25 juin 2008

Petite virée de détente

Nous partageons un point en commun avec les terriens. Les pipelettes, ça existe partout. Le système R.A.D. - Répété-Amplifié-Déformé - peut fonctionner à plein régime lorsqu'on lui donne de bons carburants. Même dans notre univers de rustauds, des réputations, surtout mauvaises, se font et se défont par des rumeurs.

J'en ai moi-même été victime par le passé ; je suis pas le premier et je serai pas le dernier. J'en ai aussi répandu à tort et à travers, alors je vais pas jeter la pierre. Il faut drôlement bien maîtriser sa com. J'ai connu des gars qui lançaient de fausses rumeurs sous forme de blagues puériles, rien que pour le fun, pour étudier la vitesse de propagation et voir qui réagissait et de quelle façon. Des crétins de ce genre, j'en ai descendu pour moins que ça.

Sur la passerelle de commande de mon vaisseau, j'observe l'espace, les étoiles, les nébuleuses, les autres bâtiments de ma flotte. Je rumine.

Par exemple. Une rumeur dit que je vais être relevé sur Alkano. D'autres prendront la suite dans la conduite des opérations militaires. Il paraît que je prends les choses trop à coeur. Le pire, c'est que cette info ne vient pas de chez nous. Mais de membres de la Chambre des Pairs de l'Empire. Certains chercheraient d'ailleurs à se mettre en rapport avec moi.

Je vais vous dire, je ne serai pas fâché de m'en aller un peu au vert. La politique me gave. J'en ai bien assez à faire chez moi.

Un tremblement au sol.

BOUM

- Encore Mast, chef ?

- A coup sûr.

Putain, le gag éculé de l'alcoolo qui joue au bouilleur de cru et qui fait péter ses alambics à chaque coup. Va falloir que je dise sérieusement à Mast d'arrêter.

Ah bah tiens, en parlant du loup.

- Chef, chef !!

La tronche noire de suie. Les vêtements déchirés. Comme d'hab.

- J'en ai ras la casquette de t'entendre faire sauter tes bazards à intervalles réguliers, Mast.

- Nan, mais chef, là c'est bon ! J'ai réussi ! J'ai ma belle gnole tout bonne ! 'Gad !

Et il me fous un flacon sous le pif.

Ambré. Odeur chaude. Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- Ah, il faut que tu goûtes, chef !

Pfff. Allons-y. Faisons plaisir au môme.

KRACH !!

- T'ain, c'est corsé, faut reconnaître ! Rhahaaah !

- Cette fois-ci, c'est la bonne, la putain de bonne ! Enfin ma bonne bibine à moha ! Et ce sera pas que pour ma conso perso. Avec des potes, on va monter un coup, avec une société, des usines, des points de distribution bien choisis, pétard, chef, on va se faire plein de brouzoufs. Si tu veux, on te met dedans.

Sans façons.

Il y a des pirates dans le secteur de Karminao Bêta. Qui ont eu le tort d'arraisonner quelques-un de nos vaisseaux. Et de prendre des otages. Il va de soi que je ne paierai que dalle. Nous aussi nous avons nos renseignements. On sait où les trouver, et on va leur tomber sur le coin de la gueule. On ne s'en prend pas à nous comme ça.

J'ai réuni pour une petite expédition sympa quelques croiseurs, moniteurs, éperonneurs, cuirassés, corvettes, patrouilleurs. Voilà qui nous fera une petite sortie tranquille. Ce qu'il y a de bien avec les pirates, c'est qu'ils ont toujours un trésor accumulé quelque part. J'espère que ces gros cons ne l'auront pas caché, avec des énigmes débiles à résoudre - ça leur arrive, parfois. J'aime autant dire qu'ils vont devoir cracher le morceau fissa. Pas question d'avoir à écouter des charades.

Ah, pis le trésor, pas question qu'on le donne à des associations charitatives où des merdes de ce genre. Le pognon, c'est pour notre pomme. On n'est pas hypocrites, commes les terriens. Nous restons étrangers au concept de bonne conscience.

Nous passons au large d'une belle planète. Verte, bleue, ambrée. Avec trois lunes, et protégée par une station spatiale assez importante. Elle appartient en fief à un seigneur impérial, un des plus influents. Un duc, assez connu par chez lui.

Trois frégates passent au loin, portant le chiffre de ce duc. Elles nous adressent des signaux lumineux en code. Amicaux.

24 juin 2008

Je suis vraiment bordélique

Ah, puutain, j'en ai ma claque !!

Toujours ce fourbi, ces paperasses, ces merdes à traiter sur mon bureau ! Y'en a dans tous les sens, et j'ai jamais été foutu d'avoir un espace de travail rangé. Il est vrai qu'en bon rustaud, c'est l'action au grand air que je préfère. Pas traiter des doléances et passer des plombes à consulter et à nourrir des dossiers.

C'est la maladie des terriens, ça les dossiers !

- Je prends ton agenda, chef.

C'est ça, vas-y, Mast, rajoutes-en une couche ! C'est tout autant le bazard dans ce calepin défraîchi que sur cette planche pleine de ronds de bière et de café séchés, de cendres de cigares incrustés qui me sert de bureau. Pfff. Pourtant, il faut bien que je me remémore mon emploi du temps. J'ai le vague souvenir que celui-ci était quelque peu chargé ces temps-ci.

- Alors. Le bleugdi 128, tu as une entrevue avec l'ambassadeur du système de Myklos.

Ah ouais. C'est pour une histoire de tribut. Myklos dispose d'une économie florissante et possède notamment d'excellentes productions de bières ; or nous n'avons pas envie de payer. C'est donc soit l'invasion par nos gentils ptits guerriers armés jusqu'aux crocs, soit une protection avec une garnison d'iceux en échange d'un tribut. Je sens que cet ambassadeur va me manger dans les paluches...

- Bleugdi 476 : baptême d'un nouveau cuirassé, tout frais sorti de nos chantiers.

Moais. Ennuyeux. Pfff, va falloir que je fasse un putain de discours. Bon, y'a la bectance qui suivra, mais je m'arrangerai pour fiche le camp en douce. Moi, les cuirassés, je préfère les voir lorsqu'ils sont dans le feu de l'action. En train de casser sa tronche à l'ennemi. Je suis quelqu'un de pratique, moi.

- Klougbardi 25-3. Séance de justice. Toute la matinée.

Rho alors ça, c'est réellement gavant. C'est ce que j'aime le moins dans le boulot de chef de clan. Entendre des plaintes mesquines et les doléances étriquées du crétin de base qui tire à lui la couverture, souvent avec une audacieuse mauvaise foi. Je demande ceci, je réclame cela, c'est mon droit, lui il m'a fait du tort, non c'est pas vrai c'est lui... Nan, franchement, je crois que je vais instaurer un système de justice déléguée. C'est trop chiant de dire la justice soi-même, et c'est archaïque. Ceci dit, je ne pense pas que vos systèmes, à vous les terriens, soient guère plus avancés...

- L'après-midi, passage en revue sur Voluba de son arsenal. Et petite réception autour d'un bock.

Mmmh. Voilà, ça j'aime ; ça, c'est du putain de concret. Je suis quelqu'un de pratique, je vous dis.

- Tribardi 54. Signature d'un traité de commerce avec le système d'Anaphius.

Moui. Là, c'est plutôt sensible, ça concerne nos ravitaillements en sources d'énergie pour nos vaisseaux. Je vais le faire moi.

- Ensuite, soirée au casino géant en orbite autour d'Anaphius VI. Nous sommes tous invités.

Moh. On va leur montrer, aux gens d'Anaphius, ce que les rustauds ont dans le ventre lorsqu'ils vont en soirée. Ils vont devoir repenser la déco de leur casino, après notre passage. Surtout quand on aura pogoté. Et vomi un peu partout. Mouheuhahahaharrr !!

- Virbadi 928. Cérémonie pour le recrutement de nos derniers cadets. Notre dernière levée de troupes achève ses classes et sera bientôt prête pour partir voir du pays dans l'espace.

Bonne chose. Je trouverai bien quelques bonnes formules bien senties pour les haranguer.

BRAM KRABARDAF

Eh merde ! Une pile de fouillis qui tombe du bureau. Des liasses de conneries. De la paperasserie qui fait chier. Des trucs que je dois voir, d'autres que je dois... que j'aurais dû signer y'a quelques jours déjà.

- Tiens, chef, dans cette liasse, il y a un contrat pour la fourniture en filtres bamathoxyradiques pour les circuits de faisceaux bromaturés en couplage simple du bloc énergie de notre navire amiral. Le fournisseur nous a relancés une paire de fois pour savoir ce qu'on décide.

- En couplage simple ?

- Oui. Chef.

- Je pensais qu'on devait traiter sur le couplage triphasuré de métabaxyde bivoryde ?

- Euh nan.

- Puuuutain, j'ai vraiment autre chose à foutre en ce moment !! Vais pas m'occuper des détails ! Donne ça à Argolphe ! C'est lui l'ingénieur, après tout.

Il faut que je délègue davantage mon taf. Que j'embauche des secrétaires ou quelque chose comme ça. Sinon, je vais être débordé.

BARDAF FLOUCH

Et voilà !! Un fond de café froid depuis des siècles qui s'étale comme par magie sur une autre pile ! T'ain, chuis maudit. Bon, passons à autre chose, sinon je crâme tout ça et je vais m'enfiler un bock.

- Là, je ne vois pas de date précise, mais il est indiqué que tu dois affrêter ton plus beau vaisseau afin de te rendre très rapidement sur la Terre.

Hein ? Qu'est-ce qu'il me chante, là, le Mast ?

- Rafraîchis-moi le cervelas. Que faut-il que j'aille foutre sur la Terre ?

- C'est pour enlever Lénia. Pfffrrr !

Attends, j'ai loupé un épisode. Et puis de quoi qu'y rigole, lui ?

