06 mai 2008

Les mentors 3

_ Salut les terriens !

_ Oué, salut les terriens !

_ Vous vous souv'nez de nous ?

_ Nan ?

_ Pourtant, vous avez déjà entendu causer de nous ici !

_ Oué. Moi c'est Harschol.

_ Et moi, Horokor.

_ On est les vieux de la vieille.

_ On était de toutes les batailles et de toutes les bastons, dans toutes les galaxies.

_ Maint'nant, on se repose la couenne, oué ! On est un peu les retraités de l'espace.

_ Enfin, retraités ! C'est manière de dire, passke depuis peu, on a repris du service.

_ Ah oué, il fallait, histoire de reprendre en main ces ptits jeunes, là, hein.

_ Oué. Allez, un bock ! Gloups. BRAAAAAAH !

_ BREUUUUUH !

_ Mouheuharh !

_ Bon, dites. C'est marrant, un blog, quand même, pas, camarade ?

_ Oué. On en voit, de ces trucs, dis. Tiens, Harschol, chuis sûr que t'as pas traîné pour aller voir des sites cochons sur l'internet des terriens. Hein, vieux pervers ? Mouhahaharrrh.

_ Tu m'étonnes, mahahahahrrr, les terriennes sont bonnasses, j'aimerai bien y faire un tour, sur c'te planète, tiens !

_ Ho, calme-toi, vieille croûte, ou je te balance un seau d'eau ! Rien qu'en voyant ta sale tronche, elles vont faire une syncope, les pôvres !

_ Moué, sûr, chuis un affreux, moa ! Mouheuharhh ! Et c'que j'ai dans le pantalon, c'est une horreur aussi !

_ Mouhahahahharrrh !

_ Bon, les terriens. Vu que le ptit Zhang est en récup...

_ ... Moais. Au chaud dans son pieu, dans l'hosto de son gros vaisseau, avec une infirmière plantureuse qui lui taille de ptites pipes de temps en temps, mouhahahahaharrrr !

_ ... Meuheuharrr ! Donc vu que le ptit Zhang a été blessé, et qu'il faut bien qu'il se retape un chouilla, et bah c'est nous qu'on est v'nu à la rescousse !!

_ Oais !! Faut dire que ça nous arrange, passk'à force on finissait par se faire chier, tout de même.

_ Oais, faut admettre. Jusqu'ici, on vadrouillait d'une planète à l'autre en attendant que ça pète, que des mecs s'étripent bien sagement, et puis on se contentait de les regarder se bastonner et s'entr'égorger, assis sur un banc à siroter nos bocks.

_ Au départ, on se marrait comme des hyènes, mais l'action, ça finit toujours par manquer un peu.

_ Oais ! Moi j'ai compris ça quand une fois on s'est jeté dans un combat au corps à corps...

_ ... Oais, c'était comme un TOC ! Un trouble obsessionnel compulsif, mouhahahahahrrrr !

_ ... Et dans le feu de l'action on a éventré tout notre monde à la machette ! Mouhahahahharrr !

_ Alors y'a pas, on s'est dis qu'on allait rechercher de l'activité !

_ Oais ! BREUUUUUH ! On a eu une petite idée à nous, et on a volé un vaisseau.

_ Le genre coursier, voyez. Rapide, économique, puissant, ce qu'il faut.

_ Et on a engagé une ptite troupe.

_ On s'est octroyé une zone de patrouille dans un secteur fréquenté par des vaisseaux de commerce...

_ ... Et puis on a fait un petit peu de flibuste. Pour se marrer. BROARRRRH !

_ Oais, c'était fun ! Arraisonner les navires, faire un peu de pillage, de la revente du butin, ramasser des otages contre une rançon !

_ Ah, ça, faut dire, on connaissait pas ce domaine, on a découvert ! Alors bon, y'a eu des ptits loupés, parfois !

_ Oais, tu parles de quand on a voulu transférer notre tout premier otage de notre vaisseau à celui qui venait le récupérer contre notre belle rançon ?

_ Oais. Il était juste dans le sas de communication amovible entre les deux bâtiments. Je le croyais déjà parti, tout content d'avoir retrouvé sa liberté, et moi j'appuie sur les boutons pour commander le repli du sas...

_ En fait, ce con s'était attardé, on n'a jamais compris pourquoi, alors du coup il s'est retrouvé comme un con dans le vide spatial...

_ Aussi mort qu'on pouvait l'être, le pauvre, mouhahahaharrrrh !

_ Oais, mouhahaharrrrh !

_ Alors ceux qui venaient libérer l'otage en question, eh bah ils ont cru qu'on l'avait fait exprès et qu'on avait tout préparé pour les enfler.

_ Ah, bah c'est sûr, hein ! Surtout qu'on avait gardé la rançon !

_ Et qu'on a filé avec.

_ N'empêche, dix jours de course-poursuite, entre nébuleuses, trous noirs et champs d'astéroïdes... y nous ont pas lâchés, les morbaques.

 _ Ha nan. On les comprend, d'ailleurs. Broh.

_ Hey, tu te souviens, la fois où qu'on est tombé sur un vaisseau plein de sex toys ?

_ Mouhahahahahrrr, oais, tu parles si je me souviens ! Des poupées, des godes, des vibros, des pilules, des crèmes, des trucs et des machins informes, longs, épais, du cuir, des clous, des fouets... Rhoooo, y'a des engins, chavais mêm pas qu'ça existait ! Breuh.

_ Brah. Et dans le même temps, on se faisait notre petit racket, hein ?

_ Oais. On interdisait à tout navire de passer, sauf s'il nous payait notre petit dû en brouzoufs sonnants et trébuchants. Là, ça nous a fait un bon pitit paquet de pognon, pas ?

_ Moais. C'est astronomique, comme dit l'autre crétin de journaleux, Morton chais pas quoi !

_ Mouhahaharrrh !

_ Et pis c'est là que les mecs de Zhang nous ont dit qu'il avait eu des emmerdes, sur son espèce de planète pourrie, là !

_ Oais. Alors on a rappliqué aussi sec.

_ Et pis bah, on les a repris en main, les ptits jeunes, là. On leur a montré comment fallait faire.

_ On leur a montré comment de vrais guerriers devaient se comporter !

_ Moh, des fois on dit qu'on est un peu du genre, heu, comment qu'y disent ?

_ Radicaux.

_ Moais. Du genre qu'on fait pas de prisonnier, du genre à tirer à donf sur tout ce qui passe sans réfléchir, à charger en hurlant l'arme au poing, à faire tout péter, tout péter, et encore tout péter, pour le seul plaisir de tout voir péter dans un maximum de boucan, de flammes et de barouf.

_ Oais, gratuit, quoi.

_ Moais, c'est encore comme ça que ça réussit le mieux.

_ Oais. Le ptit Zhang est sur le bon chemin, mais l'en a encore à faire.

_ Oais, bah il est encore un peu tapette, lui hein.

_ Oais, il hésite, il tergiverse, il monte des stratégies, des tactiques.

_ Beuh. Nous on fonce dans le tas, et pis c'est tout !

_ Et pis ça marche. Oais.

_ Ce coup-là, y z'étaient un peu dans le caca, pas ?

_ Moais. Les gars d'en face allaient leur foutre une sacrée trempe dans ces collines, là.

 _Putain, comme quoi, rien ne vaut l'expérience de l'âge, pas ?

_ Oais. Pis nous ça nous a fait bien plaisir de mener à nouveau une bonne grosse bataille.

_ Moué, bien saignante.

_ Aaaah, ça, on en a tué, du monde, dans ce merdier.

_ Bon, les terriens, on va arrêter de vous tchatcher comme des vieux qu'on est, pas ?

_ Moais. Faudra quand même dire à Zhang qu'il faudrait qu'il foute le camp de cette planète de merde.

_Oais. Dis collègue.

_ Mh.

_ Si on faisait un blog, comme le Zhang ?

_ C'est astronomique ! Mouhahahahahrrr !

_ Mouhaharrrh !

31 mars 2008

Les mentors 2

Chers Terriens.

Aujourd'hui, je reçois la visite de deux vieux croûtons de l'espace, Harschol et Horokor. Je vous ai déjà causé d'eux dans une de mes notes, mais je ne pense pas que vous vous en souveniez. Ce sont des anciens de l'espace, un chouilla bougon comme de juste, à la ride profonde et au poil blanc frémissant. N'interviennent plus dans les affaires de notre clan, même s'ils restent une référence pour nous. Chez vous, les Terriens, ils seraient l'équivalent des deux vieux en costard dans le "Muppet Show"...

_ Ce cher Zhang ! Toujours impeccable pour recevoir les vieux potes !

_ Oais ! Pour la bectance et la bibine, mon gars, on peut dire que vous savez vraiment recevoir.

_ Je vous remercie de vos compliments. J'espère que le menu vous a convenu. C'est un peu frugal, mais...

_ T'ain de sa race ! Trois plats de buffle en entrée ; en plat de résistance, cinq plats  de boeuf, trois de sanglier, puis deux têtes de cochon et quatre fournées de saucisses. Puis la charcuterie à volonté, la bière, les tonnelets de gros rouge qui tache...

_ ... des plâtrées de fromages qui fleurent bon le terroir, qui fument et qui puent à en dézinguer les mouches sur place...

