04 septembre 2008
Et le rustaud créa un dieu
- C'est bizarre, capitaine. Très bizarre. Mon sens vulcanien de la logique s'en trouve profondément affecté.
- Allons, Spock, vous allez très certainement trouver une explication à tout ça. C'est pour cela que Starfleet nous a envoyés ici.
- Certainement, capitaine. Mais je dois avouer que bien des choses m'échappent. Nous sommes en présence d'une anomalie anthropologique majeure. Tout ce que nous voyons là n'a absolument aucun sens.
- Il faut pourtant élucider ce mystère.
- Capitaine, cette planète en est au stade originel de son évolution. Lorsque nous avons placé l'Enterprise en orbite autour de 434-Ty4, nos sensors n'ont détecté que quelques tribus éparses d'hominidés organisés en clans autonomes avec un mode de vie primitif. Ils s'habillent de peaux de bêtes, s'adonnent à la chasse et à la cueillette, savent à peine faire du feu et le conserver, utilisent un langage basique, habitent dans des cavernes et doivent lutter quotidiennement contre les dangers de la nature. Par ailleurs, évoquer le terme de technologie apparaît prématuré en ce qui les concerne.
- Oui. Mais alors, d'où viennent ces... objets, ces choses qui sont amassées ici dans cette clairière ?
- Je suis très perplexe, capitaine. Regardez. Des tonneaux, des bariques, qui semblent avoir contenu de l'alcool. Des bocks. Des plats, des assiettes. Des restes de nourriture. Des couverts. Des ustensiles de cuisine. Et là, il y a eu des feux : regardez les cendres ; elles sont encore chaudes. Là-bas, par contre, il y a au pied de cet arbre des traces de tigre à dent de sabre, et d'urine... Je ne saisis pas ce qui s'est passé, c'est contre toute logique...
- Et ici, Spock ? Dans cet endroit à part, peu éloigné de la clairière ? Qu'est-ce que c'est que ces mottes de terre qui ressemblent à de grandes taupinières ? Il y en a toute une série, qui paraissent disposées aléatoirement. Elles ont une taille réellement impressionnante. Vous voyez, elles fument... Vous pensez à un rituel religieux en relation avec le cycle saisonnier de cette partie de la planète, par exemple... ? Nous sommes en pleine forêt, la magie rituelle pourrait être une explication...
- Mmh. Si vous voulez bien vous pencher sur une de ces "mottes", capitaine...
- Hah ! Pouah ! Quelle odeur pestilentielle !!
- Capitaine, le sensor est formel. Regardez-le, il s'affole. Il n'y a pas de doute possible.
- Ce sont des objets recelant des propriétés particulières !? J'en étais sûr !
- Non, capitaine. Ce sont de gros tas de merde. Pas autre chose.
- Ha oui... ! Mince ! Euh, bon, alors... Venez-en au fait, Spock.
- Tout simplement que les êtres inconnus qui sont venus ici formaient un groupe particulier, dont le seul but était de festoyer. La motivation principale de ces êtres devait résider dans une aspiration au loisir à travers l'alcool et la nourriture. Dans le centre de la clairière, se trouvaient de grands feux, avec des tables, des tréteaux et des tabourets disposés autour. Il devait y avoir également des rôtissoires et des fûts mis en perce. Quand à cet endroit isolé de cette clairière où nous nous trouvons, il servait de latrines. Fort sommaires, j'en conviens, puisqu'exposées au grand air sans aucune précaution. Si nous analysons la terre, nous y trouverons de fortes doses d'urines, j'en suis convaincu.
- Certes. Brillante démonstration, Spock. Mais ces êtres inconnus devaient bénéficier d'une avancée technologique particulière qui...
- Il s'agit incontestablement d'une altération extérieure, capitaine. Les natifs de cette planète ne sont pas responsables. Autrement dit, les êtres qui ont festoyé ici viennent d'ailleurs. D'un autre monde où d'un autre système solaire.
- Dans ce cas, on devrait pouvoir les identifier grâce à la forme des objets et à leur composition...
- WOOOOOH, woooooh, woooooh, ça vaaa, arrête ton char, là, ho !
- Hein ? Qu'est-ce q... Spock, regardez !
- Capitaine, je crains que nous ne soyons pas seuls...
- Bon, les pignoufs, là, vous allez arrêter de gloser, hein ! Si vous croyez que ça nous amuse, nous, de nettoyer tout ce bordel !
- Oais, ça va, c'est assez chiant comme ça, hein ! En plus, on se traîne une putain de gueule de bois, et une foutue gerbe, je te raconte pas !
- Capitaine. Je commence à comprendre. Nous avons affaire à...
- ... Des rustauds de l'espace !!
- Oais, bon, ça va, on le saura ! Moi, c'est Brohonk. Et lui, là, c'est Mastokor. On bosse avec Zhang, c'est notre chef.
- Alors bon, on a uuuun peu festoyé, on a bu, bouffé, baisé, dansé, tout ça, quoi...
- ...On a uuuun peu foutu les jetons aux natifs...
- ... Puis maintenant, on est de corvée ! Le chef nous a dit de tout nettoyer a fond.
- Messieurs, en venant ici, vous avez violé une règle majeure de Starfleet concernant les mondes dits primitifs. Dans la mesure où nous appartenons à des groupements politiques possédant une technologie avancée nous permettant de voyager dans l'espace, il nous est strictement interdit d'interférer dans l'évolution des peuples qui n'ont pas atteint un stade suffisant de...
- Oh, mais tu vas pas nous chier une pendule, non ? Puisque je te dis qu'on nettoie !
- Et puis Starflite, on s'en cogne, nous. On n'a rien à voir avec ça.
- Messieurs, vous allez devoir quand même vous expliquer sur ce totem que nous avons trouvé pas très loin d'ici. Il vous représente très clairement. Impossible de se tromper : un bock dans une main, un jambon dans l'autre, une mitrailleuse au côté... C'est vous ! Vos interférences festives sur cette planète faussent totalement l'évolution anthropologique, sociologique et religieuse des natifs de ce monde.
- Ha bon ? On a une religion à notre image, ici ?
- C'est bandant, non ? Faudra qu'on en cause au chef.
- Bon allez, on va pas en faire un fromage. On t'offre un bock, à toi et à ton copain aux oreilles pointues.
- Heu non, j'ai l'estomac délicat.
- Heu, moi aussi.
- Puuutain, j'ai la gerbeuuuurrrrk ! J'vais vooommmiiiirrreuuuuuarrrrrrglllllll !
- Mouhouhaahaharrrrr ! ça aussi, c'est ce qui s'appelle fausser l'évolution anthropologique d'un peuple... Oh, tu penses qu'on aura aussi un totem pour ça ?
- Vous avez vomi sur mes chaussures ! Vous avez éclaboussé mon pantalon !
- En effet, capitaine, et je vous rappelle que les rustauds sont réputés pour ce genre de chose... Je vous suggère d'opérer un retrait tactique et de nous téléporter sur l'Enterprise afin de vous changer de vêtements... Il sera toujours temps par la suite d'apprécier la situation avec Starfleet...
- Vous avez raison, Spock. Kirk à l'Enterprise. Kirk à l'Enterprise. Scotty... ? Scotty... ? Téléportation, Scotty !
Wiiiiiiiiiiizzzzzzz
- Ha les vaches, ils ont foutu le camp !
- Tu parles, ils auraient pu nous filer un coup de main !
- Oais. Bon bah allez, ça va pas se faire tout seul ! Au boulot mon pote !
- Dis Mast ? Si on essayait de mettre la main sur le totem dont ils ont causé ? ça doit faire bien pour la déco du vaisseau... Nous en dieu... Nan ?