- Fais-moi voir ce truc !!

- Tiens, chef. Mpffr-hahaharrrh !

- Et pis arrête de te marrer comme une baleine. C'est tout de même pas de ma faute si une terrienne veut connaître notre univers.

- Remarque, on la comprend. La Terre est une planète malsaine.

Je zyeute mon calepin. Entre ratures, modifications, écritures barrées en bleu, noir, rouge, vert, fluos, entre tâches de gras, je vois effectivement une petite mention : "Affrêter vaisseau irisé bleu-nuit métallique modèle sport - Filer sur Terre - Enlever Lénia du haut de son balcon au clair de lune - Prévoir musique de circonstance, feu d'artifice et effets divers - ne PAS crâmer les murs aux réacteurs - désarmer lasers pour éviter bavure sur terriens - Ne pas roter ; ne pas péter ; se brosser les dents pour sourire éclatant - Mettre fringues propres".

- Pff-harh-harh-harh-harh !!

- Mais qu'est-ce qui te fais te poiler comme ça, à la fin !!

- Chef, m'en veut pas. C'est les photos qu'elle a mis sur son blog pour la fête du slip. Nous, les rustauds, on est représentés comme de parfaits mâles tout beaux tout musclés. A forme humaine, tu remarqueras.

- Pfff. Je sais. Cette représentation ne colle pas à la réalité.

C'est vrai. On a la peau vert-marron, les yeux rouges, des crocs blancs, on fait deux mètres cinquante, deux-cent kilos, le crâne en pointe, les oreilles pointues, la mâchoire carrée... En plus on picole sans soif et on fume comme des pompiers, on est de sacrés sacs à bouffe...  Rien à voir avec ces éphèbes délicats, élégants et raffinés qui paradent.

- Je suis jamais allé sur cette espèce de planète. Je vais devoir me camoufler. Si un terrien me voit, il tombe raide.

BLANG BARDAF KRABAF

Puuuutain de bazard à la con ! Encore des piles qui s'écrasent comme une bouse !

- Merde alors !! Le formulaire numéro 674-BoV-3456/VA-7 en quatre exemplaires concernant l'utilisation alternative par les usagers des escalators de vaisseau à triphase complexe qui tombent en panne lorsque la modulation en basse fréquence ne permet plus le passage des canettes de bière sur un coussin d'apesanteur !!!

Moh.

Pas une perte.

Ceci dit, le bordel et le défaut d'organisation sont une preuve de grande créativité.

Sisi.

15 juin 2008

Confrontation

Il nous ont attiré ici. Entre nébuleuses, champs d'astéroïdes et champs magnétiques. Une autre bataille.  Des centaines de croiseurs, de frégates, de cuirassés, accompagnés de milliers de chasseurs. Je me doutais bien d'un piège, et nous avons les moyens de l'éviter avant que ceux d'en face ne le referment. Je ne pensais pas qu'ils avaient autant de forces à nous opposer. Mais que veulent-ils, à la fin ?

Six coups au but. Nos boucliers encaissent. Un croiseur lourd nous a pris comme cible. Pas de dégâts. Riposte aux lasers lourds. En simultané, frappe directe sur trois frégates à bâbord.

Debout dans le poste de commande de mon navire amiral, je dirige les opérations. Lumières rouges et jaunes, tamisées. Sombre. Je garde une canette à la main, histoire de ne pas perdre les bonnes habitudes. Je rugis et je vocifère. Mes ordres sortent successivement, entre rots et gouttes de salives. Autour de moi, on s'agite. Des boutons à pousser, des leviers à tirer, des écrans à consulter. Je coule de sueur. Scène surréaliste : à ma droite, Karabine sacrifie une paire de poulets, prononce des incantations dans un charabia incompréhensible et nous promet la faveur divine et la victoire. A ma gauche, le sorcier Grun a adopté la position du lotus. Il émane de lui un halo blanc brillant ; ce sont des sorts de courage qu'il instille à un maximum de notre monde dans notre vaisseau.

Deux coups au but. Cette fois, nos boucliers peinent. Sacrée décharge. Encore le même croiseur lourd. Droit devant. On dirait qu'il veut s'approcher. En phase d'attaque. Voudrait-il nous éperonner, nous aborder ? Il y a des chances. J'ordonne que l'on entame des manoeuvres d'évitement et que l'on continue à lui tirer dessus. Un maximum de coups au but.

_ Nous avons deux frégates en train d'arraisonner un de leurs croiseurs, chef !

_ Qu'elles lancent leurs troupes d'assaut ! Il faut me le capturer !

Au loin, un cuirassé explose. Un des leurs. A peu de distance, une de nos frégates s'est laissée coincer dans un champ d'astéroïdes. Elle tente de détruire les plus gros blocs au canon afin de se dégager, mais elle est trop avancée. Ses poursuivant lui tirent dessus à distance. Ses bouclier ne tiendront plus longtemps.

Quatre coups au but. Encore ce croiseur à la con ! Qui se rapproche toujours. Putain, merde, mais dégommez-moi ce connard ! Pas question qu'il nous éperonne ! Tous les canons disponibles sur lui !! Transfert immédiat d'énergie sur les canons à plasma. Les plus méchants.

_ On aura du mal à percer ses boucliers, chef.

_ Merde, mais qu'est-ce que vous croyez !? Que nos armes se réduisent à des ouvre-boîtes ?? On a les lasers lourds les plus méchants qui soient ! Balançons-les lui en pleine poire ! 

Nous perdons beaucoup de chasseurs et d'intercepteurs. Des norias. Des dizaines, des centaines. Ils paient un lourd tribut à cette bataille. Ils couvrent nos vaisseaux lourds. Ils nous permettent d'avancer. Et nous avançons. Non sans mal. Nous poussons. Droit devant.

Cette fois, nous le touchons de plein fouet : sept coups. Qui rebondissent sur ses boucliers. Les impacts luisent, puis s'éteignent. Encore quelques-un comme ça, et nous les faisons sauter. Il ne dévie pas de sa trajectoire. Il se rapproche. Nous avons fini par virer de bord. Mais il semble vouloir nous prendre en chasse. Nous augmentons notre vitesse. Nous frôlons un champs d'astéroïdes, dont de petits blocs nous heurtent. Putain, nos barreurs font des prouesses.

_ Mate un coup dans le quadrant quarante-deux, chef.

_ Eh merde.

Une de nos frégates prise d'assaut est conquise par l'ennemi. Une autre explose. Ses navettes d'évacuation filent dans tous les sens. Deux cuirassés et un croiseur sont en difficulté, aux prises avec une multitude de navires ennemis.

_ On ne les laisse pas comme ça. Mast, prélève une dizaine d'unités et envoie-les dans ce secteur.

_ Mais où veux-tu que je les trouve ? Nous risquons de nous trouver débordés à tout moment.

_ Démerde-toi. Fais ce que je te dis.

Le quadrant quarante-deux est primordial. Si nous le perdons, nous perdons la bataille. Ceux d'en face le savent aussi. Ils sont retors. Et pourtant, nous avançons. Nous poussons. Nous continuons.

Deux coups au but. Encore lui. Pas de doute, nous sommes sa cible. Il se rapproche encore. S'il continue, nous ne pourrons plus rien faire ; en admettant qu'on parvienne à le faire exploser, la déflagration nous causera d'importants dégâts. Cette attaque de mon vaisseau par ce gros croiseur est le pivot de la stratégie de ceux d'en face. Pour déstabiliser mon dispositif. Je hurle. Plasma, roquettes, ondes, lasers torpilles. Je veux toutes les armes, tous les canons contre lui. Vingt coups. C'est parti. Je vois les salves fuser, droit sur lui.

Quinze au but ; ça y est !! Ses boucliers éclatent ! Lueur bleutée entourant le vaisseau. Encore vingt coups !! Allez ! A nouveau, les salves brillantes laissant leurs sillages dans le feu de la bataille. Douze coups au but !! On aurait pu mieux faire, mais c'est suffisant. L'autre est sévèrement touché. Il est déstabilisé, et doit changer de cap. On voit des secteurs entiers sur ce navire s'embraser. Peut-on encore envoyer quelques salves ? Pas encore. Les quarante coups qu'on vient de lui balancer on coûté cher en énergie. Il faut attendre. Mais l'autre doit être définitivement stoppé. J'envoie quatre croiseurs en leurre pour détourner son attention.

_ On l'a échappé belle.

_ Tu l'as dit. On en est où au quarante-deux ?

_ Pas fameux, chef.

Je vois. Mast n'a pu y envoyer que sept frégates et un croiseur. Cela risque de ne pas suffire. Je vocifère mes ordres. On se porte là-bas, vite.

Nous poussons. Nous avançons.

_ On n'y arrivera pas.

_ On leur fera mal, en tout cas.

Je ne pensais pas qu'ils auraient autant de forces à nous opposer. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils franchissent un degré au-delà. A croire qu'ils ont guetté notre réaction et qu'ils nous ont provoqués pour nous attirer ici. Il faut leur rentrer dedans.

_ Feu à volonté !!

On nettoie le quadrant. Mon navire est très juste en circuits d'énergie. On ne pourra pas tirer en cadence soutenue longtemps. Les boucliers, c'est pas mieux. J'ordonne un regroupement. Je sais comment on va faire.

_ Mast. A trois heures.

_ Quoi ?

_ Le grand cuirassier.

_ Eh bien ?

_ On l'éperonne !

_ Hein ?!!

_ C'est comme je te le dis.

_ Mais il est couvert par je ne sais combien de...

_ On s'en fout. On l'éperonne ! Voilà le coup à faire ici.

_ Putain, mais on risque d'y laisser la carcasse, chef.

_ Je sais. Mais ceux d'en face ne s'y attendent pas.