_ ...et les desserts ! Six pâtisseries, cinq glaces... On est loin de ce gros con de chef Karbo ! Quel rapiat, çui-là alors !

_ Oais, lui, vous pensez, il nous a fait bequeter seulement sept plats principaux ! Et un tonnelet de bière chacun seulement ! T'ain, ça sentait la misère ! Et en entrée, imaginez-vous : il voulait nous faire avaler, devinez quoi ? De la soupe !! Mouhahahahahrrr ! De la soupe ! Et aux légumes, encore ! Faut quand même pas déconner !

_ BRRARRRRRH !! Rha, merde, ça m'a échappé. Bouf ! Non, vraiment, Zhang, vous respectez les anciens et vous les gâtez, ça fait plaisir à constater.

_ Je suis heureux d'avoir pu faire en sorte que vous soyez parfaitement restaurés. Sinon, comment vous portez-vous ?

_ Ma foi, nous, je vous le dis, on peut pas être mieux. On se marre !

_ Ah ça ! Depuis qu'on n'a plus à se soucier de rien, vu qu'on laisse faire les jeunes, eh bah on voyage !

_ Vous voyagez.

_ Ben ouais ! Tiens, repassez-moi un peu de vot' rosé, là.

_ Servi.

_ Bloups. Breu. Oais, on voyage. On prend du bon temps, figurez-vous. On valdingue d'une planète à une autre, On regarde faire les jeunes quand y vont au charbon, et on les critique. Comme y'a que les vieux pour savoir le faire, mouhahahaharh.

_ Oh, bah tin, garçon, oais ! On fait du tourisme guerrier. Y'en a qui se dorent la couenne au soleil au bord de la mer, eh bah nous, toutes les fois qu'il y a un de nos clans pris dans une baston sur une planète, on y va, et on regarde. Mouhahahahargh !

_ Oais. On arrive à l'aise, on pose nos culs par terre, on se fait nos petits pique-nique juste devant la bataille, et on compte les points.

_ Oais. C'est pépère ! Tu te mets ta chemise hawaïenne, tes lunettes de soleil, tacrème anti UV, tu te sirotes ta bibine, tu savoures ta part de gâteau tranquille, tu pètes un coup, tu te tires sur la nouille, et tu mates les autres se faire dézinguer ! Franchement, c'est pas cool, ça ? Qu'est-ce qu'on rigole !!

_ Ben, faut dire que à votre âge, vous en avez pris votre part durant votre carrière, tous les deux, pas vrai ?

_ Oais ! Pouvez le dire ! Surtout que de notre temps, les chefs de guerre faisaient pas de vieux os ! Pas de branlette dans son coin à reluquer des magazines porno !

_ Sûr ! Toujours des embrouilles. Y'en avait pas beaucoup, des chefs de guerre, à mourir au chaud dans leur lit.

_ Oué. De notre temps, au moins, c'était un boulot à risque. Tué au combat, sous le feu. Assassiné par l'ennemi. Ou par un traître. Ou par des commandos. Ouais, ça c'était beau ! ça avait au moins de la gueule ! Mais de nos jours, bah !

_ Et comment ! Quand je pense à ce gros con de Karbo, tiens ! Une fois, il a glissé sur une flaque d'huile en voulant monter dans son véhicule de commandement ! Quel branquignol ! Il s'est foulé une cheville !

_ Ouais !! Alors du coup, il décide de rester dans son GQG. Ensuite, il demande une tasse de kaoua, on la lui donne ; un clampin passe derrière lui, le secoue involontairement, et paf ! Il s'ébouillante avec son café et il se fait bobo à la pogne !

_  Alors vous savez quoi ? Eh bah il donne tout son taf à ses aides de camps, et il se retire comme un con dans sa tente sans plus rien glander du tout !

_ Remarquez, qu'est-ce qu'on peut attendre de la part d'un type qui veut vous faire avaler de la soupe, pas ? N'empêche, Harschol, avec les guerres pépères de maintenant et les branquignols qui les font, j'ai bien l'impression qu'on sera les premiers de notre génération à mourir dans nos lits, mouhahaharh !

_ Les jeunes de maintenant, ça sait pas monter au combat et mener ses troupes sous le feu comme nous on faisait ! Alors vraiment, je le dis, le niveau baisse !

_ Et puis bon, franchement, nous, quand on les voit faire, les djeuns de maint'nan... eh bah on est tellement dégoûtés que des fois, on prend carrément les choses en main, pour leur montrer comment on fait !

_ T'ain ! C'te honte : une fois, on a assisté à la prise d'un patelin. Franchement, c'était pas fait façon pro. Y z'ont pas fait crâmer les bâtiments !

_ Ah non ! Mais déjà, z'ont pas procédé au pillage non plus !

_ Ah bah non, ça, ça leur est passé franchement à côté ! Merde, quoi, y'a quand même de quoi vous révolter : quand on prend un patelin, on pille, on vole, on ravage, on crâme, on fait du putain de butin pour s'en fourrer plein les fouilles !

_ Mais ouais, ça, c'est le B-A BA du métier ! Mais le pire, Zhang, voyez-vous !!

_ Oais, figurez-vous ! Le pire !

_ C'est que ces connots ont fait des prisonniers !!

_ Puuuuutain ! Des prisonniers ! Même pas des esclaves ! Des putains de prisonniers ! A qui on doit donner à boire et à bouffer ! Et soigner, en plus !

_ Non mais je vous demande un peu ! C'te gâchis !

_ Qu'en auriez-vous fait, vous, Harschol ? Horokor ?

_ Ah bah moi, sans dec, à l'esclavage, et pis tous vendus ! C'est toujours des brouzoufs de plus dans l'escarcelle, mouhahahaharh ! Bon, sauf deux trois larbins pour la maisonnée, une servante pour la bergère, ou bien des cadeaux offerts à des potes, et puis vohala ! Emballé, c'est pesé.

_ Moi, je vous le dis, je les aurais tous fait crâmer ! En même temps ! Ouais, quoi ! Déjà, monter des bûchers, préparer du combustible, ça donne de l'entrain ! ça met de l'ambiance ! C'est tout de suite plus convivial !

_ Plus chaleureux, mouheuharrrrh !

_ Mais tout à fait ! Et pis surtout, une bonne odeur de graillon après la bataille, dans l'euphorie de la victoire, mais puuuutain, ça met en appétit, mouhahahaharrrh !

_ Et ça fait même carrément bander, oué ! ça, c'est du raffinement ! C'est même de l'aaaart !

_ Oué meuuusieur ! De l'aaaaarrt ! Z'y comprennent plus rien maintenant !

_ Alors sur ce coup-là, on y est allé, on leur a dit, et on leur a tout montré !

_ Aaaaah ça ! On a gratté la thune, et fait péter le patelin, fallait voir comme !

_ Ouais ! Rien que de la cendre, qu'y restait, mouheuharh ! Et pis les prisonniers...

_ Aaah, bah les prisonniers, hein, tous au bûcher ! Et c'était un grand moment ! A la joyeuse flambée, à la nuit tombante, avec un ptit orchestre, son cuissôt de sanglier et sa boutanche de vin, je peux vous dire que ça le fait !

_ Oais ! Alors bon, c'est un peu ballot, parce que leur libération avait déjà été négociée...

_ Oais, quand on a pris les choses en main, ils repartaient déjà pour être ramenés chez eux...

_ Les pauvres, ils ont un peu déchanté, quand même... mouhahahahahr !

_ Si peu... ! Wahahahahahrr !

_ Nos gars nous en ont un peu voulu...

_ Oh, un peuuuu... 'nous z'ont regardé un peu de traviole, en passant...

_ Mais on a fait une de ces bombes !!

_ Oais ! Le bon temps qui revenait !

_ Oais ! Vingt ans de moins d'un coup, mahahahahahaharrrrrh !

 

Mouaich. Un exemple à suivre, en fait...

26 mars 2008

Space Glam - by Argolphe

Ho, les Terriens !

Z’allez bien ?

Moi, j’ai un peu la barre sur le front, mais sinon ça baigne. Aujourd’hui, banquet maousse. Célébré dans notre navire amiral, l’Ekrabouillator. Notre bien-aimé chef Zhang est trop occupé à se fendre la poire en le présidant, alors c’est moi, Argolphe, qui prend la plume pour vous causer.

C'te fois-ci, c’est pour célébrer le succès de notre débarquement général sur Alkano. Qui permet la stabilisation de la situation militaire sur le sol de cette planète. Dans tous les secteurs où elles ont été engagées, nos troupes on su foutre de belles roustes à ceux d’en face.

Bon, les terriens, si je vous dis que l’alcool coule à flots, que tout notre beau monde se bourre la gueule, s’empiffre, danse, chante, je pense que vous me croirez sans peine. J’aurais d’ailleurs de la peine à vous décrire le brouhaha. Tiens, à ma gauche, là, il y a une bataille de bouffe. Derrière la tablée du chef, je vois un mec plié en deux qui dégueule. A côté de lui, un autre type s’est endormi la tête dans sa gamelle. A ma droite, au fond, c’est l’orchestre qui s’en donne à cœur joie, paillettes et confettis voletant, avec des dizaines de types montés sur leurs tables qui dansent autour de lui. Un peu plus loin, un grand fût est en perce ; plusieurs gars sont couchés juste en dessous du jet, la gueule grande ouverte, à y recevoir la cascade de bibine.

