a des pirates dans le secteur de Karminao Bêta. Qui ont eu le tort d'arraisonner quelques-un de nos vaisseaux. Et de prendre des otages. Il va de soi que je ne paierai que dalle. Nous aussi nous avons nos renseignements. On sait où les trouver, et on va leur tomber sur le coin de la gueule. On ne s'en prend pas à nous comme ça.

J'ai réuni pour une petite expédition sympa quelques croiseurs, moniteurs, éperonneurs, cuirassés, corvettes, patrouilleurs. Voilà qui nous fera une petite sortie tranquille. Ce qu'il y a de bien avec les pirates, c'est qu'ils ont toujours un trésor accumulé quelque part. J'espère que ces gros cons ne l'auront pas caché, avec des énigmes débiles à résoudre - ça leur arrive, parfois. J'aime autant dire qu'ils vont devoir cracher le morceau fissa. Pas question d'avoir à écouter des charades.

Ah, pis le trésor, pas question qu'on le donne à des associations charitatives où des merdes de ce genre. Le pognon, c'est pour notre pomme. On n'est pas hypocrites, commes les terriens. Nous restons étrangers au concept de bonne conscience.

Nous passons au large d'une belle planète. Verte, bleue, ambrée. Avec trois lunes, et protégée par une station spatiale assez importante. Elle appartient en fief à un seigneur impérial, un des plus influents. Un duc, assez connu par chez lui.

Trois frégates passent au loin, portant le chiffre de ce duc. Elles nous adressent des signaux lumineux en code. Amicaux.

24 juin 2008

Je suis vraiment bordélique

Ah, puutain, j'en ai ma claque !!

Toujours ce fourbi, ces paperasses, ces merdes à traiter sur mon bureau ! Y'en a dans tous les sens, et j'ai jamais été foutu d'avoir un espace de travail rangé. Il est vrai qu'en bon rustaud, c'est l'action au grand air que je préfère. Pas traiter des doléances et passer des plombes à consulter et à nourrir des dossiers.

C'est la maladie des terriens, ça les dossiers !

- Je prends ton agenda, chef.

C'est ça, vas-y, Mast, rajoutes-en une couche ! C'est tout autant le bazard dans ce calepin défraîchi que sur cette planche pleine de ronds de bière et de café séchés, de cendres de cigares incrustés qui me sert de bureau. Pfff. Pourtant, il faut bien que je me remémore mon emploi du temps. J'ai le vague souvenir que celui-ci était quelque peu chargé ces temps-ci.

- Alors. Le bleugdi 128, tu as une entrevue avec l'ambassadeur du système de Myklos.

Ah ouais. C'est pour une histoire de tribut. Myklos dispose d'une économie florissante et possède notamment d'excellentes productions de bières ; or nous n'avons pas envie de payer. C'est donc soit l'invasion par nos gentils ptits guerriers armés jusqu'aux crocs, soit une protection avec une garnison d'iceux en échange d'un tribut. Je sens que cet ambassadeur va me manger dans les paluches...

- Bleugdi 476 : baptême d'un nouveau cuirassé, tout frais sorti de nos chantiers.

Moais. Ennuyeux. Pfff, va falloir que je fasse un putain de discours. Bon, y'a la bectance qui suivra, mais je m'arrangerai pour fiche le camp en douce. Moi, les cuirassés, je préfère les voir lorsqu'ils sont dans le feu de l'action. En train de casser sa tronche à l'ennemi. Je suis quelqu'un de pratique, moi.

- Klougbardi 25-3. Séance de justice. Toute la matinée.

Rho alors ça, c'est réellement gavant. C'est ce que j'aime le moins dans le boulot de chef de clan. Entendre des plaintes mesquines et les doléances étriquées du crétin de base qui tire à lui la couverture, souvent avec une audacieuse mauvaise foi. Je demande ceci, je réclame cela, c'est mon droit, lui il m'a fait du tort, non c'est pas vrai c'est lui... Nan, franchement, je crois que je vais instaurer un système de justice déléguée. C'est trop chiant de dire la justice soi-même, et c'est archaïque. Ceci dit, je ne pense pas que vos systèmes, à vous les terriens, soient guère plus avancés...

- L'après-midi, passage en revue sur Voluba de son arsenal. Et petite réception autour d'un bock.

Mmmh. Voilà, ça j'aime ; ça, c'est du putain de concret. Je suis quelqu'un de pratique, je vous dis.

- Tribardi 54. Signature d'un traité de commerce avec le système d'Anaphius.

Moui. Là, c'est plutôt sensible, ça concerne nos ravitaillements en sources d'énergie pour nos vaisseaux. Je vais le faire moi.

- Ensuite, soirée au casino géant en orbite autour d'Anaphius VI. Nous sommes tous invités.

Moh. On va leur montrer, aux gens d'Anaphius, ce que les rustauds ont dans le ventre lorsqu'ils vont en soirée. Ils vont devoir repenser la déco de leur casino, après notre passage. Surtout quand on aura pogoté. Et vomi un peu partout. Mouheuhahahaharrr !!

- Virbadi 928. Cérémonie pour le recrutement de nos derniers cadets. Notre dernière levée de troupes achève ses classes et sera bientôt prête pour partir voir du pays dans l'espace.

Bonne chose. Je trouverai bien quelques bonnes formules bien senties pour les haranguer.