Sitôt dit, sitôt fait. Le mouvement s'élance, à plusieurs dizaines de navires regroupés. Nous poussons. Nous avançons. Nous bousculons tout. On m'annonce deux frégates détruites. Putain, ça craint. Est-ce que je ne viens pas de nous envoyer tous à la mort ? Je ne sens plus la sueur sur moi. Je ne sens plus l'humidité nerveuse sur mon visage. Je ne sens plus mes tripes se nouer. Je ne sens plus les gorgées de bières au fur et à mesure que j'enchaîne les canettes, que je presse nerveusement entre mes mains une fois finies et que j'envoie un peu partout. Un de nos cuirassés, durement atteint, dérive en perdition. Une de nos frégate explose. Encore un peu comme ça, et nous sommes foutus. J'ai les yeux rivés sur notre cible. Cinq salves de plasma. Quatre coups au but, sur les blocs moteur. Réussi ! Il ne va pas pouvoir s'enfuir !

_ On est foutus de réussir, chef.

_ Ouais. En dépit de nos pertes.

Elles sont sévères. Mais nous continuons. Nous poussons. Le cuirassé se rapproche. Se rapproche. Se rapproche. Trois coups au but, sur ses emplacements présumés de générateurs d'énergie. On va l'avoir ! Mon navire amiral donne des signes de faiblesse en énergie. Mais on va l'avoir ! On dénote l'affolement dans le dispositif d'en face. Ils n'ont pas encore compris, ou bien ne savent pas comment réagir.

_ Tout ce qui reste en énergie sur les boucliers de proue ! On éperonne.

Nous y voilà. Notre proue entre en contact avec le flanc du cuirassé ennemi. Nous le coupons en deux. Presque comme dans du beurre. Explosions. Coque déchirée. Nous tremblons. Nous soutenons le choc. Nous traversons l'ennemi, qui se désagrège. Puis, nous portons l'effort sur le reste du quadrant.

_ On l'a fait.

Et comment. Une manoeuvre que personne n'aurait tentée. Nous venons de déborder l'ennemi sur son flanc, menaçant l'ensemble de son dispositif. On dirait que le vent tourne.

_ Chef. Ils foutent le camp !

_ La bataille est gagnée.

_ Mais à quel prix !

_ Oui.

Nous aurons du mal à nous en remettre.

Ce fut une victoire amère.

19 mai 2008

Jeunisme intersidéral

On va faire quelques petits parallèles.

Les terriens ont des autoroutes. Dans l'espace, il y a des spatioroutes, en plus immatérielles, avec des sens de direction, des balises de repérages disséminées à emplacements réguliers pour que les vaisseaux puissent savoir où ils sont et où ils vont.

Les terriens ont des bagnoles. Pour rouler, on s'en doute. Dans l'espace, je vous le donne en mille, il y a des vaisseaux. Pour traverser l'espace, en s'en doute aussi. Bon, on va pas s'attarder sur le fait que les voitures terriennes roulent au pétrole, et que l'écologie sur la Terre c'est pas vraiment en bonne voie, mais ça c'est pas le propos. On dira plutôt que dans les astres, y a tous les gabarits question vaisseaux. Du pot de yaourt à deux places où les propulseurs prennent dix fois plus de place que la cabine de pilotage, au long et interminable machin phallique transportant des milliers de glandus, c'est la très grande diversité.

Les terriens ont de la musique. C'en est même une grande conquête culturelle qui grandit l'âme - surtout qu'il paraît qu'elle adoucit les moeurs. Alors comme nous, les aliens, on n'est pas des peine à jouir et des gros frustrés, de la zique y'en a aussi dans les étoiles. Et selon les tendances et les genres, c'est partout pareil : on aime ci, on n'aime pas ça.

Alors bon, vous voyez pas trop où que je veux en venir ? Vous voyez pas encore l'équation subliminale ? Autoroutes plus bagnoles plus musique ? Spatioroutes plus vaisseaux plus musique ?

Ah, merde, putain de sa race, j'avais oublié ! C'est qu'il me manque encore un élément primordial, dans mon équation.

J'ai le déshonneur de nommer : le jeune. Dit aussi le djeuns dans les milieux autorisés. Sans dec.

Car les terriens - c'est heureux dans une certaine mesure - en ont. Des djeuns. Et dans l'espace, eh bah y'en a aussi. Des djeuns.

C'est là que l'équation prend tous son sens. Spatioroutes plus vaisseaux plus musique plus djeunes. Pour en rajouter encore un chouilla, on peut affiner cette belle formule. Boîte de nuit sur une lune ou une station spatiale, par exemple. Spatio-chichon, aussi. Spatio-picole. Spatio-dégueule. Spatio-drague. Spatio-veste. Spatio-cul dans les chiottes.

T'ain, vous allez dire que même dans les astres, on sombre dans les lieux communs et la caricature.

Pourtant, regardez-le, lui.

Lui, là.

Le maigrichon brun à l'air débile.

Oui, lui. Celui qu'est avec ses cinq potes. A faire hurler les propulseurs du vaisseau prêté par son père. Un vaisseau moyen qui sert audit père à se rendre à son taf. Le brillant énergumène, qui n'a pas sa licence de pilotage depuis longtemps, en profite néanmoins, vole à fond la caisse sur une portion de spatioroute entre les planètes UBA 413 et NA-K-28 - ça vous dit rien, mais bon, faut quand même le préciser, passque figurez-vous qu'entre ces deux planètes se trouve justement une station spatiale désaffectée reconvertie en méga-boîte. Connue à des années-lumières, et qui draine toutes les mouches à teuf (pour ne pas dire à merde). BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM.

Ah bah oui, nom d'une bite au cirage, cte tempo-là ça existe aussi dans l'espace. Le contraire serait d'ailleurs étonnant.

Et l'espèce de lui, là, qui pilote à donf sans limites, qui zigue-zague sur la spatio-route, qui en fait chier les usagers, parce qu'il se prend pour un kador sous la seule raison qu'il est jeune - non, djeune - il a aussi sa spatioradio qui hurle.

BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM.

Bon, admettons : dans l'espace, ça s'entend pas parce qu'il n'y a pas d'échos dans le vide.

En tout cas. Il est content, le spatio-djeune. Avec sa bande de potes. Spatio-imbibé, spatio-chichonné. Prêt à s'éclater en teu-boi. A faire la teuf. Ils y vont, justement. Ecoutons-les un peu.

Si vous le voulez bien.

_ Oué, zyva, cé koha cé muzik dan ta caiss là.

_ Sah rahss deu tah mehr kess tah contr mah muzik là.

_ Maih rien maih cé trop cheulou, sah rahsse deuh sah mort qui pue, tain.

_ Eh zyva cé kan k'on ahrrivh ah lah stassion là.

_ Oué cé bon chuis à donf on vah arrivé là.

_  Hé lé keum, chuis sûr y'ora Sara et ses copines là.

_ Tain oué komman k'elle est trop bonne Sara là.

_ Tain oué komman k'elle est trop chaude Sara là.

_ Rha l'aut' jour sans dec elle m'a sucé, tain.

_ Rha sans dec.

_ Rha oué cé une bombasse, elle est trop chaude la Sara là. Tain, komman k'elle m'ah pompé grave là dan leuh kouloir de chez oim là. Elle a tout pris dan sah grande bouche deu sahlope là tain sah rahss.

_ Tain zyva cé kan k'on ahriv là, k'on fahss un peu l'éclate là.

_ Tain tè trop reulou toi, chtai dit chuis à donf là, on ahriv là.

_ Rhah oué l'aut jour komman keu j'ai foutu la teuhon à l'aut prof là au bahut là.

_ Tain oué l'aut komman kil é cheulou çui-là tain là.

_ Tain rha cé mon vieux ki vah enkohr criser passky m'ah donné un avertiss'man, leu prof là tain rah.

_ Oué mé l'ékole koman cé tro reulou deu sah rahss là tain oué.

_ Zyva y'a mon pote, là, Hurbul, ah l'ékole il y vah pluh, là. Y vend du chichon, t'ain sah rahss tu sé komman k'y s'fé dé couilles en or là ?

_ Oué tain komman k'y sfé des couilles en or lui sah rahss tain oué.

_ Sah rahss tain oué zyva rah.

_ Rha tain oué zyva sah rahss.

_ Sah mère deuh sah rahss qui pue lah mort tain oué.

_ Tain lah mort qui pue sah rahss oué là zyva.

Bon.

Suspendons un peu le désastre.

Surtout parce que je voudrais absolument adresser mes excuses à toutes les femmes qui se prénomment Sara. Je présente également mes excuses à toutes les femmes, d'ailleurs, parce que je suis quand même assez con pour livrer au grand jour le substrat mental particulièrement vivifiant de cette merveilleuse engeance.

Pardon, donc.

En tout cas, quelque chose n'est pas sans perturber nos audacieux séducteurs. Reprenons le parallèle. Sur la Terre, qui dit autoroutes dit aires d'autoroutes, pour faire pisser le chien et vomir son gamin. Comme de juste, dans l'espace qui dit spatioroutes dit également aires de repos. Ces aires sont pourvues d'une atmosphère et d'une pesanteur artificiels, ainsi que de tout le confort nécessaire pour faire sa crotte ou son pissou, boire un chouilla ou pioncer une plombe. Or ça, ne voilà-t-y pas que nos brillants spatio-djeunes en quête de défoulement (puisqu'ils sont par nature refoulés) aperçoivent sur le bas côté d'une aire, une sorte de vaisseau, aux formes un peu bizarres, sans identification, que l'on dirait presque abandonné. Les djeunes montrent qu'ils sont interloqués.

_ Oué zyva cé koi cte mâchin, là ?

_ Tain sa rahss, on s'en cogne, on va en teu-boi, merde.

_ Nan mé j'conné pas cte modèle, là. Jé jamé vu ça moi.

_ Cé tout pourri, c'te mâchin, là. Kess tu veux voir, là ?