Brohonk n’est pas de la fête. Notre pyromane préféré dirige une offensive terrestre de grand style ; il regroupe sous son commandement des guerriers de notre clan, ainsi que les troupes Garbondes – si vous ne savez pas qui sont les Garbondes, les terriens, voyez les notes précédentes du chef – et personnellement, je souhaite bien du plaisir à Brohonk avec ces loustics.

Avec d’autres gars méritants, Mast vient de recevoir une décoration des mains du chef : le Grand Bock d’Argent. Ne vous y trompez surtout pas, c’est une décoration militaire ! On la reçoit lorsqu’on est victorieux avec ses troupes au cours d’une bataille dans une planète. Même si tout le monde sait par chez nous que Mast excelle particulièrement à la picole, nous n’avons pas de décoration pour ça – pas encore, ce qui en soit est un non sens ! D’ailleurs, sa cabine a fait un gros boum, juste avant-hier ; il y avait mit son alambic pour distiller je ne sais trop quel mélange, et ça a pété dans tous les sens…

En tout cas, il peut jubiler : c’est la quinzième fois qu’il reçoit l’argent. C’est bon pour lui : au moment voulu, le chef pourra lui confier la conquête d’une planète entière et il pourra prétendre à l’or en cas de succès. D’ailleurs, je ne le vois pas, Mast. Il doit cuver quelque part. Ah, non, attendez ! Là, ce corps : le buste à l’intérieur de ce tonneau, et les jambes en l’air qui gigotent. Pas d’erreur, c’est bien lui !

En face de la tablée du chef, se trouve l’excellent capitaine von Dilfus – invité d’honneur très particulier et très attendu. Le chef s’est dit avec raison qu’il fallait absolument lui montrer ce que les mots convivialité et hospitalité voulaient dire par chez nous : il l’a fait mettre à nu et attacher verticalement à une grande roue tournant lentement sur un axe, afin que nous puissions lui balancer des tartes à la crème en pleine poire – et je peux vous dire qu’on ne se prive pas. Parfois, ce sont des œufs, des morues ou des jambons qu’il se reçoit. Ou des volées de marrons chauds. Certains mecs un peu surexcités ont demandé à notre pote Grun de lui faire pousser de très longs cheveux qu’ils auraient attachés en nattes à la roue ; leur jeu aurait alors consisté à lancer des haches pour trancher les nattes de cheveux.

Exercice piquant lorsque la roue tourne sur son axe et que les lanceurs de haches se sont soigneusement imbibés… Notre brillant convive aurait eu du souci à se faire si le chef n’avait pas refusé : il tient à l’intégrité de son prisonnier. Ce qui n’a pas empêché Grun de s’amuser avec lui. Outre les cheveux longs, notre sorcier lui a fait pousser les poils de son corps de façon très dense en les teignant de toutes les couleurs, et il y a fait courir dedans quelques insectes sympas – chenilles et scolopendres. A l’endroit des parties sensibles, Grun a fait apparaître une belle grosse fleur de tournesol qui chante la bourré d’une voix gaie.

A la tablée du chef, le roi Garbonde – voir note précédente – a adopté une attitude surprenante pour lui : il est tout ce qu’il y a de plus calme, seul dans la tempête qui l’environne. Les rumeurs disent que ses orgies partouzardes des jours derniers l’ont épuisé. De fait, il a des valises noires sous ses yeux torves et le teint pâle ; il se contente de boire et de manger, tandis que ses concubines s’amusent de très bon cœur. De temps en temps, il tape du poing en hurlant on ne sait quoi ou en riant la bouche pleine. Juste histoire de dire qu’il est dans l’ambiance.

Pas bien loin, Karabine fait des siennes. Elle est totalement déchaînée. Un bock dans une main, un jambon dans l’autre, elle chante et danse sur les tables. Elle boit, se gave de bouffe, bastonne. Les pauvres gars qui se risquent à lui crier " à poil ! " se prennent une belle beigne. Je la vois se planter sur un tonneau pour hurler des blagues cochonnes à foison, riant à gorge déployée entre deux blagues. Ici, Karabine baisse ses braies et montre ses fesses replètes ; ceux qui ensuite tombent dans ce piège et se moquent un peu trop fort de son geste se voient attribuer la plus belle des baffes – c’est ce que Karabine appelle le grand prix de la mandale. Là, elle se saisit d’un type par le col en pensant lui foutre une châtaigne, mais elle lui vomit involontairement en plein visage, à grands flots spasmodiques. Zhang, voyant ça, éclate de rire et se moque de la chamanesse. Celle-ci, s’essuyant la bouche d’un revers de manche, se précipite pour le corriger, mais le chef lui envoie une tarte à la crème et esquive la première baffe. La fille se saisit d’un plat, le balance sur le chef qui se le prend sur la poitrine. En réplique, il lui tape sur la tronche à coups de jambons.

Voulant l’assommer, Karabine saisit un fût, le lance sur le chef, mais celui-ci se baisse et le fût vient se briser sur von Dilfus au moment où la roue lui avait mis la tête en bas. A ce moment, le tournesol du prisonnier se met à brailler du death metal d’une voix lourde. Instantanément, d’autres tournesols apparaissent sur le prisonnier, qui accompagnent le premier à la guitare. C’est Grun qui s’en mêle : il n’a pas aimé qu’on touche à son joujou. Il fait voler en apesanteur le contenu d’une grande marmite – on dirait du cassoulet – et le fait se déplacer jusqu’au-dessus de la chamanesse. Lorsqu’il met fin à la lévitation, celle-ci se reçoit les flots de cassoulet en pleine poire. Le chef en profite pour y donner encore des coups de jambon. Se ressaisissant, elle lui donne un coup de boule, bien au milieu du front. Le chef vacille. Grun rapplique par derrière, écrase une bouteille sur la nuque de Karabine, ce qui ne la fait nullement broncher ; elle se retourne, file une mandale au sorcier qui décide de monter d’un cran et, d’un sort, il lui envoie un paquet de bouse fumante. Elle esquive, et c’est encore von Dilfus qui se reçoit la majeure partie de la bouse ; ses tournesols cessent de hurler, crient à l’injustice et se flétrissent d’un coup !

Zhang revient à l’assaut ; il chope la chamanesse par la taille, la soulève, et la traîne jusqu’à un grand tonneau. Pas facile, vu la force herculéenne de la fille, qui ne cesse de se débattre. Le chef la soulève de toutes ses forces, et la lance contre le tonneau, brisant ce dernier dans de grands flots de vinasse rougeoyante. Encore un gros baquet de bouse made in Grun, et Karabine est définitivement hors de combat – elle perd connaissance après avoir lancé un dernier jambon sur le chef, qu’il se prend sur le front, ce qui le fait tomber à son tour.

Egalité !

Pétard !

Bon, ben voilà ! Un banquet bien de chez nous, tout ce qu’il y a de plus classique, quoi !

Vous savez faire ça, les terriens ?

03 mars 2008

Terriens, Grun vous cause !

Mouheuheuharrr ! Alors c'est ça, ce que les terriens appellent un "blob" ? Non, "blop". "Blom", plutôt. Merde, je sais pu. En tout cas, je vais pouvoir écrire, et balancer mes propres conneries ! Le chef a accepté de nous prêter son clavier, alors zou ! J'en profite ! Wah, ça arrache quand même. C'est marrant c'que vous faites, vous les terriens !  Et pis bon, depuis le temps que le  chef nous en cause, c'est sympa de se rendre un peu compte de ce que c'est vraiment qu'un "blok" ! 

N'empêche ! Il en a des fichiers bizarres, dans son ordi, le chef ! Attends un peu. Là, y'a... Rhooo. Rhoooo, ça ! Et pis ça ! Rhooooo, et encore ça, là... houla !! Pétard !  Rhoooooo ! J'ignorais qu'il avait des fantasmes de ce genre...

 

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Mmmmmh, je suis pas certain que ça va plaire à sa copine si je cause de ça à droite ou à gauche. Ah, ça, par contre, ça m'étonne pas vraiment de sa part... 

 

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A moins que ce soit un verre de pisse... je sais pas si sa mousse pareil que la bière chez vous les humains, mais bon, je vais pas vous demander de m'en expédier un bidon sur ma planète pour faire la comparaison. Bon, je vais arrêter la fouille, passque sinon, ça va se voir... Si le chef vient à savoir ça, il m'arrache la tronche. 

Ceci dit, afin de profiter des joies du "mlob", de quoi je vais vous causer, à vous ? T'ain, c'est le syndrome de la copie blanche. Fais chier. C'était bien la peine de prendre la tête  à tout le monde pour se fourrer derrière cet écran. Bon. Voyons. Grunmad. Pense, pense, pense un peu très fort - pour une fois !

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  Ouilleu ! ça fait mal quand ça triture la caboche comme ça.

Eh bien ! Puisque je suis sorcier de l'espace, je m'en vais vous causer de trucs de chez nous et de trucs de sorcier. Vous savez déjà que je bosse pour le chef Zhang. On est de la même race tous les deux, on est de la même planète, mais pas du même clan. Et pas de la même caste.