- Mh. On ira voir les natifs et on leur réclamera des offrandes.
Breuh.
23:19 Publié dans Inclassables | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
31 août 2008
Wah Gaboh
- Glohr-duk !
(Voyez-vous, mon cher Jules-Edouard, je suis pris d'un soudain besoin de sustentation ; tout mon être me fait comprendre qu'il est grand temps que je me nourrisse. Mon ventre ne cesse de gargouiller. Aussi n'auriez-vous point auprès de vous quelque nourriture agrémentée de boisson, tout en vous précisant que ma faim et ma soif susdites, tendent, autant que ma santé, à exiger une qualité et une variété assez marquée dans les mets délicats que vous seriez susceptible de me proposer ?)
- Mah-glouk-darh !
(Ah, mon cher Luc-Jean, vous m'en voyez désolé, mais il ne nous reste plus grand chose à nous mettre sous nos pauvres dents. Nous avons commis l'imprudence de manger nos dernières réserves ce matin. Voyez ce pauvre fruit décrépit au fond de ma besace, il est bien loin de pouvoir suffire. J'aurais donc l'audace de suggérer de nous en aller à la chasse ou bien à la cueillette, et ce rapidement si nous voulons espérer faire quelque repas aujourd'hui et nous remplir la panse.)
- Mmmmmooohrr-schlö-goooohhhr !
(Vous avez diantrement raison, Jules-Edouard. Voyez d'ailleurs les magnifiques lances en pointe de silex que je viens d'apprêter; elles ne demandent qu'à pénétrer sauvagement, avec violence et préméditation, à travers la tendre chair de quelque bel animal assez obligeant pour devenir gibier. Nul ne doute que notre clan nous saura gré de lui apporter par ailleurs quelque bon gigot bien goûteux. Mettons-nous donc en chasse, et ce sans tarder ! Le temps est de la partie, profitons-en ! Sacrebleu !)
- Dah-ah-büh !
(Certainement, Luc-Jean. D'autant que je ne suis pas sans me demander pourquoi ce grand tigre à dents de sabre que j'aperçois là-bas au loin, se dirige vers nous en trottant et en nous regardant d'un oeil particulièrement intéressé. Quels sombres desseins ne lit-on pas dans ce bestial regard ! M'est avis que nous devrions nous mettre à courir à très grandes enjambées afin d'espérer lui échapper. Allons ! N'hésitons pas, ou bien c'est nous qui allons servir de gibier !)
- Mmmmaaaahhrrr !!
(Vous avez fichtrement raison !!)
GRAAAAAOOOOORRRRRRR
- Gaaaaarrrrrh'r !!
(Bigre !)
- Mmmmouuu'kh !
(Diantre !)
- Graah-doh-barh !
(Au fait, Luc-Jean, sommes-nous idiots ! Pourquoi ne pas nous servir de nos lances à pointe de silex ? Nous pourrions espérer causer grand mal à la bête qui nous course de la sorte, et la faire reculer à défaut de l'occire !)
- Büh-moh-trrrah !
(Certes, Jules-Edouard, certes ! Mais cela est téméraire, ô combien ! Contre un tigre à dents de sabre, les chances sont faibles, ayons l'humilité de le reconnaître. C'est que ces bestiaux sont particulièrement tenaces et vigoureux lorsqu'ils sentent que des proies telles que nous peuvent suffire à les nourrir avec abondance. Nous devrions plutôt choisir d'escalader l'un de ces arbres que voici, et espérer lasser la bestiole à la longue.)
- T'oh-barrh-glok !
(Mais que n'y songions-nous pas ! Que voilà une brillante suggestion ! Allons, n'hésitons surtout pas ! Hop ! Hop ! Voici ! Une branche ! Une autre ! Venez donc me rejoindre et installons-nous confortablement tandis que la bête se fatigue à nous tourner autour. Je pense bien que les tigres à dent de sabre ne savent pas monter aux arbres. Or ça, figurez-vous, mon cher Luc-Jean, qu'il me vient une idée saugrenue. Pourquoi ne pas vider nos vessies sur la bête féroce ? Une envie me titille fort à propos.)
- Gromf. Mouh.
(Bonne idée ! Allons-y !)
Pssssssssssssssss-ploc-plic-psssss-ploc-ploc-plic-psssssssssssss-plic-ploc
Graorrrr-raooorrr
- T'rrrreuuuuh. Garh.
(Percevez-vous cette petite odeur âcre, mon cher Jules-Edouard ? Je crains d'avoir l'urine quelque peu acide ces temps-ci. Je me demande bien quelle peut en être la cause, et sitôt rentré au clan je m'en irais prestement solliciter les services de notre brave homme-médecine.)
- P'rrreuuuuh. Gaboh.
(Moi, j'ai des flatulences. C'est particulièrement désagréable, voyez-vous, lorsqu'une bordée d'icelles se déclare alors que je suis avec ma tendre et douce Honorine. Mais voyez ! Le fauve fuit ! Nous sommes saufs ! Ha, quelle joie ! Nous allons pouvoir descendre de cet arbre et reprendre le cours de nos activités.)
- Buh-dah-pr'rr-garrrh !
(Soyez prudent, mon ami ! Ecoutez donc ces bruits insolites qui viennent de la forêt ! C'est cela qui a fait fuir le tigre ! Nous devrions nous cacher, attendre, et puis voir, car quels dangers cela ne recèle-t-il pas ! Allons ! Choisissons prestement de nous diriger vers ces fourrés ! Baissons-nous ! Ah, mais quel boucan ! Mais que se trame-t-il donc ? Tout cela ne me dit rien qui vaille...)
Frousch frouch frousch
...
- Alors ? Mast ? Qu'est-ce que t'as vu aux jumelles ?
- Ché pas. Rien capté. Deux néandertaliens crasseux avec des fourrures et des lances en silex, hissés en haut d'un arbre et occupés à pisser sur un tigre. Dans le genre surréaliste, on peut pas trouver mieux.
- Tu parles ! Et qu'est-ce qu'ils font, maintenant, ces néandertaliens ?
- Boh, ils sont planqués dans les buissons et ils nous observent. Ah c'est sûr, on a une drôle de tronche, nous autres. Pis le bordel qu'on a foutu ici, faut voir c'que c'est ! A propos, où t'en est ?
- Putain, merde, j'retrouve pas mon foutu briquet ! Fait chier, c'était un fétiche !
- Tu nous gonfles, avec ton briquet, Brohonk ! ça fait des heures qu'on aurait déjà dû remballer ! Regarde tout ce bordel ! La vaisselle, les chaudrons, les rôtissoires, les restes de bouffe, les barriques de bibine, les bouteilles, les bocks, les emballages de chips et de cahouettes, les noyaux d'olives, les capotes usagées, les déchets...
- Ah ça, pour sûr, c'était un banquet réussi ! Le choix d'Argolphe pour une planète sans pollution, avec une faune et une flore originelles...
- Oais, c'était le principe... l'authentique et le retour à la nature première ! Je me souviendrai de la viande locale : les mammouths étaient maousses ! Et les aurochs ! C'est vachement bon, ça a comme un ptit goût... Par contre, chuis déçu, on n'a pas pu faire de chasse au dinosaure.
- Moais. N'empêche. Il ne devait pas y avoir d'habitants. Argolphe s'est planté, sur ça.
- Bah. Regarde-moi ces deux neuneus, là-bas. Y z'ont pas inventé la poudre. Si on rote un peu, il foutront leur camp sans demander leur reste.
- Pu-tain, mais où qu'il est, ce foutu briquet de mer-deu !
- On ferait mieux de laisser tomber, mec. Les autres nous attendent là-haut. Je vais appeler le vaisseau et demander la téléportation.
- Et le bordel ?
