30 novembre 2008
Les marchands du temple - le roi barbare 3
- Mes bien chers frères. Prions ensemble. Louons notre divinité toute puissante, qui ne manque jamais de répondre à tous nos besoins. Notre divinité, soyez-en convaincus, mes bien chers frères, veille sur chacun de nous, incarnée dans la Très Sainte Trinité, j'ai nommé Tévé pleine de grâce, Pub Mère de Dieu, et Grande-Surface à la consubstantialité divine. Nous ne manquerons jamais de rien. L'abondance, dans la production-consommation, fait de nous des êtres prêts à goûter au bonheur terrestre matérialiste. Prions, mes frères, prions. Louons la Sainte Trinité !
- Chef ?
- Mh ?
- Mais qu'est-ce qu'on fout ici ? Pourquoi nous as-tu emmenés sur cette planète débile ? Et dans ce bâtiment bizarre ? On sait pas trop ce que c'est, on dirait un mélange d'église et de centre commercial...
- Chhhht ! Ecoute-donc le prêtre !
- Ce gros beauf au cheveux gominés qui ressemble plus à un représentant en aspirateurs ? Pffff, avec le logo de son hypermarché sur son costard rayé, il a l'air bien brave !
- Mais chhhht ! Ecoute, je te dis !
- Sainte Tévé, mes bien chers frères, vous dit ce qu'il faut manger. Ce qu'il faut boire. Comment vous habiller. Ce que vous devez écouter comme musique. Ce que vous devez accepter comme vérité médiatique. Vénérez notre Sainte Mère Tévé comme le berger qui rassemble le troupeau. Nous voilà donc tous dans la béatitude de la facilité consommatrice. L'embarras du choix au meilleur prix, mes frères ! Et dans cette béatitude, réjouissez-vous ! Le royaume de la Promotion est enfin parmi nous, pour les siècles des siècles, Amen.
- Amen !
- Et n'oubliez jamais, notre Seigneur et Sauveur nous fait bénéficer de toutes Ses bontés. Songez qu'il nous a envoyé les Soldes ! Elles ont rescuscité et sont revenues parmi nous, les très Saintes Soldes, pour nous guider dans les meilleures affaires, et éclairer notre choix dans les Lumières de la grâce et des prix écrasés !
- Pétard, chef ! Qu'est-ce que c'est que ces conneries ! Si c'est d'un troupeau de moutons dont il cause, ce con, il a trouvé preneur. Suffit de regarder la tronche de tous ces neuneus ébahis qui sont pendus à ses lèvres. Z'en perdent pas une foutue miette !
- Mais chut, Grun ! Ferme-la donc, c'est tellement intéressant !
- Pff, tu parles !
- Ôôôôô, Bagnole à Essence ! Fait rugir ton puissant moteur, pour nous diriger avec bonté et sécurité sur les routes de bitume lisse qui mènent vers la sublimité de la Grande Surface (tout en respectant la limite de vitesse, mes frères) ! Ôôôôôôô, divine Carte de Crédit, que ton code secret nous ouvre la splendeur paradisiaque des bienfaits sans limites des produits de consommation courants (à condition que votre compte bancaire soit suffisamment provisionné, mes frères). Ôôôôôô, divin Rayon de supermarché, sois notre pourvoyeur, notre corne d'abondance. Donne-nous notre poisson carré congelé, notre brick de lait, nos céréales du matin, notre papier-toilette quotidien, notre dentifrice et notre shampooing ! Ouiiiiiiii, nous voulons du liquide-vaisselle ! Ouiiiiiii, nous voulons des pâtes et du riz ! Ouiiiiiii, nous n'attendons que nos biscottes en promotion, nos deux boîtes de cirage marron pour le prix d'une, notre eau de javel qui sent toujours bon, nos mouchoirs en papier, et nos paquets de chewing-gum de toutes les couleurs. Oui, j'ose le dire : DE TOUTES LES COULEURS, mes frères, de toutes les couleurs ! Et tout plein de bulles, pour les siècles des siècles, amen.
- Amen.
- Mais chef, bordel, on va quand même pas rester ici à écouter ces conneries consuméristes ! On se croirait sur la Terre !
- Presque. Mais attends un peu. Héhé.
- Ôôôôôô, Caddie, Grand Caddie ! Tu procèdes du grand Bonheur Consumériste, car tu nous conduis avec allégresse dans la douceur rassurante des rayons, pour que nous nous servions dans la paix de tous nos beaux produits. Nos beaux produits, qui sont conçus avec amour et bonté par tous nos merveilleux et généreux industriels, rien que pour nous, rien que pour notre confort, et notre santé si précieuse. Nos beaux produits, au goût si parfait, qui nous sont connus grâce aux divins publicitaires par le biais de Sainte Tévé...