Chez nous, y'a plusieurs types de bonzommes. Y'a d'abord les guerriers. Zhang et Mast et puis Brohonk, par exemple, que vous connaissez si vous avez regardé l'album de ce "glop", eh bah ce sont des guerriers. Comme autre type de caste, il y a les mékanos. C'est-à-dire ceux qui s'occupent de technologie, de mécanique. Le genre Argolphe, quoi. Et puis il y a les chamans ; eux, ils se piquent d'interpréter la volonté divine en regardant dans des tripes de je ne sais quelle pôv bestiole ou en jetant des osselets et en marmonnant sans qu'on y pige que dalle. Y sont pas très marrants. C'est vrai, on a une palanquée de dieux et de déesses, par chez nous. Je pense pas que le chef vous ai déjà parlé de nos dieux. Faudra aussi qu'il vous présente un de nos chamans.

Ensuite, il y a nous, les sorciers. On n'est pas très nombreux. Mais on est super puissants de sa race ! Le genre : repérés très jeunes, entraînés commes des mastocs par d'autres sorciers qui nous apprennent tous leurs secrets, puis affiliés à un clan particulier. Parfois, à titre accessoire, on fait de la finance, on gère le trésor du clan. Sans doute parce que les chefs s'imaginent qu'on peut multiplier la thune en balançant une formule - ceci dit c'est vrai qu'avec un boulier et des jeux d'écriture on peut faire avaler n'importe quoi à tous ceux qui n'y connaissent rien...  

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Les chamans, eux, font davantage de diplomatie. Allez savoir pourquoi. L'intimidation divine, sans doute. Dans les négociations, ça peut servir.

Pour en revenir à ma petite pomme, à bibi, je suis un sorcier spécialisé dans les sorts offensifs et défensifs qui se fondent sur les quatre éléments - feu, air, terre, eau. Dans la magie de guerre. Du genre : boules de feu, colonnes de feu, éclairs, tornades, tremblements de terre, pluies de pierres, marécages pour que les ennemis viennent s'y fourrer, etc. Je sais aussi, si vous m'irritez quelque peu, faire éclater sur votre beau visage des gros boutons bien purulents, vous refiler la chiasse ou la chtouille, faire des belles hallucinations du genre gros monstre poilu ou belle-mère acariâtre, vous faire dire des conneries, vous faire péter rose, jaune, violet ou vert, faire pousser des cornes ou des betteraves sur vos têtes, faire allonger le nez des menteurs, faire disparaître la queue des gros machos ou la bouche des pipelettes et des emmerdeuses, teindre une brune en blonde, transformer votre hamster en grizzli, j'en passe et des plus fiers.

Les gens qui me connaissent aiment à dire que j'aime les sorts scato parce que comme un gros gosse attardé, le pipi-caca-popo-prout me fait rire. C'est vrai, j'admets. Je crois savoir que parmi les gens qui viennent voir le "glob" du chef, comme un certain monsieur toujoursraison sur votre douce Terre, par exemple, certains ont particulièrement apprécié le sort qui consiste à créer un tas de bouse qui multiplie son volume en atteignant un ennemi, afin de le noyer ainsi que ses congénères... ça, c'est quelque chose dont je suis particulièrement fier, je le reconnais. C'est vrai aussi, que quand j'étais ado, je faisais pisser bleu ou violet mes potes, pour rigoler. Je transformais en vomi ou en bouse le contenu des chopes de ceux qui m'énervaient. Une fois, j'ai eu une querelle avec un type ; lors d'un banquet, à le voir se curer le nez de façon nonchalante, j'ai créé une énorme boulette qui n'en pouvait plus de croître de volume au fur et à mesure qu'il se l'extirpait...

_ Mouhouhouharrrrrh ! C'est vraiment con, tes sorts ! Sans déc, tu te crois drôle ? Tu crois que tu vas amuser les terriens avec ton pipi-caca et tes crottes de nez géantes ?

_ Argolphe ?! Qu'esss tu fous là ?

_ Mais je t'écoute, mon vieux ! Sympa, les confessions aux terriens. Note, j'aurais du attendre encore un peu avant de me manifester, tu aurais peut-être fait des petites révélations secrètes et intimes.

_ Ah bah non, quand même pas ! Je sais bien que c'est tentant de faire ça sur un "glog", mais...

_ T'es vraiment un blaireau ! On dit BLOG. Bé, El, Ho, Jé. C'est une contraction de "web" et de "log", en langue anglaise chez les terriens.

_ Voiiiilà, ça y est, tu fais ton prétentieux qui sait tout et qui aime bien le montrer ! T'ain, j'étais pépère jusqu'à ce que t'arrives !

_ Ah, mais continue ta note, mon ptit Grun, ne te gêne surtout pas pour moi. C'est vraiment intéressant, n'empêche : on en était à la grosse crotte de nez...

_ Te fous pas de moi.

_ Mais paaaaas du tout. Je t'encourrage même à créer ton propre BLOG ; ça t'évitera de pourrir celui du chef.

_ On va voir, toi, le genre de note que tu vas nous pondre !

_ Pas de doute à avoir : Je dirai aux terriens, mouhahaharh ! que t'es un sorcier de seconde zone. Tu fais des sorts à la merde, mais question sérieux, y'en a des types qui te passent devant. Grolor, par exemple...

_ Grolor ?! Pourquoi tu viens me parler de ce péteux ?

_ Eh bah lui y se contente pas de créer un paquet de bouse chaude et fumante. Par exemple : sais-tu invoquer un démon du cinquième cercle ?

_ Euh, du.. cinquième cercle... ? Eeeeeh beeeehhh... je dirais que... Y'a ptet des progrès à faire dans ce domaine où j'espère de grands résultats, et...

_ Mon cul ! T'as jamais su ! Tout ce que t'as pu invoquer la dernière fois que je t'ai vu le tenter, c'est un furet avec des ailes de moineau !

_ Eh, d'abord, il était vachement féroce mon furet !

28 février 2008

Libre parole

Chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre.

C'est la grande liesse chez nous. Si vous n'êtes pas des habitués de ce blog intergalactique, vous lirez ma note précédente et vous saurez alors comment nous avons remporté notre victoire sur la flotte impériale au large de la planète Alkano. Je ne manquerai certes pas de vous compter en détail les suites de cette victoire, mais je peux dire que nous avons de bonnes raisons d'être satisfaits. L'adversaire était redoutable, et l'issue de la bataille incertaine.

Aujourd'hui toutefois, je me sens quelque peu patraque. Me demande si je ne couve pas quelque chose par chez moi. Faut dire que j'ai été sur la brèche pendant toute la durée de la bataille. Besoin de repos, et plutôt envie de glandouiller un chouilla. J'ai donc décidé de laisser la parole à mes potes.

_ Ptin, chouette !

_ Brrrruuuuuk ! Hic ! Cé bath, ça !

_ Oais, chef, va te reposer chef ! T'en a bien bzoin, après la belle bataille qu'on a menée !

Que J'AI menée ! Que j'ai menée moi ! Faut quand même pas s'tromper ! C'est moa le chef de guerre ! C'est ma pomme qu'a supervisé toutes les opérations ! Vont quand même pas s'attribuer tous les mérites non plus, ces caves !

_ Zen, chef ! Tu vois, t'as les nerfs en pelote, un rien t'énerve. Allez, zou ! File ! Une bonne roupille, une tisane, et fais-toi faire un bon ptit pompier par ta bergère. Hein, les gars ? Mouheuheuharrrh !

Mouais. Pas sûr que la bergère en question apprécie le commentaire. Bon alors. Grunmad ?

_ Ouais.

Mastokor ?

_ Breuuuups !

Argolphe ?

_ Oué.

Je vous laisse, pour cette fois, le champ libre ici. Tâchez de pas trop faire les cons quand même.

_ Meuuuuu nan, fais-nous confiance un peu, quoi ! Mahaharh !

Tu parles. J'ai les jetons quand même. Bon allez. Me casse.

SLAM

_ Ayé ! L'est parti le chef ! Bon alors. Chers amis blogueurs et internautes sur votre douce Terre ! A l'aune de notre gigantesquissime victoire de ce côté-ci de la spatialitude à l'encontre de nos merdoyants ennemis, je ne saurais vous eksprimasser notre grandissime joyeusance...

_ Oua puté, ste honte, eh !

_ Mais quoi ? Kessta, toa, le sorcier de mes deux ?

_ Eh, attend, Argolphe, moi, déjà, je t'insulte pas.

_ Bah fallait pas commencer par m'interrompre, Grunmad. Alors. C'est quoi, l'embrouille ?

_ Non mais t'as vu comment que tu causes ? "Chhhair z'hamiiii blaugueurs et internôôôtes", tout ci, tout ça, ces manières que tu te donnes, ces chichis ! La gueule qu'y vont faire, tes lecteurs de la Terre, eh !

_ Quoi ? Chuis pas assez bien pour leur causer, aux gars de la Terre ?

_ Mais arrête un peu de te la péter, tu veux.

_ Quoi ? Moi, je me la pète ?

_ Mais ouais, t'as oublié de chier droit, t'essayes d'imiter le chef et ça te réussis pas. Et puis bon, côté vocabulaire, faut repasser, passque là, ça déconne à donf.