- On laisse. Y'a plus le temps. Le chef voulait se barrer rapidement.
- On est quand même de sacrés dégueulasses. On fout le souk sur une planète vierge et on laisse des natifs qui en ont encore pour des milliers d'années d'évolution se démerder avec.
- Bah ça leur fera une accélération de l'histoire en plein sur le coin de la gueule ! Mouhahahharrr !
- Putain, c'est brutal.
Breuh.
00:54 Publié dans La Brute au Kotidien | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
27 août 2008
Space Hicks
"- Bon alors voilà, Virginia : tou arrives, là, devant Murgen, tou t'agenouilles, sensouel, trrrès sensouel, voilà, tou ondules, tou ondules du fion, et pouis là tou prends Murgen dans ta bouche, voilà, il bande bien, c'est bon, tou suce Murgen jousqu'à l'os, et toi Murgen, tou caresses les cheveux à Virginia, voilà, tou as du plaisir, c'est bon, c'est gorge profonde, et pouis Jorgen, là tou viens par derrière, tou relève le dos de Virginia et tou lui met bien ta queue au fond derrière, là, voilàààà, sensouel, très sensouel, c'est arrtistique, c'est très soublîme tout ça. Allez, Jorgen, allez, tou remue, et va, et vient, et va, et vient, tou lui met profond, artistique et sensuel, Virginia tou souce Murgen et Murgen tou lui lache tout dans la bouche, allez, sensuel et artistique, c'est du tout beau. Culturel."
Puuuutain !
Je crois qu'on a vraiment un problème.
- Grun ? Grun ? GRUN !!!
- Mh ?
- Tu peux m'expliquer ça ?
- Quoi ; ça, là ? J'y suis pour rien. Cette fois.
- Tu nous a pas encore fait ton coup de la dernière fois avec ton routier et tes deux connots imaginaires, là ?
- Paaaaas du tout. Rien à voir.
- Alors tu peux me dire ce qu'ils foutent là, ceux-là ?
- Pas la moindre idée.
- Fais-moi venir Argolphe. Si c'est pas de la sorcellerie, alors ça a une explication pseudo-scientifique à deux balles.
- Okay.
"Voilà, voilà, Bjorn, tou décalotes, il faut décaloter, décaaaloter, Virginia tou lui tripotes les boules, vohala, Bjorn tou prend jambes Virginia sur ton torse, et puis tou bouges dans Virginia, allez, allez, bouge bouge bouge, et vous avez plaisir, c'est artistique, culturel, c'est beauté artistique sensouelle, bien dans la moule à Virginia rentrer-sortir, allez Bjorn, pompez, pompez, pompez, rentrer-sortir, Virginia tou mets doigt dans cul Bjorn, allez, doigt profond dans pastille Bjorn c'est artistique ; Murgen tou te branle dessus Virginia, allez, secoue nouille sur Virginia, lâche tout sur Virginia ; caméra trois, caméra trois, gros plan sur jets de foutre du gland de Murgen sur bouche Virginia ; Bjorn, Bjorn, quand tou jouis, tou lâches tout sur moule Virginia, et puis caméra deux, gros plan sur chatte Virginia pleine de foutre, et là, Véronika arrive, très sensouel, lâche sa culotte qui colle au plafond. C'est artistique sensuel."
Pffffff !!!
Là, franchement, ça me dépasse.
- Que faut-il penser de ça, Argolphe ?
- Mmmmh. Voyons. Approchons voir.
"Hah - hah - hah - hah - hah - hah - hah - rhahhhr - rhan - rhan - rhan - rhan - rhan -mrhannnn - mmh - mh - hoo - han"
- Ha oui quand même ! Tu vois, chef, si on approche d'eux, ils font comme si on n'existait pas. Quand on veut les toucher, on passe à travers leurs corps. De même, ils ne nous voient pas et ne nous entendent pas. Ils sont ici sans être ici. Ce sont des sortes d'illlusions, de fantômes. Comme une sorte de projection d'une conscience collective se reflétant sur notre vaisseau.
Une conscience collective ? Pourquoi chercher à utiliser des termes abstraits ? C'est une partouze, ça, pas autre chose.
- La conscience collective de quoi ?
- Heh bien, mmmh. Regarde-les, à première vue, ce sont des humains. Il n'y a pas beaucoup d'humains dans notre coin de la galaxie, ce qui me fait dire que ceux-là sont des terriens.
- Encore !! Commence à m'gonfler, c'te planète !
- Ce sont des interférences terriennes qui interragissent avec l'équipement technologique de notre vaisseau et qui perturbent le fonctionnement de nos ordinateurs de bord. La Terre est une planète sursaturée par l'omniprésence des médias et par la communication. Les opinions publiques servent de bouche-trou et d'alibi à un magma médiatique qui s'échine à justifier son existence par la génèse artificielle du sensationnel et de l'évenementiel. Son rôle est d'opérer un basculement émotionnel fort qui consacrerait son influence parmi des masses prédisposées à la recevoir.
Je pige rien !
- Les orbites (de cheval, mouarf) terrestres sont occupées par une myriade de satellites qui transmettent tout ce qui se passe : radio, télé, numérique, analogique, électronique... Parallèlement, les humains entretiennent entre eux des rapports complexes, tenant parfois de la complète schizophrénie. On est au coeur d'un très vaste panel, englobant l'expression d'une volonté de domination et d'écrasement d'autrui à travers des rapports hiérarchiques très marqués et de fortes contraintes sociales, qui vont jusqu'à nier complètement toute forme de spécificité personnelle ; cette expression se trouve accolée paradoxalement à la recherche égoïste d'une émulation, d'un bonheur individuel impossible, à travers l'exposition et la consommation du plaisir et du loisir. Notre ordinateur de bord a tout simplement capté un fouillis indescriptible d'émissions terrestres et s'est trouvé déréglé en tentant d'en faire une synthèse... qui se trouve projetée ici.
"Oh, oui ! Fais-moi mal ! Défonce-moi ! Han ! Han ! Hah ! Hahhhhah !! Véronika, caméra oune sur Véronika qui se prend deux bites dans son cul, gros plan sur la double pénétrazione... culturel, la double pénétrazione, sensouel ; Bjorn, tou éjacoules sour fion Virginia et tou lui fait un fist fucking, c'est culturel ça fist-fucking. Véronika, lèche sperme Murgen et avale sa queue, gorge profonde très sensouelle."
- Tu veux dire que la Terre et les humains, dans leur globalité, sont résumés de cette façon, dans cette scène de boules !?
- Absolument. C'est ainsi que notre ordinateur interprète le leitmotiv humain dans son expression la plus brute.
Bon.
Je ne me demande pas dans quelle mesure notre ordinateur est fiable.
Foutons le camp de cette zone, et allons boire un bock !
Breuh !
23:33 Publié dans Inclassables | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
26 août 2008
Rencontre de 3ème type
- Bon, beh ça y est les filles, vous êtes conscientes, et bien réveillées.
- Bah oais.
- On va enfin pouvoir vous souhaiter la bienvenue chez nous.
- Bah oais.
- Et pis bon, ça y est, vous pouvez vous relever, et pis vous en faites pas, on a rien vu ! Rien du tout. On va d'ailleurs vous donner de vrais slips à vos mesures.
- Bah oais.
- Et pis aussi des vêtements un peu plus seyants, tout à la fois glamour, élégants et spatiaux. Comme ça, Lénia, t'auras plus froid. Tiens, voilà déjà une couverture chaude. Et pis si tu veux faire pipi, on va te montrer où c'est.
- Bah ouais.
- Et pis on va te donner de la pomade pour cette vilaine bosse que tu t'es faite en tombant.
- Bah oais.