BRAM KRABARDAF

Eh merde ! Une pile de fouillis qui tombe du bureau. Des liasses de conneries. De la paperasserie qui fait chier. Des trucs que je dois voir, d'autres que je dois... que j'aurais dû signer y'a quelques jours déjà.

- Tiens, chef, dans cette liasse, il y a un contrat pour la fourniture en filtres bamathoxyradiques pour les circuits de faisceaux bromaturés en couplage simple du bloc énergie de notre navire amiral. Le fournisseur nous a relancés une paire de fois pour savoir ce qu'on décide.

- En couplage simple ?

- Oui. Chef.

- Je pensais qu'on devait traiter sur le couplage triphasuré de métabaxyde bivoryde ?

- Euh nan.

- Puuuutain, j'ai vraiment autre chose à foutre en ce moment !! Vais pas m'occuper des détails ! Donne ça à Argolphe ! C'est lui l'ingénieur, après tout.

Il faut que je délègue davantage mon taf. Que j'embauche des secrétaires ou quelque chose comme ça. Sinon, je vais être débordé.

BARDAF FLOUCH

Et voilà !! Un fond de café froid depuis des siècles qui s'étale comme par magie sur une autre pile ! T'ain, chuis maudit. Bon, passons à autre chose, sinon je crâme tout ça et je vais m'enfiler un bock.

- Là, je ne vois pas de date précise, mais il est indiqué que tu dois affrêter ton plus beau vaisseau afin de te rendre très rapidement sur la Terre.

Hein ? Qu'est-ce qu'il me chante, là, le Mast ?

- Rafraîchis-moi le cervelas. Que faut-il que j'aille foutre sur la Terre ?

- C'est pour enlever Lénia. Pfffrrr !

Attends, j'ai loupé un épisode. Et puis de quoi qu'y rigole, lui ?

- Fais-moi voir ce truc !!

- Tiens, chef. Mpffr-hahaharrrh !

- Et pis arrête de te marrer comme une baleine. C'est tout de même pas de ma faute si une terrienne veut connaître notre univers.

- Remarque, on la comprend. La Terre est une planète malsaine.

Je zyeute mon calepin. Entre ratures, modifications, écritures barrées en bleu, noir, rouge, vert, fluos, entre tâches de gras, je vois effectivement une petite mention : "Affrêter vaisseau irisé bleu-nuit métallique modèle sport - Filer sur Terre - Enlever Lénia du haut de son balcon au clair de lune - Prévoir musique de circonstance, feu d'artifice et effets divers - ne PAS crâmer les murs aux réacteurs - désarmer lasers pour éviter bavure sur terriens - Ne pas roter ; ne pas péter ; se brosser les dents pour sourire éclatant - Mettre fringues propres".

- Pff-harh-harh-harh-harh !!

- Mais qu'est-ce qui te fais te poiler comme ça, à la fin !!

- Chef, m'en veut pas. C'est les photos qu'elle a mis sur son blog pour la fête du slip. Nous, les rustauds, on est représentés comme de parfaits mâles tout beaux tout musclés. A forme humaine, tu remarqueras.

- Pfff. Je sais. Cette représentation ne colle pas à la réalité.

C'est vrai. On a la peau vert-marron, les yeux rouges, des crocs blancs, on fait deux mètres cinquante, deux-cent kilos, le crâne en pointe, les oreilles pointues, la mâchoire carrée... En plus on picole sans soif et on fume comme des pompiers, on est de sacrés sacs à bouffe...  Rien à voir avec ces éphèbes délicats, élégants et raffinés qui paradent.

- Je suis jamais allé sur cette espèce de planète. Je vais devoir me camoufler. Si un terrien me voit, il tombe raide.

BLANG BARDAF KRABAF

Puuuutain de bazard à la con ! Encore des piles qui s'écrasent comme une bouse !

- Merde alors !! Le formulaire numéro 674-BoV-3456/VA-7 en quatre exemplaires concernant l'utilisation alternative par les usagers des escalators de vaisseau à triphase complexe qui tombent en panne lorsque la modulation en basse fréquence ne permet plus le passage des canettes de bière sur un coussin d'apesanteur !!!

Moh.

Pas une perte.

Ceci dit, le bordel et le défaut d'organisation sont une preuve de grande créativité.

Sisi.

21 juin 2008

Au rapport !!

Bon, chers terriens.

Aujourd'hui, réunion dans mon gros gros vaisseau à forme phallique, avec mes potes rustauds habituels : Mast, Brohonk, Karabine, Grun, Argolphe. Avec, ça va de soi, l'équipement habituel en cigares, bocks bien remplis et amuse-gueules de toutes sortes.

Ha, et puis on a aussi l'autre vioque, là, Harschol. Celui-là s'est invité avec nous, parce qu'il avait vu de la lumière et senti l'odeur de la bibine ; pour une fois, il n'est pas flanqué de son éternel comparse Horokor. J'ai cru comprendre qu'il avait la courante, çui-là, et qu'il pouvait pas trop bouger, sauf pour visser son fion pendant trois plombes sur la cuvette.

Alors, ici, je vous préviens, comme on est entre nous, on a une ambiance du genre, heu, détendue, voyez. On rote, on pète, on dit des gros mots, on se gratte le cul et sous les bras, et entre deux ronds de fumée on crache par terre. Bah ça va, vous n'allez pas nous chier des bulles en carré, non ?

- Bon alors, les mecs. Passons en revue ce qui s'est passé dans notre coin de galaxie ces derniers temps. Annoncez un peu la couleur. Brohonk, tu commences ?