_ Hé si ça se trouve y'a des trucs à piquer là-dedans.

_ Oué, et le vésso aussi on peut le chouraver, t'ain, ça doit se revendre, ça.

_ Tain, les keums, allé, on va danser, plutôt, on va être grave à la bourre, là. Et puis y'a Sara et ses pine-co.

_ Arrête de penser qu'au cul, toi. Allez, on y go !

Et la fière bande de virer droit en direction de l'aire. Zou ! Le conducteur vient prestement positionner son spatiovéhicule à bonne distance de l'appareil. Bon. A présent, on coupe le contact. On retire sa ceinture de sécurité. On passe dans le sas de décompression, et on ouvre la porte d'accès. Les djeunes descendent. Se dirigent doucement vers le vaisseau inconnu. Pas de bruit. Pas de signe de vie.

C'est curieux, on dirait une sorte de petit modèle servant de transport de troupes. Avec quelques canons laser défensifs, juste ce qu'il faut pour dissuader tout attaquant, mais pas plus. Pas de marque d'identification, pour l'instant. La peinture du fuselage est du genre kaki bariolé, dans les teintes vertes, grises, bleues-vert. L'un des djeunes est tout d'un coup pris par un accès de réflexion intense, ce qui n'arrive pas bien souvent chez ce type d'exemplaire. Est-ce qu'il n'y a pas la guerre, sur une planète, pas loin d'ici ? Comment elle s'appelle, d'ailleurs, cte planète ? Un nom bizarre... Nakano ? Akano ? Merde, c'est ballot, il sait pu... Mais il se garde bien d'avertir ses collègues, il ne voit pas encore s'il y a matière à se fourrer dans un guêpier.

_ Tain, sa rahss, le sas est ouvert !

_ Cht ! Moins fort, crétin !

_ Allons-y en douce, les keums !

Evidemment. Ah, saine curiosité ! Emulation de l'appât du gain, même médiocre ! Notre petite bande s'approche du sas d'entrée. Toujours que dalle. Elle le franchit. Monte. En marchant sur des oeufs. Sur la pointe des pieds. Chuchoti, chuchota. Touuuuuut va bien. Un couloir d'accès. Rien à droite. Rien à gauche. Rien en haut. Rien en bas. Pas de piège apparent. Toujours personne, on dirait. Alors cette vaillante expédition peut continuer. Quelques pas, puis le bloc censé regrouper les troupes dans un transport digne de ce nom. Une échelle. Le premier djeunes la monte. Sort sa tête, juste à temps pour entendre... mais... pour entendre....

_ BREUUUUUUURRRRRRRRHHH !!!!

Oh, merdouille !

_ Argolphe, c'est toi ? dit la créature qui vient de se rendre auteur de cette brillante marque de digestion. Eh oui ! C'est qu'ils attendaient tous son retour, bien légitimement.

Eh bah. C'est pas Argolphe. C'est un djeunes qui n'a rien à foutre ici. Et qui, la tête dépassant de son sas, les pieds sur l'échelle, contemple, fasciné, quatre ou cinq énormes rustauds à la peau vert-marron, aux oreilles pointues et aux yeux rouges, en tenue militaire, qui fument clopes et cigares, jouent aux cartes, boivent de la bière, se racontent des blagues salaces. Et puis, qu'est-ce que c'est que toutes ces énormes mitrailleuses entassées dans un coin ???

D'un coup, tous les rustauds tournent la tête vers le petit con.

Et le fixent.

D'un air, un peu... disons... interloqué... et puis hostile, aussi... un tantinet amusé, également...

_ C'est qui, ça ?

_ Oh, puceau ! Kess tu fous dans notre vaisseau ?

_ Chopez-le, les gars !

Eeeeeet voilàààà ! Ce qui devait arriver arriva. Les rustauds se lèvent d'un bond, se précipitent vers le djeuns, le prennent par les épaules, le hissent, puis le posent entre eux et l'entourent.

Y'en a un déjà qui commence à pisser sa race de trouille.

Du coup.

Les rustauds entendent alors un barouf à l'entrée de leur vaisseau.

_ Haut les mains, les ptits cons.

Eeeeh oui. C'est Argolphe. Le bon, le vrai, le seul, l'unique. Qui s'en revenait des chiottes de l'aire de spatioroute, afin de faire son petit pissou, même que c'est pour ça que la bande à Zhang a fait une petite pause sur sa route. Argolphe, qui vient tout juste de coincer les autres djeunes, son flingue à la main. Tous emportés en protestant, en gueulant haut et fort...

_ ...zyva sah rhass tain comment c'est trop abusé, arrêtez, on a rien fé, laissez-nous...

...réunis et entourés dans un coin. A la lueur blafarde des lumières. Mmmmh, ça craint. Nan ?

La bande à Zhang. Lui et ses acolytes. Mast, Brohonk, Argolphe, Karabine, Grun. De retour d'une rencontre avec quelqu'un de très important, et qui s'en vont rejoindre leurs armées à la guerre. Sont pas forcément de bon poil.

Vous êtes mal barrés, les ptits cons. Croyez-m'en. Il est là, le Zhang. Vous le reconnaissez ? Plus grand, plus lourd, plus massif que les autres, avec une autorité naturelle découlant de sa personne. Ah bon ? Vous croyiez qu'il était mort ? La chaîne Galaktyk TV vous l'avait laissé entendre ? Bah voyons ! Si on croyait tout ce que disent les journaleux !

_ Qu'est-ce que c'est que c'est ptits merdeux qui entrent dans notre vaisseau sans autorisation, comme ça ? Hmmm ?

_ Mouheuharrh, chef. Viennent peut-être s'engager chez nous.

_ Nan. Sont juste venus voir s'ils pouvaient nous chouraver quelque chose.

_ Aaahhh booonnnnnn.

_ Sans deeeeeeec.

_ Z'ont du courage.

_ De l'audace.

_ Des tripes.

_ Z'en dites quoi, les puceaux ?

_ Ben... zyva.

_ Oué, zyva. On allait danser en teu-boi, koi, msieu, cé tout.

_ Bah voyons. Et vous vous retrouvez à fourrer votre nez dans un vaisseau qui ne vous appartient pas.

_ Ben oué mé bon, msieu, la porte elle était ouverte, quoi.

_ BAAAAAAAAH voyons ! Vous voyez une porte ouverte et vous pensez automatiquement que vous pouvez la franchir. Comme ça.

_ Ben euh. Zyva. Cété juste pour voir, quoi.

_ Aha. Pour voir. Eh bien, vous allez être servi. Pour voir, vous allez voir. Ce que vous allez voir.

On savait déjà que Zhang avait quelques talents militaires. Vu son rang de chef de guerre parmi les plus importants de ce coin de galaxie. Mais il décida tout d'un coup qu'il pouvait s'autoproclamer styliste décorateur.

Et qu'il fallait retoucher un chouilla la déco de son vaisseau.

En arrivant sur un astroport d'Alkano, les soldats de Zhang qui l'attendaient eurent la surprise de voir des têtes de djeuns empalées sur des bouts de métal fixés sur les angles du vaisseau. Fraîchement coupées.

Pour seul commentaire, Zhang a dit que ça donnait un air plus gai.

Surtout avec les quelques gouttes de sang et les rictus sur les visages.

Puuuuutain, n'empêche.

Zhang et sa bande de branques, c'est quand même de sacrés réacs.

Nan ?

Zy va.

10 mai 2008

Rencontre

_ Passe.

_ Relance de quinze.

_ Mitche.

_ Nan. Tu peux pas faire mitche après une relance de quinze. Tu dois d'abord tourner en sus avec une base vingt.

_ Ah oué, scuze, chuis con. Alors. Je dis : deux paires sur six en vraille.

_ Bien vu, vieux. A moi : gargante sur trois cartes avec passe sept.

_ Eh merde. Rien capté.

_ Haha.

_ J'ai pas encore tout pigé à ton jeu, Zhang.

_ C'est normal. Mais t'inquiète, grand. Avec la pratique, ça vient tout seul. On refait un tour ?

A la lueur d'une petite lumière jaunâtre, Zhang et l'empereur sifflaient bocks sur bocks en jouant aux cartes. Comme dans les vieux polars terriens, un ventilo fatigué brassait de l'air renfermé ainsi que la fumée des clopes et des cigares. Ils avaient choisi cette petite lune discrète dans le système d'Alkano pour leur rencontre. A peine remis de sa blessure, le chef de guerre avait été tout disposé à se trouver en présence de cet autocrate qui jusqu'ici était son ennemi juré. Instinctivement, il lui apparaissait qu'ils avaient tout deux bien des choses à se dire.

Scène surréaliste d'un monarque héréditaire de droit divin, à la tête de millions de planètes, en train de se bourrer la gueule, de jouer aux cartes et d'échanger des plaisanteries grivoises avec un gros barbare rustaud qui avait tué ou fait tuer des milliers de ses sujets et envahi et pillé des centaines de ses mondes. Une rivalité séculaire exacerbée, entre ces deux seuls êtres, deux séries de systèmes institutionnels, politiques, économiques, opposés et antagonistes, qu'ils représentaient fièrement mais qu'ils avaient laissé de côté pour un peu de saine dérision.

_ Drinque quatre par vouille moitié.

_ Haille ! Pioche. Trois cartes.

_ Annonce.

_ Je passe moins deux, je méglanche pointe aux trois quartes.

_ Naaan.

_ Mé quoi ?

_ Sur deux quartes, la méglanche pointe. Chtai djà dit. Sinon c'est une méglanche bipointe.

_ T'ain, ouais. Scuze. Deux quartes, alors.

_ Moais. On va dire, ça passe limite parce qu'en principe il faut passer moins trois. Mais bon, on joue avec les règles hertonniennes, alors c'est bon.