- Bon t'as fini de dire "bah ouais", Argolphe ?
- Euh. Oais.
- Au fait mec, tant que tu y seras, y'm'faut un steak frais pour mon oeil au beurre noir, là.
- Oais, je t'amène ça ! Elle tape fort, hein, Gorka ?
- Mh. Elle a appris à bonne école. Mais on va pas épiloguer. Tiens, féé, voici ta baguette. Toute propre et toute belle, prête à servir. Et aussi une couverture et un peu d'eau. Bon, je sais pas où tu as vu des framboises, mais si t'as faim ça peut s'arranger, on en a des tonnes. Et des vraies, qui se mangent.
- Bah oais.
- (Ta gueule) Bon, les filles, on fait les présentations : c'est moi Zhang, hé oui je suis là, c'est moi, LE rustaud de l'espace héhé ! Et là, c'est Argolphe.
- Bah oais ! Salut les filles !
- Rassurez-vous, hein, c'est à la bonne franquette ici. Aucune raison de se prendre la tête.
- Bah non !
- Alors, on est un peu grand et gros pour des terriens, mais on sait être sympa quand il faut.
- Bah oais !
- Et pis bon, comme on pèse nos poids de rustauds, la pesanteur du vaisseau est réglée sur notre masse à nous, alors vous risquez de flotter dans les couloirs, mais on va arranger ça. Argolphe vous donnera des petits appareils qui compenseront et vous permettront de vous déplacer à l'aise.
- Bah oais.
- Alors voilà, vous êtes les bienvenues, et on va tout de suite s'enfiler un bock pour fêter ça !
- Bah oais !
- Mais tais-toi ! Amène plutôt la picole !
- Tiens chef. Tenez, les filles. Un bock chacun. Voiiiilà.
- Bon, je sais, c'est de la bière de l'espace, ça arrache un peu, et nos bocks ont la taille d'un bidon terrestre, mais si nous on fait cul sec, vous êtes pas obligées de tout siffler d'un coup. Allez ! Tchin ! A vous, les filles !
- A vous !
- Glon-glon-glon-glon-glon-glon-glon-glon-glon...
- Glon-glon-glon-glon-glon-glon-glon-glon-glon...
- BRAAAAAAAAAAAAAAAARRRRR !!!
- BRAOOOOOOEEEEEUUUURRRRRRH !!!
- RHA, ça fait du bien où s'que ça passe !
- Bah oais !
- ça va les filles, c'est pas trop fort ? Non ? Ah, vous allez vite vous y habituer, vous allez voir ! Vous boirez ça comme du ptit lait. Bon ! Allez, je vous emmène vous présenter aux autres rustauds de ma bande, et puis je vous fais visiter mon vaisseau. Et puis après toutes ces émotions : repos, parce que après : banquet pendant trois jours ! Et puis balade dans l'espace, et on visitera les coins les plus sympas de la galaxie ! ça vous dit ?
Breuuuuh.
22:29 Publié dans Les Kompains de la Brute | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
25 août 2008
LA MISSION - Epilogue
Journal personnel de Brohonk, dit La Krame - vaisseau amiral des rustauds - année standard 53456y66, vectrale 2344T, quadrant 42436TT-T.7.
Je me grillerai bien une clope, moi. Et puis des brochettes. Et puis une bûche dans la cheminée. Et puis un truc, n'importe quoi, pourvu que je puisse bien voir du FEU. FEUUUUUUU.
J'aime le feu. Boum. Faire sauter. Faire éclater. Boum. Feu.
Lénia et la Fée ont été transportées dans la chambre la plus confortable de notre vaisseau. Elles n'ont pas repris connaissance. Elles sont entourées de nos meilleurs toubibs. Le chef achève de se vider les tripes - il en tient une, le mec. Feu. Feu. Boum.
Lénia délire, elle voit des framboises, et en plus elle a réclamé Argolphe, qui ne se sent plus pisser. Mais on dirait pas qu'il arrive à quoi que ce soit, lui pas plus que les autres.
- Je pense qu'il n'y a qu'une seule solution pour qu'elles reviennent à la vie, les gars. Pas, Grun ?
- Moui, Argolphe. On pense pareil.
- Que fous le chef ?
- Il arrive.
- Brohonk, bordel ! Eteins-moi ta putain de clope !
Fais chier. Cramer. Cramer. J'écrase ma clope dans un cendrier. Je reste les yeux fixés sur les lueurs orangées. Rmmmh. Feu. Feu.
Bon, Zhang arrive. Je l'entends. Du pas soulagé de celui qui n'a plus rien à évacuer. Anxieu quand même, vu qu'il s'inquiète pour les filles.
- Putain, les mecs, si vous saviez ce que j'ai chié ! Jamais j'en ai expédié dans l'espace comme ça ! Un diamètre, et une longueur ! Crédié ! Je me demande ce que j'ai bien pu bouffer ! J'en ai eu mal au bide, mais pétard, ce que ça soulage ! J'ai dû perdre au moins un kilo, à coup sûr ! Par contre, y'a plus de pécu, et j'ai mis à mal les canalisations des cabinets... et puis bon, ça pue un peu quand même...
Personne ne dit rien. Les performances scatologiques du chef nous feraient bien marrer dans d'autres circonstances. Mais là, y'a quand même quelque chose.
- Alors, les gars ? Fait-il en montrant les filles.
- Rien, chef. Impossible de les réveiller.
- Mais qu'est-ce qu'elles ont ?
- Ma foi. On sait pas.
Tout le monde le regarde. Je me demande s'il devine ce qu'on attend de lui. Je tripote machinalement mon briquet. T'ain, y'a des tas de choses à faire cramer, ici. Feu. Brûle.
- Tu sais, chef, je crois que tu vas pas y couper.
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Heh ben.
- Mais quoi ?
- Les filles.
- Oui.
- Pour les réveiller.
- Oui.
- Heh ben.
- Mais accouche, connard ! Dis-moi ce que t'as à dire, et puis basta !
- Tu dois leur faire du bouche à bouche !
- Kwa ? Tu rigoles !?
- Nan. Y'a guère que ça qu'on n'aura pas essayé !
- Pétard ! Avec des humaines, je saurais pas faire ?! Elles font six têtes de moins que moi !
- Allons, chef ! Fais donc ton tendre ! Pas de chichis, vas-y.
- Alleeeezzz chef, un ptit bisou goulu, mouhaahahahahahrrr !
- Mouheuahhahahharrr !
- Maaahahhahahhaarrrrh !
- Oais bah ça va, vous foutez pas de moi !
- Mouhahahahharrrr.
Feu. Brûle. Crame. Flamme. Veut flamme.
Le chef paraît se décider. Il s'avance d'abord vers Lénia.
- Bon, ben. Quand faut y aller, faut y aller.
- Eh chef, tu t'es lavé les mains, au moins ?
- Ha bah oui quand même !
- Et tu t'es brossé les chicots ?
- Oui mais là faut pas trop m'en d'mander quand même.
- Bravo, le chef ! Allez, chef ! Allez ! Allez, allez, allez ! Juste un ptit poutou !! S'esclaffent les rustauds.
Zhang s'approche de Lénia et se penche lentement sur son visage, centimètre par centimètre. Nous avons tous les yeux rivés sur...
Mais ?
Putain, qu'est-ce que c'est que ce barouf, là ?
BROUM
BLANG
BLAM
- ZHANG ! ESPECE DE GROS FOUTU JE NE SAIS QUOI !
- Ké ? Se retourne le chef !
- OUTRE GRASSE ! BUVEUR DE PISSE D'ÂNE ! AH JE T'Y PRENDS !