- Oais. Alors. Breeuuh - scuzez. Sur Grophus, le chef de clan annonce un résultat net de trois milliards de brouzoufs pour cette année.

- Pas mal du tout. Les affaires prospèrent.

- Notre commission se portera à dix pour cent.

- Bonne opération. On le maintient sur place, lui. Tu lui balanceras des rétro-com et une paire de décorations, ça le fidélisera.

- Ouais, chef.

- Ensuite ?

- Ben, Mast a encore fait péter un x-ième alambic en tentant de fabriquer sa propre gnole...

- Mouheuhahaharrr ! ça nous étonnait ben aussi.

- Ho, ça va hein !! Ce coup-là, c'est pas ma faute ! Juste un petit problème de dosage. Brooohaarrrh !

- Mouheuhaahaharr !

- Mast, balance donc la suite au chef ! Tu sais qu'il a pas eu de chance, chef, parce qu'il a crâmé le bloc-moteur de la frégate qui le ramenait de mission, et tout le système de navigation... il s'est retrouvé paumé dans une nébuleuse et s'est mangé un astéroïde.

- Bah voyons. Bon, passons sur ce haut fait d'armes. La suite, Brohonk.

- Le clan Gnozbarh a organisé un méga frichti sur une station spatiale-boite de nuit. Y'avait que des pipaules, des stars, des gens connus.

- Moh. Rien de bandant, là-dedans.

- C'était parti pour les mondanités habituelles : de la musique, de la danse, de la picole, du médoc, de la drogue, de la partouze entre célébrités. Du cul et de l'artificiel, comme souvent dans ces milieux. Mais un petit malin y a fait introduire des barriques de gnole trafiquée...

- Maaaast... ?

- Ah nan, c'est pas moi !

- Attends, chef ! Figure-toi que la gnole était saturée d'aphrodisiaques. Mais elle était pas prévue pour rafraîchir le gosier des caves. C'est une dizaine de démons mineurs spécialement invoqués pour ça qui l'on toute sifflée. Après s'être bourré la gueule, ils ont foncé sur les pistes et y ont foutu un bordel maousse. On peut dire qu'ils n'ont pas fait que danser, et que ça a été réellement festif...

- Arf ! Et alors ?

- Beeeeh. Pas mal de blessés. Tu sais, chef, un démon, quand ça veut tringler, ça fonce au moindre cul en vue, petit, grand ou gros. Sans faire de chichis, et sans savoir à qui il appartient. Les pipaules ont eu la possibilité de savoir VRAIMENT ce que ça voulait dire d'avoir un démon chevillé au corps...

- Mouhahahaharrrh !

- Moh. Z'auront la pastille défoncée, mais y s'en remettront. Brrroooohr. N'empêche, j'aimerais bien savoir qui est derrière ce joli coup. Grun ?

- Chef ?

- T'y serais pas pour kek chose, des fois ?

- Aaaah, bah... tu sais, y'a des terriens qui disent "Fuck me I'm famous"...

- C'est bien ce qui me semblait. Au pied de la lettre. Toujours l'esprit d'à propos, Grun.

- Des tarlouzes, tout ça, je vous dis. Des petits joueurs. De mon temps, y'avait pas besoin de picole pour tringler comme de vrais aliens ! Hurk !

- Ouiiii Harschol. Bon, Argolphe. A ton tour. Ton rapport.

-  Eh bien tout d'abord, chef, tu es invité au banquet du chef Margote pour son anniversaire.

- Pfff. Eh merde. Pas envie d'y aller. On s'y fait chier comme un rat mort. A bécqueter, c'est toujours de la soupe et des légumes. Et que de la flûte en musique.

- Oui, je n'arrive pas à savoir comment un tel mec a pu faire pour devenir chef de clan en avalant des brocolis et des épinards.

- Bah, ça, déjà, ça fait péter. C'est sans doute avec ça qu'il a impressionné ses troupes. Burps.

- On n'a qu'à envoyer quelqu'un... ché pas, un clampin... Personne ne veut se dévouer ?

- NAN !

- Une tarlouze, Margote, moi je vous dis. Une grosse tarlouze ! Quand on est un vrai rustaud, on avale de la vraie bonne bouffe qui tient au corps. De la viandasse, de la venaison, de la charcutance...

- Ouiii Harschol. De la bonne bouffe qui tient au corps. On sait. Argolphe ?

- Eh bien... Ho, tiens, qu'est-ce que je sens, là ? OUCH, pétard, ça tombe bien, on parlait de pet. Qui c'est qui a lâché sa petite perlouze en douce ?

- ...

- Ptain, merde, y'a que des courageux, ici. Vindieux, qu'est-ce que ça arrache !!

- C'est vrai que ça ébouriffe, dites. Mais Argolphe, je te signale qu'on est tous des habitués de la louffe, ici. Toi-même t'es pas le dernier, si je me trompe, alors fais pas celui qui s'émeut.

- Peuh ! Vous êtes des lopettes ! Vous savez pas péter comme un véritab' rustaud. Moi, de mon temps, ça fusait à s'en étrangler ! D'ailleurs, je vais vous montrer... Gnnnnn...

- Nan, Harschol, nan, ça va, on te fait confiance !!

- Sisi, 'tendez... Gnnnn....

PRAK !!

- ... ??? ....

- Eh merde ! Chuis allé un peu trop loin, là !