Dans les pièces attenantes, les proches des deux leaders se livraient exactement à la même activité : cartes, picole, clope, pizza froide, café, et poilade. L'entente était bonne. On entendait des rires. Ainsi que la chasse d'eau des toilettes, vu qu'à force d'étancher une soif qui n'existait que pour la forme, les vessies finissaient quand même par protester. Voilà ; ça, c'est ce qu'on pouvait appeler de la rencontre diplomatique de très haut niveau. Tout pour réjouir les coeurs et pour améliorer le sort de milliards de personnes.

_ Pas foutu pareil qu'avec ton roi Garbonde, pas, Zhang ?

_ Tu l'as dit, l'empereur. Ici l'ambiance est plutôt bon enfant, et on finit quand même par se marrer et s'entendre. Mais avec l'autre, t'ain, faut se le colletiner ! C'est du pet, du rot et des onomatopées débiles à longueur de journée.

_ Ouais. C'est votre barbare à vous. Tandis que pour nous...

_ ... C'est nous les barbares. Je sais.

_ Le prend pas mal, vieux.

_ Nan, t'inquiète. On l'a quand même intégré, depuis le temps. Les idées reçues de ta propagande sont quand même bien foutues. Au fait : ribaure quatre sur vupille en passe quinte.

L'empereur ne releva pas la pique. Il préférait se concentrer sur son jeu. Qu'il avait du mal à maîtriser encore. Et puis, pas question de se laisser entraîner sur un autre terrain que celui qu'il avait choisi. Il avala une gorgée de bière, tira sur son cigare et souffla des nuages de fumée.

_ Tribure décane.

_ Méglanche sexte moins.

_ Passe. N'empêche. Pourquoi t'es allé recruter ce gros con ?

_ Pour en faire de la chair à canon sur Alkano. Causer des dégâts à tes troupes. Un assaut ou une charge de garbondes sous le feu, ça a une sacrée gueule.

_ Mes troupes !? Désolé, vieux, c'était pas mes troupes. Relance mixte par huit chiens en quinze.

_ Ah, ouais ; ton espèce de cousin qui veut te piquer ton trône, c'est ça ?

_ Tu l'as dit. Le débile de la famille qui fait encore des siennes. Un arriviste assoiffé de pouvoir et de flouze. Comment disent tes potes terriens avec qui tu communiques ? "Bling-bling", c'est ça ? Enfin, peu importe. C'est lui qui vous a attaqués sur ce bout de planète. Lui seul.

_ Mh. Méglanche sixte.

_ Vupille en passe quarte.

_ A deux tiers.

_ A huit, gorande douzure.

_ Tu vois qu't'apprends vite, l'empereur.

_ Doucement. Bon, causons un peu sérieux. Tu risques de laisser ton cuir sur cette planète, mon gars. Tu sais, ça ? C'est un piège. Tu es manipulé depuis que t'as décidé d'y mettre tes grosses bottes.

_ On m'avait averti. Mais vis-à-vis de mon clan et de mes guerriers, il fallait bien riposter. Pas question de se laisser faucher une planète à nous. C'est notre planète. On y est bien accrochés. Tu admettras qu'on s'y dépatouille pas mal.

_ Oais. Ceux d'en face s'attendaient pas à ce que tu y dures longtemps. Mais un piège, ça reste un piège. Qui est fait pour se refermer implacablement. Regarde ta dernière bataille de collines. Tu a failli prendre une tannée. Tu t'es enlisé. Il a fallu que deux de vos vieux rustauds à la retraite vous sortent du merdier où vous vous étiez fourrés. Deux vieux croûtons décatis qui se croient forts mais qui sentent la pisse. Tu crois pas que ça fait réfléchir ?

_ Harschol et Horokor. Y sont lourds, ceux-là.

_ Mais plus efficaces que toi.

_ Bah. Ecoute, l'empereur. Je sais qu'Alkano est un piège. On me l'avait dit. Je le sais depuis le début. Mais celui ou ceux qui nous l'ont tendu, figure-toi qu'on a de quoi leur rentrer dans le lard, leur faire un sacré mal, et repartir par le haut. Dans l'honneur, on va dire, pour causer comme les aristos qui t'entourent. On a ce qu'il faut pour faire payer à ceux d'en face toutes leurs avanies. Cette planète est un symbole, pas autre chose. Le symbole d'une honte. La honte distillée par ceux d'en face, vu la façon dont ils nous considèrent, dont ils nous instrumentalisent. Nous ne sommes pas manipulables. Nous ne sommes pas des bonnes poires de passages. C'est nous qui choisissons nos moments. Si nous devons perdre cette planète, nous la perdrons, mais nous resterons intacts, debouts, et nous en auront fait voir de toutes les couleurs à notre ennemi. Si nous devons la garder, nous la garderons. Une parmi des dizaines de milliers. Et je te le dis sans concessions : ce sera dans l'anéantissement et dans l'humiliation de celui d'en face. Pas autre chose. Quoi qu'il arrive, ils le paieront cher. Très cher.

_ Mh. Je m'attendais à ce type de discours. Tu es remonté contre ces gens qui t'ont indirectement envoyé dans ce bourbier, et tu veux te battre, tu veux faire des dégâts, en faire baver à qui de droit. Pour te venger. Ils se sont foutus de toi. Se sont servis de toi. Contre moi, d'ailleurs. Car le but ultime de ce complot est mon renversement. Et tu as raison, tu n'avais pas le choix. Ecoute. C'est mon intérêt de foutre une taule à mon cousin. De mettre fin à ses activités, de l'éradiquer. Je ne peux pas tolérer ses agissements. Crois-moi. Alors, fais attention à toi. C'est ta vie que tu risques, mais un chef de guerre chevronné comme toi le sait. Je vais t'aider. Je te donnerai des armes. Des fonds. De l'équipement. Et même des troupes. Je te soutiendrai.

_ Ouaouh. La vache. Encore une embrouille ?

_ A toi de voir. Moi, je m'en fous, de ta planète. Tu peux la garder. Elle n'est qu'un enjeu secondaire pour moi.

_ Merci bien.

_ Pour moi, ce qui compte, c'est mon cousin. Fous-lui une branlée. Ce que je te donnerai y contribuera. Tu admettras que je ne puisse intervenir directement.

_ Tu veux te servir de moi, toi aussi.

_ Je n'ai que ma parole à te donner. Libre à toi de décider.

_ Mh. Alors, ce sera à mes conditions. Je veux garder toute liberté de mouvement et de choix.

_ A ta guise. Demande, et je te donnerai.

_ Sans contrepartie ?

_ La seule contrepartie, c'est l'affaiblissement durable, voire définitif, de mon cousin Anténaos.

_ Ma foi. C'est quelque chose qui devrait pouvoir se faire.

_ Bon. Tiens, j'oubliais : gavranche huit sur passe triple en balise.

_ Eh merde. Je relance de quarte en base trois.

_ Plus grantale en sept par jouffle.

_ Haha !! Trop fun, ce jeu !

_ Oais ! ça se laisse bien jouer !

21 avril 2008

Les temps sont durs

Cher journal.

Je suis fatigué. J'ai pris mon ordinateur portable et suis allé dans mon café préféré pour me détendre un peu et écrire ces lignes.

En ce moment, je dois avouer que j'ai les boules. Hier, je me suis fait piquer ma carte de crédit dans l'aérobus. Manque de pot : j'ai horreur d'apprendre des codes par coeur et je trouve qu'on en a déjà beaucoup à retenir dans notre vie quotidienne ; alors bêtement, j'avais noté celui de ma carte sur un bout de papier... qui se trouvait avec ladite carte. Mon voleur avait donc accès à tous mes comptes, et le salaud ne s'est pas gêné. En l'espace d'une demi-heure, le temps que je fasse opposition à ma banque, il avait déjà grillé 4000 breurugs. C'est pas rien ! En plus, l'assurance refuse de me rembourser.

Ensuite, j'ai marché dans du caca d'yglanche. Un gros caca d'yglanche, qui colle partout, qui sent mauvais et qui attaque le cuir de la semelle. Ma paire de chaussure est fichue ! Les aéro-aspir-crottes sont vraiment très négligents ! Mince alors !

Ma femme me fait encore la tête. Je ne sais pas ce qu'elle a, depuis quelques jours elle a les nerfs à fleur de peau. Bon, je sais, quand j'ai été voir mon match avec les copains, je suis rentré un peu éméché, mais il n'y a pas de quoi en faire un fromage. Ce n'est pas ce que j'ai fait de pire.

Et puis au fond, il faut bien se distraire. Notre ville est occupée militairement, et ça ne facilite pas notre quotidien. Notre statut était celui d'une cité libre jusqu'à présent. Essentiellement parce que nous avons su préserver notre identité culturelle et ethnique. L'invasion de notre planète et la guerre ont tout bouleversé. On ne sait pas vraiment de quoi demain sera fait, mais pour ma part, je reste stoïque. Après tout, on a encore à boire et à manger.

Bon. Sinon on aurait bien voulu profiter de la belle saison pour aller se dorer un peu la couenne sous nos deux soleils exactement, mais on nous interdit de quitter la ville. Je pense à certains de mes amis qui s'étaient expatriés, voici déjà plusieurs années ; sur d'autres planètes, ils se sont trouvé des boulots vraiment intéressants et bien payés, avec une très bonne qualité de vie. Je me demande si ma femme ne m'en veut pas inconsciemment de ne pas nous avoir emmené ailleurs pour tenter notre chance.