PU-TAIN ! La copine du chef ! Gorka en personne ! Avec sa grosse voix caractéristique ! C'est bien la première fois qu'elle apparaît quand le chef est en plein taf ! La brave est armée d'un rouleau à pâtisserie en métal clouté qu'elle brandit droit sur le Zhang. Je crois que le pauvre va s'en prendre quelques coups.
- QU'EST-CE QUE TU FOUS AVEC CES TERRIENNES ! DE QUOI TU TE MELES DE LEUR ROULER DES GALOCHES, PETARD !! DEPUIS QUAND T'ES TOUBIB POUR TERRIEN, TOI ! C'EST COMME CA QUE TU SOIGNES, TOI !!
- Mais enfin, bobonne...
Mouhahahhharrr !! Je rêve ! Le chef, NOTRE chef, le plus grand chef de clan qui soit, qui appelle sa copine bobonne ! MOUAHAHAHAHARRRR !
Je regarde les autres, ils n'en reviennent pas, et observent la scène d'un oeuil moqueur et amusé.
- HA C'ETAIT BIEN LA PEINE DE FAIRE TOUT TON CIRQUE DEHORS DANS L'ESPACE, POUR EN METTRE PLEIN LES MIRETTES A DES PTITES TERRIENNES !! Y'A PLEIN DE FOUTUE VAISSELLE A FAIRE DANS LA CABINE, ET L'ASPIRATEUR, ET LE REPASSAGE ! ET TOI !!! VOILA CE QUE TU FOUS !! DES PELLES A DES HUMAINES !
- Mais bobonne, c'est pas du tout ce que tu crois...
- BAH VOYONS !! ET QU'EST-CE QUE JE CROIS !
PAF
BAM
BRAM
BONG
Putain, qu'est-ce qu'elle lui met ! Le rouleau est carrément tordu.
Alors voilà qu'elle te me le chope par l'oreille et qu'elle te me le traîne hors de la chambre.
- Aïe ! Mais aïe !
- Allez ! Rapplique de suite ! Lourdaud ! Bouffeur de fruits et légumes ! Bachi-bouzouk !
- LES MECS ! Crie Zhang. JE VAIS REVENIR ! JUSTE UN PTIT CONTRETEMPS ! MAINtenez les filles en vie coûte que couuuuuteuuuuuuuuuu !
Sa voix s'éteint dans le couloir, alors que Gorka le traîne par les oreilles.
Bon.
Me rallume une clope.
Ch'sais pas pourquoi, mais ch'suis déçu.
Breuh.
23:10 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
24 août 2008
LA MISSION - A la rescousse
Journal spatial de Mastokor, aide de camp de Zhang, à bord du vaisseau amiral Ekrabouillator. Année standard 3445E23TD, quadrant T-44Z, vectrale 45TT4533.
Sitôt que l'escadrille de chasseurs m'a informé de ce qui se passait, j'ai couru rejoindre le chef dans sa cabine ventre à terre, sans perdre une minute. Il était en train de se faire un masque à l'argile lorsque j'entrais chez lui.
- Vous n'avez pas été foutus de les ramener ?! Mais vous êtes des branques ! Beugla-t-il.
- A présent, Lénia est en train de se faire aspirer par un trou noir.
- Manquait plus que ça !
- Quand à la fée, elle reste sur une patate bleue qui l'a hypnotisée.
- Ben ça part dans tous les sens ! Putain, il va falloir que j'intervienne personnellement ! Rha, faut tout faire soi-même décidément. Les mecs, vous êtes des nazes, et je vais vous montrer ce que sait faire un vrai rustaud. C'est quand même pas pour rien que je suis chef, moi ici.
Zhang se dirigea d'un pas décidé vers son frigo, chopa une canette d'une pogne sûre, en avala le contenu d'un train, jeta la boîte et rota longuement.
- Breuuuuuuuurrrrh !
- Tu as une idée, chef ?
- Tout juste, gars. Broh. Je vais y aller moi-même.
- Hein ?
- Le temps de m'enfiler une combinaison spatiale avec des réacteurs dans le dos, et je file les chercher. Je veux qu'une navette de transport me file le train afin qu'on puisse les ramener.
A peine eut-il achevé sa phrase qu'il courait déjà dans les couloirs du vaisseau. J'avais de la peine à le suivre, tellement il allait vite.
- La seule chose qui me fait chier, criait-il en courant, c'est que j'avais pas fini avec mon masque ; c'était de l'argile avec de la bouse de gurbufle et de l'acétone, c'est super pour la peau. T'ain, qu'est-ce qu'elles vont dire, les filles !
Ha oui, ça je dois dire, avec la bouse de gurbufle et l'acétone, on a une belle peau de bébé rustaud bien lisse et sans gras...
Zhang se rua dans le hangar, s'équipa de sa combinaison spatiale, s'ajusta un module de propulsion, et avala encore une canette de bière avant de fermer son casque. Pétard, je ne l'ai jamais vu faire aussi vite ! C'est qu'il les adore, les terriennes, pour agir ainsi !
- Ce qui m'ennuie aussi, dit-il en se dirigeant vers le sas, c'est que j'ai des gaz en ce moment... je vais devoir me retenir de péter dans ma combi ; et quand je vais l'enlever, ça va ébouriffer ! Brooooarrrrrrh !
Puis il s'engouffra dans le sas, en manoeuvra l'ouverture, et se retrouva dans l'espace. Lorsque j'eus rejoint la passerelle de commandement, il avait déjà activé ses propulseurs et se dirigeait vers le Kangoo en perdition.
- Tu crois qu'il va y arriver, Mast ?
- Oui, Grun. C'est notre chef et c'est le meilleur.
- Elles savent pas la chance qu'elles ont, les filles !!
- Mouarf !
Zhang virevolta dans l'espace, sa combi laissant un sillage lumineux derrière lui, jusqu'à se confondre avec les étoiles. Les chasseurs se positionnèrent derrière lui et l'escortèrent. Toute la flotte était en alerte.
- Tain, on voit plus rien, faites un zoom sur les écrans numéro-blazo-analogiques !
Nous vîmes notre chef se positionner près de la patate bleue sur laquelle se trouvait la Fée. Visiblement, elle ne voulait pas laisser la terrienne partir avec Zhang. Celui-ci happa la Fée, la dirigea vers la navette de secours et la remit à son équipage. Puis il sortit sa sulfateuse et attaqua la patate qui voulait en découdre. En plusieurs coups de laser, il transforma la patate en purée et en grumeaux bleus.
Sur la passerelle, nous hurlâmes un cri de victoire.
- Bravo ! Mais il reste le plus difficile : sortir Lénia du trou noir !
- Bah ça va pas être de la soie !
S'étant assuré de la sécurité de la Fée, Zhang réactiva ses propulseurs et se dirigea vers Lénia. On ne l'aperçevait presque plus. Elle avait perdu connaissance. Zhang attrapa les plus gros morceaux de patate, leur fixa des explosifs et les envoya dans le trou noir.
- Qu'est-ce qu'il fout ?
- Il essaye de faire péter le trou noir.
- C'est risqué !
Dans le même temps, il fabriqua un lasso avec des pelures de patate, qu'il lança droit sur Lénia. Le trou noir explosa dans une grande gerbe d'étincelles au moment même ou le chef tirait sur son lasso, ramenant la terrienne vers lui.
- HOURRA !!! qu'on hurle !
- Tain, le chef, c'est le meilleur !
Avec Lénia dans les bras, il se dirigea vers la navette de secours. A ce moment, un escadron de patates fondit sur eux !
- Rha les saletés ! Que nos vaisseaux leur tirent dessus !
- On risque de les blesser, Mast !
- Tirez quand même, pétard ! Après, on sera bon pour bouffer des frites ou de la purée pendant au moins six mois, mais bon, ça vaut quand même le coup !