- BrooOOOOOOAAAAROOOOOOOORRRRHHHHHH !!!
MOUHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHRRRR !!!
- ... Hreum. Heu. Sainte Tévé, disais-je, heu, qui, heu, mes bien chers frères, heu...
PRRRRROUUUUUUUUAAAAAAAK
- MOUHAHAHAHAHAHAHHARRRRRR ! LA COCCINELLE SUR BOUSE FRAICHE CHANTONNE AU PETIT MATIN !! MOUHAHAHAHARRRR !!
- Chef.
- Oais.
- Pourquoi tu l'as traîné ici, ce gars-là ?
- Le roi Garbonde (voir notes précédentes, notamment celle-ci ) ? Eh bien, je me suis dit qu'un exemplaire aussi brillant que celui-ci dans la galaxie pourrait amener un peu d'animation dans ce rassemblement de débiles. Il faut bien éprouver la foi de tous ces braves consommateurs béats. On peut imaginer que ça va les changer un chouilla de leur tourte tomates-champignons aux matières grasses végétales hydrogénées dont ils sont si friands.
- BREUUUUUHHH !! KROBAROK ! MRAZABOK ! RACHKAROK !! MOUHAHAHAHAHARRRRRRRR !! BO PITI ZOIZO DANS CIEL BLEU QUI VOLE !! MOUHAHAHARRRR !
- Dediou, il est en forme !
PRRRROUUUUUT
- Et aujourd'hui, il a pas bouffé qu'un sandwich au jambon, ça se sent. Aoutch, ça pique les yeux !
- Ââââââ, Sainte poilée aux légumes et aux champignons, priez pour nous ! Les barbares ont pénétré dans le cénacle sacré de l'hypermarché !
- Ââââââ, Saint chewing-gum à la fleur de sureau, protégez-nous !
- Ââââââ, Sainte Pizza pâte fine aux quatre fromages, veillez sur nous, pauvre pêcheurs !
- Non, mes frères, non ! N'ayez pas de crainte ! C'est un pêcheur, tout comme vous ! Il ignore les bienfaits de la civilisation de la consommation. Il ne faut pas être égoïste, mes frères, et lui faire connaître la parole divine.
- Oui ! Oui ! Prêchons les évangiles ! Viens, frère, viens ! Regarde mon chocolat en poudre ! Si doux, si onctueux.
- Mon frère, approche, et n'aie pas de crainte. Regarde mes olives vertes dénoyautées. Si douces, si onctueuses. Avec le petit truc rouge à l'intérieur, c'est tellement bon !
- Mon frère, regarde ! J'ai du sirop de menthe ! Et des chips à l'ancienne ! Ou bien aux trois fromages, si tu préfères !
- CHIPS ?! KOI ÊTRE CHIPS ? BROOOORRR !
- Mon frère. Rien que pour toi, j'ai gardé des petits fromages en cubes. Ils sont au cumin, au poivre et aux fines herbes ! Prends-les, mon frère ! Savoure-les, mon frère.
- Vois, mon frère : je te fais 30% de promotion pour cette série de trois chemises jaunes à rayures vertes, qui t'iront comme un gant, oui, mon frère, comme tu seras beau ! Et je te fais cadeau des cintres, mon frère, des cintres ! Et tu auras un beau sac en plastique à l'enseigne du magasin ! Un si beau sac, mon frère !
- SAK ?!
PRRRROUUUUTT
- Ha ? Sentez-moi ça, les gars ; ça paraît plus épicé, tout d'un coup.
- Et alors, chef ?
- Alors, ces merdaillons sont en train de le stresser, notre bon roi. D'ici à ce qu'il s'énerve pour de bon, y'a pas loin.
- Mon frère, mon frère ! Ces succulents yaourts aux morceaux de fruits n'attendent que toi ! Viens, mon frère ! Partageons les pots de yaourts ! Tu peux en avoir trois packs de seize pour le prix de deux, mon frère !
- Mon frère. Tu auras besoin d'un frigo pour garder ta nourriture, et veiller sur leur date limite de fraîcheur ainsi qu'il se doit. Je peux t'en proposer un, avec un rabais de 20%, et un règlement sur trois fois sans frais à un taux exceptionnellement avantageux. Un bon frigo, mon frère, très ergonomique, spacieux, avec des bacs pour les légumes, un compartiment spécial fromages, et qui peut te sortir tes glaçons rien qu'en appuyant sur un bouton lorsque tu reçois tes amis, mon frère !
- FRIGO ! ARGH !! FRIGO !
- ça y est, on y est presque. Encore un peu comme ça...