N'empêche, je n'ai pas de quoi me plaindre, cher journal. Figure-toi que j'ai eu des nouvelles de mon ami Hingmar. Le pauvre, il lui en est arrivé une bien bonne. Alors qu'il prenait du bon temps avec sa belle, bien tranquillement chez lui, un crétin sorti d'on ne sait où sur un tapis volant lui a défoncé le toit, les deux étages et le rez-de-chaussée de sa maison ! Eh bien ! Evidemment, il a voulu demander des explications. Et puis lancer une procédure, je ne sais pas, pour se faire indemniser. Mais le connard en question fait partie des forces d'occupation. Impossible de discuter avec, et puis ces gens-là font ce qu'ils veulent ici. La preuve : pour toute réponse à ses prétentions, Hingmar s'est retrouvé avec deux espèces de fruits inconnus à la place des testicules ! L'autre en effet était un sorcier. 

Les fruits, il les a appelés comment ? Des oranges ? Des obanges ? Je ne sais pas, ça viendrait d'une planète que je ne connais pas.

Sacré Hingmar !

Ah ! Enfin, je me détends un peu. Je ne t'ai pas encore parlé, cher journal, des mesquineries que je me tape au boulot. Je crois que je n'ai jamais réellement été intégré dans l'équipe. Bon, les chefs sont avec moi, mais ils n'empêchent pas les coups de pute qu'on me fait. On m'en fait baver depuis six mois. Certains collègues sont de vraies saloperies. Il faudrait que je...

BRANG ! KRABARDAF ! BALANGBRAM !

Mince, qu'est-ce que c'est que...

Cher journal, il y a des gens pas très gentils qui font une entrée un peu bruyante au café ! Il faudrait qu'on les tance un petit peu.

KLANG ! BRADAF !

_ MOUHEUHEUHAHAHARRRR !

_ MAHAHAHAHARRRH !

_ HO, TAULIER !! ENVOIE-NOUS DES BOCKS DE TA MEILLEURE PISSE D'ÂNE !! ET SANS TRAÎNER SURTOUT !

_ OAIS ! FAIT SOIF ICI ! MOUHEUHARRRRH !

_ Allez les mecs ! Assoyez-vous ! Cinq tournées minimum, c'est déjà un bon début !

_ Cinq seulement ? Soit pas mesquin, chef !

_ J'ai dit minimum. Et sans limitation.

Mince alors ! Cher journal, si je m'attendais à ça ! Holala, je me retrouve en compagnie d'une dizaine de gros balourds vulgaires à la peau vert-marron, aux yeux rouges, aux oreilles pointues et à la mâchoire carrée ! Je crois qu'ils font partie des forces d'occupation. Je n'en ai jamais vu d'aussi près.

_ ALORS, TAULIER ! TU RADINES TA FRAISE ? MOUHAHAHAHARRRR !

_ ET ON VEUT PAS DE CES DES A COUDRE POUR NOT' TORD BOYAUX, HEIN ?

_ OAIS, ON VEUT DES BOCKS, DES VRAIS BOCKS BIEN PLEINS, MOUHAHAHAHARRRR !

Sacrebleu ! Ils ont déposé dans un recoin du café toutes leurs armes ! Des mitrailleuses énormes qui sont plus grandes que moi de deux têtes au moins !

Ha, et puis, ce qu'ils sentent mauvais, ces personnages ! Buerk ! Oh, je ne me sens pas très bien ! On dirait que le grand vert au casque à pointe a émis comme un bruit en dessous de la ceinture. Qu'est-ce que ça pue, c'est pire que de l'oeuf pourri ! Breugl, j'ai comme un haut-le-coeur...

Et pourquoi tous les gens qui étaient là avec moi dans ce bar sont partis, comme ça, d'un coup ? Mais... on dirait que je suis tout seul... dans le café... avec EUX ?!

_ C'est encore le meilleur troquet qu'on puisse trouver dans cette ville de zonards, les mecs.

_ Oais, depuis qu'on est ici, y'a vraiment pas de quoi se rincer correctement la dalle !

_ Par contre, l'animation, c'est vraiment la misère.

_ Oais. Pas de musique.

_ Pas de filles.

_ Pas de jeux d'argent.

_ Pas de bagarres.

_ Juste le ptit mec, là, le tout maigrichon tout pâlot, qui tapote avec son ordinateur.

Merde. Grillé. Surtout, faire semblant de rien. Tapoter, il faut tapoter, je tapote, je tapote, je tapote toujours, je tapote toujours, j'adore tapoter sur mon bel ordinateur, haha oui, hein, tralalala zimboumdong, ouiouioui, et je...

_ Ho. Mec. Tu fais quoi avec ta machine ?

Holalalala merdmerdmerdmerdmerd c'est le grand vert au casque à pointe qui me cause merdmerdmerd 

_ HEH. Réponds quand on te cause !

_ Eh bah alors ? Et la politesse, garçon ? On va pas te bouffer, hein ?

_ Pas encore ! Mouahahahahahrrrh !

Jai envie de faire pipi gros gros pipi. 

_ Allez ! Viens boire un bock avec nous !

_ Euh... jejejejej... o-oui, jjjej... grztt...

_ Mais soit pas nerveux comme ça ! Pète donc un coup ! Et amène ta machine si tu veux.

_ Lui par contre il lui faut un dé à coudre pour la picole. Il pourrait se noyer dans nos récipients.

_ Mouheuharh !

_ Alors. Comment tu t'appelles, petit.

_ Meu... Meu-meu...

_ Meuh ?

_ ...M-Meurgan.

_ Meurgan. Tu sais qui on est ?

_ Je crois que je vous ai vu à l'hologram-vision. Vous êtes le chef Zhang. Zhang Grassepanse.

_ Tout juste, garçon. Lui, c'est Grun. A côté, Argolphe. Et puis Karabine. Brohonk. Mast. Et les autres potes du clan.

_ Eh-eh-eh. Enchanté msieur-dame. Vraiment râvi. Hreum.

_ Eh, kess t'écrivait dans ta machine, petit ?

_ Oais. Tu fais un blog avec les terriens, comme le chef ?

 _ Un q-q-quoi ? Avec q-q-qui ?

_ Fais voir un peu.

_ Heu. J-je.

_ Alors. Voyons ça. Nanani, cher journal, nanana... Oh dis-donc. C'est mon pote Grun que tu traites de crétin ?

_ Ahhha, je...

_ Et de connard, aussi. T'entend, Grun ?

_ D-d-désolé, j-j-je s-s-s...

_ Oais, ptit. Le tapis volant, c'est lui.

_ V-v-vraiment, j-je...

Holalalala ça y est jai fai pipi oulalalala mon pantalon est tou mouyé

_ Laisse tomber. Tout ça c'est pas grave. J'ai remarqué un truc dans ton espèce de journal, petit. Tu te fais chier comme un rat mort.

_ ...

_ Bah ouais. On t'a piqué du fric, tu t'emmerdes à ton boulot, ta bergère te fait la tronche... Je confirme. Tu t'emmerdes dans ta vie, petit. Tu veux pas te l'avouer mais t'as l'impression qu'elle aurait pu être meilleure. Tu le ressens quand tu dis que tes potes sont partis. D'ailleurs, regarde-toi. Pas grand, tout maigrichon, tout pâlichon.

_ Sûr, chef. Il mange pas assez.

_ Il boit pas non plus.

_ Il fait pas assez d'exercice.

_ Il a pas assez de sexe, non plus.

_ Donc, la conclusion s'impose : viens avec nous, petit.

_ KWA ???

_ Mais oais !! Avec nous, tu vas voir du pays.

_ Du fric. Du flouze. De la bibine.

_ De la gonzesse. Ou du bonhomme si tu préfères.

_ Des bonnes bastons.

_ Des voyages dans les étoiles. De la bonne bouffe.

_ M-m-m-mè-mè-mè... j-je... j-j... enfin... M-mais, je suis pas de la même race que vous.

_ On s'en fout ! Allez, t'as besoin d'air. Tu vas voir, on va faire de toi un homme, un vrai, avec du caractère, et tout ce qu'il faut, là où il faut ! Savoir faire, savoir être ! Personne ne te reconnaîtra, mouheuhahahharrr ! T'a qu'à faire venir ta femme si tu y tiens !

_ Allez, c'est dit ! On t'embarque ! A partir de maintenant, tu m'appelles chef ! Files chez toi, prends trois frusques et ta brosse à dent, et pis viens me voir à mon vaisseau ! On va te choyer, tu verras ! Mouhahahaharrr !

j'ai mal mal mal au cul, au bide et surtout au cul

_ Glps ! Dites... Je peux amener mon ptit nounours pour dormir avec moi ?

15 avril 2008

Plénitude

Un petit point noir à l'horizon. Entre deux nuages blancs et un coin de ciel bleu, ça bouge et on dirait que ça file droit vers nous. Merde, qu'on me donne des jumelles, ici. Dans le même temps, mes grandes esgourdes marron-vertes et pointues captent un boucan lascif pas bien loin. Un couple s'envoie en l'air dans un des pavillons qui bordent l'avenue principale. Fenêtre grande ouverte, on a les râles en direct-live. Pétard, qu'est-ce qu'ils se mettent ces deux-là ! De quoi faire marrer mes gars la gueule grande ouverte. Ou leur donner de quoi s'inspirer. Désolé en passant pour toujoursraison mais là on change d'échelle - c'est pas comme des poulets que ça baise là-haut, mais plutôt comme des castors.

Mast m'amène mes mirettes à verres. Je zyeute. J'ajuste. T'ain. Grande vitesse. Je sais pas trop ce que c'est mais ça a le feu au fesses. Le point grandit. Y'a comme qui dirait un truc qui s'agite. Merde, mais c'est Grun. Mais qu'est-ce qu'il fout encore, ce con ? Il vole. Droit sur nous. Il est assis sur une espèce de tapis volant. Qui dégage des flammes et de la fumée grise à l'arrière. Je sais pas s'il est dans la mouise ou s'il aime les effets spectacles. Plutôt la première hypothèse, vu qu'il tente de garder ses miches sauves et fraîches en tapottant dessus. Mais qu'est-ce qu'il a encore branlé ! Va falloir qu'il m'explique.