La navette de secours vint se placer au devant de Zhang et Lénia. Son équipage se saisit de la terrienne et l'emmena en sécurité à l'intérieur. Zhang fit de grands signes pour dire à la navette de se tirer vite fait, tandis que lui se prépara pour un nouveau combat. Il braqua son arme sur les patates, et tira tout ce qu'il pouvait.
- Maintenant que les filles sont en sécurité, que la navette se ramène vers notre vaisseau amiral et vite ! Que nos vaissaux écrabouillent ces foutues patates à la con, tout de suite !
Les lasers crépitèrent et fusèrent ; une myriade de traits brillants s'abattirent sur les patates qui explosèrent dans de grands nuages de fumée.
- Mast. On annonce l'arrivée de la navette de secours avec Lénia et la Fée.
- Parfait ! Elles sont enfin chez nous !
- Et le chef ?
- Putain, merde, on ne le voit plus !
- C'est pas vrai !
- Si, le vlà, il est tout plein de purée bleue !
- Appelez-le, faites une liaison radio. Chef, chef, tu m'entends ? Chef ?
- Kcccccchhhh. Oais, oais, ça va ! Tain, cte foutue combi, ça me gratte partout, dans le bas du dos, sur les épaules, et je peux rien faire ! C'est affreux ! J'espère qu'il y a pas un con qui a foutu du poil à gratter, merde ! Et pis cette purée bleue pouah, ça pue ! En plus, j'ai une de ces envies de chier, moi, je te dis pas ! Kccchhhhhh. Tu crois que je peux couler mon bronze, comme ça, à l'arrache ?
- Heuu, chef, y'a juste l'équipage de plusieurs centaines de vaisseaux qui va te regarder.
- Kchhhhh. T'ain, je peux plus me retenir, minnnceeuh ! Bon, je rapplique de suite ! Préparez-moi fissa des tonnes de PQ, je sens que je vais repeindre les chiottes, ça va pas louper ! Kchhhhhhh...
Le silence, admiratif s'il en est, n'est interrompu que par les pets et les rots de nos gars dans la passerelle.
Le chef est décidément un héros très discret.
Breuh.
23:25 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
23 août 2008
LA MISSION - Dans l'action
Journal de bord de Zhang le rustaud. Année standard 4549-754, position 2334JB-ZD6621, quadrant DF4565.
Nous continuons notre périlleuse mission dans l'espace, à la rescousse des deux terriennes les plus sympas qui soient, Lénia et la Fée. Notre flotte, à peine nettoyée de tout la purée bleue, sillonne le vide intersidéral sur les traces du Kangoo. Les longs vaisseaux métalliques clignotent de tous leurs feux de position en laissant rugir leurs propulseurs.
- Argolphe, j'espère que nous ne les avons pas perdues !
- C'est ballot, chef, y'a pas trente secondes, je les avais au scanner ! C'est que nous avons eu un problème technique : nos sonars ont éclaté à cause de André Rieu en boucle... ça craint. En plus ça a fait éclater les bouchons de cérumen de tous nos techniciens, ils ont eu leurs écouteurs maculés de cire jaune...
- C'est pas vrai, on était à deux doigts !
- Pas de panique, chef, y'a une soluce. Regarde le scanner. Tu vois ces séries de distorsions sur mon écran ? C'est le signe que le Kangoo est passé par là !
- Comment tu le sais ?
- Regarde ici, le bouleversement sur le champ magnétique dans cette partie du quadrant : l'espace-temps a été récemment secoué par une déflagration qui n'a rien a voir avec les mouvements de notre flotte.
- Ce qui veut dire ?
- Eh bien je pense que sur cette localisation, Lénia a pété dans son Kangoo.
- Tu déconnes ! Lénia ne pète pas, ce n'est pas glamour. C'est une terrienne, pas une rustaude, ce n'est pas leur coutume. Tu te trompes de piste, nous ne sommes pas sur le bon chemin.
- Mais si, chef, regarde ce sillage : des bouteilles de verveine, des cosmétiques, des parfums, des sachets d'amuse-gueule, des slips en papier... impossible de se planter.
- Pétard, les terriennes, elles vont se faire passer un savon, à polluer l'espace comme ça ! C'est pour ça qu'il faut les retrouver vite ! En plus, elles vont penser qu'on leur pose un lapin.
- Tiens, regarde, chef ! Je les ai en visuel !
- Tu les vois ?
- Oais : deux ptits phares blancs, un drapeau rouge, un tout ptit véhicule bleu marine, et deux humaines les cheveux au vent...
- C'est ça, c'est le kangoo avec elles dedans ! Fonce, fonce !
- Argolphe à tous les vaisseaux de la flotte, nous venons de repérer en visuel le Kangoo de Lénia et de la Fée, mettez tous le cap dans la direction que je vous indique, et on récupère fissa les filles...
- Zhang à tous les rustauds : mettez-vous sur votre 31, les mecs. Passez tous à la douche ; je sais que vous ne voyez pas souvent ni la douche ni le savon, mais nous avons affaire à des VIP. Alors lavez-vous, décrassez-vous, frottez bien sous les bras et sous les pieds, soignez votre haleine, faites saillir vos muscles, passez-vous de la pomade sur le visage, et mettez vos plus belles fringues ! Sortez les packs de bière, les quartiers de viande, foutez le feu sous les chaudrons, préparez la musique, et soyez parés pour un barbecue maousse !
- Chef, y'a encore des patates bleues !
- T'ain, c'est pas vrai, elles veulent nous piquer les filles !
- Nan, on reçoit des messages codés : elles veulent participer à la rencontre en fournissant des frites...
- Moais, j'espère qu'elles aiment ça, les filles... Bon, Argolphe.
- Chef ?
- D'abord, tu lances une escadrille de chasseurs pour escorter le Kangoo. Je veux une formation impec ! Puis, tu fais avancer mon vaisseau amiral pile poil au-dessus du Kangoo, et tu lances le rayon d'attraction. Tu me le pose en douceur dans le hangar d'apparat. Ensuite, je veux une garde de rustauds : cent, parmi les plus beaux, tous en débardeur, afin de rendre les honneurs, de chanter notre hymne ; ils devront chacun boire une canette de bière tous ensemble, la jeter derrière eux, et tous roter en choeur !
- A tes ordres, chef !
- Quand à moi, je vais me préparer à les recevoir !
- Allez, chef, fais-toi beau !
Breuh !
19:32 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
22 août 2008
LA MISSION - Prélude
- Les gars.
- Oais, chef ?
- Je pense que nous sommes fins prêts. Mast ?
- Nous sommes prêts en effet, chef. Nous avons réuni une escadre qui comporte :
45 croiseurs de ligne ;
56 croiseurs de bataille ;
87 frégates ;
100 moniteurs ;
150 éperonneurs ;
77 cuirassés ;
90 patrouilleurs ;
110 avisos ;
7000 chasseurs et 3000 bombardiers ;
Sans compter les transports de troupes, de logistique et de bouffe, avec suffisamment de barbaque, de cahouètes et de picole pour trois cent mille guerriers rustauds !
- Ouais, ça c'est une putain de flotte ! Un beau corps expéditionnaire !
- Alors les gars, je vous explique. Cette mission est de la plus grande importance stratégique. La première partie de la mission consiste à récupérer un Kangoo bleu marine qui croise au départ de la Terre. Ce kangoo est piloté par Lénia, avec la feignasse de fée pour passagère. La caractéristique de ce véhicule est qu'il est très facilement repérable au sonar : il y a des disques de André Rieu qui tournent en boucle. Je sais, ça risque d'être dur pour vos cervelles de rustauds, mais c'est la mission.