_ Qwa, kesskil a mon vocabulaire ? L'est pas bô, mon vocabulaire ?

_ Ah bah non, carrément pas. "Gigantesquissime". "Spatialitude". "Merdoyants". Exprimasser". T'as trouvé ça tout seul ? Si t'es parti pour refaire le dico, eh bah c'est ce qui s'appelle un faux départ, tu sais ?

_ Eh, d'abord, chte frai dire, quand on fait un discours, il faut tacher de captiver son public, Moooosieur le sorcier qui pue de la gueule, et aussi de retenir son attention et d'avoir un peu d'élégance...

_ Quoi ? Kess t'a dit, là ?

_ Qu'il faut captiver son public...

_ Non, après !

_ Bah qu'il faut aussi retenir son attention !

_ Non ! Avant ! Juste entre ces deux phrases, là ! T'as dit quoi ?

_ ... Ah ben je sais pu...

_ Si-hic ! Moha je sais-hic ! Il a d-d-dit, hic, "Monsieur le s-s-s-sorcier qui p-p-pue de la gueule", hic !

_ Ah bah merci Mastokor ! Merci de t'extirper de ton coma éthylique pour jouer les cafteurs !

_ Deuheuheu rien. Brooops. Beuuuh ! Jé la gerbe !

_ Va gicler ta sauce ailleurs ! Argolphe. Précise un chouilla. Je pue de la gueule, moi ?

_ Pas qu'un peu ! Toi qui te vantes d'inventer un nouveau sort par semaine, t'en aurais pas un pour te rafraîchir le gosier ? Passke là, faut dire ! Tu fais de la concurrence sérieuse aux épandages de lisier !

_ Tu veux pas tâter de mon sort qui fait chier en continu du bon gros bousier couleur bleu pervenche fluorescent, des fois ?? Si tu veux, je te réserve une petite formule rien que pour ta gueule. Tu m'en diras des nouvelles. Et le cerclage de ta pastille aussi, mouhahahhar ! Tu vas en sentir passer, des colombins maousses ! Enormes ! De sacrées bananes à évacuer à longueur de journée ! En moyenne, toutes les dix minutes à courrir aux goguenots ! De quoi boucher tes chiottes et te noyer sous le pécu ! Et pis tu verras aussi, les traces de pneu au fond de ton calesif : à la place du marronasse puant ce sera un très joli bleu chimique qui brillera dans le noir. Mmmmh ? On pourra te repérer à l'aise comme ça. Au moins pour te filer des coups de pied au train !

_ Puuutain, qu'il est susceptible, çui-là ! Et de mauvaise foi en plus ! Eh, Mastokor ! EH !

_ Mrrt ? Skiya ? Hic.

_ Dis-le, toi, qu'il pue de la gueule.

_ Brrrreu. Comme deux tonnes de compost en plein soleil. Hic.

_ Tu vois !

_ Non, mais tu vas pas t'y mettre, toi aussi, l'alcolo ? Mais où c'est qu'il a vu des conneries pareilles, lui ?

_ Eheheh, les g-g-g-gars ! On se c-c-c-calme ! On en était à faire une note à la place du chef ! Breuuuups !

_ Ouais ! Exact ! Pour la peine, c'est moi qui vais continuer.

_ Okay, Grun. A ton tour. Fais-voir un peu de quoi t'es cap.

_ Breum-broum. Hreum.

_ Ah bah c'est déjà la classe ! Vide donc tes glaires, le magicien, tu parles d'un bouillon de culture !

_ Oh, la ferme ! Bon. Chers amis blogueurs et internautes sur votre douce et belle Terre...

_ Eh, ça j'l'ai djà dit.

_ ... Je suis, sachez-le, très honoré d'avoir à m'adresser à vous aujourd'hui, eh oui, je ressens moult émotion à vous communiquer de tout mon être sensible et fragile...

_ Mahaharh ! Sensible et fragile, k'y dit ! S'ils voyaient ta vraie tronche, les pauvres !

_ ... de tout mon être sensible et fragile, l'intégralité du profond respect qui est le mien pour votre très belle planète et pour vos gentils peuples, et je me sens tout aussi guilleret qu'un tendre et diaphane colibri vibronant et recherchant l'amour dans les effluves printaniers des bourgeons turgescents se préparant à éclore avec un grand "ploup !" tout plein de sève chaude sous le bel soleil...

_ MOUHAHOUHOUHOUHAAAAHAHAHAHAHARRRRRHHH !!

_ Ben kwa ?

_ MOUHAHAHAHAHAHAHRRRRR  ! Non ça va cé rien continue ! Mprffrrrrrrprhrrr !

_ Hreum. Or ça donc, sous le bel soleil, disais-jeu, tel le tout joli colibri romantique, secouant avec innocence ses jolies petites plumettes bariolées et colorées, et se tortillant avec élégance de son duveteux croupion dans l'espérance inavouée de connaître la saveur palpitante du partage de la vie avec l'être recherché et finalement aimé...

_ Eh, ho, qu'est-ce qu'il a fumé, ton colibri ? Méfie-toi qu'il se fasse pas surprendre par derrière par un énorme corbak surdimensionné, des fois ! Grunmad production présente :  un film de boules d'antologie, "le corbak se prend le colibri !" Attention aux âmes sensibles, il y a des scènes cochones vraiment très hard, surtout quand le corbak arrive par derrière pour enfiler le tout pitit colibri tout frêle... MOUHEUHAHAHARRRRH ! Et pis attention aux dialogues : "Je sens ton bec, dit le corbeau au colibri  _ Mmm-mm-mm-mm", répond le colibri  ! MAHAHAHAHRRR, MOUHOUHOUHHAHAHAHARRR !!

_...  C'est dans cet esprit, chers terriens, que je veux vous montrer à quel point suis heureux de vous connaître ! Et je me présente donc : moi ; moa ; Grunmad ; Grand sorcier mage, grand pourvoyeur de toutes les magies, noires, blanches, grand connaisseur des arcanes des fluides magiques universels...

_ C'qu'y faut pas entendre !

_ Moais - hic ! Lui qu'a pas inventé le coussin péteur - breups !

_ Et voilà ! ça a de la gueule, hein ?

_ Me dit quand même pas que t'es fier de ça !

_ Ah bah si, justement ! Je m'adresse par définition à un public écolo et pacifique ! J'ai parfaitement ciblé mon discours.

_ Arrête la déconne, mon vieux. Le terrien, il entrave que dalle à ton discours de colibri en chaleur et il a l'impression que tu le prends pour un crétin.

_ Tu crois que t'as fait mieux, peut-être ?

_ Si tu m'avais laissé finir ça aurait eu une autre gueule.

_ En tout cas, y'a Mastokor qu'a pas causé encore.

_ Hic ?

_ Oais, tiens. Cause un coup, Mast !

_ Breu... ?

_ Oais, allez, vazy ! Y'a les terriens qui te lisent, là, tout de suite.

_ Breuhops. Mneugneuheuhipsgneu, gnagneugnihehics ! Gna-grogneugnole...

_ Putain, profond !

_ Oais, transcendant !

_ ... Mgnagnignouf, hic, breuops, broups, gnouggnnon...

_ T'ain, y'a pas a dire, il nous enfonce.

_ Oais, faut reconnaître, l'a un vrai talent d'éloquence !

_ ...gnaonmqofzmqdsjmflffleufleuflafliflognagnofmqsdjflqjdvnols...

_ Eh, on dirait qu'il est vert, là !

_ Ouais. Le verre de trop, comme d'hab.

_ Meuugnlonfjslicheboum !

_ Slicheboum. Tout juste. J'aurai pas pu trouver mieux.

_ Arrête, il est de plus en plus vert.

_ Ah, merde, non ! Il va...

_ BREUUUUARRRRRRRRRGLLLLLLLLLBROUEUUUUURRRRRRRR !!!!!!!!!

_ Ah, putain, il a gerbé !

_ Oouho, putain !!

_ Eh ba merde ! Les terriens, y sont servis !

18 février 2008

Quelque part, encore dans l'espace

_ Ces connards de Garbondes. Faut vraiment se les colletiner.

_ Ouais. Quand on les a embarqués, je sais pas pourquoi le chef ne les a pas répartis sur plusieurs vaisseaux au lieu de les foutre tous sur l'Ekrab'.

_ Ben ouais, mais sinon c'est dans tous nos vaisseaux qu'ils auraient foutu leur bordel. Valait mieux les avoir sous les yeux tous ensemble. Plus facile à contrôler.

_ Ben comme ça on a du bordel tout bien concentré. C'est du propre.

_ Grunmad, faudrait quand même avertir le chef, sur ce coup-là. Une orgie dans une soute à munitions ; quatre barils de pinard crevés, toute la vinasse répandue sur les cartouches. Des modules numériques bousillés, du matos inutilisable. Franchement, ça craint. Et bien sûr, z'ont aussi chié, gerbé et pissé partout. Tu parles d'une délicatesse.

_ Y trempe son biscuit, le chef. Vaut mieux lui foutre la paix pour le moment.

_ Le roi Garbonde aussi, y trempe son biscuit.