_ Chef. T'entends ? ça, c'est de la voix. Du timbre.

_ Moais. Lui, c'est un baryton. Elle, une soprano. Ils gueulent pas vulgaire. Z'ont l'habitude de la pratique dans l'harmonie et dans le raffiné. Pas dans le frénétique.

_ En temps de guerre, c'est toujours de bon aloi.

_ "De bon aloi" ? T'a appris ça où, c't'expression ? Chez les terriens ?

_ Oais. Echanges culturels, ça s'appelle.

Bien vu. En attendant les deux baiseurs y vont crescendo. Là, faut admettre, une maîtrise pareille ça force l'admiration. Même les corbacks se sont arrêtés de croasser. Ces deux-là, faudra qu'on me les présente.

Grun se rapproche. L'est à vue d'oeil maintenant. Il garde à peine le contrôle de son espèce de tapis, qui tangue à droite et à gauche. Il va devoir se poser en catastrophe. Je distingue bien à présent les fumées ; son engin crâme petit à petit, et son cul de sorcier malingre aussi : il tourne et retourne sur lui-même pour éteindre une petite flamèche qui lui grille la raie à travers son fute. Je pense qu'il nous a vu, il brinquebale droit vers moi et mon groupe. Faudrait quand même pas qu'il nous écrabouille.

_ Chef, le monsieur, il doit avoir une sacrée grosse b... tu crois pas ?

_ T'ain, Mast, ça c'est ce qui s'appelle de l'esprit d'à propos. Si tu veux, tu y demanderas quand tu y verras.

Mais que fait cet abruti de sorcier ? Il serre ses deux grosses paluches sur l'avant de son tapis et le tire vers lui, comme pour tenter de le freiner. Mais il arrive à que dalle. Des pièces de son truc foutent le camp à présent, en petites traînées derrière lui. Il est en pleine accélération. Il ne peut plus rien faire, ni pour son cap, ni pour sa vitesse.

Puuutain de sa race de sa mère de con de cul, mais y fonce droit sur...

_ Chef, chef, ça y est, écoute, y va lâcher la sauce !

_ Et elle aussi elle monte au paradis, chef !

Oais. De quoi se boucher les esgourdes et regarder le verre de nos bocks péter en mille morceaux. C'est pile poil à ce moment que Grun et son tapis se viandent en plein sur le toit du pavillon du couple vigoureux, faisant voltiger des tuiles et des bouts de charpente de tous les côtés, dans un énorme VLAM BRADABRANG qui couvre le boucan divin de l'orgasme. Non seulement il perce le toit, mais il traverse l'étage et se rétame comme une bouse au rez-de-chaussée, dans un BRAM final. La vache. Il a du foutre une crise cardiaque aux deux sportifs de la jambe en l'air. C'est du tout Grun. En parfaite forme.

_ Bon.

Blasé, à peine étonné. J'ai l'habitude.

_ Dès qu'il aura repris un peu du poil de la bête, amenez-moi ce connard.

Tiens, bah quand on parle du loup. Le vlà  justement qui sort de la cahute, avec à peine une bosse sur le front. Son fute tout cramoisi pendouille sur ses quilles. Il arbore son habituel sourire de crapaud. Avec sa démarche anodine. Il vient vers moi tranquillement. Derrière lui, L'HOMME émerge de ses ruines et tente d'obtenir une explication. Pas joisse du tout. Se cache les parties avec ce qu'il a pu trouver. Content de son insolence, Grun l'ignore.

_ 'Lo, Chef.

_ 'Lut, Grun.

_ Chuis grillé chez Balance.

_ Tu m'étonnes.

_ J'ai pu détaller in extremis. J'avais jamais tenté le coup du tapis mais ça valait la peine. J'ai pu faire péter deux ou trois dépôts, et pas mal de matos. C'est pour ça que ça crâmait.

_ Et alors ?

_ Va y avoir du grabuge, chef. La grande merde, c'est pour bientôt.

_ Tu m'en diras tant.

Derrière lui, L'HOMME tente de s'insérer dans la discussion. Ton énervé. Veut qu'on répare les dégâts ou qu'on lui file du flouze. Je me tourne lentement vers lui. Le zyeute de haut en bas. Il arrête d'un coup sa tchatche, s'interrompt en pleine protestation. Je l'entends faire "glups" alors que je le reluque.

_ Mast.

_ Oais.

_ Tu vois. C'est pas forcément les plus grosses qui sont les meilleures.

_ Tain. Je vois.

_ Déçu ?

_ Pour lui ? Rien à foutre. Pour moi, c'que j'ai me convient.

_ Sage philosophie.

L'autre se rebiffe. Commence à gueuler un peu trop fort. Y devrait  plutôt s'occuper de sa chère et tendre, restée dans ses débris. L'ennui, c'est que sa diatribe outragée risque d'attirer trop de monde. Va falloir apprendre à ce type à rester discret. Note qu'avec sa performance de boules on pouvait se douter qu'au départ il l'était pas. Discret.

_ Chef. C'est quoi des oranges ?

_ Hein ?

_ Rapport à la note de Lénia.

_ Ah ouais. Bah c'est des fruits de terriens.

_ Ah, c'est des trucs qui se bouffent.

_ Oais. C'est pas mauvais. Frais. Juteux. Sucré. Justement, si tu veux, Lénia en aurait pas mal en rab, des oranges. Je pense même qu'elle aurait pas envie d'en manger de sitôt.

_ Oais. Me donne envie d'en bouffer. Mais si on en importe de la Terre ça va nous coûter la peau du cul. Et puis d'abord, ça ressemble à quoi ?

L'HOMME de t't'à l'heure continue de s'indigner et gueule carrément. Bon. Marre. Je donne un coup d'oeil à Grun. Il pige. Se tourne vers le type. Tend la main, murmure un truc dans sa barbe. Un éclair sort de sa main et vient frapper le gars pile aux coucougnettes. ZAP ! BAMF ! Un petit nuage de fumée, et hop ! C'est plus des roubignolles qu'il a entre les cuissôts, c'est... des oranges.

_ A ça.

_ Tain. Pas râgoutant.

_ Balise pas. Celles-là sont déjà vidées de leur jus.

_ Valent pas tripette.

_ On ira chercher chez Lénia les vraies bonnes. Sûr qu'elle te les donnera avec plaisir.

04 avril 2008

Le roi barbare 2

_ PRRRRROUUUUTTT!!

_ Ah, non, pouah, le dégueulasse !! Faut vraiment qu'il s'arrête, passque là, je vais lui foutre mon poing dans la gueule, si je lui gerbe pas dessus d'abord !

_ C'est pas pour faire comme si je comptais les fois, mais aujourd'hui, admettons-le : il est en sacrée forme !!

_ Tu parles ! Moi, je l'ai fait, le calcul : il lâche sa caisse toutes les deux minutes trente. Environ, hein !

_ T'ain, il est réglé comme une horloge ! Quelle belle régularité !

_ Ah, bah manquait plus que ce soit une science exacte !

_ Presque, garçon, presque ! C'est quand même bien connu : selon ce que tu bouffes, t'as plus ou moins les tuyaux en révolution !

_ En plus, avec un gars à la cadence aussi soutenue, la ventilo de notre salle à tendance à ramer...

_ Vu la gravité de la situation où nous nous trouvons, ainsi que notre état d'impuissance face à une telle agressivité olfactive, la seule question diplomatique majeure que nous pouvons présentement nous poser est de savoir si ça sent l'oeuf pourri ou la merguez grillée...

_ MOUHAHAHAHAHAHAHARRRRRRHH !! JOULI PINSON VOLE GAIEMENT DANS ARBRRRRES EN FLEURS ! MOUHAHAHARRRR !!

_ Ouais. C'est certain.

_ Quelqu'un a une idée de ce qu'on pourrait lui répondre ?

_ Nan. Moi ça dépasse mon entendement.

_ Mais qu'est-ce qu'il cherche, ce roi de mes deux ?

_ Chuis sûr que c'est une histoire de butin. Il va encore dire qu'on lui a sucré une partie de celui d'Alkano !

_ Oais ! C'est du chantage, qu'il nous fait !! Il veut nous piquer de la thune !

_ PRRRRRROOOOOOOUUUUUUUUUTTTT !!!

_ Et alleeez ! Deux minutes trente, pile-poil, montre en main ! Ce type est un chronomètre en forme de cul monté sur rotules !

_ Remarquez, les gars, on pourrait compter à rebours : encore deux-trente avant la prochaine éruption !

_ Ce qui nous donnerait le temps d'imaginer une riposte...

_ Hein ? Tu veux lui péter au nez ??

_ Et pourquoi pas ? Avec ce loustic c'est comme ça qu'on doit fonctionner : plus fort on pète, plus fort on se fait entendre.

_ Puuuutain, non mais on rêve ou quoi ? Z'imaginez le niveau des négociations diplomatiques ??? A l'échelle de l'univers, ça pourrait être le sort de planètes entières qui serait réglé à coup de pets !!

_ Pour ma part, et ceci dit sans ironie aucune : j'ai pas bouffé assez de fayots pour pouvoir envisager la moindre forme de représaille qui tienne la route.

_ Surtout avec un rustaud pareil ! Là, faut quand même s'avouer vaincu. Il nous enfonce tous !

_ Sans dec, les gars. Vous voulez pas essayer quand même ? Si jamais on l'impressionne, ça donnera plus de poids à la négociation.

_ Comment ça, plus de poids ?? On est cinq, il est tout seul, je vous le rappelle, les mecs. Et sur le terrain militaire, on a le nombre, et lui c'est juste un contingent d'abrutis qui nous sert de chair à canon.

_ Ben oais mais là...

_ Il a trouvé le moyen d'éviter l'hégémonie de l'hyperpuissance galactique !!

_ Chef. Sérieux. Il verra qu'au moins sur ce plan-là, on est son égal.