Je dois également vous avertir d'un point capital pour notre réussite : Lénia est partie sans slips parce qu'elle craint leur déformation par l'absence de gravité ! Il faut donc lui en fournir de toute urgence dans un pack de secours. C'est la top priorité !
- Quelle est la seconde partie de la mission, chef ?
- Si le Kangoo reste introuvable, on fonce droit sur la Terre, et on lance l'opération "Enlèvement" pour ramener Lénia et la fée chez nous.
Alors est-ce que vous êtes parés ?
- Oui, chef !
- J'ai rien entendu !
- OUI, CHEF !
- PLUS FORT !
- OUI, CHEF !!
- Bravo, les ptits. Je savais que je pouvais compter sur vous. Alors en avant ! Et n'oubliez pas : le sort de cette partie de l'univers est entre nos mains !
Allez, un bock !
Et en route !
13:55 Publié dans La Brute au taf | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
19 août 2008
Le blond, la brute et le routier
_ Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! C'est qui, ces caves ? Qu'est-ce qu'ils FOUTENT dans mon vaisseau ?
_ Je l'ignore, chef. On a trouvé le blondinet en train de se battre armé d'un sabre-laser contre le grand escogriffe tout en noir, là. J'ai rien capté : pendant qu'ils se frittaient, ils causaient de je ne sais pas quoi, du côté obscur de la force, enfin une connerie comme ça.
_ Aaaallons donc. Encore des allumés. Décidément, l'espace n'en manque pas.
Me siffle un bock.
_ Breuuuuuuuh. Argolphe, fais mettre une barrique en perce ! Fait soif !
_ Sûr, chef.
Je me tourne vers ledit blond. Un physique de freluquet. Une gueule d'ange, et aussi de jeune con insolent.
_ Ton nom !
_ Luc Marcheciel.
_ Qu'est-ce que tu fous sur mon vaisseau ?
_ Hé bien, je ne saurais le dire. Voyez-vous, je suis ce que l'on appelle un héros. Je suis un produit artificiel et idéalisé de l'imaginaire terrien dont la seule et unique fonction, à travers une part de rêve instillé dans les aspirations du commun, est de procurer une solide rémunération à ceux qui m'ont créé en tant que personnage. Je me battais contre mon ennemi tout en noir que vous voyez là, lorsque, au plus fort de notre combat, après une gerbe d'étincelles, je me suis retrouvé ici. Je n'avais jamais vu de créature dans votre genre. Vous savez, la FORCE peut vous aider. Qu'elle soit avec vous.
_ Moais, tu la remercieras de ma part ! Brooooooh !
Qu'est-ce que c'est que ces conneries ! Je me tourne vers le second membre de ce brillant trio : plus grand que le premier, tout vêtu de noir, casqué, masqué, l'air inquiétant et cruel. Celui-là est doté de pouvoirs assez conséquents ; mon sorcier Grun a eu un mal fou à le maîtriser.
_ Ton nom.
_ Kchhhhh heuuuhhh.Vadore le Noir.
Voix métallique, grave.
_ Même question. Qu'est-ce que tu fous sur mon vaisseau ?
_ Kchhhh heuuuuhh. Je n'ai pas à répondre à vos questions. Le côté obscuuuuuur de la FORCE vous emportera tous ! Kchhhh heuuuuh. Son pouvoir est immense et personne ne peut lui résister.
_ Si. Mon bock. Gloups, gloups, gloups... Brrraaaaaaaarh !! ça, c'est du côté obscur !
Des allumés, je vous dis ! Mais qu'est-ce que je vais en faire ?
_ Si je peux me permettre, monsieur Zhang...
Le freluquet.
_ L'existence de Vadore le Noir ne se conçoit pas sans la mienne, ni la mienne sans la sienne. Il est également un personnage idéalisé qui se situe en parfaite opposition au mien. Nous incarnons chacun une valeur extrême pensée dans sa pureté et s'articulant ensemble pour former une dualité qui est celle du bien luttant contre le mal. A travers notre affrontement perpétuel, nous participons à la construction dialectique d'un imaginaire de base destiné à un public très large...
_ Kccchhhhh huuuh.Sans compter que les efforts constants d'un secteur industriel florissant, en vue de l'exploitation toute aussi large et standardisée de cette dualité, impliquent l'assiduité calculée du public afin d'assurer la genèse de très fortes quantités de cash... C'est le côté obscur de la FORCE ; irrésistible, je vous dis. Kchhhh heuuuuh.
_ Mais QU'EST-CE que VOULEZ que ça me FOUTE ?!?!?! Vous n'avez rien à branler dans mon putain de vaisseau, et vous allez voir, je vais vous envoyer dinguer dans l'espace profond à grand coups de pieds au cul !! Vous verrez si c'est du bien ou du mal !
Pfff, maintenant, qui est le troisième larron ?
Je me tourne vers lui. Il détonne. Gras et moustachu. Un jean sur le cul, un marcel sale et tâché sur le dos. Les cheveux luisants. Si ce n'était un humain, il ressemblerait à nos rustauds.
_ Et toi, tu es qui ?
_ Bah moi c'est René. Je viens de France, sur la Terre. J'dois vous dire, msieur, j'ai jamais vu un gourbi pareil. Chuis vraiment dans l'espace, avec des esstra-terrest' et des vaisseaux et des lasers et tout ? Tain, quand je vais raconter ça à Bobone...
_ Et tu vas me dire que tu es aussi un personnage incarnant je ne sais quoi...
_ Ah bah nan ! Moi chuis vrai. Chuis pas un personnage. Bon, c'est vrai que sur la Terre, y'a beaucoup le cinoche et tout ça, quoi, les films et les machins. Mais moi j'ai rien à voir là-dedans. Bon, je suis peut-être un peu caricatural, je le reconnais, mais moi c'est de la vraie bonne chair : d'mandez à Bobone, quand j'suis tout dessus, hein, mouhahaha !
_ On s'en passera. Alors bon, dis-moi ce que tu fous ici.
_ Ah, bah voyez, je circulais tranquille dans mon camion, à livrer des aubergines et des courgettes à Rungis, et pis bah y'a eu chsais pas quoi, des étincelles et des éclairs, et je m'suis r'trouvé au milieu de vos gars, là, dans vot' vaisseau. J'ai rien compris. Dites, c'est de la bière, que vous avez là, nan ?
_ Broooooooh. Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
_ Bah c't'à dire qu'on s'y connaît, en bibine avec les collègues, hein ! C'est qu'ça nous arrive ben, de refaire le monde au café, après le boulot. Alors franchement, de la picole esstra-terrestre, vous pensez si ça m'fait rêver ! Si c'est un effet de vot' bonté, j'aimerais ben en goûter une lichette... Et pis si vous voulez, on peut vous en donner de la nôtre...
Ce type est probablement le plus sympa de ce trio. Je ne m'explique toujours pas comment ils sont apparus dans mon vaisseau. C'est certainement une expérience de mon sorcier Grun. D'ailleurs, il a foutu le camp. Fort opportunément, on dirait.
_ Mast.
_ Oui, chef.
_ Tu me fous les deux premiers dans une navette, avec dix jours de bouffe et de flotte, et direction la Terre, fissa. On renvoie aux terriens leurs produits. Pas question qu'ils contaminent l'espace avec leurs merdes.
_ Mais non, nous sommes des personnages irréels, vous ne pouvez pas procéder ainsi ! Dans la mesure où nous n'existons qu'en tant que représentation, vous devez nous intégrer dans votre propre imaginaire afin d'accéder à une concrétisation présentielle et...
_ Vos gueules !! Vous préférez que je vous foute un coup de laser dans la tronche ? ça, ce serait de la concrétisation !
_ ...
_ Donc Mast : les deux caves, dans la navette !