- Du genre ??

- Du genre qu'il a repeint ses braies, le vioque ! Allez, amenez-lui une couche-culotte et un pot de talc !

- Mouhahahahahharrrh !

- Karabine, tu voulais intervenir ?

- Nos espions me font savoir qu'il se passe encore des choses graves sur la Terre, chef.

- Allons bon ; ça c'est vraiment nouveau. Quelle planète !!

- Figure-toi que le pouvoir sur Terre a été pris par le SLIP.

- Le SLIP ? C'est quoi ? C'est une organisation politique ?

- Que nenni ! Le slip vient de former un royaume tout nouveau tout chaud dont Lénia s'est proclamée reine. Y'a qu'à regarder sur l'internet terrien, l'influence du slip grandit de jour en jour. Des slips partout, dans les rues, sur les façades des maisons, sur les voitures !

- Pétard ! C'est l'avènement du SLIP POWER sur Terre ! Quel incroyable pouvoir !

- Mince. Les mecs, faut faire gaffe. Je crains que le culte du slip ne s'étende à travers tout l'univers. La bannière au slip est partie pour s'implanter dans de très nombreuses planètes. Ce pouvoir est tel qu'il ne restera pas cantonné à la Terre.

- Merde !! Les mecs, je pense qu'on a du souci à se faire. Voyez : nous portons des caleçons !!!

- Ouiii, en effet, et un peu usagés, d'ailleurs...

- Oais, je vous raconte pas l'état du mien...

- Tiens, ça me fait penser qu'aujourd'hui je porte encore le caleçon de la semaine dernière...

- LA VACHE !! Nous sommes les premiers menacés par l'expansion du slip !!

- T'ain, ça craint. Chef, il faut envoyer immédiatement un ambassadeur là-bas, pour dire que nous reconnaissons le royaume du slip. Il devra absolument se mettre un slip sur la tête, et agiter un drapeau avec un slip blanc en signe pacifique...

- En effet, un slip avec des traces de pneus, ça risque de créer un incident diplomatique majeur...

- Attendez, attendez. Ne vous affolez pas. On peut jouer sur leurs divisions ethniques et tenter de foutre le boxon entre les slips à pois et les slips à rayures. Sans parler du slip-kangourou. De plus, qu'il pourrait y avoir un problème de parité : qu'en est-il du string ? Du panty ? Des gaines ? Toutes ces minorités pourraient très bien réclamer leurs droits...

- Oais, il faut dire aux strings que le droit à la ficelle dans le cul est inviolable est sacré.

- Et qu'en est-il des marcels ? Nous sommes aussi de très ardents défenseurs des marcels... y'a pas une carte à jouer en contre-espionnage ?

- Nan. Vous faites fausse route, les mecs. Ce sont des sujets trop sensibles. En réalité, il faut faire du commerce avec les terriens : ils auront forcément besoin de lessive pour nettoyer toutes ces quantités de slips. Nous avons d'excellents publicitaires par chez nous ! Tout le monde ici connaît la lessive SPACE BLOUSH. Profitons-en pour nous faire un paquet de thune.

- Oais, le commerce garantit la prospérité. De notre côté, il faut afficher une solidarité exemplaire. Montrer à quel point nous entretenons une relation fusionnelle très profonde avec nos caleçons. Hein les gars ?

- OAIS !!

- Que des trucs de tapette, les slips, moi je vous l'dit ! Un vrai rustaud porte toujours un caleçon.

- Tout juste, Harschol.

- Ouais. Doux et rugueux à la fois.

- Qui aère les parties et les rafraîchit.

- Sans les compresser plus qu'il ne faut dans le froc.

- Moi, toutes les semaines, j'en prends bien soin, je les sors et je les fais prendre l'air...

- Moi j'en ai un attaché à ma sulfateuse.

- Moi, les miens, je leur donne un petit nom tout joli !

- Et pis d'abord, un caleçon, c'est ton compagnon le plus fidèle et ça ne renie jamais son maître.

- Et pis c'est affectueux.

- Et pis c'est tendre.

- Et moi, je vais produire de la bière à l'emblème du caleçon !

- Les mecs, pour les caleçons, HIP HIP HIP...

- ... HOURRAAAAH !!

- Ben Brohonk. T'as pas dit hourrah avec nous.

- ... Ben, heu...

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Heu, les mecs, vous savez, heu...

- Attends. J'ai peur de comprendre. Les gars, baissez-lui fissa son froc !!

- Hey ! Qu'est-ce que vous... !!

CHOP

ZIP

- Rhah, j'en étais sûr !!

- Tain les gars, la honte !

- UN SLIP !! Brohonk porte UN SLIP !!

- Violet, en plus ! Quelle vulgarité !

- Rho le traître !!

- Une cinquième colonne !

- L'invasion a déjà commencé !

- La contamination !

- Qu'as-tu à dire pour ta défense, mec ?

- Ben, heu. Vous savez, c'est confortable, c'est doux, c'est chaud, ça soutien bien les burnes et on est à l'aise dans ses mouvements tout au long de la journée...

- Tain, il est conditionné !!

- Les mecs, y'a pas, faut réagir. Crâmez tous ses slips, et foutez-le en quarantaine !

- Nan ! C'est injuste ! Au nom du slip ! Je vais être un martyr du slip !! Viva el slip ! Vivaaaa !

 

Moh.

Maintenant, chez nous, on trouvera plein de slips dans les catacombes.