_ Ouais. A l'oreille, impossible de s'y tromper. Quand y tringle, on l'entend tout autour de sa cabine à des mètres à la ronde. Y gueule comme un mammouth et y fait trembler le sol.

_ Pétard, ouais. Y'a plus moyen de s'entendre quand on passe à côté de chez lui.

_ Et question voix, il est pas commun. Y donne dans tous les registres : baryton, basse, fausset. Y fait dans le grondant féroce, dans la tyrolienne endiablée, la comptine, la berceuse, la charge héroïque, le sanglier pourchassé, l'évier qui se vide !

_ J'essaye pas d'imaginer le catalogue de ses positions de cul. 'Doit être horrible.

_ Note bien qu'à chaque fois y'a que lui qu'on entend gueuler. Jamais ses femmes.

_ Ses femmes ??

_ Ben ouais, ses femmes. Le bonhomme a rappliqué avec toute sa smala.

_ Sa smala ? N'empêche, ça me rassure. Je me disais bien qu'une seule pauvre fille ne pouvait pas se taper ce morceau à elle toute seule. Puuutin, j'imagine la tronche du chef ! Déjà qu'il était pas tellement joisse de voir que le roi tenait absolument à accompagner ses troupes lui-même.

_ Oué, ça tu l'as dit. Alors déjà, le contingent de Garbondes en soi, ça craint. Mais en plus le roi Garbonde, avec ses femmes Garbondes, sa bouffe garbonde, ses bagages de garbonde, son hygiène de garbonde, sa musique garbonde, ses domestiques Garbondes, sa garde rapprochée Garbonde, eh bah merde, c'est la cerise sur le gâteau !

_ Mais combien il a de femmes ?

_ Je sais pas. Personne les a vues, il les cache bien. Mais y'en a un paquet.

_ Pétard. Les pauvres. Subir la masse de ce gonzo sur le râble, ça doit pas être facile tous les jours.

_ Attends ! Le mec ne déssoule pas depuis qu'il a embarqué. Il picole, il baise, il bouffe, il roupille. Nos larbins n'osent pas entrer dans sa cabine, tellement ils ont peur de voir l'état dans lequel il la laisse. Du dehors, ça pue la sueur, la pisse séchée, la gerbe, la partouze marinée.

_ Super.

_ Il assiste pas aux réunions d'état-major...

_ Ah bah ça c'est pas vraiment une perte. Pour lui, causer stratégie et tactique, ça consiste à roter pendant quinze secondes d'affilée.

_ Ouais : en époussetant ses pellicules sur ses épaules, il compte ses armées !

_ Pour lui, un rot égale un mouvement de troupes.

_ Un pet, c'est une charge de blindés !

_ S'il se frotte sous les aisselles, c'est une revue de détail !

_ Et quand il a la gerbe, il ordonne la retraite !

_ Tu vois : pas besoin d'interprète avec lui ; tout le monde peut le comprendre avec des gestes simples et faciles.

_ Avec lui la communication universelle fait un pas de géant vers un progrès certain.

_ MOUHAHAHAHA !!

_ WAHAHAHAHAHA !

_ Sérieusement. Le trouduc accompli qu'il envoie à sa place aux réunions pour le représenter, il entrave que dalle à ce qu'on dit et après y fait l'important. Alors du coup, le roi ne tient pas ses troupes.

_ D'où le merdier dans la soute à munitions.

_ Entre autres.

_ Tu sais quoi, Mastokor ?

_ Non.

_ Les Garbondes, pour le coup qu'ils nous on fait dans la soute.

_ Ouais.

_ On devrait régler ça nous-mêmes.

_ C'est-à-dire ?

_ On identifie les types qui on fait ça, on les chope en douce, et on leur donne une petite leçon. A notre manière.

_ Quelle genre de leçon ?

_ J'ai justement un petit sort de côté qui devrait ravir ces connards au plus haut point. Du sur mesure. Fignolé aux petits oignons. Ciselé faut voir comme, avec beaucoup d'amour.

_ Tel qu'on te connais, ce serait du pipi-caca à toutes les sauces ?

_ Ah ça, je sais faire. Mais celui auquel je pense fait dans l'hallucinogène. Les trous du cul n'en croiront pas leurs mirettes : à force de penser orgie, eh bah c'est des barriques de bibine qui prendront vie et qui se précipiteront sur eux. Et le fignolage va loin : les barriques, elles auront d'énormes phallus sur leur pourtour ; elles courront après les autres cons pour se les choper dans les coins bien moites et sombres, et se les envoyer sans tendresse ni chichis. Autant de romantisme, je suis sûr qu'ils vont a-do-rer ! Et je peux t'assurer qu'ils auront un sérieux mal au cul, après un ramonage de cette qualité. Y devront repenser leur cerclage de pastille. Chier du liquide avec une paille pendant des semaines. On les verra pleurer leur mère avant le débarquement !

_ Et qu'est-ce qu'on dit au chef ?

_ Vu les bonzommes qu'il se colletine, ça le fera sûrement marrer.

_ Alors, en piste.

04 février 2008

Les mentors

_ Ah, Zhang, très cher collègue, voilà bien longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de discuter avec vous, autour d'un excellent bock de cette bière dont vous avez le secret.

_ L'est bonne hein ? Merci de votre compliment, Horokor. Je dois dire en toute humilité que nos brasseurs se surpassent.

_ Je ne m'étais pas rendu sur votre planète capitale depuis déjà quelques années standard, et je dois dire que je suis vraiment impressionné. Vous n'avez pas perdu votre temps. Arsenaux, chantiers spatiaux, garnisons, usines d'armement, recrutements... vous êtes actifs, très actifs.

_ Il faut ça, cher collègue. Les menaces se font de plus en plus nombreuses, et elles se précisent.

_ Ouais. J'ai su, pour l'attaque de votre planète. Akalno, c'est ça ?

_ Oué.

_ Mmmh. A mon avis, z'êtes plutôt mal barrés, là-bas.

_ Rien n'est joué. La bataille est toujours en cours.

_ Vous ne pourrez pas empêcher un débarquement. Vos types se battent bien, c'est vrai. Mais la pression est forte. Y'aura de la casse.

_ Horokor a raison, Zhang. Votre bière est excellente.

_ Merci, Harshol.

_ Et je suis aussi de l'avis que la position de vos gars est appelée à devenir particulièrement précaire sur Akalno.

_ Alors, Zhang, vous allez donc y faire un tour, et participer à la bataille ?

_ Mouais. Pas trop le choix si on peut se donner une bonne occasion de foutre une raclée aux autres enculés.

_ Vous ne serez pas en mesure d'arriver avant que le débarquement ne soit effectué. Vos ennemis pourront s'être suffisamment implantés sur votre planète pour vous rejeter dans l'espace. Vous en avez conscience ?

_ Oué. Mais c'est prévu. Tout est une question de timing. Rappliquer juste au bon moment, juste au bon endroit, juste lorsque ceux d'en face se croient tranquilles. C'est ça le plan.

_ Hahaha ! Vous m'excuserez, Zhang. Moi, Horokor, je suis un vieux de la vieille ; on s'apprécie, vous et moi, mais on n'est pas de la même époque. Quand je vous entends parler de timing, de bon endroit, de bon moment, je rigole. Mais c'est pas pour me foutre de vous. Seulement, de mon temps, à la grande époque, on ergotait quand même moins.

_ Ouiii. Nous, avant, quand on était jeunes, on faisait pas dans les manières. On fonçait dans le tas, on trucidait tout ce qui passait, on explosait tout, et on se posait pas de questions. Vous, Zhang, bon, faut avouer, vous êtes un peu pluuuuus...

_ Un peu plus quoi, Harshol ?

_ Ben, un peu tapette, quoi, disons-le. C'est vrai, vous parlez de plan. Un plan. C'est quoi, un plan, ça veut dire quoi, un plan ? Prévoir, calculer, évaluer, puutain ; non, vraiment, tout ça, c'est...

_ Oui, oui, Harschol, dites-le : c'est chiant. On s'emmerde comme un rat mort à causer de plan.

_ C'est exactement ça, Horokor, vous avez mis le doigt dessus. Ah ouais, Zhang, franchement c'est comme je vous le dis : la bonne vieille méthode, elle mange pas de pain, et c'est toujours la meilleure. On fonce, on bute, on crame, on explose, et puis voilà ! Un bon rouleau-compresseur.

_ Mais ouais, tout simple. Emballé, c'est pesé.

_ Rhah, jeum souviens, quand je débutais dans les virées interplanétaires, les raids de ma jeunesse... On avait la soif de la bataille, on se jetait franco dans la mêlée, on y allait à la baïonnette, et schlak, droit devant, on se faisait des corps à corps maousses sous la fraîche brise de l'aube, et on étripait, on étripait ! puuuuuté, tout ce qu'on pouvait !  MOUAHAHAHARH !

_ Ah, ça, faut avouer, on aimait le contact direct ! WOHOHOHORH !

_ Et pis les villes, les villages, tout ça...

_ Ah bah oui, ça, les immeubles, après, eh bah on cramait, hein, on faisait péter autant qu'on pouvait, ça faisait partie du...

_ Et pis les prisonniers, ah bah, ça...

_ Ah, ça, les prisonniers, on connaissait pas. On savait pas faire, pas, Harshol ?