_ Avec plaisir, chef. Mais franchement, t'es trop bon.
_ Je sais. Quand au troisième, tu me le bichonnes. Il viendra avec nous au banquet de ce soir.
_ Mouhahahaharrrh !
_ Ben, c't'à-dire queeee... bah ma femme elle va s'inquiéter... et pis mes collègues sur la Terre... et pis franchement, un banquet d'aliens, moi j'sais pas trop...
_ Ta-ta-ta ! Tu voulais goûter notre bière ? Eh bah on t'en donne l'occasion ! Je vais te dire, mec : tu vas être le premier terrien à participer à un banquet du clan des rustauds. On va voir ce que vous valez. Je pense que tu as de bonnes prédispositions, mais je te préviens : comparé à ce que nous buvons, votre bière n'est que de la pisse d'âne ! Et pour la bouffe, tu vas voir ce que tu vas voir !
_ Héhé. Glps.
_ Et puis Mast : dis à Grun de venir me voir. Que je te me l'engueule un chouilla.
_ Tu penses que c'est lui qui...
_ Oais. Passe encore pour le routier, mais les deux autres, c'est vraiment n'importe quoi. Ce sorcier à la con ne sait décidément plus quoi inventer.
Bon allez.
Fini les émotions.
Un bock.
Breuh.
23:31 Publié dans La Brute au Kotidien | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf
15 août 2008
Impériales 2
"Le processus de colonisation planétaire dont la noblesse impériale s'était fait un usage avait fini par devenir standardisé. Après d'interminables études de viabilité, il se traduisait en premier lieu par l'arrivée d'un contingent de troupes de Convent sous le commandement d'un noble - duc, marquis, comte, baron - suivi des gens de sa maison. Ce contingent établissait sur l'un des continents de la planète une série de postes avancés, afin d'assurer la sécurité des groupes d'ingénieurs chargés de bâtir la capitale planétaire, d'élaborer un écosystème propre à entretenir la vie humaine, une faune et une flore, de terraformer les autres continents selon les besoins et les finalités démographiques et économiques envisagés selon le projet initial de colonisation. S'ensuivait, par étapes, l'acheminement de la main d'oeuvre nécessaire à l'établissement de toutes les infrastructures ; l'organisation d'une agriculture, d'une industrie, d'un secteur tertiaire, des services publics de base ; l'introduction d'un système monétaire et bancaire ; l'installation des défenses orbitales ; l'arrivée progressive des familles de colons sélectionnées.
A ce stade, la planète colonisée faisait l'objet d'un protectorat, et était placée sous l'autorité d'un binôme composé du préfet du prétoire, représentant l'empereur auprès de trente systèmes, et du hobereau qui supervisait la colonisation sur le terrain. Elle connaissait une période probatoire variable, pouvant aller jusqu'à trente années standard, au terme de laquelle elle pouvait entrer dans la féodalité impériale : la planète était alors remise en fief au noble d'Empire ou à ses descendants, devenus seigneurs planétaires. Il en résultait une plus grande autonomie dans la mesure où s'achevait la tutelle contraignante du préfet du prétoire.
En effet, pendant la probation, le fonctionnement du binôme faisait la part belle au préfet qui se réservait la plus grande part du pouvoir. Certes, le hobereau disposait de troupes, mais il n'avait pas accès à des vaisseaux spatiaux à long rayon d'action. Il devait en référer au préfet pour tout ce qui avait trait à la défense, à la diplomatie, à la gestion du budget de la planète, et à sa représentation politique au sein des institutions impériales. Le préfet se trouvait doté d'un droit de regard sur les actes de colonisation effectués par le noble et sur l'appartenance socioculturelle des familles de colons. Ceux-ci étaient par ailleurs fortement encadrés par le clergé de la Déesse de la Victoire chargé de promouvoir le culte impérial, les autorités religieuses relevant également du préfet.
Il s'agissait d'obtenir une adhésion parfaite du nouveau corps social colonial, afin d'éviter toute forme de sécession intempestive. Le préfet pouvait d'ailleurs proroger la probation de dix ans jusqu'à deux fois, voire même le maintenir à sa discrétion en cas de grave nécessité.
Avec un tel agencement, aucune planète ne disposait d'une souveraineté propre.
A l'issue de la période probatoire, la féodalité impériale prenait le relais, et le préfet s'éclipsait. Le noble d'empire prêtait serment de vassalité à l'empereur, générant un lien personnel fort. Il pouvait alors mettre en place sur son monde, avec l'agrément impérial, son propre cadre institutionnel, politique et administratif. Finances, diplomatie, économie, justice, défense planétaires, relevaient désormais de lui. Il disposait de droit d'un siège à la Chambre Haute, aux activités de laquelle il pouvait participer. Son titre était héréditaire et transmissible à ses héritiers, selon un système de dévolution successorale librement choisi.
Il devait cependant fournir des troupes pour les Convents - l'armée impériale - et pouvait espérer occuper un poste important dans le commandement du Convent basé dans le système où sa planète était localisée. Il devait par ailleurs adopter les systèmes commerciaux intégrés, promouvoir les cultes impériaux, payer un tribut à la monarchie, intégrer les législations d'application directe et celles organisant les compétences d'attribution entre la monarchie et la planète.
Les seigneurs planétaires devenaient ainsi cantonnés à la seule gestion des mondes qui leur étaient confiés. Le principe politique directeur de la monarchie à cet égard se résumait dans la formule "une planète égale un seigneur". Leur rôle politique à l'échelle de l'Empire restait limité - on reviendra sur les modes de représentativité contraignants de la noblesse planétaire à la Chambre Haute. Ils pouvaient certainement prétendre à de hauts postes dans l'administration impériale et dans les armées, mais cela n'était possible qu'à un très petit nombre d'entre eux. Ils n'avaient pas la possibilité de se projeter au-delà de leur système planétaire, l'accès aux vaisseaux militaires à long rayon d'action étant réservé aux Convents et à la Garde Impériale qui relevait directement du pouvoir central, ainsi qu'aux Ligues commerciales intégrées.
La monarchie évitait ainsi les guerres privées entre hobereaux ; elle s'attachait surtout à maintenir l'hétérogénéité et l'éclatement d'un corps social conscient de lui-même mais qui ne devait pas être tenté de s'ériger en un contre-pouvoir par trop turbulent.
A travers cette multitude, surgirent néanmoins quelques grands aristocrates à la forte personnalité et au charisme certain, qui parvinrent à dépasser le simple cadre planétaire et à s'imposer dans plusieurs systèmes, s'assurant la maîtrise de plusieurs milliers de planètes. Alors que le cadre classique liait directement le vassal planétaire à l'empereur par un lien personnel, ces grands seigneurs, par le jeu de ce serment, s'intercalèrent entre eux et se créèrent eux-mêmes une importante vassalité planétaire.
Les empereurs le permirent, d'une part parce qu'ils conservaient leur monopole militaire des vaisseaux à long rayon d'action, et d'autre part parce que la monarchie, qui traversait des temps particulièrement troublés, avait pris conscience que le cadre monoplanétaire était devenu bien trop étroit pour résister aux pressions extérieures, ce qui constituait une faiblesse du système. Ils devaient désormais favoriser l'émergence de personnalités capables de fédérer des forces considérables afin de maintenir la présence impériale là où celle-ci pouvait être menacée. Ils avaient toutefois parfaitement conscience que se constituaient sous leurs yeux de grandes principautés à l'échelle de plusieurs systèmes pouvant entrer en concurrence avec eux, et qui pourraient très bien se détacher un jour de leur autorité."
01:17 Publié dans Fondamentaux | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chroniques, de tout et de rien, science-fiction, journal intime, imaginaire, espace, sf