15 juin 2008

Confrontation

Il nous ont attiré ici. Entre nébuleuses, champs d'astéroïdes et champs magnétiques. Une autre bataille.  Des centaines de croiseurs, de frégates, de cuirassés, accompagnés de milliers de chasseurs. Je me doutais bien d'un piège, et nous avons les moyens de l'éviter avant que ceux d'en face ne le referment. Je ne pensais pas qu'ils avaient autant de forces à nous opposer. Mais que veulent-ils, à la fin ?

Six coups au but. Nos boucliers encaissent. Un croiseur lourd nous a pris comme cible. Pas de dégâts. Riposte aux lasers lourds. En simultané, frappe directe sur trois frégates à bâbord.

Debout dans le poste de commande de mon navire amiral, je dirige les opérations. Lumières rouges et jaunes, tamisées. Sombre. Je garde une canette à la main, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes. Je rugis et je vocifère. Mes ordres sortent successivement, entre rots et gouttes de salives. Autour de moi, on s'agite. Des boutons à pousser, des leviers à tirer, des écrans à consulter. Je coule de sueur. Scène surréaliste : à ma droite, Karabine sacrifie une paire de poulets, prononce des incantations dans un charabia incompréhensible et nous promet la faveur divine et la victoire. A ma gauche, le sorcier Grun a adopté la position du lotus. Il émane de lui un halo blanc brillant ; ce sont des sorts de courage qu'il instille à un maximum de notre monde dans notre vaisseau.

Deux coups au but. Cette fois, nos boucliers peinent. Sacrée décharge. Encore le même croiseur lourd. Droit devant. On dirait qu'il veut s'approcher. En phase d'attaque. Voudrait-il nous éperonner, nous aborder ? Il y a des chances. J'ordonne que l'on entame des manoeuvres d'évitement et que l'on continue à lui tirer dessus. Un maximum de coups au but.

_ Nous avons deux frégates en train d'arraisonner un de leurs croiseurs, chef !

_ Qu'elles lancent leurs troupes d'assaut ! Il faut me le capturer !

Au loin, un cuirassé explose. Un des leurs. A peu de distance, une de nos frégates s'est laissée coincer dans un champ d'astéroïdes. Elle tente de détruire les plus gros blocs au canon afin de se dégager, mais elle est trop avancée. Ses poursuivant lui tirent dessus à distance. Ses bouclier ne tiendront plus longtemps.

Quatre coups au but. Encore ce croiseur à la con ! Qui se rapproche toujours. Putain, merde, mais dégommez-moi ce connard ! Pas question qu'il nous éperonne ! Tous les canons disponibles sur lui !! Transfert immédiat d'énergie sur les canons à plasma. Les plus méchants.

_ On aura du mal à percer ses boucliers, chef.

_ Merde, mais qu'est-ce que vous croyez !? Que nos armes se réduisent à des ouvre-boîtes ?? On a les lasers lourds les plus méchants qui soient ! Balançons-les lui en pleine poire ! 

Nous perdons beaucoup de chasseurs et d'intercepteurs. Des norias. Des dizaines, des centaines. Ils paient un lourd tribut à cette bataille. Ils couvrent nos vaisseaux lourds. Ils nous permettent d'avancer. Et nous avançons. Non sans mal. Nous poussons. Droit devant.

Cette fois, nous le touchons de plein fouet : sept coups. Qui rebondissent sur ses boucliers. Les impacts luisent, puis s'éteignent. Encore quelques-un comme ça, et nous les faisons sauter. Il ne dévie pas de sa trajectoire. Il se rapproche. Nous avons fini par virer de bord. Mais il semble vouloir nous prendre en chasse. Nous augmentons notre vitesse. Nous frôlons un champs d'astéroïdes, dont de petits blocs nous heurtent. Putain, nos barreurs font des prouesses.

_ Mate un coup dans le quadrant quarante-deux, chef.

_ Eh merde.

Une de nos frégates prise d'assaut est conquise par l'ennemi. Une autre explose. Ses navettes d'évacuation filent dans tous les sens. Deux cuirassés et un croiseur sont en difficulté, aux prises avec une multitude de navires ennemis.

_ On ne les laisse pas comme ça. Mast, prélève une dizaine d'unités et envoie-les dans ce secteur.

_ Mais où veux-tu que je les trouve ? Nous risquons de nous trouver débordés à tout moment.

_ Démerde-toi. Fais ce que je te dis.

Le quadrant quarante-deux est primordial. Si nous le perdons, nous perdons la bataille. Ceux d'en face le savent aussi. Ils sont retors. Et pourtant, nous avançons. Nous poussons. Nous continuons.

Deux coups au but. Encore lui. Pas de doute, nous sommes sa cible. Il se rapproche encore. S'il continue, nous ne pourrons plus rien faire ; en admettant qu'on parvienne à le faire exploser, la déflagration nous causera d'importants dégâts. Cette attaque de mon vaisseau par ce gros croiseur est le pivot de la stratégie de ceux d'en face. Pour déstabiliser mon dispositif. Je hurle. Plasma, roquettes, ondes, lasers torpilles. Je veux toutes les armes, tous les canons contre lui. Vingt coups. C'est parti. Je vois les salves fuser, droit sur lui.