PRRROOOOOOOOOOOOUUUUUKKKKK
- Aoutch !! Là, c'est carrément du gaz moutarde !
- Oais, ça veut dire qu'il est en colère. Ces trouducs ont réussi à te me l'énerver, faut voir comme. Attention, ça va déchirer grave. On ferait mieux de s'éloigner.
- Tu veux pas qu'on reste pour regarder le spectacle ? Et pour lui filer un coup de pogne ?
- Moais, mais faudra pas traîner dans le coin ! Ces consuméristes sont également redoutables en matière de répression. Hors de l'église, point de salut. Toute déviance est très sévèrement réprimée, et leurs taules sont tout aussi bien remplies que mal entretenues. Je vais dire à notre vaisseau de se préparer à nous téléporter d'urgence.
- Regarde le grand prêtre, chef. Il s'approche du roi.
- Putain, ça va chier !
- Mon fils.
- HUUUH ?
- Tu accèdes à la parole divine, et tu entrevois les infinies possibilités de la Consommation. Mais ôte-moi d'un doute.
- GRAEUH ? DOUTE ?
- Mon fils. As-tu de l'argent sur ton compte en banque ? Ce compte est-il correctement provisionné ? Quelle est la banque où tu reçois ton salaire ? As-tu fais des virements récemment ? Puis-je voir ta carte de crédit ?
- HAR-JENT ? BANQ ? CRREDIT ? HUUUH ?
- J'EN ETAIS SÛR !!! HERESIE MES FRERES, HERESIIIIIIE !!
- Houuuuuuuuuuuuu !
- CE MECREANT EST VENU ICI PRENDRE NOS BIENS, MAIS IL N'EST PAS UN INCLU !!! IL N'A PAS DE CARTE DE CREDIT ! IL N'A PAS NON PLUS DE LIQUIDE SUR LUI !! NI DE SALAIRE A DEPENSER EN INTEGRALITE POUR CONSOMMER !!! ON NE PEUT MÊME PAS LUI FAIRE CREDIT !!! HONTE A LUI !! IL NE PRODUIT RIEN ! IL NE CONSOMME RIEN !
- Houuuuuuuuuuu !
- POURCHASSEZ-LE, MES FRERES !
- Les gars, ça y est, ça commence !
- On peut y filer des mandales, chef, à tous ces cons ?
- Oais, chef, une bonne bagarre !
- Pour sûr. Filons un coup de main au roi !
CHPAH CHPON KRASH RKLON BEIGNE FRAKASSS KLAON RGLARH BLAOUM KLON SCHLAN PLAM KABOSSS PAF CHPEUH
- Putain, chef !
KLON CRASH
- Oais !
- C'est la meilleure bagarre à laquelle j'ai participé depuis longtemps !
- CHPAN BLAOM
- Oais, mais c'est pas drôle !! Ces consommateurs sont des chiffes molles, quand on tape dessus, c'est tout mou !
- Ben oais, mais y'en a beaucoup, ça compense !
CHMOP CHPAH KRABARDAF
.................................
- Putain, on leur a mis une de ces dérouillées !
- Oais ! Bien fait pour leur sale tronche !
- On en a tué combien ?
- Je sais pas. Pas mal, en tout cas.
- En ce qui me concerne, je préférais leur faire bouffer leurs produits de merde, à ces cons.
- Je me suis arrêté quand j'ai entendu les sirènes des flics. Je venais de dévaster le rayon "Epicerie fine". Auparavant, j'ai foutu le contenu d'un paquet de bâtonnets de poissons congelés dans le cul du grand prêtre. Un par un, les poissons. Dans le cul.
- Un par un ?!
- Un par un. Je te prie de croire que du poisson congelé pané, ça lui a ramoné un chouilla le sphincter.
- Mouhahaharrrh.
- Et le roi ?
- On l'a téléporté avec nous. Il roupille. Il s'en est donné à coeur joie, lui aussi. Je crois bien que je ne l'avais jamais vu aussi heureux de se défouler. Il a dévasté une dizaine de rayons, éclatant les packs de riz, de pâtes, de jus de fruit, de saucisses, entre ses grosses pognes, et envoyant valdinguer des caddies par paires. Il soulevait les bacs de produits congelés pour les renverser, ainsi que les palettes de légumes. Pétard, quelle force !
- Oais. Bon, foutons le camp de cette planète de merde, et n'y revenons plus.
- Sauf pour la bousiller.
- Oais. Mais on est grillés, si vous voulez mon avis, les mecs.
- Pas grave. Allez, un bock.
Broh.
23:58 Écrit par Zhang dans La Rlijion d'la Brute | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf




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