_ Disons plutôt qu'on se met à son niveau, c'est pas pareil.

_ Faites gaffe les mecs ! Encore trois secondes avant le prochain coup de canon !!

_ Deux...

_ Une...

_ ...

_ Ah bah il est à la bourre, là !

_ Il a peut-être vidé ses boyaux !

_ Tiens, regardez-le, on dirait qu'il s'inquiète !

_ Oais, l'est tout pâle, là !

_ Alors connaud, on n'arrive plus à placer sa caisse ? On fait plus le fier, hein ?

_ 'Tention, il va t'entendre.

_ 'T'endez les gars, on dirait qu'il...

_ Eh merde !

_ PRRRRRROOOOOOOOOUUUUTTTTTTT !!!

_ OUTCH !

_ Le salaud !

_ MOUHAHAHAHAHAHARRRRRR !!! TENDRESSE PETITS POUSSINS DUVETEUX DANS NID DOUILLET !! MAHAHARRRR !

_ En plus, beuuuuhhh ! A chaque fois ça s'empire !

_ Oais : ça SENT PIRE.

_ Allez les gars !! Fais chier ! On doit lui montrer ! A notre tour ! Qui se dévoue ? Mast ?

_ ça va pas non ?

_ Chef ? T'en as pas un de côté à lui lancer ?

_ Pas de cet acabit !

_ Moi, les gars ! Sûr que j'ai ce qu'il faut !

_ Vas-y, Grun !! Montre-lui ! On est tous avec toi !

_ Allez !

_ 'Tendez ! Gnnn !

_ Pousse, gars !

_ Prt.

_ Quoi ?!

_ C'est tout !?

_ Puuuutain ! On est vraiment mal, là !

_ Désolé, les gars ! Je vous ai trahi !!!!

_ MOUHAHAHAHAHAHAHARRRRRHHH ! PETIT SCARABEE ENCORE BESOIN APPRENDRE BEAUCOUP CHOSES !!!

_ Tu l'a dit.

_ PRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRAAATTT !

_ Okay, okay, okay, on se calme !

_ Ouch !! On a compris !

_ Booooon. Contre ça on peut pas lutter. Y'a qu'à lui laisser le tiers du butin, pis voilà !

_ T'ain. On vient de se faire enfumer.

_ Dans tous les sens du terme !

21 mars 2008

L'interrogatoire

Dans mon bureau, avec mes potes. On cause de choses et d'autres. De cul. De bières. De sulfateuses. D'opérations militaires. De musique. Un ventilo fatigué brasse un air qui a besoin d'être renouvelé : ça pue le pet renfermé, le tabac de nos cigares, les aisselles rances. Le tout dans une lumière blafarde.

_ Bon ! Grun, Mast ! Faites-moi amener l’autre puceau d’officier, qu’on rigole un peu !

_ Oais, chef ! Mouhouharh ! T’as une idée de comment qu’on le fait causer, le zigue ?

_ Soft, pour l’instant. On va d’abord voir à qui on a affaire. Au fait, c’est quoi, son grade, vous savez ?

_ Capitaine. Enfin, l’équivalent.

_ Un rang moyen, pour un officier. On va voir ce qu’on va en tirer. Dites, les mecs ! Faites-nous monter aussi une bonne provision de Brohrg ! J’ai le gosier sec.

_ Oué chef !

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Quatre mecs m’amènent le type. Le font asseoir sur une chaise, sans lui avoir retiré ses chaînes. Il a encore son uniforme, avec son nom brodé et les insignes de son grade. Cheveux châtains clair, coupés court. Yeux bleus. Grand. Mince – et amaigri. Musclé. Le visage sale, les traits délicats, mais tirés. Il se tient droit comme un I. Avec toute la dignité dont il est capable face à un ennemi qu’il sait mortel.

_ T’ain. L’a un balais dans le cul, le gonzo.

_ L’est tout fin, l’est tout sec ! Pas un pet de gras ! Z’avez vu ça ? Même pas bon à bouffer pour nos sangliers géants !

_ On aura bien de bonnes blagues pour le dérider un peu !

_ Il est tout meugnon avec ses tâches de rousseur, mouheuhaharrh !

_ Coucou peutit ! Tu veux pas nous montrer tes caleçons en dentelles ? Mouhaharh !

Mes gars plaisantent, mais ils ne voient pas que cet officier ennemi est surtout une expression flagrante de son milieu social et de l’environnement dans lequel il a grandi et a été formé. Aristocratique, élitiste, avec toutes les valeurs qui sont associées – honneur chevaleresque, bravoure, ténacité et sacrifice au combat, pour la gloire de son monarque et de son nom. Sans doute suis-je réducteur ; en tout cas c’est un ensemble de choses qui ne sont pour nous qu’un ramassis de conneries.

_ Fermez-là un peu, les mecs. Alors. T’appelles comment, mon gars ?

_ Euh, je… Cap… Cap…

_ Détends-toi mon gars ! Pète un coup ! On va pas te bouffer – du moins pas tout de suite ! Alors ? T’appelles comment ?

_ Cap… Capitaine Elroy von Dilfus, 28 régiment d’infanterie de ligne du Convent du Calice, 7 compagnie, 4 escadron, matricule 76093456-BA.

_Ah, bah tu causes bien, quand même. Bravo. Von Dilfus. Drôle de nom. T’es d’où ?

_ Capitaine Elroy von Dilfus, 28 régiment d’infanterie de ligne du Convent du Calice…

_ Okay. On va pas s’énerver – du moins pas tout de suite. On est là pour causer calmement – du moins pour l’instant. On reprend. T’es d’où ?

 _ Monsieur, je ne saurais saisir l'intérêt d'une telle interrogation ; le fait de connaître le nom de ma planète d'origine ne vous est d'aucune sorte d'utilité - à moins que l'évidence ne me porte à en déduire que vos instincts bas et bestiaux vous amèneraient à y porter la mort et la destruction, ainsi qu'il est de coutume pour vous et vos semblables.

_ Hein ?

_ S’qu’il a dit ?

_ Rien capté !

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Réponse typique. Langage précieux. Hautain, dédaigneux. Plein de morgue. Dans sa vision du monde, pour lui et pour ceux de son espèce, nous sommes irrécupérables dans la barbarie. On va voir si on peut recadrer ce connard.

_ L’intérêt d’une telle interrogation, comme tu dis, mon gars, c’est que les questions, c’est ma pomme qui te les pose. Toi, tu réponds. Et t’as pas le choix de la réponse. C’est à moi de juger si je suis content ou pas de ce que tu me dis. Alors ? Encore une fois : t’es d’où ?

_ Je ne saurais aucunement satisfaire à votre façon d’appréhender les choses. Votre manque de loyauté et de rectitude fait de vous un pleutre, un adversaire indigne, avec qui on ne peut tenir aucune conversation. Le meilleur exemple en est la convention intergalactique sur les prisonniers de guerre, que vous ne manquez pas de fouler des pieds…

_ Oh, ta gueule ! Détourne pas la conversation ! Bon ! Argolphe ! Envoie-moi un bock. Fait soif.

_ Tiens, chef !

_ Merci. Gloups, gloups, gloups, gloups. BREUUUUURRRRRH ! Rhaah ! Fait du bien !

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_ Morbleu ! C'est bien en cela que se réduit, à sa plus simple expression, toutes les facultés d'élocution dont vous êtes capable ; voilà qui confirme exactement ce que nous pensons de vous et de ceux de votre espèce. Vous vous complaisez dans une vulgarité naturelle, facile mais rébarbative, qui ne peut qu'entraîner la convictioni que vous n'êtes que des barbares avec qui il est impossible de traiter d'égal à égal.

_ Toi, mon gars, si tu veux quitter ce vaisseau les pieds devant, eh bah surtout, change pas de cap ! T’es exactement sur la bonne voie !

_ Monsieur, si vous étiez un gentilhomme, mais vous ignorez de toute évidence ce que ce mot veut dire, vous sauriez que la mort vaut bien mieux que le déshonneur. Notamment celui d’avoir à souffrir votre présence.

_ Mouheuhahaharh ! Bah si y’a qu’ça pour te faire plaisir, on peut bien s’arranger pour ce coup-là ! Mais il vaut peut-être mieux que tu finisses ta petite vie mesquine d’aristo en nettoyant nos pissotières et la crasse de nos fringues, par exemple ! Moi, je t’encourage, tiens, ça nous fera un bon ptit larbin au pain sec et à l’eau. Compte sur nous pour te trouver des boulots ingrats, histoire de te former un peu à la vrai vie. Pas, les mecs ?

_ Oais ! On lui mettra des gilets rayés !

_ Oais ! Et des perruques poudrées !

_ Oais ! Et des souliers vernis !

_ Rhah ! ! A bout carré, les souliers ! Oais !

_ Et à bouclettes, les perruques ! Et avec une mouche sur la joue !

_ Rhah, puuuuutain, le fantasme ! Y va lui arriver des bricoles !

_ Eh ! Surtout te penche pas en avant, même si on te le demande, hein, petit !

_ Alors, hein ? T’en penses quoi, von machin ?

_ Palsambleu ! Faites donc de moi ce que bon vous semble. Les glorieuses troupes de notre divin empereur sauront bien vous débusquer, tôt ou tard, et vous administrer la raclée que vous méritez, et ce ne sera que justice !

Indécrottable, ce type. Allez zou, un bock !

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_ Mordieu ! Monsieur, ce n'est certes pas en vous réfugiant dans la boisson que vous obtiendrez quoi que ce soit de moi. Si vous pensez que cet odieux breuvage compensera votre incapacité profonde à exercer de véritables qualités de meneur de troupes, je me plais à penser que vous vous trompez du tout au tout.

Non, mais quel connard ! Perds patience, moi ! Attends, je vais te me le…

_ Eh, qui c’est qui