Quinze au but ; ça y est !! Ses boucliers éclatent ! Lueur bleutée entourant le vaisseau. Encore vingt coups !! Allez ! A nouveau, les salves brillantes laissant leurs sillages dans le feu de la bataille. Douze coups au but !! On aurait pu mieux faire, mais c'est suffisant. L'autre est sévèrement touché. Il est déstabilisé, et doit changer de cap. On voit des secteurs entiers sur ce navire s'embraser. Peut-on encore envoyer quelques salves ? Pas encore. Les quarante coups qu'on vient de lui balancer on coûté cher en énergie. Il faut attendre. Mais l'autre doit être définitivement stoppé. J'envoie quatre croiseurs en leurre pour détourner son attention.

_ On l'a échappé belle.

_ Tu l'as dit. On en est où au quarante-deux ?

_ Pas fameux, chef.

Je vois. Mast n'a pu y envoyer que sept frégates et un croiseur. Cela risque de ne pas suffire. Je vocifère mes ordres. On se porte là-bas, vite.

Nous poussons. Nous avançons.

_ On n'y arrivera pas.

_ On leur fera mal, en tout cas.

Je ne pensais pas qu'ils auraient autant de forces à nous opposer. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils franchissent un degré au-delà. A croire qu'ils ont guetté notre réaction et qu'ils nous ont provoqués pour nous attirer ici. Il faut leur rentrer dedans.

_ Feu à volonté !!

On nettoie le quadrant. Mon navire est très juste en circuits d'énergie. On ne pourra pas tirer en cadence soutenue longtemps. Les boucliers, c'est pas mieux. J'ordonne un regroupement. Je sais comment on va faire.

_ Mast. A trois heures.

_ Quoi ?

_ Le grand cuirassier.

_ Eh bien ?

_ On l'éperonne !

_ Hein ?!!

_ C'est comme je te le dis.

_ Mais il est couvert par je ne sais combien de...

_ On s'en fout. On l'éperonne ! Voilà le coup à faire ici.

_ Putain, mais on risque d'y laisser la carcasse, chef.

_ Je sais. Mais ceux d'en face ne s'y attendent pas.

Sitôt dit, sitôt fait. Le mouvement s'élance, à plusieurs dizaines de navires regroupés. Nous poussons. Nous avançons. Nous bousculons tout. On m'annonce deux frégates détruites. Putain, ça craint. Est-ce que je ne viens pas de nous envoyer tous à la mort ? Je ne sens plus la sueur sur moi. Je ne sens plus l'humidité nerveuse sur mon visage. Je ne sens plus mes tripes se nouer. Je ne sens plus les gorgées de bières au fur et à mesure que j'enchaîne les canettes, que je presse nerveusement entre mes mains une fois finies et que j'envoie un peu partout. Un de nos cuirassés, durement atteint, dérive en perdition. Une de nos frégate explose. Encore un peu comme ça, et nous sommes foutus. J'ai les yeux rivés sur notre cible. Cinq salves de plasma. Quatre coups au but, sur les blocs moteur. Réussi ! Il ne va pas pouvoir s'enfuir !

_ On est foutus de réussir, chef.

_ Ouais. En dépit de nos pertes.

Elles sont sévères. Mais nous continuons. Nous poussons. Le cuirassé se rapproche. Se rapproche. Se rapproche. Trois coups au but, sur ses emplacements présumés de générateurs d'énergie. On va l'avoir ! Mon navire amiral donne des signes de faiblesse en énergie. Mais on va l'avoir ! On dénote l'affolement dans le dispositif d'en face. Ils n'ont pas encore compris, ou bien ne savent pas comment réagir.

_ Tout ce qui reste en énergie sur les boucliers de proue ! On éperonne.

Nous y voilà. Notre proue entre en contact avec le flanc du cuirassé ennemi. Nous le coupons en deux. Presque comme dans du beurre. Explosions. Coque déchirée. Nous tremblons. Nous soutenons le choc. Nous traversons l'ennemi, qui se désagrège. Puis, nous portons l'effort sur le reste du quadrant.

_ On l'a fait.

Et comment. Une manoeuvre que personne n'aurait tentée. Nous venons de déborder l'ennemi sur son flanc, menaçant l'ensemble de son dispositif. On dirait que le vent tourne.

_ Chef. Ils foutent le camp !

_ La bataille est gagnée.

_ Mais à quel prix !

_ Oui.

Nous aurons du mal à nous en remettre.

Ce fut une victoire amère.

08 juin 2008

Whassup doc ?

Voici Grun. Il émerge de nulle part. Démarche nonchalante. Innocente, presque. Et pourtant.

Encore son sourire mauvais. Satisfait. Et cette lueur dans les yeux. On devine tout de suite qu'il est content du tour qu'il vient de jouer. Un boulot qui lui plaît.

Au moment où il se plante à côté de moi, une explosion lointaine se fait entendre. Tiens donc. Sabotage. Qu'est-ce que c'est, cette fois ? Une usine ? Un dépôt ? Une succursale ? On dirait en tout cas que les intérêts des quelques bons bourgeois friqués qui nous mettent des bâtons dans les roues par ici ne sont pas vraiment protégés. C'est balot. J'ai toujours su que cette petite caste de nantis ne pouvaient pas nous blairer, dès le début. Ils font preuve d'une mauvaise volonté assez caractéristique. Surtout à partir du moment où on leur fait comprendre que leur mode de vie ne se perpétuera pas aussi facilement

- Le message sera clair, chef.

- Moais. Faut espérer.

Et allez donc : un autre gros KA-BOUM.

- Grun... ?