_ Ouais, Horokor. D'habitude, bon, on faisait tout cramer, là, comme ça, et pis tout le monde y passait, c'était plus propre. Zou. Bon ça puait le graillon, mais on s'habitue à tout, pas ?

_ Et puis, de temps en temps, les rafales de sulfateuse dans le buffet, c'était raffiné aussi.

_ Oué mais pour tout le monde qui restait ça prenait du temps.

_ Ouais. Des fois, aussi, et hop, allez, tous pendus aux arbres.

_ Ouais, ça aussi on l'a fait. Ou crucifiés, c'est assez fun.

_ Ou avec un coup de laser de poing juste dans le poitrail : traversés de part en part, avec une blessure cautérisée qui rentre et qui sort à travers le corps !

_ Et sous les chenilles des chars ? C'est vachement bien, ça, les chenilles des chars !

_ Ah ouais, hé, WAHAHAHAHARRRRHHH !

_ MAHAHAHAHAHAAHRRRR !

_ Et puis après qu'on soit passés, eh bah on pouvait plus rien reconstruire par-dessus ! Ra-ti-boi-sé.

_ Plus rien, que dalle, y restait ! Pas même un putain de bout de pierre.

_ Ah non, pas même. Ah pis on y mettait du coeur, hein, de la motivation ! De la ruine, de la cendre, et de la tripe, MOHOHOHOHOHORRR !!

_ MOUAHAHAHAHAHAHARRR !

_ C'est pour ça que moi, au bout de quelques années seulement, eh bien on m'a appelé Horokor le Sanguinaire.

_ Ouais. Et moi, Harshol l'Assassin.

_ Eh bien, messieurs. C'est ce qui s'appelle du vécu. Mieux : de la belle ascension sociale.

_ Mais ouais !! Zhang, ne passez pas à côté des choses simples, comme on dit. Faites-vous plaisir, lâchez-vous, débridez-vous.

_ Mais tout à fait ! Vous êtes un des plus brillants chefs de guerre de votre génération. Profitez-en ! Ménagez-vous un peu de bonheur ! Laissez émerger le bouillant sanguinaire qui dort en vous. Vous verrez, ce sera le nirvana. WAHAHAHAHAHARRR !

_ MOUAHAHAHAHARRRRH !

_ Ben, voyons.

_ Et ne faites pas confiance aux méthodes modernes. Planifier, tout planifier. Non ! Moi, je suis pour les bonnes vieilles traditions, celles qui ont fait leur preuves, et qui se transmettent dans la durée. On fonce dans le tas, sabre au clair, fusil sorti, on massacre, et on ramasse les brouzoufs.

_ Exactement. Restez simple. Restez franc. C'est tellement plus sain.

_ Ouaiiis. Un esprit sain. Dans un corps sain. Rien à dire de plus. MOUHAHAHAHAHAHAHARRRRH !

_ WOUAHAHAHAHAHAHAHAHAHARH.

_ Puté. ça promet.

27 janvier 2008

Le roi barbare

_ MOUUUUHAHAHAHAHAHAHAHAHARRRR !!

_ Tin, mais de quoi qu'y s'marre comme ça, ce gros con, merde !! 'Fait trois plombes qui bouffe et qu'y se s'tape sur les cuisses sans qu'on sache pourquoi. 'Commence à m'gonfler.

_ Je me demande si c'est pas notre gueule qui lui revient pas, des fois, chef.

_ Il a pas vu la sienne si c'est ça. En plus, z'avez vu comme y pue, c'est dégueulasse !

_ Comme nous, té ! Enfin, je veux dire, nous on s'en cogne mais c'est souvent les humains qui disent qu'on pue.

_ Ouais, mais là c'est pas pareil. Et pis de toute façon les humains y font souvent la fine bouche, un peu pour tout.

_ Ouais, y disent que nous on est des barbares...

_ ... c'est pas tout à fait faux, remarque...

_ ... mais y z'ont pas vu le loustic qu'on se trimbale depuis des plombes. Y bouffe, y rote, y pète, y se bourre la tronche et y chante ses chansons à boire débiles. Je parie qu'il sait même pas pourquoi on l'a invité chez nous.

_ Ouais, son ambassadeur n'a pas capté un broque de ce qu'on lui a dit, j'en suis sûr. Quand j'ai vu sa tronche...

_ La seule chose qu'il a entravé, c'est qu'il y avait de la lumière et de la bouffe chez nous, et qu'il pouvait rappliquer dare-dare.

_ Les mecs, un peu de respect. C'est quand même un roi.

_ BRRREUUUUOOOORRRRR !!! MOUAHAHHAHAHAHAHARRRR !

_ Oué bah il est distingué le roi.

_ MOUHAHAHARR ! LES URINES DU MATIN, TOUJOUR SENTIR FORT AU SOLEIL LEVANT !!! HAHARRR !

_ Mais qu'esss qu'y dit encore ?

_ J'en sais rien, chef. De toute façon, y cause pas la langue. Il entend un truc quelque part, et il le balance cash au hasard.

_ Oui, c'est ça façon à lui de concevoir l'ouverture d'esprit et les échanges culturels.

_ Bah j'aimerais bien savoir auprès de qui il a entendu ce genre de truc. Faudra qu'on me le présente.

_ Et quand y lâche ses caisses, c'est aussi un échange culturel ?

_ Chef, chef, son écuelle se vide. Faut encore y filer à bouffer, sinon y va s'fâcher !

_ Encore ! Mais c'est le troisième plat de mornille qu'y s'enfile ! Et je parle pas de la boisson. Une éponge, que c'est.

_ Il a l'air de prendre ça comme un amuse-gueule.

_ De toute façon, chef, avec les Garbondes, vous savez bien : on les gave de boustiffe, et après on cause. Y sont plus réceptifs à la conversation l'estomac gavé.

_ Putain, mais avec cet exemplaire-là, à partir de quand on peut savoir s'il est réceptif à la conversation ? Il est en train de nous vider le buffet, faut voir comme, et sans s'émouvoir.

_ NIIIHAHAHAHAHARRRRHHHH ! JRAZABEH, NARRRVANEH ! MOUSCHKABEH !

_ Kwa ?

_ S'k'y dit ?

_ Mais comment voulez-vous que j'y devine ?

_ PRRRRRRRRROUTT !

_ Là, pas besoin de traduction.

_ Oué, ça c'est de la communication universelle.

_ Ouch ! Le dégueulasse !

_ Surtout faites semblant de rien, sinon ça va l'offusquer.

_ Tu veux quand même pas qu'on lui sourie avec tendresse et qu'on en redemande, non plus.

_ Non, mais c'est manière de dire.

_ Chef, c'est pas pour dire, mais on a des gars chez nous, y font pire que ça. Nous-mêmes, on est pas des angelots. On peut pas dire qu'on relève le niveau.

_ Oui, mais lui c'est pas pareil. Je le connais, le bonhomme, depuis le temps que je le pratique. C'est une manière de vivre. Un naturel, euh, comment dire, bah naturel quoi.

_ Ah ça, pour être nature, il est nature. Je me répète, mais quand je pense que les humains nous traitent de barbares.

_ De toute façon on est toujours le barbare de quelqu'un.

_ Ah bon, tu fais de la philo, toi, maintenant ?

_ BRRREUUUUUUUUURRHHHHHH !!

_ Lui, en tout cas, il en fait pas.

_ Dites. Comment on lui fait comprendre qu'on est venu lui demander des troupes en renfort ?

_ Oué. Pour notre contre-attaque des impériaux quand y z'auront eux-même attaqué une de nos planètes on sait pas encore où ?

_ Et qu'on compte surtout se servir de ses bonhommes à lui comme chair à canon si on décide d'un débarquement sur une planète qui aura peut-être été partiellement envahie par les impériaux ?

_ T'in, faites pas chier, c'est déjà assez compliqué comme ça !

_ Tu vas devoir montrer tes talents diplomatiques, chef !

_ Et linguistiques.

_ Ouais. Bon, alors. Sire ? SIRE ?

_ PRRRROUTTTT !

_ Okay. Je vois. Bon, ça va pas être simple.

_ Si tu faisais pareil que lui, chef ? Sûr que là vous causeriez le même langage, quoi qu'avec un accent différent. Plus facile de lui demander c'qu'on veux comme ça, pas ?

_ Dis-le pas pour rire. Bon, euh, sire ? SIRE, ON VOUDRAIT DES TROUPES.

_ TRRROUPES ?

_ Oui, euh, des troupes. Des troupes, contre les impériaux !

_ IMPERIAUX ! IMPERIAUX ! RAAAARRRRGH ! IMPERIAUX, SALOPARDS, IMPERIAUX  ! KASSE IMPERIAUX, KASSE GUEULE, IMPERIAUX, KASSE ! MOUHAHAHAHAHARRRR !

_ Bon. Vohala. Je crois que c'est, heu.

_ Oui, ça à l'air, euh, conclu on dirait.

_ Rondement mené en tout cas. Hein.

_ Oué. Pas si difficile.

_ RHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHARRRR !!! JOLI PLUMAGE DES POULES SOUS LE VENT FRAIS DU SOIR ! HAHAHARRRRH !

_ Tu l'as dit. 