- Oais. Je me suis permis un petit extra. Un compte à régler. Celui-là aura du mal à s'en remettre.

On a toujours raison de faire du zèle.

- On va continuer dans cette voie avec eux. Le prochain qui moufte, on le frappe au larfeuille. Là où ça fait le plus mal. Spéculation, confiscation de biens, magouilles en tout genre. Tout sera bon pour ruiner du bourge.

- Pile poil. Et on se fera des brouzoufs dans le même temps.

- Tout juste.

Une guerre, ça se gagne aussi sur ce front-là. On divise pour mieux régner : ceux des classes dirigeantes qui nous sont hostiles sur cette planète devront boire le bouillon pour que ça serve d'avertissement aux autres. Qui devront nous becqueter dans les paluches.

- Au fait, Grun.

- Mh ?

- Où en est ton indic, à propos des livraisons de l'empereur ?

- Mal en point, chef. Il est grillé. On a réussi à le sortir, mais il est dans un sale état.

- Où tu l'as mis ?

- Mes gars l'ont envoyé fissa au Bouge, chef.

- Il a pu te rancarder ?

- Il ne s'est réveillé que ce matin.

- On va y aller. Maintenant.

Ce que Grun appelle le Bouge, ce n'est pas autre chose qu'une sorte d'hôpital de campagne tenu par des toubibs du genre, heu, assez insouciants, en ce qui concerne les soins à donner. C'est pas peu dire. Rien que le surnom qu'on a collé à cet endroit est assez significatif. Un musée des horreurs.

On monte fissa dans un véhicule blindé. Grun conduit. Je me sors une canette de jus. M'en engloutis quelques gorgées. Regarde le paysage. Confins dévastés d'une région en guerre. La cannette à la main, je regarde cartes et plans.

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Ding ding dong, tadidaaaaa, dadouuuu...

Vous savez, tihihi, Jobul est un chat très exigeant à la forte personnalité. Il est très difficile de lui imposer quoi que ce soit. C'est comme pour ses repas, je fais très attention à ne lui donner que des aliments sains et bons pour lui, qu'il va adddddorer. C'est pourquoi je choisis toujours les boîtes BASTOUILLE. Mon Jobul en RA-FOLLE. Il s'épanouit de jour en jour. Et moi je suis contente !

Tihihihi.

BASTOUILLE.

 Parce que c'est vachement bon pour les chats qui nous prennent la tête de sa race de merde.

Fait chier, quoi, à la fin !!

Tadidaaaa, dadouuu, ding ding dong...

- Mais si, Ranille, je vous aime, vous le savez.

- Non, Merboule, vous mentez ! Je vous ai vu hier ! Avec cette salope de Garbina ! Vous aviez la main autour de sa taille, et vous reluquiez ses fesses et sa poitrine !

- Mais pas du tout, Ranille. Garbina est une nouvelle infirmière au service, vous le savez. Elle est un peu perdue et a besoin qu'on la soutienne. Je lui montrais un peu d'attention, un peu d'humanité, Ranille, c'est tout.

- Rho, arrêtez cette hypocrisie, Merboule. Vous êtes le chirurgien en chef. Vous êtes beau, intelligent, brillant. J'ai très bien vu que vous l'intéressez, cette pouffiasse, vu comme elle roucoule et comme elle tortille du croupion. Elle sent le sexe à plein nez, elle affole tous les mâles de l'hôpital, Merboule, et elle ne veut monter que du toubib trois étoiles.

- Mais paaaaaaas du tout, Ranille, vous vous méprenez. Je n'aime que vous, vous le savez bien.

- Rho, Merboule. Prouvez-le moi.

- Rho, Ranille. Je ne peux pas, pas ce soir. Je dois aller avec ma femme.

- Merboule. Pourquoi ne divorcez-vous pas ?

- Mes enfants ne comprendraient pas, mon amour.

- Rho, Merboule. Dans ce cas, j'accepterai l'invitation du docteur Vreubar.

- Kwa ?! Ce sale type de Vreubar ? Cet espèce de crâneur, qui confond le diurétique et le paracétamol ? Qui soigne un mal de tronche en refilant la chiasse ?

- Il n'empêche qu'il est galant, gentil, attentionné, et d'agréable conversation.

- Rha, Ranille, vous racontez n'importe quoi ! Son seul but est de faire passer toutes les infirmières sous son bureau ! Vous regardez sur sa moquette en dessous de son fauteuil, y'a que des tâches blanches, et c'est pas des médocs, pour sûr.

- Docteur, docteur !!!

- Qu'est-ce que c'est, infirmier ?

- On annonce l'arrivée de Zhang à l'hôpital.

- Merde ! Le chef, ici ?

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Ding ding dong, tadidaaaaa, dadouuuu...

Mamaaaan, mammannn mammannnn ! - Quoi mon chéri ? - Ou kil est mon maillot ? - Ton maillot ? Je l'ai mis à laver. Il était vraiment trop sale. - Mais mamaaaan, pffffff, je joue, ce soir, moi ! Comment que je vais faire ? - Pas de panique, mon chéri. Avec SPACE BLOUSH la lessive de l'espace, c'est toute la force des enzymes astraux contre les salissures. Regardez. Les supers agents hyprasensitifs à l'hydrométabohridoxyde de jensibate carbonaturée de SPACE BLOUSH dézinguent à donf toutes les crasses, les merdes et les pourritures qui puent la mort dans le linge, et comme ça la madame elle est tranquille car son sale gamin à la con pourra aller à son match de merde dont tout le monde se fout et lui foutra la paix une bonne fois pour toutes. - Voilà ton maillot mon chéri. - Waaah, maman, c'est super ! - Eh oui, c'est SPACE BLOUSH la lessive de l'espace. Allez, mon chairi, maintenant, va jouer, casse-toi vite et bien passeke vraiment tu me gonfles ; et si tu me resalis ce maillot je le fous au feu et je t'arrache la tronche.

SPACE BLOUSH. La lessive qui soulage une bonne fois les mamans des caprices de merde de leurs gamins à la con qui font chier parce qu'ils salissent tout et qu'ils n'en ont rien à branler.

SPACE BLOUSH. Pour la paix des familles.

Tadidaaaaa, dadouuu, ding ding dong...

- AAAARRRRRHHH !

- Ranille, vraiment, je...

- RAAAAAARRRRRGH !

- Ho. Doc.

- Oui, chef.

- Tain, tu vois pas qu'il gueule, ton malade, là ? C'est comme ça tu le soignes?

- AAAARRRRRRGGGH.

- Chef, je fais mon possible, mais...

- Merboule. Dites-moi que vous m'aimez !

- Mais enfin, Ranille, c'est pas le moment !

- RRAAAAAAAAAAAHHHH !

- Doc. Ce type, j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Il a des trucs très importants à me dire. Si jamais il claque, je te le ferai payer.

- Mais chef...

- RAAAAAAARRRRH !

- Merboule. Dites-moi que vous n'aimez que moi ! Oh, Merboule, si vous ssssaviez ! Prenez-moi dans vos BRAS ! Maintenant ! Serrez-moi fort !

- Mais Ranille, je... Oupfff ! Lâchez-moi, Ranille, enfin !

- Oh, Merboule ! Vous me repoussez ! C'est cette salope de Garbina qui vous a détourné de moi, je le savais ! Rho ! Vous êtes un monstre !

- M-mais, Ranille... 

- ARRRGGRAAAAAAAAAAAAAAHHH !!

- Doooooc. T'as un malade qui t'réclaaaaame.

- Oui, chef, oui-oui, je m'en occupe tout de suite... Ranille, foutez-moi la paix !

- Merboule. Je vous quitte, Merboule. Et je dirai tout à votre femme ! Je raconterai notre liaison ! Et aussi je dirai que vous vous êtes envoyé Djania. Et Olania ! Et Barbonica ! Et Molisia ! Que vous adorez prendre en levrette avec un fouet et des cuirs cloutés ! Que vous vous faites enculer avec un sex toy et des bougies trempées dans de la bolognaise !

- Mais arrêtez de dire des conneries !

- RAAAAAARRRRGRAAAAAAAHHHHH !

- Doooooc. Si tu viens pas tout de suite t'occuper de mon indic, t'auras une bonne raison d'avoir de la bolognaise dans la rondelle, mon gars !

- vivivi, chef !

- AAARRRRGRAAAAAH ! J'ai maaaaal !!

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Ding ding dong, tadidaaaaa, dadouuuu...

PCCCCHHHHT - BLARTAAAAA - Je suis fraîche, et c'est comme çaaaa ! - BLARTAAAAA ! Je suis blonde mais je pue sous les bras, alors un seul geste : PCHHHHHT ! BLARTAAAAA ! Le déodorant de l'espace qui vous décape toute vos mauvaises petites odeurs de poils et de touffe ! PCHHHHT ! BLARTAAAA ! Regardez-moiiiiii, un seul geste, et je cesse de puer la mortadelle de trois mois ! BLARTAAAAA ! Regardez tous ces hommes qui se tournent vers moi, c'est l'effet magique de BLARTAAAAA ! PCCHHHT, dix litres sous les bras, BLARTAAA, et c'est le nirvana, tihihihihi ! 

BLARTA

La puissance industrielle

 Au service de vos dessous de bras

Foutez-vous en dix litres, et si avec ça, vous poquez toujours, alors vraiment vous faites chier, vous n'avez qu'à vous laver, passque bon, quand même nous on vend des produits mais on n'est pas responsable de votre hygiène, alors si vous êtes un gros dégueulasse de la touffe, du cul et des panards, eh bah merde on peut rien pour vous. Non mais ho. Faut pas déconner quand même.

Tadidaaaa, dadouuuuuu, ding ding dong...

- L'est crevé, chef.

- Ah merde.

- Mais il m'a dit ce qu'il fallait.

- Tant mieux.

- L'empereur nous envoie des armes et du matos, comme promis. Livraison en cours. J'ai toutes les coordonnées, avec le nombre des vaisseaux et les quantités qu'ils transportent.

- Booon. J'aurai pas à me venger sur le toubib, du coup. Où il est, d'ailleurs, çui-là ?

- Je crois qu'il s'est réconcilié avec Ranille, chef.

- Moh ?

- Planqués derrière, chef, dans un bureau.

BOUM - Han ! BOUM - Han ! BOUM - Han ! BOUM - Han ! Hoooo, Merbouuuuule ! BOUM - Han ! BOUM  - Han ! Raaaaaanilllle ! BOUM - Han ! BOUM - Han ! BOUM - Han ! Raaanillle, où EST LA BOLOGNAIIIIIISE !!! BOUM - Han ! BOUM - Han !

Pfff.

Là, ça va vraiment dans tous les sens.

Toutes les notes