06 janvier 2008

Petite balade entre aliens

Aujourd'hui, j'ai passé la journée avec mon aide de camp Mastokor et le sorcier de notre clan, qui répond au joli nom de Grunmad.

Le matin, nous avons sifflé en guise d'apéro une demi-douzaine de bocks de bière chacun, puis au déjeuner nous avons descendu comme des grands deux plats de mornille à la joubaye.

Le mornille est une espèce de grosse bête marron à poils longs du genre mastoc ; pour que vous puissiez vous figurer à quoi ça ressemble, ça se rapprocherait d'un mélange entre un cerf, un gnou et un cochon. Enfin, je crois. Quand à la joubaye, c'est une farce que l'on compose d'une multitude d'ingrédients, viandes, épices et légumes, notamment des champignons, des poivrons, des courgettes, des lentilles. C'est vraiment succulent, avec des pommes cuites, du miel, et accompagné avec du bon gros rouge qui tâche.

 

C'est comme qui dirait mon plat préféré. L'inconvénient, mais au fond, ça ne gêne personne par chez nous, c'est qu'après, la farce fait péter pendant des heures. Et pas qu'un peu. Et plutôt du genre bruyamment.

 

C'est bien pour ça que nous sommes sortis de notre citadelle pour nous balader en forêt durant l'après-midi. Une bonne marche digestive. Mieux valait ça que de rester enfermés dans une pièce avec les odeurs de soufre et d'oeuf pourri que nous n'aurions point manqué de nous balancer les uns les autres.

Grunmad sait d'ailleurs parfois se montrer du genre farceur ; une fois, après un dîner composé notamment de mornille à la joubaye, il s'était amusé à utiliser ses pouvoirs de sorcier afin de faire faire des pets colorés à certain des convives. Oh, la belle bleue ! Oh, la belle verte ! Oh, la belle jaune !

C'est le genre de chose, savez-vous, qui amuse une fois, mais qui surtout n'amuse que Grunmad.

 

Il est plutôt du genre taquin. Et très très pipi-caca-prout.

 

Durant notre balade, nous avons discuté tactique et stratégie. Ainsi que de la situation globale de la guerre. Enfin, Mastokor et moi, surtout. Grunmad s'était mis dans la tronche de nous faire profiter de certains des sorts qu'il a mis au point ou améliorés.

Un pauvre arbre a fait les frais d'une série de boules de feu balancées les unes à la suite des autres en série, comme avec une mitrailleuse. Rien de bien original jusque-là, sauf que notre sorcier ne savait les faire qu'à la demi-douzaine jusqu'à présent. A force d'entraînement, il parvient désormais à en gicler huit.  

Un autre arbre a du subir un sort qui génère une série de champignons qui recouvrent entièrement l'adversaire et finissent à force par l'étouffer.

Un pauvre garde de faction sur un rempart de la citadelle a fait les frais, lui aussi, d'un sort qui consiste à entourer l'ennemi d'une bulle increvable capable de le soulever, de le secouer dans tous les sens et de le précipiter contre ce qu'on voudra - à terre, ou contre un mur par exemple. Grunmad n'est certes pas allé jusque là, mais il a tenu à nous montrer une variante, qui consiste à transformer l'oxygène à l'intérieur de la bulle en un gaz. De préférence asphyxiant, mais pour son exemple, le sorcier s'est contenté de nous montrer ce que ça donnait avec un gaz hilarant. C'est heureux pour notre garde.

Dans le registre scato, c'est un faisan, cette fois, qui ne s'est pas rendu compte qu'arrivait sur lui une boule de bouse chaude et odorante qui a la particularité de décupler de volume au contact de la chair. Autant dire que le volatile s'est retrouvé noyé sous la merde. Grunmad est très fier de ce sort dont il est le créateur. Il insiste sur le fait que tout dépend de la quantité que l'on envoie au départ. Et qu'il s'agit d'un sort très utile si on sait l'utiliser : lancé sur un groupe d'adversaires, il suffit à un seul d'être touché ; lorsque la matière décuple, et si les voisins de la première victime sont trop proches, ils sont aspergés à leur tour et le caca, par ricochet, continue à décupler de volume...

 

Ben mon cochon.

Chuis pas vraiment pressé de voir ça sur le champ de bataille. C'est-à-dire, que là, comme ça, ça paraît tellement farfelu...

"Mééééé si, cé maaaarrannnnt comme tout", me dit Grunmad. "Au départ, quand j'ai inventé ce sort, c'était juste de la boue bien épaisse, passe que ça, faut avouer, ça noye bien son bonhomme. Mais je me suis dit qu'avec de la merde ça serait un peu plus fun, et on aurait le même résultat. Mais si tu veux, chef, j'ai toujours le sort avec la boue".

 

Je préfère ça.

Par la suite, le sorcier s'empresse de continuer sa jactance. Il s'efforce également, nous dit-il, de mettre au point un sortilège pour faire dégueuler les ennemis dans les casques de leurs combinaisons spatiales. Pour les combats dans l'espace, en apesanteur, sous gravité zéro.

 

Très honnêtement, Grunmad me gave avec son côté scato. C'est avec des trucs comme ça qu'il peut nous faire perdre une bataille. D'ailleurs, je ne me souviens pas du tout l'avoir vu tenter un sort de ce type dans le feu de l'action.

 

"T'inquiète, chef, ça va venir. Quand je serai bien rodé, tu vas voir. L'ennemi, il va pas comprendre c'qui va lui arriver !"

02 janvier 2008

Lend'mains d'phaîtes

J'ai toujours comme qui dirait mal aux cheveux. La bibine était bonne, mais merde, elle reste lourde sur la caboche. Huit litres. On peut pas dire que j'ai exagéré.

Ce matin, j'ai eu une petite conversation avec un de mes aides de camp, et avec, disons, mon conseiller scientifique. Le premier, Mastokor, n'avait pas déssoulé. Il m'a annoncé la victoire d'un de nos clans sur une planète impériale nommée Canova, avec un haut le coeur vomitif qui précéda une longue giclée de gerbe sur ma moquette.

 

Sacré Mastokor. Lui par contre côté picole y sait pas se mesurer. 

 

Bonne nouvelle que cette victoire. Ceci dit, je me suis davantage marré en voyant dégueuler Mastokor qu'en l'écoutant débiter son boniment sur des trucs comme le nombre des prisonniers faits, le nombre et le type d'armes prises, ou la valeur globale du butin. C'est pas que j'm'en fous, mais bon, Canova est à nous, ça fait chier les humains de l'Empire, et c'est ce qui compte.

Je me demande comment il vont réagir.

 

J'ai laissé Mastokor s'effondrer sur mon canapé pour roupiller un chouilla tandis que mon autre visiteur matinal faisait appeler un robot pour nettoyer sa gerbe.

Lui - l'autre visiteur matinal, pas le robot - il s'appelle Argolphe. On le surnomme le Doktus. C'est, parmi les êtres de notre espèce, un des plus brillants cerveaux qui soit et un de mes meilleurs potes. C'est lui qui a conçu l'Ekrabouillator. Mais c'est pas lui qui l'a baptisé. Heureusement, d'ailleurs, car il aurait voulu lui donner un nom à chier des bulles en carré. Je crois que c'était quelque chose du genre - avec l'orthographe et la syntaxe s'il vous plaît - Puissotant Navire de l'Espace Eksplozant la Cheutron à Tout ce Qui Ramène sa Fraize.

Véridique. Argolphe à tendance à en faire des caisses en s'exprimant, c'est pas peu dire. Dans ses phrases il met vingt mots là où cinq suffiraient. Mais bon, ça fait partie de son charme. Ceci dit quand ça devient gavant - et à un moment ça devient toujours gavant - je menace d'y foutre une cognée ; tout d'suite y devient plus synthétique, le coco.

 

N'empêche. Ekrabouillator, c'est beaucoup plusse mieux. Je suis sûr que vous serez d'accord avec moi.

 

Entre deux séries de ronflements plutôt conséquents émanant de Mastokor, Argolphe m'explique qu'un regroupement de vaisseaux impériaux a été signalé près d'un patelin stellaire du nom de Marvinius. Connaît pas. Nous y avons un poste avancé, que me dit Argolphe. Je balance un coup de botte sans ménagements à mon aide de camp pour qu'il cesse un peu de ranquer. Le Doktus me demande mes instructions.

Les humains sont loin. Ils ne menacent pas nos positions. Avec un autre coup de botte dans le cul de Mastokor, je recommande à Argolphe de faire surveiller ce regroupement. Je veux savoir ce que ces vaisseaux foutent dans ce coin reculé, et dans quels coins ils vont trainer leurs carcasses.

 

Argolphe se barre pour donner les directives. Le robot commandé fait son office et nettoie les vomissures sur ma moquette. Bon.

L'autre continue de ranquer comme le tonnerre. Va falloir le virer de là et le foutre dans sa piaule. J'appelle trois gonzos pour ça - non, quatre, avec un gabarit comme çui là il faut bien ça.

Et je m'allume un cigare.

 

Au fait, chers amis blogueurs et internautes, humains de la France, maintenant, c'est interdit de fumer chez vous, dans vos lieux publics, pas ?

 

Moi, m'en fous. Fume si que je veux, où que je veux, quand que je veux.

 

Suis CHEF DE GUERRE, moâ. D'abord.